‹ L'action françaiseChapitre 145 sur 189 · M- HENRY MICHEL ET LA LIBERTE · texte numérisé non relu

M- HENRY MICHEL ET LA LIBERTE

Juif de naissance, protestant de religion et, di pro/êssione, professeur de philosophie, M. Henry Michel a dû être créé par un décret nominatif pour approvisionner de larges, épaisses et fuligineuses Nuées notre Chœur de V Action française. Son dernier article du Temps (20 avril), consacré à la réception de M. Emile Faguet, n'est qu'un énorme banc de fantômes noirâtres : ils glissent d'un mouvement morne sur un ciel déjà gris et bas.

Voici d'abord de bien insolentes questions, car il n'en est pas une à laquelle il n'ait été répondu clairement :

— Toute liberté j dit-il, est unprivilègê. H n'est que trop vrai quê la liberté a été longtemps un privilège^ et mimé qu'elle Vest encore. Mais doiMle le rester?

(Oui, si la liberté demeure fidèle à elle-même, si elle continue d'être ex soi un pouvoir, un pouvoir non sur les choses, mais sur les hommes.) Ne demendra-t-elle jamais le partage de tous? (Non. Une liberté, c'est-à-dire un pouvoir sur les hommes, c'est-à-dire une autorité, n'a point de sens si elle est exercée par tous. Qui ditautorité, — et l'autorité est la forme parfaite de l'idée de liberté, — implique des sujets sur lesquels cette autorité s'exerce. La liberté naît du fait de l'inégalité des hommes. Elle la présuppose.) Y a-til àceîa une impossibilité ou physique ou morale? (Voir ci-dessus.) Vautre part ^ la démocratie aspire-t-elle vraiment^ dans sa passion de V égalité, atout niveler^ les intelligences, l4s conditions f On a dit bien souvent qu'elle y aspire^ et M, Faguet le répète. Mais il faudrait le prouver. J'entends : il faudrait prouver que telle est bien la vocation de la démocratie. (Vocation : terme théologique qui convient à M. Henry Michel, mais ne nous convient pas. Disons : définition. La seule définition de la démocratie n'est-elle pas : gouvernement du plus grand nombre, c'est-à-dire du nombre en tant que nombre ? Et si les éléments du nombre ne sont pas égaux par définition, l'on serait bien reconnaissant à M. Michel de le dire. S'ils sont égaux, quelle égalité plus brutale? Et comment le gouvernement qui procède de ce principe ne serait-il pas niveleur ?)

M. HENRY MIOHEL ET L*ËQALITt

M. Henry Michel rappelle plus loin une formule qui est chère à son cœur, et nous la trans-

crivons afin que Ton distingue clairement les raisons de sa grande amour :

— M, Faguet, qui es f si/ranch&nwni de son temps ^ qui est Vun des esprits les plus ouverts de ceiemps^ et qui est aussi un cœur généreux^ voit-il donc quelque inconvénient à ce que la démocratie s'efforce de mettre — suivant une formule qu'il m'est arrivé plus d'une fois déjà déplacer sous les yeux de mes lecteurs^ et que je leur demande la permission d'employer encore — « unpeumoinsd'inégalitéaupointde départ des « destinéesindividuelles, et,vers le terme de ces a destinées, certaines aides sociales, pour compenser les disgrâces imméritées, pour soulager les détresses dont l'individu^ livré à lui seul, serait incapable de porter le poids ?

