DE M. JOACHIM GASQUET
Un jeune et déjà heureux écrivain, M. Joachim Gasquct, nous avait raconté, simplement, au diner de V Appel au Soldat^ le jeudi 21 mars, Thistoire de ses émotions, de ses passions politiques, pendant les dernières années: il nous avait dit ce qu'avait été pour lui cette crise psychologique et presque religieuse dont l'affaire Dreyfus, pour la plupart des Français véritables, fut l'occasion. — Ce récit, il le refit, à noire prière, aux étudiants réunis à la salle de la rue Serpente, dix jours après, par V Union nationaliste des Ecoles.
Avant l'Affaire, M. Gasquet était socialiste, comme il convenait que le fût un jeune homme intelligent,désintéressé, nourri de la philosophie, de la littérature et, aussi, des journaux de la fin du xix° siècle en France. Est-il nécessaire d'ajouter qu'il alla jusqu'à l'anarchie? Gela s'entend, puisque, aux volontés neuves et ardentes, il n'est
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pas possible de se satisfaire de timides compromis.
Mais, de cette impasse anarchiste où est entré et resté M. Trarieux, M. Joachim Gasquet n'a point tardé à toucher le fond, et à ressortir, par un vif mouvement instinctif. Jeune, alerte, avisé et équilibré, il aimait trop la vie au plein soleil, parmi les choses sensibles, et dans la société des hommes, pour s'exaspérer très longtemps dans la noire solitude des fanatiques.
Devenu (ou plutôt redevenu) un nationaliste, il n'a point changé de caractère, et n'a rien perdu de sa généreuse audace. Nationaliste, il devait aller au nationalisme inté^ gral : il y est allé, sans traîner. Il lui a suffi pour cela de comprendre exactement ce malaise politique dont il avait souffert, comme citoyen, pendant le Dreyfusisme, dont la France souffre depuis un siècle, et dont les causes sont analysées de la magistrale façon que Ton sait dans V Enquête sur la Monarchie (1), rédigée par notre ami Charles Maurras. U Enquête a été une révélation pour M. Joachim Gasquet, comme pour tant d'autres qui, chaque jour , depuis six mois, la découvrent, rue Baillif, sur l'indication d'un ami, la lisent, la dévorent, et sont stupéfaits
(1) h" Enquête sur la Monarchie est publiée eu- deux brochuros, aux bureaux de la Gazelle de France, 1 bis, rue Baillif.
que leur libraire de Paris ne la leur ait pas signalée (car u ne véritable conspiration du silence a été organisée autour de ce superbe livre qui est un acte et un programme officiel du duc d'Orléans).
Ayant ainsi compris le mal dont meurt la France, M. Gasquetn'hésite point à réclamer les remèdes «énergiques, définitifs», qui semblent ne pouvoir être appliqués, sans inutiles violences, avec tact, et surtout avec suite (notamment ence qui concerne la plaie juive), que par ce roi de France qui a prononcé le discours de San-Remo.
