DEVOIRS DE FRANÇAIS
Dans c(uelques jours, sur les murs des trentesix mille communes de France, tout citoyen sachant lire pourra se repaître de Ténumération détaillée des Droits de l'homme.
S'il est rentier, indépendant et un peu... jolard^ le citoyen lecteur s'enorgueillira probablement de cette phraséologie déclamatoire, composée de dix-sept articles datés du 26 août 1789 et de trente autres datés du 29 mai 1793.
S'il est petit employé, chargé de famille et dépendant de quelque administration gouvernementale, peut-être son enthousiasme sera-til moins grand que son étonuement quand il commencera la lecture de l'article 10 de la Déclaration de 1789 : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses... », et lorsqu'il en arrivera à l'article 4 de la Déclaration de 1793 : « Tous les citoyens sont admissibles à toutes les places, emplois et fonctions publiques. Les peuples libres ne connaissent d'autres motifs de préférence dans leur choix que les vertus et les talents. »
S'il est simple promeneur inoffensif, venant de subir un vigoureux passage à tahac^ ce lui sera assurément un baume souverain que la
dégustation de l'article 9 de la Déclaration de 1789, où il est dit ;, <« Tout homme étant présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable, s'il est jugé indispensable de l'arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s'assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi. ^>
Enfin, chacun y trouvera certainement quelque article susceptible de lui faire entrevoir, selon son tempérament et sa situation, des horizons de bonheur ou de... désillusion.
Au total, quarante-sept articles. Quarante-six énumèrentdes droits; un seul, l'avant-dernier, contient le mot devoir. Et ce devoir, c'est une lutte fratricide, c'est la guerre civile! « Dans tout gouvernement libre, les hommes doivent avoir un moyen légal de résister à l'oppression ; et lorsque ce moyen est impuissant, Tinsurreclion est le plus saint des devoirs. »
Cette obligation de s'entre-tuer dans la rue, entre Français, nous ne l'admettons pas, nous catholiques; mais on ne doit pas en conclure que la lutte légale nous soit interdite par notre conscience. Au contraire, cette lutte, même acharnée, est devenue pour nos consciences catholiques « le plus saint des devoirs », maintenant qu'on veut remplacer, dans Tâme de nos enfants, l'idée consolante de Dieu par les préceptes décevants d'une science athée. Cette fois, comme toujours, notre devoir de catholiques s'accorde exactement avec nos devoirs de Français, puisque les mêmes sectaires juifs et maçons en veulent également à l'âme et au corps de la France.
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Notre devoir de Français catholiques est donc de lutter par tous les moyens légaux et honnêtes contre la pieuvre judéo-maçonnique, sans nous laisser troubler par des phrases spécieuses comme celle-ci : « Il n*est pas un conservateur, pas un catholique, dont l'âme généreuse puisse approuver des mesures de spoliation et de proscription... »
A cette phrase sortie d'un encrier juif, et écrite sous l'impreiSsion de la crainte du flot montant etjustementvengeur de rAntisémitisme, on pourrait se contenter de répondre par cette définition due à une plume vraiment française, celle de Drumont, le courageux etpalriote auteur de la France juive: « L'Antisémitisme n'est point un syndicat d'hommes politiques cherchant à s'emparer du pouvoir pour les jouissances qu'il procure. C'est le groupement naturel et logique de toutes les forces nationales unies contre l'ennemi commun : le Juif, le parasite, Tagioteur et le traître. »
Mais par ces temps de veulerie mondaine, où nous voyons des hommes qui, le matin, ont été crânement sur le pré, craindre, le soir, de refuser l'invitation ou la main d'un cercUux qu'ils méprisent, il faut plus que des raisonnements, il faut des faits pour obliger les gens à comprendre leurs devoirs. Donc, plus de ces phrases à la Voltaire et à la Rousseau, aussi ronflantes que décevantes; assez de cette fausse philosophie humanitaire, productrice de sentimentaux capables seulement de larmoyer sur le sort d'un traître ou de créer des cimetières pour chiens.
L'Antisémitisme, c'est la lutte pour le droit de
penser autant que pour celui de vivre. Quoi qu'en dise le très adroit porte-parole de la haute Juiverie et de la noblesse décadente : « L'Antisémitisme est l'expression d'un antagonisme de race et d'une révolte de croyances » et les Juifs politiciens n'ont pas été les seuls créateurs du mouvement antisémite.
« A tort ou à raison, dit ce même défenseur, les catholiques ont inscrit au passif de certains Juifs politiciens l'article 7, la ruine de l'Union Générale, le Panama, la lutte contre le Boulangisme, l'affaire Dreyfus, l'avènement descollectivistes au pou voir, enfin la loi contre les associationsreligieuses. Est-il surprenant qu'ils aient cru de bonne foi que l'Ancien Testament engageait la lutte contre l'Evangile et que, défendant leur foi, ils se laissent entraîner à combattre ceux qu'ils considèrent comme les ennemis actifs de leurs croyances? Les quelques Juifs qui s'unissent aux ennemis de la Patrie ne sont qu'une minorité dans la communauté. Le plus grand nombre s'abstient sans avoirpeut-êlre le courage de protester ouvertement. »
Eh bien, nous ne craignons pas de l'affirmer, ce n'est pas à tort que les catholiques ont vu dans cet acharnement juif contre eux, qui étaient la grande majorité des Français, une guerre de race dont la religion était la cause fonda* mentale. La politique n'a jamais été qu'un paravent derrière lequel les Juifs dissimulèrent les agissements que leur inspirait leur haine atavique religieuse contre tout peuple catholique.
