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LES PRÉCÉDENTS

Sa mauvaise volonté ne serait pas nouvelle. Les pontifes catholiques ne s*employèrent«ils pas constamment à protéger Israël contre la colère des peuples ? Pour le sauvegarder, il ne laUait pas moins que la souveraine autorité des papes. Encore n'était-elle pas toujours suffisante.

Sur Téchi-ne de THébreu se réalise à travers Tespace et le temps Taccord parfait des nations. Pauvre première aristocratie vouée par on ne sait quelle malechance à l'horreur insultante de Tunivers et qui pur ruse arrive quelquefois à la tyrannie^inais y demeure juste assez pour exaspérer les multitudes et se faire précipiter ensuite en une ignominie plus lamentable !

Quelque bélître a pu prononcer que faversion pour le Juif était l'indice de la décadence. Quand un démagogue de poids produit une telle calembredaine, il est à peu près impossible qu'elle ne devienne pas tout de suite un de ces lieux communs dont s'alimente Téloquence des entraîneurs de faubourgs. Il serait piquant de tenter en détail la vérification. On passerait d'abord en revue les divers Ëtats antiques où la postérité d'Abraham ne se trouva pas à son aise, et Ton constaterait que tous ceux qui Tasservirent et Taccablèrent étaient alors précisément dans leur force et dans la période des coùquètes. On

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s'apercevrait que seule la société gréco-romaine laissa les tribus affluer et s'établir che% elle et peu à peu la dominer moralement, si bien que leurs lois et leurs pratiques devinrent familières à toutes les maisons de l'Empire. Et pourtant cette suite de Césars qui compta le circoncis Héliogabale correspondait plutôt, il nous parait, à' la maturité très avancée de la puissante Rome. Les vieux chats malades ne 9e défendent guère contre l'invasion des parasites; les jeunes au contraire savent se secouer et se rendre moins accessibles. Si l'antisémitisme ressuscite chez nous, c'est le signe certain de notre renaissance : ce fut une passion de belle santé au Moyen-Age, quand l'Europe actuelle n'était qu'en formation.

Phobie de fanatiques ! déclare notre ganache. Comme si le public des Farces, des Soties, celui même des Miracles n'avait pas été débonnaire, libre même à l'endroit des croyances ! Et pourtant, il n'y a pas à dire, c'était pour ces braver gens une distraction de haute liesse que de voir abîmer les Lombards, 11 y avait peut-être d'autres raisons que la piété, par exemple la haine soulevée par cette race de proie et sa besogne ténébreuse qui ruinait les individus, faisait dépérir les villes les plus industrieuses et les plus prospères. Les Juifs avaient passé dans l'héritage romain. Depuis dix siècles ils ne cessaient de s'accroître et de pulluler, ne se contentant pas du gain, mais s'adonnant à la propagande, à ce point que déjà sous Théodose il avait été nécessaire de les contraindre à la modération.

encore si ces hôtes répugnants avaient sim-

plement pratiqué l'usure, on pouvait leur échapper. Mais ils osaient pire. Chaque fois que les foules barbares pénétraient dans le pays, ils se réjouissaient de Taubaine probable, s'abouchaient avec les hordes, vendaient les secrets et les portes des places. Théodoric coquetait avec eux et leur accordait des avantages en échange de certaines complaisances. Leur félonie ouvrait aux Arabes les cités du Languedoc. Pour les punir, Gharlemagne, qui ne tergiversait guère, fit pendre les chefs de la trahison. La perfidie ne s'en renouvela pas moins ; et peu après, les Normands, moyennant quelques milliers de sols, s'introduisaient dans Bordeaux.

