LA POLITIQUE ET LA VAPEUR
Les rédacteurs de V Action française^ et notamment ceux qui s'appliquent à résoudre les vaines Nuées, ne s'abusent pas sur le succès des œuvres humaines : la moindre veut un prodigieux gaspillage de temps et de forces, et tout ce qu'on peut faire d'utile pour assurer ou presser les événements est d'indiquer aux véritables hommes d'action des chemins raccourcis. Mais pour qu'ils se décident à passer par ces raccourcis, il est encore nécessaire de débarrasser leur esprit d'une foule de préjugés qui les rendent comme perclus.
Nous croirions avoir beaucoup fait pour la vieille cause française si, par exemple, nous
arrivions à persuader les liiéoriciens ou praticiens de la politique de Futilité qu'il y aurait c\ s'exprimer désormais sans Métaphores et à dépouiller leur raisonnement du spécieux appareil des Analogies. Mais, là, tout est à faire ! Chez nos meilleurs amis, il se rencontre encore de bons cerveaux gênés et faussés par les métaphores de Torganicisme. Newton disait qu'il ne fabriquait point des hypothèses : Haitd metapJwranfingimiiB devrait nous servir de devise. C'est sur la réalité politique, sur le fait positif des sociétés humaines que doivent s'exercer l'analyse et l'observation.
Un de nos lecteurs a la bonté de nous signaler dans la lUvué des Deux Mondes du 15 mars tout un article de M. Charles Benoist, qui n'est qu'une longue Nuée engendrée par la passion de la .métaphore. Il traite de l'Etat, du Nombre et du Travail. M. Charles Benoist, que notre ami a soin d'appeler pour la circonstance le roi des utopistes, proteste que ses métaphores sont des faits. Ce sont des faits accommodés à la sauce métaphorique.
Exemple :
— Uintroduciiondu Nomhre dans la mécanique de TEiai est comparable^ Ufaui bien s en c<mvaincre^ à r introduction de la vapeur dans la mécanique du Tra^ vail. Si la vapeur n^est en somme que Veau passée par Vébullilion de Vétat statique à Vètat dynamique^ le Nombre c'est le Peuple passé aussi j^ar la Rivolulion du premier de ces éïats au second. Le mmbre n'est pas plus le peuple tout simplement que la vapeur n'est de Veau tout simplement. Lui aussi a subi une
transformation iTabord du che/même de la transformation psychologique de V ouvrier^ puisque^ la classe ouvrière étant très nombreuse dans une nation^ lorsqu'elle change, il est impossible quune grande partie au moins du peuple ne soit pas changée., .
La sagesse de nos ancêtres enseignait que tout est pur aux purs. Combien il est plus vrai que, pour les impurs, tout est impur! Etn*y a-t-il pas une haute mélancolie à penser que les grandes démolitions de Taine n'auront peut-être servi, eu somme, qu'à répandre chez les historiens et les politiques le goût d'interminables métaphores continuées ! — Ce n'est pas seulement M. Charles Benoist qui en souffre (selon le texte de la bonne pochade connue :
Et quatre métaphores Ont étranglé Bsnoist),
c'est encore une inQniié d'intelligence souples, fortes, mais peu méthodiques» comme la sienne. Faut-il, au surplus, démontrer que la présente métaphore de M. Charles Benoist ne vaut rien? Allons-y, bien que cela soit un peu trop facile.
' L'eau soumise au feu et portée ainsi à Tébullition se disperse, s'évapore et s'évanouit quand elle n'est livrée qu'à ses propres pouvoirs. Les énergies qui sont éveillées on elle de la sorte ne contribuent qu'à la dissoudre et qu'à l'éparpiller. La vapeur — entendue comme force motrice, comme état plus actif et plus noble de Félément — cette vapeur est, quoi qu'en dise M. Charles Benoist, tout autre chose « en somme o (!) que
l'eau passée par rébullition de Tétat statique à Télat dynamique, ou ce dynamisme de i*eau n'eût pas été supérieur à son statisme, il lui eût même été inférieur, et de beaucoup (puisqu'il eût amené évaporation, destruction), si riutelligence de Thomme, la science de l'homme ne s'en fussent mêlées. MaisThomme est venu: cet être ordonnateur et organisateur, le roi des bêtes et des choses, a capté cette force en lui opposant d'autres forces, dont la résistance et le rythme bien calculés ont aussitôt déterminé un ordre précieux d'activité nouvelle. Ce n'est pas la vapeur toute seule, c'est la vapeur et l'appareil, la vapeur et le coefficient du capital humain qui passe de l'état d'inertie à celui d'utile mouvement. Étant donné la propriété que possède l'eau de se résoudre en vapeur, sa marche ascensionnelle, son progrès, son accession à la plus haute puissance, tout ce bien, tout ce positif ne sont dus qu'à la force intelligente et régulatrice qui est intervenue, au souverain arbitre de l'homme.