Quelques lignes de V Alliance Universelle Israi-
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litôy qui est comme le trait d'union officiel des Juifs, nous donneront de suite une idée du patriotisme supposable chez ces gens qui s'intitulent parfois doublement Français : ^ L'alliance que nous fondons n'est ni anglaise, ni française, ni allemande, mais universelle ; nous n'avons pas de compatriotes, nous ne connaissons que des coreligionnaires. Israélites, profitez de toutes les circonstances; notre puissance est grande, apprenez à l'employer ; le jour n'est pas loin où les richesses de la terre appartiendront aux Juifs. » Chaque phrase, chaque mot de cet extrait a une valeur que Ton saisit de suite, quand on se rappelle que les Juifs, n'ayant pas reconnu en Jésus-Christ le Messie annoncé par les Prophètes, attendent encore la venue des temps messianiques dont la conclusion doit -être pour eux la conquête du monde.
Beaucoup plus matériels qu'idéalistes, les Juifs n'avaient pu croire à l'authenticité du Messie Jésus-Christ qui disait en parlant de son royaume « qu'il n'était pas de ce monde ». La fondation et l'extension de cette Eglise catholique, c'est-à-dire universelle, dont la puissance morale allait chaque jour grandissant, achevèrent de les exaspérer ; d'autant plus que lea apôtres de cette religion chrétienne et éminemxdent paternelle ne cherchaient nullement à abattre les frontières politiques des peuple» qu'ils traversaient, mais au contraire redisaient sans cesse à tous leurs disciples : « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu, à César ce qui eôt k César, v
C'est alors que, troublés dans leurs croyances
prophétiques et inquiets pour leurs espérances terrestres, tes Juifs les plus versés dans la lot hébraïque, les rabbins, se mirent, pour les besoins de leur cause, à donner une interprétation toute particulière du Pentateuque et de tous les livres saints. G*cst ainsi que le Talmud fut composé dans les cinq premiers siècles de Tère chrétienne par une succes.sion de rabbins éminenls. Ce Talmud comprend deux livres : le premier, la Mischna, qui ne contient guère que la répétition des livres de Moïse, et,le second, la Ghémara, qui est un amas de commentaires rabbiniques.
De même qu'il se hâte de crier à la guerre de religion dés qu'on veut mettre un frein à ses rapines, le Juif ne cesse de crier à la calomnie dès qu'on lui met le nez dans les élucubrations malpropres du Talmud. Et ses protestations intéressées, pour qui n'a pas le temps de les approfondir, ont certaines apparences de vérité, car c'est à s'y perdre dans ce Talmud qui est tantôt de Jérusalem, tantôt de Babylone, et dans ces éditions qui, depuis le xvi*' siècle, ont toujours été savamment tronquées. Des pages entières sont laissées en blanc, ou les textes primitifs sont remplacés par quelques signes conventionnels qui permettent aux seuls rabbins instruits de continuer oralement leur explication.
Quant à l'importance du Talmud dans le «carriculum vitœ» du peuple juif,elle est indéniable, malgré la dénégation de quelques écrivains comme l'avocat juif Bédarride, qui, dans son livre les Juifs m France^ a la prétention de nous
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convaincre en disant : « Ceux qui ont voulu faire considérer le Talmud comme la seconde loi des Juifs ont pu imaginer ce fait qui ne repose sur rien de sérieux. '>
Sur rien de sérieux, dit cet historien? Alors, comment expliquer ces phrases des Archives israéîites : « Les observances du Talmud sont surannées ; elles empêchent le Judaïsme de se rendre acceptable. » — « Le Talmud a été touty il faut le réduire à rien. » — « Enivrés par les effluves de la liberté, ceux que Ton appelait les réformateurs voulaient se débarrasser d*un seul coup de toutes les entraves; et le Talmud, qui depuis son apparition avait joui d'une autorité incontestée^ fut dédaigné et repoussé. »
En remontant le cours des siècles, on trouve par centaines les appréciations des rabbins les plus réputés sur la valeur du Talmud : « Les paroles des écrivains du Talmud sont plus douces que celles de la loi. » — « Celui qui lit la Bible, sans la Mischna et sans la Ghemara, est semblable à quelqu'un qui n'a pas de Dieu, s — « Les discours des rabbins sont les paroles du Dieu vivant. »
Sous le premier Empire, le Talmud devait avoir aussi une certaine réputation, pour que dans la Collection des actes de V Assemblée des Israélites de France et du royaume d^ Italie (convoquée à Paris en 1806) on trouve ces paroles adressée s aux Juifs par Mole, commissaire impérial : « Sa Majesté, en échange de Tauguste protection qu'elle vous accorde, exige une garantie religieuse de rentière observation des principe énoncés dans vos réponses. Il faut que ces ré-
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penses puissent être placées à côté du Talmud et acquièrent ainsi aux yeux de tous les Jui/s^dé tous les pays et de tous les siècles^ la plus grande autorité possible. »
De nos jours, le Talmud est encore Tobjet essentiel des études dans les séminaires israélites, et dans certaines villes de France et de Tétranger il existe des sociétés talmudistes qui n'auraient pas de raison d'être si le Talmud n*avait jamais été qu'un vieil accessoire. Il est vrai qu'un certain nombre de Juifs (surtout parmi les millionnaires) et la plupart des Juives peuvent, avec franchise, affirmer qu*ils ignorent le Talmud (comme du reste beaucoup de catholiques ignorent le catéchisme), mais nous en trouverons peut-être l'explication dans ces trois lignes des Archives israélites^ dues à la plume du rabbin Lazard : € Quelques Israélites, fiers d'avoir, au sortir du Ghetto, pénétré dans les salons dorés, ne craignirent pas de rendre le Talmud responsable de leurs souffrances. »
En un mot, le Juif arrte*^, et n'ayant plus besoin des conseils talmudiques pour assurer Is pam de ses vieux jours ^ ne serait pas fâché de se débarrasser de ce complice compromettant...
Bien compromettant en effet ce Talmud (qu'on ne retrouve plus complet dans les bibliothèques publiques), dans lequel on peut apprendre que a Dieu créa 600.000 âmes de Juifs avec sa propre substance. Les âmes des autres hommes furent le produit du Démon; c'est pour cela qu'elles ressemblent aux âmes des bêtes p.
