INTELLECTUELS ET INDIVIDUALISTES
tionale ne sera féconde qu*autant qu'elle s'appuiera sur une doctrine et Ton y a tenté, non sans succès, de dégager la doctrine de la contingence des faits.
La méthode inductive a donné déjà de remarquables résultats on permettant à des esprits robustes de remonter le courant des préjugés révolutionnaires. Par elle, un Maurras, en méritant Tépithèle topique de a politique réaliste », a reconstruit, sur les besoins modernes et les traditions séculaires, l'édifice de la monarchie nationale.
Dans l'ordre politique, les intellectuels ont donc serré de près le problème de l'avenir et hâté sa résolution; de telle sorte qu'on leur oppose aujourd'hui moins des convictions que des préférences.
Il n'en est pas encore ainsi dans l'ordre moral et dans Tordre social, dont 1 importance ne saurait leur échapper,'puisqu'ils ont engendré historiquement Tordre politique et lui demeurent étroitement unis.
Ici, nos amis de V Action française me permet» tront de formuler toute ma pensée, dût-elle leur sembler nouvelle, car il est indispensable pour s'entendre de poser sans réticences les termes de la discussion.
Par leur éducation, par la culture intensive et les qualités mêmes de leur esprit, les intellectuels semblaient destinés à rester des individualistes. Il a fallu le cri déchirant de la patrie pour arracher ces représentants d'une humanité supérieure à leurs sereines contemplations, faire vibrer le cœur du citoyen plus fort que la sensi-
bilitéderartiste, que la curiosité du psychologue ou du savant. Brusquement leur est apparue la vanité de Tétude égoïste et la fausseté des dogmes de 1789 dont le libéralisme aboutissait k Tapothéose de la trahison.
Gomme la nature impose à tout ce qu'elle engendre des lois aussi sages qu'harmonieuses, il s'ensuit que la société est régie par des lois supérieures et formelles que les constitutions n'ont pas le droit d'entraver, mais le devoir de maintenir.
Dans la détermination de ces lois, les réalistes dégageront les notions du Bien et du Mal et, s'élevant plus haut encore, seront obligés de définir les délicates limites de la Justice et de la Charité. Ils proclameront ainsi l'existence et les droits de la morale sociale, dont la négation fut la cause des crises de TËtat moderne en même temps que de son impuissance.
C'est d'abord dans l'ordre économique, c'est ensuite dans l'ordre moral (car leur méthode les amènera forcément à passer de l'un à Tautre), que nous verrons à l'œuvre les intellectuels pour rhonneur de leur doctrine et, lorsque celle-ci se sera rencontrée avec la doctrine séculaire de l'Ëglise, pour Thonneur aussi de nos convictions catholiques. De la nécessité d'une morale unique pour les peuples et les individus, ne doit-on pas conclure en effet à la nécessité d'une religion universelle, pour peu que l'on remarque le fait universel de l'existence d'une religion et celui de l'acceptation, au moins théorique, de la morale chrétienne par tous les peuples civilisés ?