‹ L'action françaiseChapitre 149 sur 189 · partie périodique · texte numérisé non relu

partie périodique

Correspondance : L Athlète ou le' Diadumène de Polyclète (Louis DioUer). — BIBLIOGRAPHIE (Henri Taugeois, Jacques Bain ville).

PARIS

BUREAUX DE L'ACTION FRÂNpAISE

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ABQNNEIERTS : Pirtt et (MpartBDiBRtt, 10 fr. Etnsgtr, 15 fr.

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PRINCIPAUX COLLABORATEURS

Paul Bourget, de l'Académie -française. — Gvp.

— Jules SouRY.—; Maurice Barres. — Cuarles , Maurras. — JuÉES Caplain-Cobtambbht. —

Maurice Talhey». — Maurice SPRO^cK. —

UUGOËS FlEfiELL. — JEA^LEMITTY. — P. COPIM-

Albancelli. — Alfred- Duquet. — Frédéric Plessis. — Lucien Cohpechot. — Denis Gm- BEHT, dépulé. — Frédéric Amochetti. — Robert BaILLY. — JOACinH GaSOUET, — ,\UGL'STE

Cavalier. — Georges Grosjeak. — Xavier dk Magallon. — Théodokb Botbel. — Dauphin Meunier. — L. db Montesoi:ioc-Fezensac. — LïaEs MoHEAU. — Octave Taoxieh. — Mau-

> RICE PUJO. — h. MOUILLABD. — JaCQUBS BaIK-

viLLE. — Alfred de Pouvourville. — Robert Lackay. — De TnouAHS. — A. Serpb. — 0. de Barhal, etc.

fondateur:

Le Colonel de Villebois-Harbuil

Horl an champ d'hodaeitr f

15 mai 1901.

rÉGOISME NATIONAL

Je crois à T utilité des dialogues entre adversaires politiques, lorsqu'il y a désintéressement, sincérité et liberté d'esprit égales des deux parts. Je viens d'apercevoir — cette quinzaine-ci — la possibilité de l'un de ces dialogues, entre deux philosophes de mes amis : Tun, que je ne puis aujourd'hui nommer, n'ayant pas eu le loisir de lui demander son consentement, est un maître très éminent et très aimé de notre Enseignement supérieur ; l'autre est Maurras. L'un est démocrate et fut un dreyfusien militant ; l'autre est ce royaliste qui fit dans la Gazette de France, au mois de septembre 1898, le panégyrique du « faussaire » Henry...

On voit la distance. Qu'elle ne soit pas infranchissable ; qu'à force de bonne foi et de précisiondansTanalyse, qu'à force de vivante

ACTION FRAKÇ. — T* IV. 55

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dialectique, deux hommes ainsi séparés puissent se rejoindre un jour, dans Taffirmalion de quelques vérités de politique nationale, — voilà ce que Ton doit tenir pour certain, si l'on a le moindre soupçon de ce que peuvent la raison et le langage français.

Si je n*étais point convaincu que, tôt au tard, le point de vue auquel je me suis trou\ é placé, et duquel j'ai conçu ces études de V Action/rançaise^ apparaîtra comme rigoureusement central, et donc nécessaire, pour des intelligences de ce pays-ci ; si je n'étais pas dès à présent assuré d'avoir réagi à l'excitation dreyfusienne comme devaient réagir les gens qui sont nés à l'ouest de l'Europe civilisée, autour de Paris, et qui ont appris à lire dans Molière et dans Bossuet ; — si, en un mot, le Nationalisme n'était pas ce qu'il est à mes yeux : une philosophie, c'est-à-dire une maxime d'action, une sagesse pratique, et la plus haute qui soit pour notre peuple, — je ne le défendrais point.

Voilà pourquoi j'ai voulu provoquer les objections de ceux-là d'entre les dreyfusiens humanitaires que je sais être des philosophes, des idéologues, et qu'il nous faut très certainement avoir avec nous, si nous voulons que lajeunessestudieuse, qui les suit, ne se jette point tout entière, et d'un seul élan, dans le marécage malsain de l'Ânarchisme,

sur les bords duquel s'est couché ce pauvre M. Anatole France.

