LES ANNEXIONS DE PRESSENSÊ
Notre bon ami Pressensé écrivait dans ï Aurore du o avril :
— U^n Louis XIV ^ professant lui-même le catholicisme et croyant faire son salut en révoquant VEdit • de Nantes et en proscrivant^ pour expier les péchés de son amoureuse jeunesse, l'élite industrielle, intellectuelle et morale de la France, peut soulever mon indignation : il ne commet du moins aucune inc<inséquence et il ne sort pas de la logique.
L'élite industrielle, intellectuelle et morale de la France au xvii* siècle a donc été méchamment expulsée de France par la révocation de TÉdit de Nantes. Il est doux de lire ces choses dans les feuilles de la Vérité et de la Justice. On a le plaisir d'y constater une fois de plus que ces messieurs de la Religion se font toujours, comme Ton dit vulgairement, bonne mesure. Il est difficile de savoir à deux siècles de distance qui formait l'élite industrielle ou l'élite morale . du royaume de Louis XIV ; mais le premier
manuel Tenu peut nous renseigner sur Télite intellectuelle.
Selon la coutume du sage qui, tous les jours, s'instruit, nous sommes enchantés d'apprendre que Bossuet, Racine, Fénelon, La Fontaine, La Bruyère, Charles Perrault, Mmes de La Fayette, de Sévigné, de Haintenon et de Grignan, que Mabillon et Tillemont, que Claude Perrault, que LouYois et Villars durent prendre l'un après l'autre le chemin de Texil par l'ordre du Grand Roi.
IMPORTANTE DÉOOUVERTE
. DE M. ALFREb FOUILLÉE
Un député, M. Couyba, agrégé de l'Université, ayant, par frénésie égalilaire, proposé que les élèves de l'enseignement moderne eussent les mêmes droits à devenir médecins ou avocats que ceux du classique, M. Alfred Fouillée protesta vivement et excellemment dans l'intérêt de la haute culture française. Une discussion, dont on trouve les échos dans le Temps^ s'est engagée et a conduit fort loin les deux universitaires. Dans une récente réplique, en conclusion d'un développement sur légalité, d'ailleurs assez riche en Nuées, M. Fouillée demandait :
— La démocratie eonsiste-t-elle à sacrifier aux inditxidtis les intérêts de toits ^ les intérêts de la nation f
Et cette question, M. Fouillée la posait avec l'angoisse d'avoir trouvé une chose nouvelle, si singulièrement nouvelle qu'il n'était vraiment
pas possible de la croire vraie. Quoi ! la démocratie serait cela ? C'est une pensée à laquelle ou ne se doit seulement pas arrêter. M. Fouillée ne s'y arrêta pas.
Mais puisque, après vingt-cinq ans de pratique de la « sociologie », M. Fouillée en arrive à se poser cette question téméraire, combien d'années de réflexion lui seront encore nécessaires pour qu'il se décide à admettre cette vérité? Elle lui paraîtra peut-être encore neuve et rare et il sMmaginera sans doute l'avoir découverte! Les idées vont si vite, dans l'Université, que M. Fouillée pourrait bien y être, tout de même, un précurseur.
Le Choeur.
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BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
La Saison à Bala, par Hugues Rsbell
(Borely éditeur).
Les Polonais nous ont envoyé naguère un long roman dont chacun connaît trop Je titre et la vogue. On assure qu'il a plu surtout par un mélange des beautés évangéliques à quelques épices un peu grosses, mais supposées païennes, et par là sans doute édifiantes. Le petit conte de M. Rebell se déroule vers les mêmes temps, mais on le trouvera pur de ces agréments moraux. L'auteur paraîtra plus occupé de nos plaisirs que de notre salut. Indulgente facilité, imagination voluptueuse, liberté du goût, discrète retenue de l'expression, ce ne sont point, malgré les efforts, des vertus de Sarmates. On peut aimer nos conteurs français. On aimera les simples intrigues de deux fripons de parasites, la comique ou tragique infortune du riche et très gras Scévinus (avec quelle romaine sagesse il reçoit le thaumaturge I on croit entendre le Festus des Actes) ^ la grâce un peu acerbe delà petite Gadicia. (a Elle est hargneuse comme un chien corse, joueuse comme une chatte, voluptueuse comme une chèvre; à toutes ces qualités animales, elle joint l'avidité d'un usurier, la rapacité d'un marchand d'esclaves, et malgré tout, c'est une candeur. » ) Qui ne passerait à M. Rebell la plaisante silhouette qu'il a donnée du bon Paul? Quelques théologiens ratio-
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nalîstes,amis surtout des preuves morales, ne goûteront point, dans Tarant- propos, diverses allusions à « ce don admirable que possède l'humanité moderne de découvrir, dans les paroles et les actes à première vue insensés, les vertus secrètes dont elle a besoin >. — L. M.
L'Esprit protestant, Politique et Religion (1512- 1900), par Gaston Mergibr (Perrin et (?• édit.).
H. Gaston Mercier, qui appartient & la religion réformée, s'est prononcé, dès le début de la crise Dreyfus, pour la cause nationale. Il y eut un mérite extrême et Ton ne peut trop Ten louer. Et comme son cas n'est pas isolé, il a excellemment fait de démontrer à ceux de seâ coreligionnaires qui sont restés dans le parti français qu'ils avaient toute espèce de bonnes raisons pour agir de la sorte. Mais quand M. Gaston Mercier prétend, par le secours d'exemples historiques, prouver que les protestants libéraux, anarchistes et dreyfusiens ne sont pas dans l'esprit de la Réforme, nous ne nous donnerons pas l'ennui de répondre à ses exemples par des exemples aussi nombreux, et auxquels il ne se ferait certes pas faute d'en opposer d'autres, et bien convaincants à leur tour. 11 nous suffira de dire à M. Mercier que tous ses faits, tous ses témoignages, et ceux qu'il y pourrait encore ajouter, ne prévaudront pas contre l'analyse des causes de l'anarchisme protestant qu'ont faite et Bossuet, et Joseph de Maistre, et Auguste Comte, sans oublier quelquesuns des collaborateurs de VEnquéte conduite ici même Tan dernier. Et c'est à quoi M. Mercier ne répond que par une distinction entre le protestantisme libéral et Forthodoxie calviniste qui révèle chez lui un tempérament très catholique. Au risque
de le contrister, nous dirons donc à M. Mercier que s'il n*est pas da parti de Dreyfus, c'est qu'au fond il n'est pas un pur, un véritable protestant.
Correspondance de Théodore Jonifiroy,
publiée avec une étude par Adolphe Lair (Perrin
et Gie).
C'est surtout par une certaine nuit, dont il a complaisamment décrit les phases, que JoufTroy s'est rendu fameux. Il est donc assez curieux de lire les lettres qu'écrivait aux environs de cette crise ce jeune homme inquiet. Elles montrent bien — et le récit connu en donnait déjà la preuve — que la foi de Théodore JoufTroy succomba moins au doute . réfléchi qu'à une exaltation romantique et libérale que M. Lair qualifie de « christianisme naturel ». Et l'on sait que M. Lair est un catholique excellent.
Au prochain numéro le compte rendu de Claudine à Paris par Willy, des Fsncyclopédistes par L. DuGRos, etc..
Jacques Bainville.
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