De cette genèse talmudique on passe sans étonnement à l'énumération de quelques-uns
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des droits que le Juif se croit sur la vie et les biens des autres peuples, toujours d'après le Talmud : « Si le bœuf d'un Juif heurte le bœuf d'un étranger, le Juif sera libre ; mais si le bœuf d'un étranger fait du mal au bœuf d'un Juif, l'étranger sera obligé de restituer au Juif tout le dommage, car, dit TËcriture : Dieu a mesuré la terre etila livré les goimsaux Juifs. » — « Vous n'opprimerez pas le journalier parmi vos frères, les autres sont exceptés. » — <( La propriété d'un non- Juif équivaut à une chose abandonnée, le vrai possesseur est celui qui la prend le pre^ mier. » — « Celui qui rend au goï ce que celui-ci a perdu ne trouvera pas grâce auprès de Dieu. » — a Si Ton retire un goï de lafossedans laquelle il est tombé, on entretient un homme dans l'idolâtrie. » — « Il est permis de tuer celui qui nie l'existence de Dieu. »
Et avec de semblables préceptes, avec une pareille morale inculquée à des milliers de cerveaux, pendant des centaines d'années, nous nous étonnerions qu'il y ait tant d'usuriers, tant de voleurs, tant de traîtres en Israël?
Dans le chaos d'une mentalité aussi perverse, on se demande où les Juifs auraient pu faire germer l'idée de patrie, du moins comme nous la comprenons. Un Juif, Karl Marx, l'auteur du Capital^ le père de V Interyiationale^ nous dit luimême que « les Juifs n'ont pas de patrie et que l'argent remplace la nationalité ». Ce doit être vrai, puisque l'or n'a pas de frontière, et que les Archives Israélites nous ont dit depuis longtemps : « Notre politiqm sera essentiellement universelle, cosmopolite comme le sont nos lecteurs. »
« La moralité fut toujours entendue par la race juWe d'une manière fort différente de la nôtre. Le sémite ne connaît guère son devoir qu'envers lui-même. Poursuivre sa vengeance, revendiquer ce qu'il croit être son droit est à ses yeax une sorte d'obligation. Au contraire, lui demander de tenir sa parole, de rendre la justice d'une manière désintéressée, c'est lui demander une chose impossible. » C'est Renan qui a écrit cela, sans doute après avoir lu ce passage du Talmud (traité Baba-Koummah) : « Il a été en* seigné ceci : lorsqu'un Israélite et un non-Juif ont un procès, tu donneras gain de cause à ton frère et tu diras au non-Juif : « Ainsi porte notre « Gode. » Si les lois des nations du monde se trouvent favorables à l'Israélite, lu lui donneras gain de cause encore, et tu diras au non- Juif : « Ainsi porte votre propre Gode. » Mais si nul de ces cas n'existe, il faut le harasser de chi> cane, jusqu'à ce que le gain de cause reste à risraélite. »
Allons, braves gens qui ne savez que gémir, en famille, à midi, et sabler le Champagne, à minuit, en joyeuse compagnie, courez vile, avec vos fils et vos filles à marier, chez le baron juif le plus proche et autant que possible le plus riche.
Ensemble vous crierez à la guerre de religion...
Gomte DE Bruc.
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Le visiteur du musée de Patissia voit d'abord le dépùt des antiquités mycéniennes. Là revit rame mecklenbourgeoise de l'explorateur Schliemann; âme naïve et forte, qui, sur la terre et sousiaterre,pour sa maison et pour sa tombe, employa le style et l'appareil de Mycènes. Mon sentiment, s'il faut le dire,fut d'abord que j'entrais dans unean"nexe du musée du Trocadéro. A chaque page de mes notes, je trouve dénoncé et presque flétri avec une extrême abondance ce que je nommai doucement les sauvageries mycéniennes. Cette fureur avait pour cause le contraste qui éclatait entre ces curiosités et les beautés de premier ordre au milieu desquelles je ne cessais de me promener.
, J'oubliais quelle émotion presque religieuse inspire un passé très lointain : plusieurs de ces ouvrages dont la grossièreté ne me donnait que du dégoût nous sont prouvés antérieurs aux convulsions d'un îlot volcanique dont la date est connue ; ils remontent ainsi authentiquement à deux mille ans avant notre ère... Et j'oubliais
(l) Extrait du Voyage d* Athènes, un des chapitres à'Anthinea (à paraître chez Juven, éditeur).
▲CTION FRANC. — T. IV, 63
que ces découvertes sont très nouvelles. La science est ancienne. Elle est un peu blasée sur ses triomphes d'autrefois. Pour moi, qui ne Tétais sur rien, ma curiosité toute fraîche bondissait à tous les objets. Aucun moulage, aucune gravure ne m'avaient permis de prévoir la subite impression que mecommuniquaient,vivaDt devant moi dans leur marbre, une Victoire renouant sa sandale^ les Taureaux de la frise ou la tribune d'Erechtée. L'inépuisable trésor de mon ignorance me procurait les moyens de les admirer avec les sentiments de la surprise extrême. Le Masque rf'i4^«m^mn6>«, comme Schliemann appelle son feuillet de métal battu, ne me paraissait ni plus neuf ni plusrécemment mis au jour que des chefs-d'œuvre connus et classés depuis longtemps. C'est de l'heure de, mon débarquement au Piréeet de ma première visite que ceci ou cela datait également. Quel motif aurais-je eu de préférer le laid, le moins beau, et de perdre mon temps chez les inférieurs?