Nous avons rétabli la signification véritable de la vapeur et deson emploi. Essayerons-nous d'en tirer une conclusion analogique qui soit vraie? M. Charles Benoist ne s'en est pas soucié : si puérils que soiert ces ouvrages, — allons-y encore !
Le nombre, la collection des éléments individuels, est de soi une chose non seulement stérile, mais destructrice. Pour que le nombre serve, il faut que ses éléments soient organisés, c'est-à-dire mis dans un ordre dont le nombre ne soit pas la raison. Bien ou mal, bien et mal
sans doute, la nation française était organisée quand se fit la Révolution. Bien ou mal, bien et mal sans doute (je parle ici de la manièrel)^ la Révolution la désorganisa. Sa flamme, obscure ou blanche, a dis^joint, éloigné, dissocié la composition primitive, rompu les appareils qui Tutilisaient. Il ne reste de cette composition primitive qu'un élément instable, vagabond et tourbillonnant. Si on le compare à de Teau, nous n'avons point de la vapeur, mais Tinconsislante fumée. Si on le compare au rocher, c'est de la poussière ; quand le vent la soulève, on aie spectacle des violentes tempêtes de sable dans les grands déserts.
Que les institutions qui faisaient du peuple un peuple dussent changer, on peul l'accorder volontiers. Mais il fallait créer d'autres institutions. La transformation du peuple en une puissance (ou plutôt en une impuissance) purement numérique marque, en réalité, le parfait contraire d'un progrès.
LES NUtES DE L'AIQLON
Puisque M. Rostand doit entrer à l'Académie, montrons qu'il est des grands familiers de l'Histoire et quelles privautés lui permet cette Muse.
En train d'assembler de toutes parts]les couleurs de la Nuée napoléonienne, M. Rostand a inventé ou plutôt il s'est procuré à bon compte, entre autres matières propres à cet usage, toute une psychologie romantique des Habsbourg, dont il se sert pour démontrer que
Taigle des Habsbourg ne soutient pas la comparaison avec Taigie dont l'Aiglon est issu, cette aigle-ci portant, assure-t-il, des « plumes d'or», et Tautre aigle, Taigle d'Autriche, étant de noir vêtue , c'est-à-dire le plus tristement qui se puisse, s*ilen faut croire notre Aiglon et son auteur.
11 faut donc que les influences venues à l'Aiglon par Marie- Louise soient les plus funèbres du monde, et M. Rostand s'est plié de tout cœur au système de cette belle inspiration. Il fait dire à Metternich, parlant à TAiglon :
. . Tout un brouillard fatal vous accompagne...
... Mais à TOtre insu c'est toute une Allemagne
El c'est toute une Espagne en rotre î\me dormant. . .
VEscurialy les fantasmagones
Les murs noirs.
L*AiGLON (à soi-même)
Oh ! ce serait un crime Que de faire monter, pays clair et sublime, Sur ton splendide pe (!) lit trône impérial (!!!) Un être de malheur, d'ombre et d'Escurial. Et si, lorsque plus tard je serai sur le trône, Le Passé, m'allongeant dans l'âme sa main jaune, Venait y déterrer de ses ongles hideux Je ne sais quel Rodolphe et quel Philippe II !
M. Rostand croitàTinflexible rigueur des lois de l'hérédité. A merveille ! Mais il se trompe dans l'application. Je laisse Tamphigouri et le mauvais démarquage de ce que nous avons lu chez Hugo dans la Rose de Vlnfanfe et ailleurs. Les Habsbourg d'Autriche ne tiennent rien de Philippe II, par la raison qu'ils ne descendent point de lui, comme il est évident que M. Rostand Ta cru. Voici leur arbre :
Philippe le Beau, comte de Flandre et archiduc d'Autriche
Charles Quint, Ferdinand,
comte de Flandre, archiduc archiduc d'Autriche,
d'Autriche, roi des Es- empereur.
pagnes» empereur.
