‹ L'action françaiseChapitre 123 sur 189 · SCIENCE ET RELIGION · texte numérisé non relu

SCIENCE ET RELIGION

Ecoutez l'intelligence, étudiez la structure mentale d'un religieux, d'un théologien ou d'un métaphysicien, vous constaterez que toutes les solutions des problèmes d'ordre psychologique auxquelles arrive la science des fonctions du système nerveux ne sont admises qu'à titre de faits, non de principes, et que chacun de ces problèmes projette en quelque sorte dans leurs cerveaux ce que l'homme primitif appelle des a ombres », le M double )) des anciens Égyptiens.

Certes nous avons conscience de n'avoir point dépassé, en observant et expérimentant, le monde des phénomènes accessibles à la connaissance humaine de nos jours. Mais là où nous nous arrêtons pour classer les faits et en déterminer la suite et l'enchaînement nécessaire, le théologien et le métaphysicien partentd'un pied léger pour le pays des rêves et construisent Dieu et l'Ame avec de vaines ombres projetées par les seules t*éalités phénoménales de l'entendement. Le double se dédouble, et, d'abstractions en abstractions, de principes ontologiques en postulats de la raison, d'idéalités en vérités éternelles, on monte dans un empyrée de formes vaines, ombres et fantômes de mots

vidés du contenu qu'ils renfermaient chez Démocrile, chez Laplace, chez Darwin.

11 faut bien, quoi qu'on en ait, se rendre à l'évidence. La science résignée el fière devant l'inconnu, qui n'est sans doute que de l'inconnaissable, la science qui professe ne rien savoir de la nature des choses, des origines du monde et de la vie, possède cependant une connaissance systématique des phénomènes et parait seule digne d'occuper une pensée virile, dédaigneuse des rêveries et des espérances de l'homme inculte et sans critique.

Quelquefois, aux jours de Pâques ou de Noël, le savant et le philosophe quittent leurs cellules pour se mêler à la foule de leurs frères qui prient et chantent dans les églises du Christ. C'est qu'une grande pitié, une profonde commisération incline l'homme de pensée sur l'homme de douleur, sur ce peuple de chrétiens, dressés par les mères de nos mères à faire le bien et à éviter le mal en vue du salut, dans l'espoir d'une vie meilleure, dans lafoi en la justice ou en la niiséricorde d'un Père céleste.

Avoir fait d'une brute aux instincts naturellement bas et sensuels, d'un barbare atroce et cruel, une créature morale et pieuse, voilà l'œuvre des religions. Mais ces grandes écoles de discipline du cœur et de la pensée, je veux dire des sentiments et de l'intelligence,

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