LUTHER BT LES JUIFS
chère Kaethe, répondit le docteur, mais cela a déjà été accompli lorsque les païens sont venus à l'Evangile. »
Il élait si convaincu qu'un Juif ne peut comprendre TEvangile, et qu'au fond ceux qui demandent le baptêmesemoquentdes chrétiens, qu'il lui arriva de dire : « Si un Juif venait me demander le baptême, je le conduirais aussitôt après la cérémonie sur le pont de l'Elbe, et je le jetterais à l'eau une pierre au cou. » Luther avait aussi contre les Juifs des griefs personnels. Il raconte qu'un jour vinrent à lui trois Juifs instruits, trois rabbins, dans l'espoir de trouver en lui un « nouveau Juif » parce qu'on commençait alors à enseigner l'hébreu à Wittemberg. tt Tout ne tarderait pas à aller mieux, disaient ces rabbins, puisque nous autres chrétiens nous commencions à apprendre leur langue et à lire leurs livres. » Luther disputa avec eux. A leur habitude, ils ouvrirent les commentaires de leurs docteurs. Quand Luther les voulait contraindre à examiner le texte même de l'Ecriture, ils s'efforçaient de lui échapper, disant qu'ils suivaient leurs rabbins ainsi que nous le Pape et les Pères de l'Église. « Pris de pitié, continue le théologien saxon, je leur donnai des lettres, afin qu'on les laissât aller en toute liberté pour l'amour du Christ. Mais plus tard j'ai appris comment ces vipères avaient appelé le Christ: Tholi, c'est-à-dire un larron pendu. Aussi ai-je résolu de n'avoir plus de rapport avec aucun Juif. La colère de Dieu est venue sur eux, comme dit saint Paul(I, ThessaL, 2, 16). Plus nous voulons les sauver, plus ils s'endurcissent; laissons-les. »
Ce sont là des exagérations pittoresques, des ^ traits d'humour, comme on en remarque sonyeni * dans les « conversations » de Luther. En réalité, cet homme excellent n*a jamais accablé de sa haine que des ennemis imaginaires. Il ayoue quelque part que, lorsqu'il voulait écrire contre le Pape ou quelque autre de ses grands ennemis, il avait besoin de se mettre dans un certain état d'esprit. C'était un artiste. Quant à cette aversion pour les Juifs, quant à ce vieux fonds de haine extravasée au cœur de tout chrétien, c'était là un fait de race, quelque chose d'héréditaire, d'inconscient et d'inné comme l'instinct.
Jules Soury.
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