Autre chose m'indisposait encore, c'est l'usage que font du nom d'Homère les historiens de l'art de Mycènes. Leurs comparaisons soutenues entre l'art homérique et l'art mycénien sont insupportables. Sans doute V Iliade et V Odyssée fournissent plus d'une réminiscence éclatante de la civilisation que les achéens fugitifs apportèrent, lors de l'invasion dorienne, dans la Grèce des îles et la Grèce d'Asie. Quoique postérieur, et de beaucoup, à ces translations historiques, le temps d'Homère conservait dans son art et dans son industrie un reste de l'art de Mycènes, et sans doute aussi le poète
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savait-il par la tradition ce qu'avaient été autrefois Mycènes la dorée, Argos et les autres capitales des rois grecs lignés contre Troie. Les poèmes d*Homère nous peuvent renseigner sur l'âge mycénien et, comme dans le livre de M. Helbig (i), les antiquités de Mycènes peuvent nous éclaircir un passage d'Homère. Ajoutons, s'il le faut, que le premier noyau des sujets homériques se place vers le temps de la grande prospérité mycénienne. Toutes ces vues, plus ou moins certaines, portent sur les matériaux dont s'est servi Homère. Elles ne nous fournissent pas la moindre clarté sur l'art et sur la poésie d'Homère.
L'art d'Homère veut qu'on Tétudie en luimême. U importe peu que les sujets de ses descriptions ressemblent aux objets déterrés ici ou là-bas. Il ne s'agit point de savoir comment s'adaptait le timon au char ni les courroies au brodequin,mais bien de quelle sorte, dans les récits d'Homère,se constitue le plan homérique, comment s'y fait jour un beau sentiment et quelle est donc en soi la beauté classique d'Homère. C'est seulement à regarder ces derniers points qu'on s'aperçoit qu'il faut vénérer, dans ces vieux poèmes, le premier titre du genre humain à Thumanité.
Les personnes entichées de l'esprit évolutionniste et d'une espèce de myslagogie que l'on n'u pas encore nommée sont prises d'une véritable angoisse de l'àme, à cette idée d'Homère rétabli et justifié. Elles cherchent comment une
(i) VEpopée homérique. Paris, Didot.
époque aussi arriérée dans Tart industriel a bien pu nous donner un modèle d*art poétique, car il leur semble que le monde va toujours à pas réguliers comme un gros de soldais prussiens. Les industries, les arts plastiques, la poésie et l'éloquence, aies entendre, doivent s'avan-. cer simultanément et sur le même parallèle, faute de quoi Ton nie tout avancement partiel. La plus légère application aux réalités de Thistoire fera sentir la grande vanité du système. Il n'y a que ces progressistes et les sots pour croire au développement synchronique de l'art. Comparez le pinceau brillant, mais contraint encore, de Giotto aux libres paroles de Dante, dont il est le contemporain : vous sentirez peut-être comment Homère a pu paraître parmi des ouvriers ignorants, des céramistes grossiers et des statuaires trop simplificateurs. Ce doux Homère incorporé de force à la barbarie mycénienne n'était pas le dernier de mes griefs contre les salles de Schltemann. Le soir même de mon arrivée en Attique, le grand théâtre d'Athènes avait annoncé une représentation A'Anligone^ jouée par des étudiants et des institutrices, sous la conduite du savant professeur Mitriotis. C'est là qu'eut lieu le premier heurt contre Mycènes. Dès le rideau, la sensation en fut violente : cette scène où l'original de Sophocle allait retentir montrait aufond de son décor, devant le portique royal, toute une colonnade d'un ordre délesté. Au lieu de ce style dorique, noblcj fort, dont la base, conformément à la nature et à la raison, fournit un support spacieux, on mettait sous mes yeux des accouple-
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meots de colonnes plus étroites au stylobate qu'à Téchine et faites à la mode d'Egypte ou d'Assyrie, qui fut imitée à Mycènes : l'inverse parfait du dorique, puisque la pointe en semble enfoncée du côté du sol. Que l'histoire du théâtre ou que le milieu légendaire delà fable thébaine justifiât cette ordonnance, je me gardai, comme d'une insulte à Sophocle, d'en faire le moindre examen ; mais je me retirai enmaudissant l'archéologie, et Schliemann,et Mycènes, etTinvenlion des bases plus étroites que les sommets, etle manque de goût familier aux cuistres ; mais au surplus persuadé que la représentation n'aurait jamais lieu ou que la pièce n'irait point jusqu'à son terme, aucun vers du poète de la logique naturelle ne pouvant se résoudre à sonner sous des colonnades insérées sens dessus dessous I
L'époque mycénienne comprend trois siècles à tout le moins. Mais, en y rapportant les objets découverts dans les cendres de Théra, il faut admettre un laps de près de huit siècles durant lesquels les arts plastiques purent croître et décroître, fleurir, mûrir et décliner à plus d'une reprise. Non seulement les achéens originels durent procéder, comme toutes les races, par tâtonnements, par retours, s'instruisant à l'expérience ^d parfois oubliant ce qu'ils en apprenaient; mais de plus, n'étant pas formés en corps de nation et, malgré la voie de la mer, communiquant entre eux sans beaucoup d'ai-
la Grèce, c'est ce qui lui donne son rang sur le monde antique et moderne, ce par quoi elle se distingue du reste du monde, ce qui fait qu'elle est elle et non la barbarie. Or cette période de grécité proprement dite et d'hellénisme pue dure deux ou trois cents ans environ pour la statuaire. On en reconnaît le début au vi* siècle, lorsque, en Attique et dans les îles, l'art se transforme, s'assouplit et se délivre des rigides modèles venus d'Orienl : appuyés sur une tradition toujours embellie et accrue, fiers de leur force, les artistes cherchent alors dans la nature des modèles à surpasser. La période, si elle fut exquise, fut courte ; mais tout homme estforcé d'y élever les yeux quand il se soucie de son ordre intellectuel.