Je ne sais si nos adversaires seront nombreux h accepter la discussion, très courtoise, que nous voulons leur offrir. Il me suffira, pour aujourd'hui, de noter la parfaite et généreuse franchise avec laquelle m'a répondu déjà l'un des plus sérieux et des plus décidés champions de ces « Droits de l'Homme x> que nous combattons sans merci à V Action française.

Voici l'occasion de ce premier et nécessaire débat, que j'ai cherché :

Tout dernièrement, dans les journaux de l'Eglise dreyfusienne (car il y a, je l'ai dit déjà, parce que je l'ai éprouvé, une Eglise, ou du moins une religion dreyfusienne), on a pu lire des fragments d'une conférence « posthume » de Renan. C'est ce discours électoral prononcé en 1869, à l'heure très courte où la libre intelligence du philosophe se laissait incliner vers cet objet peu digne de l'occuper : une candidature au Corps législatif. Mal prêt pour les petites débauches de mensonge qu'exige toujours un de ces tristes /lii^ts avec l'épaisse coquette qu'on nomme la Volonté nationale, Renan, on s'en souvient, échoua comme il le méritait. Trente ans après l'aventure, son gendre, M. Psichari, a cru devoir relire à un public réuni par la Ligue des Droits de l'Homme les

aimables banalités que les électeurs de 1869 inspirèrent à Tillustre candidat, obligé de leur parler la langue des candidats. Langue invinciblement vague, comme Ton sait, puisqu'elle doit servir à exprimer non des faits, ni des idées, mais des espérances, des vœux et des promesses : non ce qui est, mais ce qui sera... peut-être ! .

Au moment, donc, où nous nous plaisions, nous autres nationalistes anti-démocrates, à souligner certaines clairvoyantes et tranquilles analyses de l'illusion révolutionnaire, esquissées dans la Réforme intellectuelle, dans le Discours pour la réception de M. Claretie à l'Académie française (bien avant que n'eût parlé le Taine des Ongines de la France contemporaine), on a trouvé merveilleux de nous opposer le Renan « libéral » de 1869. — Notre ami Maurras s'est fâché ; dans un de ces • vendredis » du Soleil qui ont le privilège d'agacer et d'inquiéter MM. Ranc et de Pressensé, parce qu'ils passionnentet mettent debout toute une cohorte de jeunes nationalistes-intégraux, l'auteur de V Enquête sur la Monarchie a répondu avec des textes. Il n'avait que l'embarras du choix ; il a choisi la plus pleine et la plus définitive, la plus « ronde » des consultations formulées par le bon Docteur, qui fut un si fin confident des névroses de notre France détraquée du xïx' siècle. La voici, extraite

NOTES POLITIQUKS 781

de la préface des Questions contemporaines :

Toujours grande, sublime parfois, la Révolution est une expérience infiniment honorable pour le peuple qui osa la tenter ; mais c'est une expérience manquée.

En ne conservant qu'une seule inégalité, celle de la fortune ; en ne laissant debout qu'un géant, TËtat, et 35 millions de nains; en créant un centre puissant, Paris, au milieu d'un désert intellectuel, la province; en transformant tous nos services sociaux en administrations; en arrêtant le développement des colonies et fermant ainsi la seule issue par laquelle les Ëtats modernes peuvent échapper aux problèmes du socialisme, la Révolution a créé une nation dont l'avenir est peu assuré, une nation où la richesse seule a du prix, où la noblesse ne peut que déchoir. Un code, de loi qui semble avoir été fait pour un citoyen idéal, naissant enfant trouvé et mourant célibataire ; un code qui rend tout viager, où les enfants sont un inconvénient pour le père, où toute œuvre collective et perpétuelle est interdite, où les unités morales, qui sont les vraies, sont dissoutes à chaque décès, où l'homme avisé est l'égoïste qui s'arrange pour avoir le moins de devoirs possible, où Thomme et la femme sont jetés dans l'arène de la vie aux mômes conditions, où la propriété est conçue, non comme une chose morale, mais comme l'équivalent d'une jouissance toujours appréciable en argent, un tel code, dis-je, ne peut engendrer que faiblesse et petitesse... Avec leur mesquine conception de la famille et de la propriété, ceux

qui liquidèrent si tristement la banqueroute de la Révolution, dans les dernières années du xvTii* siècle, préparèrent un monde de pygmées et de révoltés.

