‹ L'action françaiseChapitre 165 sur 189 · LUTHER ET LES JUIFS · texte numérisé non relu

LUTHER ET LES JUIFS

Luther ne tarit pas sur les interprétations ridicules des rabbins. Toute la partie de Texégèse juive appelée midraschique est pour Luther une source inépuisable de bruyante gaieté, de quo- . libets et d'invectives. Inutile d'ajouter qu'il ne connaît les « nugas Judaeorum » que par les livres latins de Raymond Martini, de Nicolas de lire et de Paul de Burgos. « Chacun voit que ce sont là des absurdités, dit-il à ce propos (1). Toutefois, de temps en temps, il faut touchera ce sujet, atin d'avertir ceux qui étudient la langue hébraïque de se mettre en garde contre les paroles et les écrits des Juifs. C'est d'eux que nous tenons la langue hébraïque. Reconnaissons vivement ce bienfait. Mais préservons-nous bien du fumier des rabbins! De la Bible ils ont fait une sorte de cloaque où ils ont vidé fleurs turpitudes et leurs imaginations les plus baroques. J'en avertis, parce qu'aujourd'hui beaucoup des nôtres, même des théologiens, accordent trop aux rabbins dans l'explication de l'Ecriture. Les rabbins, je les tolère dans la grammaire, mais

{i).Enain'at. in Gènes., p. 332.

ACnON FRANC. — T. IV. 62

ils n'ont ni le sentiment, ni l'intelligence véritable des livres saints, selon qu'il est écrit dans Isaïe : « La sagesse de ces sages périra et l'intel- Qc ligence de ces hommes entendus disparaîtra. > (29, 14, cf. 28, il.) La Bible est pour les Juifs un livre fermé et scellé. C'est dans une langue étrangère qu'elle parle à ce peuple. Luther ne peut comprendre comment de pareils interprètes, qui n'entendent rien aux choses saintes, ont pourtant entraîné après eux des hommes tels que Nicolas de Lire et les plus doctes hébraîsants du xvi'' siècle (1). Il ne voudrait pas qu'on vît dans ses paroles une condamnation des études grammaticales. Il soutient seulement qu'à la connaissance des mots il faut unir l'incelligence des choses, c'est-à-dire, en dernière analyse, qu'il faut prendre garde de voir dans laBibleautrecbosequece qu'y voitle docteur Martin Luther, ce Notre époque a produit nombre d'hommes très instruits et très diserts qui, parce qu'ils parlent de choses qu'ils n'ont point comprises, tombent dans l'ineptie et le ridicule. Erasme, cet homme d'une érudition et d'une éloquence merveilleuses, balbutie et dit des sottises toutes les fois qu'il traite de la jusUfication et des choses de la foi. J'en dis autant de Sadolet. » # GavB Judasos^ ckrisiiane! « Chrétien, prends

(i) Mathesius raconte que Luther comparait à Saiomoa les (( nouveaux » interprètes de la Bible qui araient suivi les rabbins. Le roi avait espéré que les narires qu'il avait envoyés dans Tlnde reviendraient chargés de marchandises riches et précieuses; ils ne lui rapportèrent que des singes et des paons. ,

Page 1