TROUPES
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I] est admis que la force intégrale d'aB£ armée est la somme de deux composante^ : la force matérielle et la force morale. De prime abord, il peut donc paraître superflu, inutile^ de démontrer, une fois de plus, les rapports de grandeur de ces deux forces entre elles et avBc leur résultante. Cependant, à notre époque de transformisme irréfréné^ de remaniements continuels et de bouleversements sans fin, où maintes fois le principal est subordonné à Taccessoire, le sujet vaut la peine qu'on y pense toujours et qu'on en reparle souvent.
L'organisation des forces militaires d'un peuple est le reflet des institutions sociales qui régissent ce peuple. L'armée subit les fluctuations de la politique intérieure par son mode de recrutement d'abord, c'est-à-dire dans sa base; par son système de dressage du soldat ensuite, c'est-à-dire par l'esprit qui anim« et dirige l'éducation militaire de ce dernier. L'histoire est là pour nous prouver que la valeur militaire d'une nation n'est pas constante, mais que cette valeur prend, sous la pression momentanée de tels ou tels événements politiques, des valeurs en plus ou en moins.
Quoi qu'il en soit, personne ne doute, parce que les faits de chaque jour le démontrent, que la force matérielle ne soit l'objet de toute la sollicitude des pouvoirs publics. Sous le rapport du nombre des combattants, comme au point de vue de la qualité des armes et de Tabondance des approvisionnements, nul gouvernement n'entend lésiner. Toutes les propositions, toutes les demandes, tous les projets ayant pour.but d'augmenter les uns et d'améliorer les autres, sont mis à exécution presque aussitôt qu'ils ont été conçus. L^ardeur et le génie des inventeurs, l'âprelé des fournisseurs, seraient les premiers à exciter le zèle et le dévouement des organisateurs responsables, dans le cas où ceux-ci manifesteraient le désir de s'arrêter pour mettre un frein aux dépenses, ou pour se mettre en garde contre tout entraînement irréfléchi. C'est une garantie que, de ce côté du moins, aucune désillusion n'est à redouter. On serait plutôt tenté de conseiller le calme exigé pour ne prendre que des décisions mûries et deux fois justifiées, que d'en provoquer de nouvelles, prises hÀtivement sous le coup de la crainte de voir l'ennemi gagner de l'avance dans ses préparatifs. Mais en est-il de même de la force morale? Celte force cependant ne se crée pas du jour au lendemain. C'est, au contraire, une œuvre de longue haleine dont le principe réside au cœur même de la nation, mais que l'éducation militaire surexcite, développe, conduit et utilise au suprême degré. C'est elle qui supporte les contre-coups de l'état social et qui sollicite d'autant plus notre
attention et nos efforts que Tindividualisme, la libre discussion, Tesprit de négoce, la richesse, le bien-être sous toutes ses formes envahissent les mœurs des citoyens, et qu'enfin on a vu éclore chez nous le parti de l'étranger et éclater l'affaire Dreyfus.
L'expérience fournie par les guerres de toutes les époques, soit que l'on remonte à la plus haute antiquité, soit que Ton borne son étude rétrospective aux campagnes les plus récentes, l'expérience prouve que la force morale a une valeur supérieure à celle de la force matérielle. C'est un phénomène indiscutable qui se conçoit aisément : peu importe, en effet, que les outils soient bons si l'ouvrier est mauvais.
L'éducation technique du soldat ne constitue que son éducation mécanique. Il peut manœuvrer correctement sur la place d'armes : cela lui suflit pour faire bonne figure à la parade, dans une revue. (1 peut exécuter les tirs avec une certaine précision dans les stands de garnison, mais cela prouve-t-il que l'homme soit apte à entrer en campagne, c'est-à-dire à supporter les plus violentes intempéries, à fournir de longues marches et à résister aux plus dures privations sans se plaindre et sans se laisser abattre? Cela prouve- t-il qu'il essuiera le feu de l'ennemi avec assez de bravoure pour tirer luimême avec calme, et pour tenir ferme, sans broncher, sous la grêle de projectiles qui s'abattra sur lui?