Pour qui sait lire, il m'a semblé que cette page devrait suffire. Je l'ai donc envoyée, encadrée des commentaires pressants de MaurruS, à ce Maître universitaire dont l'enseignement peut beaucoup, en ce moment, sur les jeunes Français réfléchis.

Il me répond :

«... La thèse dé Renan, cette thèse nationa- « liste qu'il a exprimée fortement et noblea ment, il ne la donne pas comme française, « mais comme allemande, comme germanice que : cela ne lui enlève rien do sa force ; « mais il ne faudrait pas toutefois proscrire « ceux quineTacceptentpaset qui auraient le ce tort de défendre la tradition française» Je tt ne pense pas que la grandeur de la Francfe ce puisse être désormais de s'enfermer dans « une sorte d'égoïsme national ; elle devient « petite matériellement par la force des tt choses ; l'heure n'est pas peut-être de se ce rétrécir de parti pris et de s'amoindrir (( moralement. »

Voici à peu près ce que je voudrais répliquer :

NOTKS POLITIOUES 783

Mon cher Maître,

Il serait long d'examiner si la thèse nationaliste développée par Renan dans la préface des Questions contemporaines demeura strictement germanique à ses yeux, et s'il en efit répudié toute application à notre pays. Vous^ nous accordez, au surplus, que cette thèse a de la force. Vous ne pouvez négliger, dans l'éloge que fait Renan des Universités allemandes, de leur sérieux, de leur vie profonde, lente et libre, la leçon de politique naturelle et décentralisatrice que Maurras aimerait à y chercher: vous ne pouvez résister à la décisive critique de notre Code civil — ce Code pour célibataires et enfants trouvés — dans lequel s'est traduite et comme cristallisée l'œuvre sociale de la Révolution française. El vous ne songerez jamais à défendre comme une heureuse conquête « la transformation de tous nos services sociaux en administrations )>.

D'où vient donc le dissentiment de vous à nous? Ce n'est pas comme théoricien politique que, malgré vous-même, vous défendez, avec les « Droits de l'Homme »>, leurs conséquences : ce stérile individualisme, ce dur et sec libéralisme économique, ce triste mensonge égalitaire, qui, passant dans nos lois, nous ont fait une société médiocre,

pauvre, inquiète, et brûlante de haines ou de désespoirs privés, innombrables. C'est comme moraliste que vous nous désapprouvez de renoncer trop facilement à ce que vous appelez la tradition française, — à savoir: celle de 89. Dans notre nationalisme, ce qui vous choque, surtout, c'est le dessein, que vous nous attribuez, de nous « enfermer dans une sorte d'égoïsme national », de nous <* rétrécir de parti pris », d'amoindrir « moralement », enfin, une France devenue déjà petite « matériellement ».

Cette difficulté morale que vous nous opposez vaut, à mon sens, d'être éclaircie complètement, une bonne fois; c'est elle en effet qui nous sépare encore, nous qui voulons réorganiser notre pays, des plus précieux de nos collaborateurs de demain : j'entends, les hommes d'étude, les « intellectuels ».

