DANS LE NATIONALISME
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Il y a un nationalisme d'opinion et un nationalisme de raison. Le premier, négatif, proteste. Le second, positif, doit attaquer.
Il faut tâcher de nous bien rendre compte, de temps en temps, de Tétat de TOpinion. Ce n'est pas inutile, — alors même et alors surtout que Ton prend TOpinion pour ce qu elle est : une matière, lourde, fuyante comme l'eau, à la fois utile, gênante et dangereuse, et qui, par-dessus le marché, n*existe que dans la mesure où nous la voulons recueillir et Considérer, dans ces mauvaises vaisselles que sont les Mots... A l'heure actuelle, tout le monde la recueille : une fiction que nous avons acceptée a fait des Mots les maîtres, et même (pour les enfants que nous sommes presque tous) les dieux de notre patrie. Nous ne vivrons point sans leur permission. Essayons donc de compter avec eux et avec l'absurde hasard qu'ils représentent.
Il est évident que, ce que disent et ce que « pensent » les Français, en janvier 1901,
du sort présent et à venir de la nation française, nous devons essayer de le noter, avant de leur offrir les moyens que nous apercevons d'améliorer ce sort.
Ils ne sont pas satisfaits, nos concitoyens; ils sont, pour la plupart, inquiets, ou tout au moins étonnés de ce que font en leur nom les représentants qu'ils se sont plus ou moins volontairement donnés. Il ne leur semble pas que l'on respecte à cette heure les sentiments ou les intérêts dont ils s'inspirent, les jours où il leur faut faire usage de leur « liberté politique », c'est-à-dire lorsqu'ils sont appelés à intervenir par leurs votes dans l'œuvre des pouvoirs publics. Il ne leur semble pas avoir voulu jamais, pour la France, ce que veulent aujourd'hui ces ministres de juillet 1899, — inventés et imposés à leur ignorance, en même temps qu'au scepticisme de leurs députés, par le forçat qui revenait de l'île du Diable. Les gens qui ne savourent pas tous les matins le Radical^ V Aurore et le Sièrle ne croient pas qu'il soit ui^ent d'anéantir notre force militaire; ils trouvent que la République française, en dépit de la « mission pacifique et civilisatrice » qu'elle a reçue du dieu de Zola, de Bouchor et de Cornély, pourrait bien garder quelque temps encore à sa disposition une armée . Or, cette armée, ils hésitent à concevoir que le pieux général André y tienne beau-
coup: il leur paraît que ce pacifique frère maçon la porte sur ses épaules...
D'autre part, c'est un excès de malheur et d'hamiliation par trop intolérable, et que les citoyens sensés ne vont point pardonner demain au gouvernement de Dreyfus, que l'atteinte, très visible déjà, qu'il a portée à notre précieuse alliance russe, si longuement et si péniblement échafaudée. Les rudes rappels au sens commun qui nous viennent des journalistes du tsar, le ton poli mais agacé que prend notre partenaire pour nous dire de surveiller notre jeu (sans quoi il préférera « faire un mort ») : voilà qui enlève aux gardiens de notre fortune jusqu'à la dernière apparence du sérieux. On ne se sent plus en sûreté .
11 y a donc lieu de crier, et l'on crie. Mais il faut bien prendre garde que tous les cris, toutes les protestations, toutes les manifestations nationalistes auxquelles nous nous livrons, à chaque nouvelle audace des agents de l'étranger, ne servent à rien qu'à constater leur victoire et à consacrer leur force. L'opposition est la vie même de ce régime de « libre discussion », de ce régime parlementaire, tant que cette opposition lui est faite sur son propre terrain et au nom de son principe, qu'il appelle la liberté ou le droit. Les patriotes qui réclament d'un ton désolé leur « liberté > de rester Français, en face
de la « liberté » qu'ont prise les Juifs de rester Juifs, les patriotes qui se fatiguent à prolester contre les « sectaires », au nom de la « tolérance », sont comme des pompiers qui jetteraient de l'eau sur un feu de pétrole : ils nourrissent l'incendie. Ce n'est pas avec du libéralisme, avec de l'idéalisme, avec de la bonne volonté, avec des aspirations de (( républicains honnêtes » que nous jetterons dehors le « républicain tout court j» qui a nom Waldeck- Rousseau. Car c'est pour le président du Conseil un jeu d'enfant, avouez-le, que de nous faire taire en affirmant au Parlement que c'est lui le républicain honnête; son parfait autoritarisme, il le baptisera un u libéralisme ferme et imperturbable », il invoquera sa tradition républicaine : Ferry, Gambetta... Que demanderez-vous de plus?