Philippe II, Dynastie des Habs-
roi d*Espagne. bourg d'Aulriche,
Quel rapport là-dedans de TEspagne avec rAigloQ, issu, comme il est certain, de la seconde branche, et comment porte-t-il dans un coin de son âme Philippe II, qui n'était que fils de son grand-oncle? Gomment est-ce qu'il est un être ^*Escurial (un être d'Bscurial!], quand le palais ne fut bâti que sous Philippe II? Je ne sais. M. Rostand fait dire à Marie-Louise qu'elle descend de Charles Quint. Point du tout. Il croit aussi Charles Quint Espagnol. Pas davantage. II était Flamand, Flamand comme Philippe le Beau son père, Flamand comme les ducs de Bourgogne dont il sortait. Gela n*est pas plus contesté que contestable.
Or voyez les coups de l'histoire, et qu'on allât remplacer dans les vers de M. Rostand l'Espagne, Philippe II, l'Escurial parla Bourgogne et par les Flandres ! Flamand et Bourguignon, cela n'irait plus du tout.
Ohî Nuée, Nuée bienfaisante! ...
LE CHŒUR
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
La Religion des contemporains, par M. Tabbé
Delfour (Paris, Société d'imprimerie et de librairie).
La troisième série de la Religion des contemporains est bien supérieure aux deux précédentes. M.Tabbé Delfour, qui examine dans une suite d'études et de portraits philosophiques les tendances religieuses de nos lettres et de nos arts, se distingue du plus Riand nombre de ses émules ecclésiastiques par l'exactitude et par l'étendue de son information. Enfin ! Voilà un prêtre qui se met, comme on dit, au courant! Sa bonne foi, son zèle sont aussi évidents que sa verve et que sa passion; et si, en bon prédicateur, il lui arrive d'abuser volontiers des associations d'idées toutes verbales^ l'ancien séminariste se signale par la vigueur et la souplesse de Targumentation, Logicien comme le diable, M. l'abbé Delfour montre parfois la sévérité d'un bon ange: mais il ne faut jamais en vouloir aux gens de vivre et de penser selon leur caractère. Je demande à notre ami Maurice Barrés la permission de transcrire une page de l'abbé. Elle est un peu pointue. Avec ses coups d'épingle, Tabbé Delfour n'en fait pas moins voir clairement que l'auteur italien de la Vierge aux Rochers est, comme tant d^aulres, comme nous tous, redevable de mille biens au Jardin de Bérénice et à V Amateur d*Ames.
L'idée fondamentale du livre est une idée absolument « barrésienne ». M. Gabriel d'Annunzio s'analyse, s'exacerbe et s'exalte dans la solitude; il se complait dans Tétude de son Moi, il développe les énergies de son Moi,
et finalement il se décide à en découvrir toutes les beautés aux yeux des esthètes, voire des barbares. C'est pourquoi les Vierges aux rochers ne joueront qu^un rôle secondaire, mais elles auront le grand honneur de faire ressortir la supériorité psychique et intellectuelle de Claude Cantelmo, le héros du roman, c'est-à-dire, en réalité, de M. d'Annunzio lui-même. Nous connaissions, depuis longtemps, ce thème inventé et amplifié par M. Barrés. Seulement, de grandes diflérences existent entre le modèle et l'imitation. M. Maurice Barrés, un r^^marquable pince-sans-rire, s'amuse énormément de toutes les cérémonies dont se compose le culte du Moi, et il nous amuse; M. d'Annunzio a l'air de « croire que c'est arrivé »..., et il nous ennuie.
Outre ridée générale du roman, l'écrivain italien a emprunté à M. Maurice Barrés nombre d'idées secondaires. De même que le Philippe de M. Barrés dialogue avec Simon, de même le Cantelmo de M. d'Annunzio converse avec son Daîmon, personnage un peu ancien, emprunté à cet autre pincc-sans-rire de haute envergure qui s'appelait Socrate. Et de même enfin que Philippe adressait, à ceux qu'il appelait ses intercesseurs, des invocations grotesques et presque sacrilèges, de même Claude Cantelmo rédige des apostrophes et des prières saugrenues à la multiple beauté des choses. Mais craignant, et non sans raison, d'être accusé de plagiat, M. d'Annunzio, pauvre inventeur, s'est appliqué à démarquer un peu les idées qu'il emprunte. M. Barrés, dans ses prières, copiait ou plutôt parodiait f^aint Ignace de Loyola; M. d'Annunzio parodie saint François d'Assise : a Loues soient-ils maintenant et toujours, mes ancêtres, pour les belles blessures qu'ils ouvrirent, pour les beaux incendies qu'ils allumèrent, pour les belles coupes qu'ils vidèrent, pour les beaux vêtements dont ils se parèrent, pour les beaux palefrois qu'ils caressèrent », etc., etc. M. Maurice Barrés a, d'une certaine manière, découvert le Vinci, loué le Vinci, chanté le Vinci en strophes à peu près lyriques. M. d'Annunzio trouve moyen de renchérir sur cette admiration exubérante; il s'inspire de la philosophie du Vinci, de la poésie du Vinci, et même de la peinture du Vinci.