Epuisée de guerres intérieures, la Grèce éteint sa flamme quand TAsie, butin d'Alexandre, communique à ses conquérants, non le type d'un nouvel art, mais un état d'inquiétude, de fièvre et de mollesse qu'entretinrent les religions de l'Orient. Adonis et Milhra décomposèrent les premiers le monde ancien avant que le juif ne survînt. Qu'on ne croie pas que les artistes grecs aient hellénisé ces notions ennemies, car jamais ils n'y réussirent. Mais ils furent certainement barbarisés par elles.
Cette lumière de l'imagination et de la pensée, qui ne dessèche ni la passion ni la verve, mais commande à l'une et à l'autre en leur imprimant une immortelle vivacité, ce caractère de raison et de puissance qui est le propre de IiL (irècc disparaissent ou s'atténuent dans les œuvres grecques, et ces œuvres ne sont donc
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grecques qu'à demi, et nous pouvons les négliger comme on fait de copies comparées à l'original.
Autant que ces copies tardives, les premières ébauches s'effacent devant les chefs-d'œuvre. Pour ma part, le fait de vivre à Athènes me rendait presque aussi injuste pour les sculpteurs d'Ëgine que je l'avais été pour les potiers et les forgerons mycéniens.
On a trouvé en 1886 dans les subslructions de l'Acropole quatorze statues d'un beau marbre, brillant et colorié. Elles furent placées debout dans une salle du musée de l'Acropole. J'avais coutume de franchir presque en courant la salle des quatorze prêtresses de Minerve. Leurs yeux bridés, comme dans les visages mongoliques, leurs narines, leur front bizarre, enfin cet étrange sourire nommé éginé tique sans doute parce que les statuaires d'Ëgine furent les premiers à l'effacer de leurs œuvres, ce sourire uniforme et indéfini, sur des joues reluisantes comme l'ivoire, me causaient une espèce de chagrin qui me faisait fuir. N'écrivis-je dix fois le brouillon d'une lettre à Téphore général des antiquités athéniennes, sur le tort que faisaient selon moi à tant de chefs-d'œuvre des idoles d'une Athènes encore impolie ?
Les quatorze prétresses me courrouçaient par l'appareil de leur toilette. Il m'était impossible d'y reprendre ni la fine élégance, ni cette habileté souveraine dont l'ouvrier en avait désigné
le plus léger pli. Tout palpite, tout vit, tout tourne avec une lente mollesse sur la poitrine et les flancs de chacune d'elles. De même, dans les chevelures, la perfeclion minutieuse du travail semble le disputer à la complication et à la subtile richesse des coiffures copiées par le statuaire.
— Mais quoil m*écriais-je, toujours courant, TAthènesdes Pisistratides, cette Athènes qui vil une première édition critique d'Homère, fat donc une ville sans goût? Les dames y allaient chargées d'ornements ridicules? Elles n'entendaient rien au précepte de Fénelon, qui veut de chastes draperies, appliquées sur des formes pures, comme il semble qu'on en ait fait à l'époque de Phidias? Combien tout ce luxe est fâcheux !
J'égalais ce faux luxe à celui d'un débris mycénien sur lequel on peut distinguer que les déplorables épouses des morts que Schliemann déterra portaient, quinze grands siècles avant Notre- Seigneur, trois rangs de volants à leur jupe !
Puis, considérant l'œil bridé des quatorze prêtresses du premier Parthénon :
— Hélas ! disais-je, qui m'ôtera de là ces Chinoises 1
Et de même, à raison plus forte, considéraisje sans faveur, tantau musée de l'Acropole qu'au musée national, ces pierres liturgiques à peine dégrossies 'qu'on est convenu d'appeler des xoana. Le véritable xoanon^ sorte d'idole primitive, fut taillé dans le bois, comme l'étymologie en témoigne. Nos xoana de pierre ne ressemblent point mal à la silhouette de quelque lourde con-
Irebasse. Elles étaient informes. Peu à peu, si Ton veut accepter les idées qui sont encore reçues à cet égard, après mille hésitations historiques, une tète se dégagea du xoanon-^ les bras, les jambes se marquèrent, sans trop se séparer ni s*éloigner du tronc. Un équarrissage grossier acheva l'apparence humaine. M. Homolle a trouvé à Naxos Tune de ces ébauches. Plus tard, et peut-être sur des modèles égyptiens, ces figures rigides esquissèrent un mouvement. Dès lors, elles parurent, malgré l'enfance extrémeourabsencedeTart, de mystérieux animaux dont le populaire faiisait grand cas. Quand le crétois Dédale eut rapporté d'Egypte ces premières formes en marche, le Grec, encore naïf, déjà malicieux, inventa de les attacher, le soir, dans la crainte qu'elles ne prissent la fuite pendant la nuit. Ainsi du moins parlent les théoriciens de Thistoire des arts en Grèce. S'ils ne se trompent pas, il faut que l'invasion dorienne ait plongé les gens du pays dans l'état de pure stupeur.
Ce jeune peuple grec n'avait cependant point perdu, dans cette nuit profonde, ses qualités d'observation. Il ajouta au mouvement des figures égyptiennes la science du modelé. Il fit bomber et se creuser comme la paroi. d'un beau vase, comme la quille d'un vaisseau, la fleur de la poitrine humaine touchée, caressée d'un ciseau complaisant et sûr. Lorsqu'il eut ren^placé la pierre par le marbre, ce qu'il réussit de meilleur et le plus vite fut peut-être cette poitrine. Je me souviens d'une figure d'homme, .un Apollon peut-être ou une dédicace à Apollon, qui
est au musée de la rue de Patissia : l'objet est presque horrible pour tout le reste, épaules trop carrées, bras anguleux, visage à l'état d'ébauche fumeuse ; mais, de la naissance du cou, une série de plans légers, exécutés avec une attention, un art et un goût charmants, avec une précision voisine de fa science, fait couler ]e regard jusqu'à la naissance des seins. L'ouvrage n'est pas bead . Mais c'est un précurseur et un divin messager de la beauté, elle est prochaine.