Il faudrait sortir enfin de toutes ces niaiseries et voir si l'on est décidé, ou bien à laisser faire, ou bien à tirer toutes les conclusions de l'expérience politique instituée par Dreyfus lui-même, et à condamner des institutions dont il nous a fait comprendre le principe comme anarchique et anii- national. 11 faudrait s'armer de bonne humeur, de franchise et d'intelligence tout à fait libre, à cette heure où tout chez nous est
mis en question, où tout est perdu, si tout n'est renouvelé. La France s'interrogera-telle elle-même, spirituellement et sérieusement, comme un bel être souple, capable de vivre, de marcher sur la Terre inégale et dure? Secouera-t-elle la défroque de ces fameuses « idées » qu'il lui a plu de promener, toutes neuves, il y a un siècle passé, à travers l'Europe, et qu'elle n'a eu qu'à arborer comme des modes d'une élégance suprôme, pour que les lourds Allemands, les enthousiastes Italiens, et jusqu'aux Russes « gobcurs » les essayassent? Notre ami Charles Maurras assure que ces idées sont plutôt suisses. C'est bien possible. Mais, en tout cas, elles sont périmées et passées : je veux dire par là, non seulement qu'on les a assez vues, qu'on en est las (ce qui ne signifierait rien, si elles étaient vraies), mais aussi qu'on les a jugées, à l'usage. Elles font partie d'un ensemble de choses et de gens qui non seulement s'en va, s'éloigne, mais encore qui a été triste. La France de la seconde moitié du xix* siècle, — (entendons la France comme corps politique, comme puissance européenne), — la France du Second Empire et de la Troisième République, vue à distance, formera bien un tout, un objet historique d'un aspect particulier : c'est une société d'électeurs et de fonctionnaires, où, pour l'individu, vivre c'est voter
et être payé, c'est-à-dire être < libre » et pauvre. C'est — (même avec une tête surajoutée artificiellement, comme l'Empereur) toute rijDcarnalion horrible de l'idéal de 89 : et cela le juge.
Mais remarquons bien que dans cet objet, dans cet ensemble de choses et de gens, dans cette masse, nous y sommes encore engagés; et que tout, en elle, se tient : c'est bien un bloc, parbleu ! et celui-là même qui, devant . la postérité, servira de gaine à ce faune en simili-marbre : le vieux Clemenceau qui fait peur aux petits enfants.
Et voilà pourquoi c'est une nécessité, pour l'opposition nationaliste libérale, pour celle-là qui va de M. DéroulèdeàM. Méline — (je sais bien qu'il y a loin ! mais on peut passer par le centre, par le cœur, délicieusement troublé, agité, donc vivant, parle cœur de M. Jules Lemaître, qui sert de tête à cette armée,) — c'est une nécessité pour cette opposition de collaborer malgié elle à rétablissement définitif du ^rawrf;?ar^i repu-blicain, de plus en plus cosmopolite et collectiviste, que legénie juif a suscité de notre sol.
Ce sol nourrira -t- il longtemps d'aussi bâtardes et pernicieuses végétations ? Je le crains, car sa générosité est grande. Oui, il y a vraiment dans le fond inconscient, physique, de notre tempérament français, d'admirables ressources pour le fanatisme dé-
mocratique et libéral, — pour la religion de ranarchiemodéréeetécrite,dudésordre légal!
Nous pouvons èlre à peu près certains que le prochain Parlementarisme est à MM. Millerand et Jaurès, qui feront leur paix avec MM. Ribot, Siegfried, etc, avec le monde du Temps. Mais nous ne sommes pas moins certains que le Temps renouvellera ses offres de paix à M. Jules Lemaltre. Et si les Débats s'en mêlaient, surtout, comment ferait-il pour refuser éternellement, comme il a refusé Tau Ire jour, d'un si joli geste instinctif? — Il n'y a pas de clergymen aux Débats!