Aimez-vons Ijëooard?on en a mis partout.
M. Barrés s'était fait son jardin, qui est célèbre;
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M. d'Annunzio a doux jardins, l'un pour les trois scBurs, Pautre pour Massimilla seule. On connaît le dédain que M. lîarrés a professé à l'égard des électeurs, aussi longtemps qu'il n'a pas eu besoin de leurs suffrage.*;. Le dédain de M. d'Annunzio pour la plèbe se répand en couplets interminables.
Existe-t-il une propriété littéraire? Imiter, estce plagier'? Ce sont de très grandes questions.
M. Tabbé Delfour m'oblige à lui répondre sur un fait personnel. Il veut bien écrire, page 34: <t Ce serait encore se tromper, comme l'ont fait « M. Taine et M. Charles Maurras, que d'expliquer « toutes les qualités de l'aristocratie par la seule « habitude d'avoir des serviteurs à sa disposition. » Je suis très honoré d'être mis dans la grande société de M. Taine. Mais les livres de Taine se défendent tout seuls. Il me sullira de plaider ma propre cause en faisant observer à M. Tabbë Delfour que je n'ai jamais expliqué fouies les qualités de l'aristocratie par une seule habitude. Ces expli • cations unitaires ne sont guère dans mon humeur, et, sur le point particulier qu'il a relevé, je n'ai jamais voulu que montrer une des faces de la question. Cette modeste théorie des S«*riïeu?*s reproduite dernièrement ici même revient à dire simplement qu'il y a réciprocité de services entre maîtres o.t serviteurs et que« faute des uns ou des autres, Tordre du monde est en péril.
Charles Maurr.vs.
Lfi Directpvrfoll'iqife : H. Val'geois.
Le Gérant : A. Jacquix.
Pans. — Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 17.
CHEMINS DE FER DE L'OUEST
Dans le but de faciliter les relations entre le Havre, la Basse-Normandie et la Bretagne, il sera délivré, du 1 «l'avril au 2 octobre, par toutes les ^^ares du réseau de TOuest et aux guichets de la Compagnie Normande de navigation, des billets directs, comportant le parcours, par mer, du Havre à Trouville et, par voie ferrée, de la gare de Trouville au point de destination, et inversement.
Le prix de ces billets est ainsi calculé :
Trajet en chemin de fer. — Prix du tarif ordinaire ;
Trajet en bateau. — i fr. 60 pour les billets de l"*"
et 2^ classes (chemin de fer) et l^e classe (bateau),
et 0 fr. 85 pour les billets de 3« [classe (chemin de
fer) et 2« classe (bateau).
ABOXIVEMErVTS SUR TOUT LE Rfr:SEAU
La Compagnie des Chemins de fer de l'Ouest fait délivrer, sur tout son réseau, des cartes d'abonnement nominatives et personnelles enl^^â^et 3" classes et valables pendant 1 mois, 3 mois, 6 mois, 9 mois et 1 an .
Ces cartes donnent le droit à l'abonné de s'arrêter à toutes les stations comprises dans le parcours indiqué sur sa carte et de prendre tous les trains comportant des voitures de U classe pour laquelle Tabonnement a été souscrit.
Les prix sont calculés d'après la distance kilométrique parcourue.
Il est facultatif de régler le prix de l'abonnement de 6 mois, de 9 mois ou d'un an, soit immédiatement, soit par paiements échelonnés.
Les abonnements d'un mois sont délivrés à une date quelconque, ceux de 3 mois, 6 mois, 9 mois et un an partent du l*^** et du 15 de chaque mois.
CHEMINS DB FER
DE PARIS-LYON-MÉDITERRÂNÉE
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