Ce sont là, cependant, les premières qualités du soldat, parce que l'impulsion physique n'est rien si le sentiment d'où naît Timpulsion morale
fait défaut. Le cœur humain a des faiblesses contre lesquelles Téducation militaire doitprendre de sérieuses mesures, de sévères garanties ; l'arme n'est pas, comme à tort quelques-uns le croient, la source des actions de guerre.
L'homme est le pivot de tout combat; c'est lui, et non la machinp dont il se sert, qui détermine le succès et entraine la victoire. Aussi, comparez les résultats que vous obtiendrez avec un soldat calme, doué de sang-froid, obéissant, bien dispos, sûr de lui-même et confiant dans ses chefs, avec ceux que produiraient des êtres troublés, inquiets, émus, fébriles, surexcités, n'assurant pas l'arme à Tépaule et tirant comme des écer-velés au hasard du coup de doigt, avec des êtres affolés n'osant se porter en avant et se demandant même s'ils ne reculeront pas.
Les progrès de la science permettent de développer chaque jour la puissance balistique des armes à feu, mais pendant que s'accroissent la portée, la rapidité du chargement et du tir, l'homme ne se modifie pas ; sa force physique et sa force morale restent toujours déterminées par les mêmes limites. Le niveau de celle-ci tendrait plulAt à s'abaisser qu'à s'élever,par suite de l'usure prématurée de la force physique et de l'intensité des pertes subies sur le champ de bataille durant l'acte de préparation. La valeur des armes et la valeur intrinsèque de l'homme peuvent être considérées, dès lors, comme fonction Tune de l'autre, de telle sorte que la seconde diminue quand la première augmente.
C/esl contre ce résultat qu'il faut réagir. Dans le combat, la force morale l'emporte notoî-
rement sur la force physique, parce que, soit dans l'exécution des feux, soit dans la marche en avant, soit dans la période critique de l'assaut, la première' réagit sur la seconde au point de la centupler suivant les vicissitudes et les dangers de la lutte.
Lafuria francese, qui a produit tant de hauts faits glorieux illustrant les fastes de notre histoire, et dont nous avons le droit d'être fiers, ne manifeste ses effets que dans le corps à corps. Tout le monde avoue que pas un peuple n'est capable de rivaliser avec nous dans l'acte de décision ; mais il faut attendre ce dénouement de l'action, il faut le préparer, et avec les armes actuelles la préparation deviendra de plus en plus longue. C'est cette période qui met davantage à contribution le sang-froid du soldat. C'est la période la plus pénible du combat pour les tempéraments vifs, enthousiastes, caractères particuliers de notre race.
Les Allemands l'avaient prévu dans la préparation de la guerre de 1870. Aussi avaient-ils, dans l'instruction de leurs troupes, pris des dispositions remarquables pour cous empêcher, autant que possible, de les aborder. Ils nous craignaient d'autant plus vivement que, k cette époque, l'armée française était, pour les quatre cinquièmes, composée des vieux soldats d'Afrique, de Crimée, d'Italie, du Mexique. Leur valeur morale, au début de la campagne, aurait pu l'emporter de beaucoup sur celle des masses allemandes et compenser notre infériorité numérique. L'état-major prussien chercha donc à exploiter d'avance, par des formations tactiques
appropriées, le calme, la patience, la lourdeur même du tempérament teuton, ce qui lui permettait d'espérer, en faisant traîner la période de préparation, d'avoir raison de notre énergie et de briser tous nos efforts.
Aujourd'hui, notre armée se recrutant dans toutes les classes de la nation, d'après le système déjà employé en Allemagne avant 1870, notre tempérament se trouvera, saus contrepoids, face à face avec les difllcuUés inhérentes aux différences caractéristiques des deux races. Et si nous n*y prenons garde, les armes de précision, dont toute la valeur repose sur le sang- Troid du tireur, tourneront à notre désavantage. Moins intelligents que nos soldats, ceux de TAUemagnc sauront mieux résister à Ténervement de l'atlente, tireront mieux aussi que rinfanterie française, et l'acte de préparation sera plus complet de leur part que de la nôtre.