Ainsi les salles archaïques du musée de Patissia me développaient clairement, trop clairement peut-être pour que l'histoire véritable y eût son compte, les transitions du type amorphe jusqu'au type déterminé et pur: mais, je vous prie, dans le musée de l'Acropole, quelle transition imaginer seulement entre la salU six et la i^alle sept?
On rencontre dans la première ces quatorze dames mongoles chargées d'ornements inutiles, toutes couvertes de cadenettes et de bijoux, qu'il me plairait de prendre pour les poupées persanes ou médiques chargées des rôles d'Atossa et de ses compagnes dans les Perses d'Eschyle. Or, la salle suivante s'illumine d'une des merveilles de Tatticisme...
f Quel est le rapport nécessaire de ceci à cela? On me dit bien qu'à Télégance des primitives poupées s'est ajoutée le grave accent des œuvres que façonnaient, à la même époque, Argos et Sicyone : mais, out#e que la combinaison n*est
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pas sûre, que les intermédiaires invoqués prêtent au doute, le fait même d'une combinaison pareille est à lui seul bien merveilleux. Oui, le miracle est là; Texplication offerte, si on Tadmet, n'explique rien. Je suis presque tenté de voir ici ce que Ton nomme, chez mes amis les philosophes, un commencement absolu.
Dans ce bel ouvrage de marbre, léte d'éphèbe pensif et même un peu sombre, Thomme ouvrit un cycle nouveau. Je serais tenté d'écrire qu'il a créé.
Gomment vous décrire ceci? En copiant mon catalogue? « 689. — Tête archaïque de jeune « homme découverte en 1887, à Test du musée, « à la place où est bâti le petit musée. Elle se « classe parmi les meilleures têtes archaïques « d'hommes conservées jusqu'à nous, et res- « semble par la disposition de la chevelure à la « statue du Musée national, n^ 45, connue sous tt le nom d*Apollon sur l'omphalos. i> Ainsi s'exprime M. Cawadias. M. Maxime CoUignon analyse davantage. Il relève au grain de ce marbre les traces d'une couleur restée fraîche, jaune d'ocre dans les cheveux, rouge aux lèvres, jaune encore au globe des yeux, brun au bord des paupières. Mais tout cela est secondaire. Le même auteur décrit avec soin la coiffure, qui est étrange pour une tête virile. Il nous apprend qu'elle se nommait crohylos. Voilà qui nous fait bien savants. Je préfère à ces renseignements, d'ailleurs profitables, la suite des discours de M. CoUignon :
a Quant au type du visage, quel progrès n'ac- « cuse-t-il pas sur celui des têtes précédentes 1
d Plus de sourire conventionnel, plus de saillie « exagérée des yeux. Les traits réguliers et V purs, le nez droit, la bouche sévère avec la u lèvre inférieure un peu saillante, composent « un visage juvénile dont le charme grave nous « repose de Téternel sourire des figures ar- « chaïques. »
Gela est très bien dit. Cela me donne envie de revoir ce visage gracieux et fort. Mais il est incroyable à quel point la mémoire, fidèle gardienne des sentiments et des pensées, est quelquefois rebelle à nous rendre précisément le trait d'un visage, même adoré; j'ai heureusement devant moi la reproduction du chefd'œuvre, exécutée chez Didot; j'ai mieux peutêtre, puisque j'ai la photographie de l'ouvrage, donnée par un athénien. On m'en pardonnera l'humble aveu, rien ne vaut une bonne photographie pour nous rendre la juste impression des originaux de marbre. Présentée au rayon du jour, la feuille diaphane en devient toute lumineuse et l'on voit y filtrer, sous le trait ferme des figures, cette clarté blanche et brillante qui anime le doux paros.
Même efifet ce soir où j'écris à la lumière de ma lampe. Le jeune homme songeur, qui dut naître bien des années avant que parût Phidias, ce contemporain de la fin du vi' siècle ou des premières années du v^ ressuscite au pâle rayon. Il se réveille devant mol. Nous entendons quelles pensées doivent rouler dans cette forme. Elles seront énergiques et éloquentes. Cet éphèbe n'est point un amant occupé de nourrir son chagrin, ni un politique mûrissant son pro-
jet, ni même un sophiste, un rhéteur ou un philosophe .mathématique. On songe à YErasms d'Holbein, avec la pureté, la noblesse, la sainteté, qu'on ne trouve pas dans VErasme. En . même temps que s'infléchit son beau front sous la courbe et comme sous le poids sacré du plus magniflque des crânes, Toreille, presque aussi écartée que celle d'un faune, se tend; le nez respire ; l'œil pointe ; l'air du visage et la flexion de la tète entière semblent sonder, mesurer, calculer et évaluer comme un juste et précis instrument; enfin les lèvres (qui sont le plus expressif), ces lèvres étant extrêmement rappro* chées, la supérieure en retrait, et l'inférieure tout au contraire avancée, les lèvres goûtent et savourent. N'en doutons plus, nous assistons à un effort de sensibilité et d'intelligence critiques. Un politique ou un athlète qui préparent quelque mouvement effectif, un sage argumentant, un amoureux supputant les risques de son malheur montreraient moins de calme, un recueillement moins parfait. L'objet du sentiment montré ici passe nos communs intérêts. Ou je me trompe fort, ou le sérieux éphèbe se sent supérieur. H juge la terre et le ciel.
De là vient peut-être la curiosité qu'il me donne. Mais il retient par d'autres caractères moins incertains. Ce chef-d'œuvre de l'archaïsme athénien a de merveilleux analogues dans l'histoire de l'art. Outre certaines têtes florentines du temps de Giotto, celles-là mêmes dont notre imagination remplit sans le vouloir les cantiques de Dante, il rappelle plus d'une têteduMoyenàge français. Qaand je l'examinai pour la pre-
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mière fois, j'ai soudain tressailli de la joie inquiète qui devait me venir, le soir du même jour, lorsque les vénérables murailles franques de Daphni, filles des ducs d'Athènes, se montrèrent tout à coup au-dessus des arbres. Je crus voir ma patrie au fond d*une terre étrangère.
