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Aarore, rc/lexions sur les préjuges moraux par Frédéric Nietzsche, traduit par Henri Albert {édi^ lions du Mercure de France.)
Dans une note autobiographique que rapporte M. Henri Albert, Nietzsche, s'ébrouant, sans qu'il paraisse s'en douter^ à la manière d'un barbare qui s'émancipe, ditquece livre es 1 1< tout d'affirmation ».0n denoenreforten méfiance contre cesc affirmations » qui portent un peu trop l'accent de L'universitaire enruptnrededoctiine ollicielleetdu luthérien qui se grise à son aise et pour la première fois de soleil, de vie et de liberté. C'est la partie critique d*Aw'ore — et elle est la plus importante — qui attachera davantage. « Provisoirement, tous les sentiments élevés doivent être suspects pour l'homme de science, tant il s'y mêle d^illusions et d'extravagances. » Ces illusions et ces extravagances, avec une verve, une acuité, une ironie inlassables, Nietzsche les poursuit dans l'esprit moderne. Riche catalogue de u Tidéal » ! On laisse un signe aux pages d'Aurore qui peignent « Télat atroce et ridicule )> que serait « l'universel amour des hommes v. On a encore marqué celles qui disent : cr Malheur à nous si cette tendance se mettait à faire rage », la tendance à la « solidarité », « au dévouement et à sollicitude pour les autres ». Et l'on trouve que Nietzsche a assez bien accompli ce qu'il réclame lui-même : n Qui mettra au pilori l'inqualifiable charlatanisme dont s'est servi jusqu'à présent l'humanité pour traiter ses maladies de l'âme sous les noms les plus subli mes? » Grâce à M. Henri Albert et à ses amis, et la mode aidant, les idées de Nietzsche semblent se répandre. Il faut attendre du bien de leur diffusion, l^oisque nos contemporains, pourris d'anarchie et de romantisme, se refusent à entendre les leçons
9ti l'action française
des disciplines classiques et de la culture franraise' il n'est pas mauvais qu'elles leur soient inculquées par un Allemand brutal. Ce n'est sans doute pas trop de quelques coups de schlague pour dégoûter ies « gens consciencieux », les grands cœurs et les belles âmes d'adorer leurs « douleurs « et de diviniser leurs « inquiétudes ».
La condition des Juifs en France depuis 1789, par Henry Lucien-Brun, deuxième édition revue (RetnuXy èdit.)
Dans ce livie excellent, M. Henry Lucien-Brun ne s'est pas contenté de faire, et avec une sûre compétence, œuvre d'historien et de juriste. Il a nettement dégagé le sens de la législation libérale qui amis les Juifs au rang où nous les voyons aujourd'hui. C'est « l'idée nationale vaincue par l'idée révolutionnaire » dit l'auteur en appréciant le décret de 1791 qui donnait aux Juifs ies droits de citoyen, qu'on leur avait refusés jusque-là au mépris de la Déclaration des Droits de l'Homme. M. Lucien-Brun a montré toute la différence qui sépare les procédés aprioriques de la Révolution des sages méthodes de la Monarchie en rappelant que Louis XVI, à la veille de 1789, allait apporter à la condition des Juifs les réformes commandées parle changement des mœurs mais seulement après avoir fait étudier la question en Conseil d'Etat par des intendants et des représentants des communautés Israélites. Louis XVI se fût décidé sur un rapport rempli de faits et de renseignements. L'assemblée céda à des considérations d'ordre métaphysique. Voilà bien le propre du libéralisme. Et comme au contraire la sagesse naturelle des Français de sens commun connaissait le danger juif I En 1760 une « requt*'Le des six corps de marchands et négociants de Paris contre l'admission des Juifs » disait :
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L'admission de cette espèce d'honirnes ne peut éire que très dangereuse ; on peut les comparer à des guêpes qui De s'introduisent dans les ruches que pour tuer les abeilles, leur ouvrir le ventre et en tirer le miel qui est dans les entrailles ; tels sont les Juifs auxquels il est impossible de supposer les qualités do citoyens... Le négociant chrétien fait seul son commerce, chaque maison de commerce est. en quelque façon, isolée, tandis que les Juifs ce sont (les particules de vif- argent qui courent, qui s'égarent et qui, à la nnoindre pente, se réunissent en un bloc principal.
On trouvera encore dans ce volume de nombreux et intéressants documents et en particulier l'histoire de la constitution du culte hébraïque par Napoléon. M. Lucien-Brun explique en vertu de quel système Tenipereur, qui n^aimait pas les juifs, fut un de leurs insignes bienfaiteurs. Mais disons pour finir que le prix de ce livre n'est pas dans son exactitude et son iaformation seules. On aime surtout l'esprit qui l'anime et Tordonne. L'antisémitisme de l'auteur, qui ne s'embarrasse pas d'explications ethnologiques, a un caractère positif et traditionnel. Connaissant lei. causes du mal, M. Lucien-Brun en sait aussi le remède. La haute sagesse politique de l'Eglise et de la Monarchie avait apporté au problèmejuif la solution la plus sftreet la plus équitable. Des mesures contre là tribu dlsrac'l dans notre état d'anarchie démocratique se résoudraient en un désordre nouveau. Appuyé des déclarations de San-Remo, un royaliste peut dire que la Monarchie, c'est-à-dite un pouvoir orgaflisatetir,aiitoHse seule uti antiséttiitlsttie fërtrte, iitile et convenable.
Jftljllttètté et 2oùzdu, roman par Gtp (Flamrriarion, éditeur).
On imagine avec plaisir le scandale d'un moraliste que l'esprit de dissipation mènerait à lire ce roman dialogué. Il ne manquerait pas de tenir Gyp pour une
personne abominable qui injurie Thumanité et ne respecte pas Tenfance. Car Gyp a fait de Jacquette et de Zouzou, ces délicieux bambins, des antijuifs naturels et résolus. Parce quMls ont de Tesprit, le verbe franc, et du sang clair sous une peau fraîche, ils détestent spontanément ces petits sémites huileux, laineux et calculateurs. Zouzou, astucieux et féroce avec simplicité, est un délicieux enfant terrible. Avec un peu moins de fantaisie que Bob, son frère aîné, il a quelque chose de dru, de décidé qui en fait un vrai petit homme. Et c'est justement Toriginalité de ce livre que ces enfants, dans leur parler et dans leurs jeux, se conduisent déjà comme des <c grandes personnes » et qu*on voit agir en eux les caractères et les passions de leurs parents. Un petit a sang niélé p, demi-juif qui n'a plus uu physique tous les traits de sa race et porte « des oreilles comme tout le monde », est d'une merveilleuse et bien amusante observation. Mais quel sujet d'indignation pour nos moralités !
Jacques Bainville.
MEMENTO. — Difficile Devoir par Masson-Forkstibr; dans ce recueil de nouvelles l'auteur bien connu de Remords d'Avocat a mis en récits très dramatiques des épisodes, qu'on sent vécus, de la « vie des affaires », où il trouve et met en valeur de nombreux éléments de romanesque. {Peirin et Cie). — Le nombre ou le mérite par L, Tierson- NiER [Guillaumin et Cie), — Le bilan de la République^ par un républicain désabusé, excellente brochure de propagande royaliste, nourrie de chiffres et de renseignements positifs (à la libraine nationale). — Sainte -Elisabeth de Hongrie dont M. E. Horn a raconté la vie avec la simplicité et la vénération traditionnelles chez les hagiographes [Verrin et Cie).
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Maurice BARRÉS
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