CONTRE LES MÉCRÉANTS
Un rédacteur du Temps^ probablement dérunt M. Sabaiier, se plaignait parfois en 1899 du bouleversement des anciens partis. Ce désordre le déconcertait, et il déplorait que l'attitude des Français a ne relevât plus de la raison commune » ; en effet, dirait-il, « les révolutionnaires d'hier prennent des airs de conservateurs résolus; les conservateurs de tradition et de principes prennent des figures de révolutionnaires à outrance )». On a vu de la naïveté dans ce désarroi : un psychologue eût plutôt essayé d'expliquer tant de changements. Il y en eut en vérité d'affligeants : et nulle explication ne nous consolera jamais d'avoir à demi perdu Tun des plus clairs esprits du siècle. Mais d'autres évo lutions, moins scandaleuses, étaient seulement instructives. M. de Pressensé demeure un cas excellent.
M. de Pressensé continue comme autrefois à écrire au Temps sur la politique étrangère des études anonymes, informées, ingénieuses, où ne s'étalent guère d'autres Nuées que les Nuée? libérales. Mais il ne cesse point, depuis l'affaire Dreyfus, de signer à V Aurore de tumultueuses compositions sur les mœurs, inspirées du plus inconsistant social-démocratisme, autrement nommé anarchisme quand on ne tient point à la précision : je dirai, pour fixer les. idées.
la doctriDe de M. Sébastien Faure. Il n'y a rien là d*élonnant pour les gens qai n*ont pas peur de leur pensée : et M. Gh. Maurras répète souvent qu*il ne voit point de différence essentielle entre la doctrine politique de Ravachol et celle de Jules Simon.
On rencontre des personnes qui jugent cette opinion paradoxale. L'existence d'un Pressensé a donc une utilité : elle nous fait saisir un chaînon intermédiaire, et, comme on dit, une transition. Mais c'est la transition qui fait tout.
Le même Temps avouait un jour, au plein de Tagitation dreyfusienne, qu'il désirait aussi vivement que personne Tavèoement de la « justice sociale » : il ne reprochait aux gens violents que leur impatience, et que de méconnaître les possibilités naturelles. Des bourgeois estiment que notre société n'est point bonne ; mais des changements brusques sont pires, non pas seulement en ce qu'ils les dépouilleraient eux-mêmes, ou leurs enfants, d'une trop légitime aisance. Outre que nos descendants lointains s'arrangeront comme ils pourront, peut-être que les conditions de la prospérité sociale se seront modifiées d*ici là. L'égoïsme est humain, comme la mollesse de pensée, et les sophismes honorables dont l'amour-propre les recouvre. M. de Pressensé est un penseur assez mou, mais qui, sous les sophismes, a découvert et détesté Tégoïsme. Il a jugé convenable d'accélérer la venue de la «justice sociale ».
Il écrit donc à Y Aurore, C'est un endroit qui me plaît beaucoup. Il n'y manque point de gens de talent. Ces gens n'ont jamais réfléchi,, et,
sr^