Quand on parle d'égoïsme national, pour définir une politique, il me semble que l'on cède à la même tentation qui, dans la vie privée, porte les faibles et les vaincus à parler de l'égoïsme de leurs voisins plus heureux. Dire qu'une nation est égoïste, c'est ne rien dire, sinon qu'elle vit d'une vie assez riche , assez énergique, et jaillie de sources historiques assez profondes, pour faire centre parmi les autres nations, et les obliger à graviter autour d'elle. Tel fut le sort de la France

NOTES POtlTIOUES 785

SOUS Richelieu,sous Colbert et sousLouvois. Tel est celui de rAllemagne depuis Bismarck et sous Guillaume IL Aurions-nous la bassesse de récriminer et de blâmer à côté de nous une fortune qui fut celle de nos pères, qui serait encore la nôtre si nous avions su respecter et comprendre nos véritables traditions ?...Je parle des traditions françaises, mon cher Maître, parce que, tout de même, vous abusez un peu en prononçant ce mot pour désigner l'ensemble des velléités assez confuses qui s'exprimèrent dans la Déclaration des Droits de THomme et qui n'ont guère cessé, en effet, d'obséder depuis cent ans nos meilleurs hommes d'Etati Ce qui vous est précieux, en somme, — (et à cet égard je voudrais qu'il fût bien entendu que vos exigences sont les miennes, sont les nôtres à tous, sont celles de tout ce qu'il y a de bonnes gens dans tous les partis), — ce qui vous est précieux, dans cette « tradition » révolutionnaire, c'est tout simplement l'éternelle générosité du tempérament français.

Or, cette générosité, je tous répondrai d'abord qu'elle n'est point dépendante d'un système politique, mais du caractère privé des hommes qui appliqueront ce système.

Mais si Ton demande que le système politique lui-môme soit « généreux » ; si l'on demande que les hommes d'Etat, dans la combinaison toujours volontaire, ingénieuse

et difficile qu'ils poursuivent, de mille intérêts particuliers avecun seul intérêt général, de mille vœux momentanés et changeants avec un seul dessein durable, — si Ton demande que ces hommes d'Etat renoncent à r « égoïsme national », — autant leur demander de renoncer à leur métier, à leur fonction, à leur devoir, à leur génie et à leur honneur.

Je ne sais pas si le Ministère des affaires étrangères, sous M.De]cassé,a entrepris d'appliquer à nos relations extérieures les « principes de 1789 w, ces niaiseries que M. Léon Bourgeois se croit obligé de maintenir sur l'affiche quand c'est lui qui incarne la diplomatie républicaine. Je pense bien que si nous sommes, à l'heure qu'il est,dans une attitude toujours un peu trop complaisante et docile vis-à-vis de TEûrope, ce n'est point pnr « altruisme », — mais tout bonnement par prudence. En tout cas, il semble bien que l'impossibilité où nous sommes depuis trente ans d'affirmer notre « égoïsme national » doive enlever tout sérieux et tout poids aux résolutions humanitaires et libératrices que proclament en ce moment trois ou quatre bons Tolstoïsants, qui menacent le Tsar dans V Aurore.

Quand donc cesserons-nous de confondre la Politique avec la Morale, et môme avec la Psychologie? Quand donc cesserons-nous

d'imaginer que, pour relever et guérir notre pays, pour lui rendre, avec la prospérité qu'il a perdue, ce rayonnement sympathique dont il se parait jadis et auquel il est toujours disposé, il soit utile de le nourrir de paroles édifiantes ? De grâce, ne prêchons pas à la France d'être honne, d'être humaine ; crionslui donc de rester elle-même, imperturbablement, et, sans chercher midi à quatorze heures, de tâcher de vivre.

Je sais bien qu'il y a des ascètes qui veulent que Ton vive sans manger, et qu'il y a des protestants qui veulent que la France se spiritualise jusqu'à devenir une Suisse, sans corps, c'est-à-dire sans résistance et sans appétits, — une ombre lamentable de veuve : la République française trouvera toujours un morceau de pain à la table du bon roi Edouard VII d'Angleterre, à condition de se tenir discrètement ! , . . — En vérité, mon cher Maître, n*avez-vous pas encore aperçu et vomi le rôle de dupesqu'ils nous assignent, ces étrangers qui sont venus depuis trois ans se gargariser avec nous de la tisane de Justice, de Vérité, de Solidarité et de Liberté, et qui peut-être nous riront au nez, demain, quand nous leur proposerons de leur expédier, en petits paquets, ces quatre bonnes fleurs desséchées ?

Henri Vaugeois.

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