‹ L'action française (volume 2)Chapitre 8 sur 180 · CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE

Si VOUS VOUS reportiez aux premiers num'îros d'une petite Revue que Je contribuai à fonder, à cette époque, à Marseille et qui disparaissait il y a quelques mois, au seuil du JTX® siècle dont elle portait le nom, vous constateriez que dès alors je n'étais pas de ceux qui donnent aux préoccupations proprement politiques l^ première importance (3).

2* Ma première observation se rattache intimement à la rectification qui précède.

Vous m'attribuez à tort (4), mon cher Maurras, ce sentiment qu'un grand pays comme le nôtre pourrait se passer d'un pouvoir politique supérieur aux c républiques d, au sens où on les entend à V Action française, et leur servant d'organe protecteur et pondérateur.

Pensez-vous sérieusement, mon cher ami,

jasqu'ici à vos congrégations ! Après celles-ci, ce sera le tour de ceux-là : sans trop donner d'alarme aax intérêts, vous allez voir comment on réussira le travail de déviation et de perversion.

(3) Quel problème immense impliqué dans celte petite locution : « première importance I » Les préoccupations politiques ne sont pas en elTet les plus importantes. Cependant elles sont premières. J'aserai, pour expliquer cette distinction, d'une comparaison, et dirai que le premier ouvrage de tout être vivant est de se fabriquer une enveloppe protectrice à l'intérieur de laquelle il pourra procéder à des fonctions vitales beaucoup plus importantes, mais strictement subordonnées à cette précaution.

(4) Je suis très heureux de m'étre trompé. Je félicite Adëedat Boissard d'avoir évité cette erreur, qui, en effet, est fort grossière.

qu'un homme intelligent puisse ne pas reconnaître la nécessité [absolue de ce pouvoir politique? (5)

Ce qui, donc, nous différencie, le voici : au lieu de disputer sur ce que devrait êlre nommément ce pouvoir politique central et supérieur, prolecteur et pondérateur, j'estime que notre devoir le plus urgent, et d'ailleurs le seul à notre portée immédiate et actuelle, consiste essentiellement à procurer l'existence de ces Républiques aujourd'hui presque totalement détruites, et — par conséquent — à sauver du naufrage le peu qu'il en subsiste et à ressusciter dans la mesure du possible celles qui sont mortes (6).

(5) Non: je ne pensais pas que cela fût possible, avant de Tavoir vu. Mais il faut s'iucliuer devant l'expérience. C'est un fait. C'est un triste fait. Oui, des hommes intelligents et même fort sincères ne reconnaissent pas la nécessité absolue de ce pouvoir politique. Oui, ils vivent comme s'ils ne la reconnaissaient point et m<**me comme s'ils n'en eussent jamais ouï parler. Adéodat Boissard veut-il des exemples tirés de Thistoire du mois dernier? Fautil ouvrir le livre d'or de la démocratie chrétienne? Il n'y a rien de plus aisé que de le satisfaire.

(6) Je ne puis que renvoyer Adéodat Boissard aux notes 2 et 3, qu'il pourra lire ci-dessus. Primo, les ennemis de toute organisation, les libéraux et les anarchistes de gouvernement ne cessent point de le menacer dans l'accomplissement du « devoir » qu'il appelle a le seul » à sa n portée immédiate et actuelle ». Secundo, non contents de le menacer, ils l'arrêteront, et tout sera à recommencer, et ce sera bien fait, et il sera justement châtié, lui et les siens,

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3° Entin, et après être tombé d*accord avec vous sur la nécessité d'un pouvoir politique supérieur, protecteur et pondérateur, quand H aura quelque chose à protéger et à pondérer (7), je me sépare de vous encore lorsque vous paraissez croire et prétendez établir que, de fait qu'un pouvoir politique supérieur et suffisamment indépendant est indispensable dans une société ordonnée, ce pouvoir ne peut être constitué que d'une seule façon et d'après le seul type monarchique (8).

[ . d'une erreur de méthode qui placo toutes les charmes au devant de tous les bœufs. La question politique ressemble à la corne des bœufs de labour qui est moins importante que le soc qu'on enfonce en terre : cependant elle est la première et doit être réglée avant toutes les autres si l'on veut que ces dernières le soient jamais.

(2) Excuse admirable. Elle conduit Boissard à nier qu'il y ait en ce moment en France des germes d'orfranisation, germes qui seraient à défendre et à protéger, s'ils exislaientjdes variations du milieu européen et du milieu français! Oui, Boissard a mis en lettres italiques ce qui nie la raison m(^me de son généreux mouvement : les plants, les bourgeons, les semis, jetcne et frêle e$pcriinve\ Qu'il nous permette de défendre contre lui ce trésor.

(8) Nous ne a paraissons pas croire » : nous savons. Nous ne « prétendons pas établir » : nous établissons. Avant d'établir, on plutôt avant de chercher, nous étions tout prêts à admettre qu'il y eût dix Dïille manières de constituer aujourd'hui en France « un pouvoir politique supérieur et suffisamment indépendant ». L'analyse nous a montré qu'il n'y en avait pas plus d'une. Nous ne dirons pas \\\x%

Croyez, mon cher Maurras, malgré ces dissidences d'idées, à l'expression de mon ancienne et toute cordiale sympathie (9).

A. BOISSARD.

notre analyse est rigoureuse ni qu'elle est vraie, elle se défend toute seule. Elle a subi souvent les épreuves de la critique. Elle en a été affermie. Boissard et ses amis aiment multiplier, et toujours en des termes aussi vagues que généraux, les dénégations. Mais ils pourraient les rendre plus fréquentes encore : cela est tout à fait au pouvoir de leur volonté. Quant à fortifier ces dénégations de quelque preuve, ils évitent bien de le faire, faute de le pouvoir. Un tel pouvoir ne dépend pas de leur volonté, mais de leur raison. La raison, qui ne varie pas d'homme à homme, ne leur a présenté jusqu'ici aucun moyen de soutenir leurs plus fières dénégations.

(9) Certes, et croyez, vous aussi, à mon amitié, mon cher Adéodat Boissard : Tobj* t de tout ceci n'étant que d^unir nos pensées, comme nos sentiments sont déjà réunis, pour le salut et la renaissance de la nation. — Charles Maurras.

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