Nulle communication historique n'existe ce« pendant entre telles têtes gothiques et Téphèbe de l'Acropole. Un grand souci de la nature, un exercice séculaire aux délicatesses de Tart, par là une forte maîtrise, enfin la commune gravité ' de l'esprit, devaient suffire à engendrer Tanalogie si parfaite de ces deux arts. Et plus on s'en rend compte, mieux on en est touché. L'explication accroît l'émotion. Mais il entre dans cette émotion un regret. On se demande quelle iniquité de la fortune a permis à cet archaïsme attique de mûrir et d'atteindre son degré supérieur par la naissance et l'influence du plus sublime des esprits humains, au lieu que ce maître désiré, nécessaire, ce Phidias indispensable, fut refusé cruellement à notre archaïsme français.
Et voilà le plus grave des chagrins de THis* toire; elle institue une comparaison jalouse, elle glisse mille regrets. Cependant Phidias n'a pas été perdu pour nous, puisque sa tradition a fini par nous revenir. On ne gardait de lui qu'un nom ou des traces incertaines et inconscientes, quand la lumière de la Renaissance brilla d*abord en Italie. Seule, une âme ignorante, amie de la brutalité, se plaindra de la Renaissance. Mais
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les fouilles modernes, opérées dans la Grèce propre, ont mieux marqué la vraie force de Phidias. Elle était défigurée par l'académisme, à force d'en être polie; une fausse interprétation du génie classique avait représenté comme durci et rectitié par la mort ce qui est au contraire une fleur de vie essentielle, ne tirant son auguste expression immobile que «de la perfection, de l'abondance et de la vigueur de son mouvement. Phidias et les siens, si j'en juge par ce que j'ai va et senti, ont mis à nu les traits purs et fixes de Thomme avec Taspect le moins chancelant de sa vie.
Tant de découvertes abondent, depuis cent ans, dans toutes les parties du monde qui fut aux Hellènes, qu'il est devenu difficile d'admettre sans explication ce qu'enseigna l'ancienne philosophie de l'art sur l'essence du génie grec et sur la figure du beau; mais, à la réflexion, on trouve tout aussi absurde de borner, comme le voudraient quelques modernes, Texamen des chefs-d'œuvre de l'époque ou de l'école de Phidias à*un inventaire historique. Indépendamment de leur immense influence, il faut bien leur reconnaître un autre mérite qu'aux chefsd'œuvre des autres milieux et des autres temps. Le soin même que l'on a pris (Taine dans sa Philosophie de Vart, M. Boutmy dans sa Philosophie de Varchitecture en Grèce] de courber ces ouvrages aux règles de la loi commune n'a servi qu'à faire sentir qu'ils ne s'y courbent point, et pour quelle raison.
J'ai relu comme tout le monde l'ouvrage de M. Boutmy, publié avec une intéressante pré-
face, sous un titre nouveau, le Parthénan et îegètùe grec. C'est un beau livre, si lucide qu'il est impossible de le lire une fois sans en distinguer le vice fondamental. M. Boutmy s'efforce avec ingéniosité de rattacher l'œuvre des architectes et des sculpteurs du Parthénon au genre d'imagi* nation, au tour d'esprit, au goût d'hommes d*un certain groupe, vivant à un certain moment dans un certain endroit. Je dirai qu'il y réussit. Ce qu'il affirme est vrai. Evidemment, par sa structure comme par son ornement, dans son architecture comme dans sa décoration, le Parthénon est chose essentiellement athénienne. M. Boutmy, sur cet article, aura gain de cause. Il a raison. Où il se trompe, c'est où il tend à nier (lisons bien ses dernières pages] que cet édifice athénien soit aussi l'expression parfaite d'une pensée humaine supérieure aux variations de l'histoire et de la nature. Il se trompe, et il a lui-même assemblé des matériaux qui sont propres à faire éclater son erreur; il s'est luimême réfuté au chapitre admirable où, définissant l'athénien, il établit que, justement, le signe distinctif de l'homme d'Athènes était de posséder, à un degré de force unique, ce par quoi les hommes sont hommes, la raison.
u Ce peuple d'hommes d'élite », comme Lamartine nomma les Athéniens, eut ceci de particulier : il prit plaisir à imaginer des relations stables, permanentes et essentielles. L'esprit philosophique, la promptitude à concevoir l'universel pénétrait tous ses arts, principalement la sculpture, la poésie, l'architecture et l'éloquence. Quand il cédait à son penchant, il était mis en
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communion soudaine avec le genre humain. A la bonne époque classique, le caractère dominant de tout l'art grec, c'est seulement Tintellectualilé ou rhumanité. Les merveilles qui ont mûri sur l'Acropole sont par là devenues propriété, modèle et aliment communs; le classique, Tattique est plus universel et humain, à proportion qu'il est pluç sévèrement athénien, athénien d'une époque et d'un goût mieux purgés de toute influence étrangère. Au bel instant où elle n'a été qu'elle-même, FAttique fut le genre humain.
Ces réflexions suflisent à justifier le principe des humanistes de la Renaissance, dont elles excusent jusqu'aux abus et aux erreurs. Elles fournissent le moyen de refaire une hiérarchie danft les arts selon le degré d'humanité des ouvrages que l'on compare. Ce degré, reste à le sentir. Reste à avoir bon goût. Il n'est pas impossible, si l'on en a quelque semence, de le perfectionner. Il suffit de se mettre en présence des belles choses en les laissant venir à soi.