Qu'on ne vienne pas dire que le nombre répond à tout, que la victoire est pour les gros bataillons et que la condition nécessaire et suffisante pour vaincre est de réunir plus de monde que son adversaire sur le mémo champ de bataille. Avec les masses que toutes les nations européennes mettraient en ligne dans le cas d'un conflit, on peut soutenir que, à peu de chose près, les forces opposées seraient équivalentes. La différence entre les valeurs des armes, fusils ou canons, de chacune de ces armées serait insignifiante, parce que, comme nous le disions plus haut, toutes les nations s'organisent matériellement dans des conditions presque identiques. L'émulation sous ce rap-
port est réciproque. Une invention n*est pas plus tôt utilisée par Tune, que les autres s^efTorcent de la connaître et de s*en emparer pour en doter leur armée.
Lorsqu'ils organisent sur le papier les forces militaires de leur pays en prenant, pour base des formations tactiques qu'ils préconisent, la force matérielle seule, les théoriciens font fausse route. La différence vraie, réelle, celle qui entraînera la prépondérance d'une armée sur l'armée adverse, résidera exclusivement dans l'exubérance de force morale que Tune d'elles possédera sur Tautre. La preuve en est dans ce que le vainqueur subit souvent des pertes plus considérables que le vaincu.
Aujourd'hui, l'acte de préparation, le feu, commençant alors que les adversaires sont encore séparés par une très grande distance, les pertes se feront sentir plus tôt qu'autrefois. Or les pertes n'entraînent une troupe à la retraite, au renoncement à la lulte, qu'en raison de l'impression morale qu'elles causent à cetle troupe. Si cette dernière voit tomber le dixième, le sixième, le cinquième, le quart, le tiers ou plus encore de son effectif, sans se laisser ébranler, elle imposera k son ennemi, l'arrêtant s'il se porte en avant, l'obligeant à abandonner la position s'il est resté sur la défensive. A moins que l'ennemi, de son côté, n'ait Tàme aussi bien trempée, il ne pourra continuer la lutte qu'en engageant prématurément ses réserves. Cette nécessité diminuera d'autant sa puissance de choc au moment de l'acte final, de ïacte de décision^ le mettra en état d'infériorité et l'acculera à la défaite.
Avec l'organisation actuelle, avec le type de Tarmée nationale confondant, sous le même uniforme, rhomme habitué aux plus rudes travaux avec le paisible bureaucrate, le lettré délicat et le snob qui perd son temps dans les plaisirs, le facteur moral est plus important que jamais. Lui seul est capable d'assurer la cohésion de tant d'éléments disparates ; d*oix il ressort qu'il est plus indispensable qu autrefois, aux officiers, de posséder la connaissance de Tàme humaine, afin d'en tirer, lorsque les circonstances l'exigent, le maximum d'effet voulu.
11 y a dans cet appel à Tune des plus belles vertus que l'homme possède, le courage, une question de tact qui ne s'apprend pas t l'improviste, et dans nos écoles militaires les futurs officiers doivent être instruits avec minutie sur un point de doctrine si important.
11 faut du temps, un temps passablement long, pendant lequel les chefs auront pris l'habitude du commandementet de l'assurance dansl'exer» cice de leur autorité, tandis que les hommes apprendront à connaître leurs chefs et à les estimer. Dans une armée bien constituée, une confiance réciproque doit unir les chefs et les soir dats, parce que cette confiance rend les difficultés du commandement moins lourdes aux uns, et les exigences de la discipline moins rigoureuses aux autres. C'est ainsi que naît la vertu militaire, laquelle engendre à son tour la force morale.
La durée du temps de service étant très courte maintenant et pouvant être réduite encore, les frottements que la discipline poup-
rait détruire par une influence prolongée persislentaujonrd*hni ; l'éducation morale du soldat revêt dès lors une importance plus capitale que par le passé. Elle constitue le seul moyen d'affinité sur lequel on puisse compter dans des heures troublées, dans les moments les plus critiques du combat,, à ces instants où la moindre défaillance, où le moindre doute, la moindre hésitation, ont des conséquences incalculables. N'est-ce pas pour Teffet moral qu'elles produisent sur l'ennemi que sont employées les surprises, les attaques de flanc ou de revers ?
A des époques particulières de la vie d'un peuple, au milieu d'une transformation sociale où l'enthousiasme est débordant et conflue presque au délire, dans une de ces situations comme celle où se trouva la France après 1792, l'élan patriotique est tel que la vertu militaire semble surgir spontanément. Mais ces événements sont des exceptions, et l'émotion issue d'une pareille secousse ne prélude pas d'ordinaire aux sacrifices sans limites qu'une guerre entraîne fatalement avec elle.