Comme on connaît M. Henry Michel théologien protestant, nous n'insisterons pas sur les disgrâces imméritées^ nous ne lui demanderons pas ce que vient faire en politique cette notion purement éthico-religieuse du mérite. Ce qui vaut la peine d'être retenu, c'est la conception exprimée par ce vœu d' « un peu moins a d'inégalité au point de départ des destinées indivi- « duelles.., » La question politique doit évidemment se poser dans un bon esprit en tout autres termes que dans l'esprit de M. Henry Michel. Un bon esprit se demandera en posant la question politique si, pour le bien de la cité (et par conséquent de Tindividu, mais tout d'abord de la cité, qui commande et conditionne les biens individuels), si, disons-nous, l'inégalité des points de départ n'est pas un précieux facteur de prospérité, de puissance, de richesse, de conservation, de progrès, et si, par conséquent,

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tous les membres de la cité, même les plus infimes, n*ont pas un très pressant intérêt personnel à organiser ces inégalités que M. Henry Michel coupe, taille, nivelle avec la brutale folie du philosophe scythe dont parle La Fou* taine... Oui, voilà la question véritable, mais ce n'est pas pour l'opposer à la question de M. Michel que nous avons cité cette dernière.

Nous avons cité cette ingénue définition de la démocratie : « un p&u moins cCinègàUté au point dé départ », parce qu'elle traduit très bien la psychologie enfantine, scolaire et cuistrocratique des démocrates de Tespèce de M. Henry Michel. Ils révent que la vie soit une manière de composition et de concours,dans laquelle tous les élèves seront munis dumêmé lexique,avec papier au même en-tête, encre de la même médiocre vertu. Justice et ii^ustice^ égalité et inégalité^ droit et passe-droit, toutes ces belles imaginations sont sorties de ces têtes chauves de vieux élèves à qui la vie, le monde, la nature n'ont rien appris ni désappris.

M. HENRY MIOHEL ET SA OHËRE PATRIE

. M. Henry Michel, à propos de M. Emile OUivier, qui recevait M. Faguet, aFaplomb d'écrire ces lignes :

— J'ai déjà dit V essentiel y il y a quelques années ^ qicand M. Emile Ollivier a lu, comme directeur de l'Académie, le rapport sur les prix de vertu. On me permettra de rappeler le sentiment que /exprimais alors. (Tétait un étonnement douloureux. Il me sem^

blait — et je pense qu'il semblait aueei à heaucoiep d'hommes de ma génération — qu'avec d aussi écrasantes responsabilités sur les épaules, ïattitude la plus nattarelle eût été Veffacement et h silence. RIEN ne s'est passé depuis qui ait pu modifier ce jugement et ce n'est pas la présence de M. Mommsen à la séance dhier qui m'vncûerait à en adoucir les termes,

Bieny c'est dire beaucoup! Il nous semble qu'il s'est passé depuis ce a jugement d une assez longue suite d'incidents de tout ordre dont un juif protestant et universitaire aurait plus d'uuQ raison de se souvenir, — l'affaire Dreyfus !

Mais, avant cette affaire, un Juif protestant et universitaire était-il qualifié pour adresser à M. Emile OUivier un reproche quelconque sur la guerre de 1870? Si l'abominable politique des nationalités doit à jamais peser sur la mémoire de l'Empereur, la désorganisation militaire est presque tout entière imputable au parti libéral. Et si M. Bmile011ivier,ayant joint à la qualité de ministre de l'Empereur celle de chef de l'ancien parti libéral, fléchit sous le double fardeau, ce n'était pas à. un théoricien du libéralisme d'accorder ou de refuser l'amnistie à ce criminel.

Mais quelques mois après l'Affaire, et au moment même oCi il est question à Berlin et à Pari# de la reprendre, M. Henry Michel ose écrire ce prodigieux alinéa :

— CTestànouSy qui ne sommes ni des jeunes gens ni des vieillards^ à nous, qui éiionsy au moment de la guerre, des enfants, mais des enfants dont l'esprit devait mûrir vite et dont le cœur a reçu Virréparable blessursy c'est à nous, à nous seuls, qu'il appartient

de garder^ d^ entretenir la flamme des souvenirs vengeurs,

11 n'y a pas grand chose à répondre à ce juif protestant universitaire, théoricien du libéralisme, ancien défenseur de Dreyfus. Il n'y a, pensons-nous, qu'à lui taper familièrement sur la panse, qu'il a puissante et rebondie^ et à lui murmurer le mot qu'il sait déjà et qui est bien le mot de la situation :

Impudentissimé mmtiris.

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