Comment donc rompre avec tout ce vieux petit monde? — Bien que Tanarchisme dreyfusien n'y ait sans doute pas très vigoureusement pris, — le libéralisme sur lequel on le greffait ayant certes perdu de sa force, depuis les Monialembert et les Guizot., notre idée nationaliste y trouve ses pires ennemis. Ces jeunes a grands bourgeois » à faux col, n'y verront jamais qu'un conservatisme mal éclairé, violent, indécent. Songez que nous sommes antisémites et que nous évitons la rue Saint^Guillaume !
Si nous renonçons, devant l'opinion, à réduire la politique française^ — que nous défendons et dont nous nous réclamons
contre le ministère Waldeck-Rousseau, — à une sinnple restauration du parlementarisme pseudo-anglais qui fit la joie de nos grands-pères sous Louis-Philippe, — il va devenir de plus en plus nécessaire de dire, avec précision et avec un certain courage intellectuel,pourquoinous n'en voulons plus. La critique des fautes, des folies politiques de ce régime mal défini, — qui, nous le répétons, ne date pas de 1870, mais date, si Ton veut, de 1830, ou bien de 1802, ou bien (allons-y !) de 1792, — la critique des divers systèmes de gouvernement de la nation par LA NATION, — voilà ce qu'il faudrait avoir la joyeuse audace de commencer, nous tous qui savons la force d'une campagne d'idées pures, dans ce pays qui est plein de raison neurs, comme l'ancienne Athènes.
A cette campagne, un seul obstacle, psychologique, s'oppose, chez beaucoup de nos meilleurs, de nos plus fins et de nos plus purs « intellectuels patriotes », comme chez leur chef rôvé, M. Jules Lem.aître lui même. Ce n'est pas la peur de l'électeur, les jeunes gens dont je parle et à qui je parle n'étant point candidats. Ce qui gêne et ce qui retarde ce grand mouvement d'esprils tout éveillés, de volontés toutes tendues, — en quête de la « Politique naturelle » qu'annonce leur Maurras, et en souci des grandes vérités vitales que leur Barrés écoute mon-
1er de la Terre, pleine des vieux parents, — ce qui fait hésiter les jeunes patriotes français d'aujourd'hui* c'est qu'on a l'air de leur demander des choses trop faciles, une sagesse trop médiocre. On semble leur suggérer des négations prudentes, un recul, des réserves de vieux, quand, en face du Socialisme, et contre lui, on leur propose le Nationalisme deM. Méline.
Je ne leur répondrai qu'un mot : le nationalisme de M. Méline n'a jamais existé.
Allez donc le lui demander!
Nous vous proposons ici, à V Action Française^ une lutte et une création plus rude, plus passionnante que celle qu'un Jaurès, ce pion, proposa à vos aines voici dix ans. Nous vous proposons véritablement de renverser un état social, pour lui en substituer un autre Ou plutôt nons vous proposons de prendre connaissance de l'état social dans lequel réellement vous vivez, et de faire place, dans le Droit politique, dans les institutions légales, aux réalités dont il se compose : or, ces réalités sociales, nous disons que ce ne sont pas seulement des individus, mais des groupes ayant vie, force, figure, durée, — soit physiologique (familles), soit morale (églises, écoles), soit économique (syndicats, entreprises industrielles). Nous disons que ces groupes, inégaux, changeants, progressant on diminuant sans cesse en volume et en
cohésion, en richesse et en conscience, forment par leurs contacts et leurs échanges, la vie, la force, la figure 'et la durée de la Patrie elle-même. Mais nous constatons qu'ils ne réussissent en une si prodigieuse combinaison que dans la mesure où un pouvoir étranger et supérieur à eux-mêmes, désintéressé des intérêts, des sentiments privés de chacun d'eux, les surveille et les accorde ingénieusement. La Nation, faite d'unités hétérogènes ne se peut ni constituer, ni gouverner elle-même : elle doit être gouvernée, être constituée, être incarnée. Voilà ce qui devrait être pour qu'elle survécût. Nous ne savons pas ce qui pourra être... Mais on voil comment \e^réa€ii(mnairea(\}i^ nous sommes se trouvent d'accord, d'ores et déjà, avec tout jeune socialiste, pour lequel le socialisme est la constatation de l'impossibilité où l'on est de vivre, de manger, et même de rêver, dans la baraque « individualiste » bâtie, en 1792, pour un Hommeidéal dont les Droits, irréalisables une fois écrits, étouffèrent les nôtres, qui s'étaient réalisés.
Henri Vaugeois.
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PROMENADES.— EN PROVENGE (i).
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