Quand, au contraire, Tidée de Tégalité absolue n'est point contrebalancée par l'idée d'abnégation envers l'intérêt patriotique ; quand Tidéal disparaît pour faire place à l'égoïsme qui accapare toujours une partie du cœur de l'homme et surtout de Thomme ordinaire, c'est à dire de plus grand nombre de citoyens, de la masse en un mot, alors tout est perdu.
[A suivre.) Robert Bailly.
ERRATVM à Varticle de M, de Lantivydu /»' avril 490i,
Une erreur de mise en pages a dénaturé très malheureusement {àdXL^V Action françaùeàxk 1'^ avril) Tintéressant article de noire collaborateur M. de Lantivy : un passage a été omis, à la page 538, dont le texte doit être rétabli comme suit :
Aprh ces mots :
... L'apothéose de la trahison,
il faut lire :
Les éléments sains du monde intellectuel se sont alors séparés de ses éléments contaminés, ceux-ci contribuant à notre dissolution, moins peut-être par leur faute que par la juste conséquence d*un sophisme invétéré.
L'individualisme semble aujourd'hui condamnable à tous les bons esprits dans ses manifestations politiques, parce qu'ils estiment que la politique ne doit être que l'expression la plus haute, ou pour mieux dire la résultante nécessaire des intérêts de la nation. Mais, s'ils en rejettent l'application telle que la proclamait la <( Déclaration des Droits », il ne savent pas encore, pour la plupart, en dénoncer les princi-
l'action françaisb 679
pes dans la philosophie à-prioristique de Roilsseau.
Là est le nœud de la question, et là devront en venir les intellectuels réalistes que la logique étreint implacablement.
En étudiant les questions économiques, dont il ne leur est plus possible de se désintéresser, ils se trouveront en face du problème de Torigine des droits de la société. Il leur faudra donc, sous peine de rétrograder et de renier leur doctrine politique, conclure, à l'inverse du Contrat social et de l'école officielle, que Télat de société est un état naturel de la race humaine au même titre que Tétat de famille, mais que l'homme vivant en dehors de la société eût été un monstre, s*il avait jamais pu cesser d'être un mythe. Comme la nature , etc.
STREPSIADE. — 0 nuées 1 c'est de Toas que Tiennent mes malheurs, de tous à qui je m'étais confié, corps et âme...
L'INJUSTE. — ... fit tu sauras délayer de verbeux projets de loi. On te persuadera aussi de regarder comme beau tout ce qui est honteux et comme honteux tout ce qui est beau...
STREPSIADE. — Scrait-co des demi- déesses ?
SOCRATE. — Pas du tout; ce sont les nuées du ciel, de grandes déesses pour les paresseux ; nous leur devons tout :
pensées, paroles, finesse, charlatanisme, bavardage, mensonges, pénétration.
STREPSIADE. — Aussi, en les écoutant, mon esprit a déployé ses ailes. Il brûle de bavarder pour des riens.
Aristophane.
LA QtOMtTRIE
DE M. tMILE ZOLA
Pot'BoMU et 2a Terre ^ ainsi que diverses études littéraires et artistiques, avaient montré combien M. Zola est dépourvu d'esprit de finesse. Ses misérables essais d'argumentation en faveur de Dreyfus ont prouvé qu'il est aussi peu doué d'esprit de géométrie. Mais c'est à la Géométrie elle-même que M. Zola se révèle
étranger. Il fait dire à l'un des personnages de cet interminable Travail qui s'allonge dans les colonnes de V Aurore :
— Nom mêlons nos vies depuis tant d'années dans des hesognes parallèles.
On croyait que le propre de toutes parallèles était de ne se mêler jamais ni en aucun point, fussent-elles prolongées indéfiniment. C'est lesognes convergentes que voulait dire M. Zola : et l'expression, pour n'être guère élégante, n'eût pas du moins offensé la raison. Il est vrai que ces parallèles singulières échappent à l'expérience aussi bien qu'au raisonnement, puisque, selon l'évangile de M. Emile Zola, elles doivent aboutir à 'l'idéale et supernaturelle a Cité de Justice ».