Et voilà comment il se fait que, le dimanche 31 mars, à la salle de la rue Serpente, on a pu entendre de jeunes hommes, qui n'étaient point royalistes d'éducation ni de caste, qui n'étaient point des gens titrés, ni des « cléricaux », ni des élèves du P. du Lac, — on a pu entendre des étudiants jeter le vieux cri tout simple et tout bref dans lequel les peuples normalement constitués résument toutes leurs a opinions » politiques, c'est-à-dire tous leurs vœux de bien-ôtre privé et de gloire nationale : « Vive le Roi ! »
C'est là un fait. Il ne faut point le grossir. Je doute que les étudiants ou même en général les jeunes bourgeois cultivés soient nombreux, à cette heure, qui puissent s'assimiler la pensée toute neuve, toute verte, en quelque sorte, que vient d'introduire M. Joachim
Gasquet. Gomme tous les initiateurs, le jeune directeur du « Pays de France » va faire scandale. Le jour est loin, peut-être, où un parti monarchiste existera chez nous, — j'entends un parti composé d'hommes sains de corps et d'esprit, élevés au plein air du siècle, avides de vivre et de vaincre, — capables, non de flatter le prétendant, en faisant des neuvaines pour que « Dieu » sauve la France, mais de servir le Roi en l'aidant à la sauver lui-même, c'est-à-dire à mettre la main dessus. M. Gasquetestle premier jeune homme qui sous nos yeux soit devenu monarchiste,— comme on devient socialiste en ce moment de notre histoire, — par une pleine intelligence de la société moderne. Qu'il soit aujourd'hui seul, peu importe : l'attrait de ce qui vit est tel, qu'il aura des disciples avant six mois; il Jui suffira, pour faire école, de rester imperturbablement luimême, et de s'affirmer. Car quiconque s'affirme, ayant en tête une vérité « théorique », est destiné à tirer après soi le troupeau de ceux qui, l'ayant conçue et admise, cette même vérité, attendent qu'elle devienne « pratique » et se nient eux-mêmes, avec elle, et leur propre intelligence, en attendant.
En publiant donc l'éloquente autobiogra* phie que M. Joachim Gasquet a lue le 21 mars à la soirée de l* Appel au Soldat, je veux offrir aujourd'hui à tous nos lecteurs,
en même temps qu'un plaisir d'esprit, une occasion de comprendre la méthode de V Action française^ telle qu'elle est depuis son origine, et sa résolution, telle qu'elle se poursuit.
Notre méthode, c'est de rechercher autour de nous et de dégager, une à une, toutes les réalités et aussi toutes les puissances françaises : œuvres, hommes, institutions, mœurs, que la récente conquête juive et protestante tendrait à efifacer ou à dégrader. Plusieurs de ces réalités, plusieurs de ces puissances ont certainement fléchi au cours du dernier siècle écoulé. Ce nous est une raison de plus pour signaler passionnément et pour encourager à agir ceux de nos concitoyens que nous trouvons capables, à la fois, et de comprendre leur tradition, et de s'en nourrir, et de la continuer : quand un sang jeune et vigoureux emplit une délicate figure de ce pays humilié, nous sommes bien aises de l'opposer aux brutes saxonnes qu'appellent chez nous les Yves Guyot.
L'occasion en est plus fréquente que ne le croient les moralistes anglophiles. L'individu, en somme, pousse encore assez bien sur notre sol. Mais il est mal élevé, mal cultivé, ce qui veut dire : mal utilisé, mal occupé, mal sacrifié ; il n'est, en effet, sacrifié, occupé, utilisé même à rien qui soit à la fois proche de lui, semblable à lui et
plus durable que lui, à- rien qu'il puisse aimer et respecter, à rien à quoi il puisse s'appuyer, s'adosser, fièrement, en repos. Ni famille, ni corporation, nia pays » môme» ni maison : il est célibataire, prolétaire, fonctionnaire, locataire : d'un mot, Barrés a dit : déraciné !
Nous ne rêvons point d'anéantir demain toutes les circonstances, tous les faits qui ont, en cent ans, détruit la vie sociale dans notre pays et fait de l'individu le plus normal un anarchiste malgré lui. Nous ne rêvons point de créer, d'un coup, en les définissant, de nouvelles mœurs françaises. Mais s*il nous était démontré que ce sont nos actuelles institutions politiques, expression de notre anarchie morale et sociale, qui l'aggravent en la légalisant, et s'il devenait évident à nos yeux que, pour remettre de l'ordre peu à peu dans cette anarchie, des institutions fondées sur le principe qui lui est diamétralement opposé — le principe monarchique — pussent seules être utiles, — notre résolution est de ne point craindre de publier ici les résultats de notre étude.
Si le « nationalisme » ne peut s'imposer et vaincre qu'en devenant « intégral », — • nous ne reculerons pas : à \ Action Jrani^ai^e^ il sera intégral.
Henri Vaugeois.