Aucune action n'est plus réelle. On se sent modelé par la beauté vivante, comme repris et retouché par le regard d'une amie délicate et fière. Hors de cette nature exquise, de cette sainte tradition, tout apparaît chétif ou secrètement vicié. Je tourne à la hâte les pages des notes que j'ai prises dans les petites salies fraîches de ce Musée de l'Acropole où l'on a placé les débris de la frise du Parthénon. Ce
sont des pages qui me regardent au fond de l'âme.
Vers les plus beaux de ces fragments, les trois ' Divinités assises et les Jeunes gens aux taureaux^ combien de vœux et de prières ! mais, en retour, tombant jusqu'à moi de si haut, quelles confirmations, quels conseils de volonté, de force et de vie I La Victoire sans tête, sans ailes, et qui vole plutôt qu'elle ne court tout en renouant sa sandale, cette jeune déesse emporte sur les ondes de son vêtement déployé les plus grandes leçons du style, c'est-à-dire de sagesse et d'enthousiasme ; le cœur ne sait que préférer de la vitesse impétueuse ou de la grâce naturelle, magnifiquement accordées.
A l'Acropole, il n'y a guère que des ouvrages archaïques ou semi-archaïques, et des chefsd'œuvre purs. Rue de Patissia, le musée central, extrêmement varié, permet au visiteur des comparaisons instructives. Après le laid des Mycéniens et des primitifs, on voit le laid des auteurs de la décadence.
Je ne les voyais presque pas; tous mes aprèsmidi coulaient de préférence devant celte œuvre d'une pieuse volupté, le bas-relief de Cèrès^ de Froserpine et de Tn'piolème trouvé à Eleusis, ou devant les fragments rapportés d'Epidaure, deux torses d'Escuîape assis, d'un si noble aspect que mon ignorance prit d'abord ce fils d'Apollon pour l'auguste enfant de Saturne. Je
fréquentais aussi la Néréide équestre et cette Amazone tronquée de la tête et de tous les membres qui sur son cheval mutilé, par le superbe de Tallure et par la finesse des formes, enivre à jamais le regard.
Je traînais avec une complaisance presque éternelle dans la petite abside où de pauvres tètes, brisées, hachées et martelées, laissent sous un angle entrevoir la majesté d'un dieu ou le rire d'une déesse. Le svelte Hermès d'Andros^ le bas-relief de Manlinée, qui supportait un ouvrage de Praxitèle et qui lui-même reste, ne serait-ce que pour la draperie des Trois 3Imes, une délicieuse merveille, le joli groupe (exécuté d'après Céphisodote) de Plutus riant à sa mère, la douce Paix^ mille choses parfaites me tenaient ainsi prisonnier.
Je traversais les salles de l'art hellénistique, alexandrin ou gréco-romain pour courir aux stèles funèbres qui prolongeaient mes rêveries du Céramique, à la collection infinie des lampes, des vases, des lécythes, à ces Tanagrines charmantes qui serviraient à faire entendre, si on l'oubliait, ce qu'il peut tenir de grandeur en un petit poème. De toute façon, les galeries de sculptures postérieures à l'alticisme ne me servaient que de vestibule.
Cependant, un jour, une envie me pressa de saisir en détail comment se corrompirent, chez un peuple si bien doué, le génie etTintelligence des arts, et ma pensée osa fixer ce qu'elle avait fui jusque-là. Je vis paraître presque sans transition, après les nobles caractères qui m'étaient devenus si chers, les hideuses têtes syriennes
du type de Lucius Yérus, puis les chefs lourds, massifs, du rustre latin... Une sorte d'athlète, d'un travail curieux et violent, tendait sa musculature prétentieuse ; des éphèbes aux bras arrondis, des Aphrodites tremblotantes et flexibles comme des joncs ; des vérités trop ressemblantes ou des faussetés trop menteuses; un air de dissolution et de contrainte tout à la fois, Epicure et Zenon confrontés, heurtés, quelquefois entrechoqués en un môme marbre ;de-ci de-là, quelques efforts heureux, qui me remettaient en mémoire que le premier déclin de la statuaire hellénique fut sublime après tout, puisque notre Vénus du Louvre y a brillé, diton, et toujours je ne sais quel air inachevé ou d'achèvement trop sensible, Tabsence ou Tincertitude des traditions, en même temps que Toubli de la liberté! Mais les qualités les plus rares, jetées à profusion et comme au pillage 1
ftlly a dans Vart un point de perfection comme dé bonté et de maturité dans la nature.,, y*
Le beau fruit grec en décadence me confessait encore le mystère de son destin. Il me faisait comprendre la signification Appoint mystérieux. Dans chaque genre, il y a ce point à toucher, maximum de vigueur et de densité, d'où se domine et s'enveloppe tout le reste. Ce qui semble au-dessus, ce qui semble au-delà n'est étendu ni accru que de vide pur. L'énorme et le géant ne seront aimés que du peuple; leur boursouflure se dégonfle et, en se dégonflant, publie que les grandeurs sont toutes contenues dans la perfection. Celle-ci sera l'élément auquel se rapporter, sur lequel il faut régler tout.
Seul, un buste au milieu de cette galerie lugubre manqua de me faire sourire II représen* tait un pauvre homme d*empepeur, le vieil Hadrien, épanoui dans son atticisme d'école. Je le jugeai fort à sa place, et le saluai en rêvant. Hélas I tout compte fait, le monde romain s'acquitta mal auprès de la Grèce. Â quoi pensèrent donc ces administrateurs modèles s'ils ne surent sauver leur éducatrice des pièges que lui offraient son intelligence et son ouverture d'esprit? Ce furent de mauvais tuteurs. Non seulement ils ne surent point la guérir de la lèpre sémite, mais, tout le mal qu'Alexandrie n'avait pu faire au monde grec, Rome, on peut le dire, le fit. Il est vrai que Rome, à son tour, périt du même mal, en entraînant son lot d'hellénisme et d'humanité.
Charles Maurras.