Le bon sens de ce temps valait peut-être celui d'aujourd'hui. Les gens se disaient : « Quelle ineptie après tout que de souffrir parmi nous ces êtres fourbes qui non seulement empoisonnent nos bourgs et même profitent de nos embarras pour nous imposer des contrats périlleux, mais vont jusqu'à s'entendre avec les sauvages et les pirates et les amènent en nos foyers! Ce penchant pour les transactions louches n'est pas un cas particulier, c'est le propre du type israélite. Dans la création de cet animal intermédiaire entre la guenon et l'homme, il faut voir assurément une plaisanterie du bon Dieu. Au premier aspect cela nous ressemble, mais notre prochain? fi donci Désormais nous condamnerons dans chacune de nos villes une rue dont on fermera les deux issues le soir, et, puisque,pour l'argent qu'ils çn tirent, nos princes ne veulent pas chasser cette Juiverie, c'est *là

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que nous la parquerons pour nous soulager de sa promiscuité. »

Et ce furent les premiers Thiergarten,les ghettos. Réduits en leur immonde retraile, les rapaces y surent attirer d'innombrables victimes : leur férocité fut plus sombre, mais non moins désastreuse. Alors on ne se contenta plus de les rejeter, on les abattit, on les détruisit, quand on les surprit à la tâche coutumière. Il y a un mot d'un de leurs descendants, Heine, dont on doit goûter la justesse : « Les peuples, dit-il, ont un pressentiment instinctif de ce qu'il leur faut pour accomplir leur mission, i Reconnaissons que toute la chrétienté du x® au xv* siècle, Allemagne, Angleterre, Espagne, France, Italie même, montra la perspicacité la plus sûre.

C'est en Italie que l'ennemi commun fut le plus à l'abri, l'influence des papes y étant alors presque la seule eflicace. La préoccupation constante de Rome fut d'héberger ces nomades proscrits de tous les pays et de leur attribuer un asile. Alexandre III pousse la bonhomie jusqu'à les installer dans la ville même, les aidant à s'enrichir aux dépens de ses sujets. Alexandre YI force les Juifs italiens à secourir leurs frères exilés de Portugal. Clément Y excommunie les Pastoureaux qui, malgré ses menaces, opèrent l'extermination avec trop d'entrain. Clément \'I — et ceci nous intéresse plus particulièrement — Clément YI, quand la capitale chrétienne fut Avignon, appela les Juifs dans la contrée ; ils ne demandèrent pas mieux que de dévaster la Provence et 'se fixèrent à Nîmes, à

Béziers, surtout à Carpentras dont ils ont depuis lors fait leur Jérusalem française.

Certains pontifes jujreaient cette politesse insuffisante : ils en venaient à toutes sortes de cajoleries. Grégoire le Grand, ayant abandonné quelque chapelle au culte de Jéhovah, prit soin qu'on en retirât la croix et la statue de ta Vierge dont s'oflensaient les susceptibilités des circoncis. D'autres comme Sixte-Quint, Innocent XI les évangélisaient ; on fondait pour enx des collèges et des cours d'instruction religieuse dans les églises. Grégoire XIII, qui avait consacré plusieurs temples à celte œuvre, dut interdire ensuite d'y prêcher, parce que le^ catéchumènes, par dérision sans doute, y consommaient les plus extraordinaires obscénités.

D'ailleurs, comédies pures que ces conversions. Tout était, en effet, gentillesses, flatteries à l'égard du nouveau croyant. On lui donnait pour parrain so\t un cardinal, soit un prince dont il recevait le plus riche présent; on le vêtait ensuite de soie blanche et pendant quinze jours il était gorgé de victuailles, promené triomphalement en carrosse, au milieu d*acclamations officielles. Beaucoup estimaient que, Fondoiement ne pouvant pas faire de mal, ils auraient tout bénéfice à se reconnaître conquis par l'Eglise : le cadeau du moins et l'étoffe leur resteraient ; ils y gagneraient aussi jusque dans la noblesse et le clergé (i) les places et les hoa-| neurs les plus enviés.

(1) Oa rapporte qu'à la fête de ]3éoitenc6, chaque année, uoe foole de moines, Franciscains, J^suitef on Domi*

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Des mœurs semblables s'étaient établies en Espagne. Mais la revanche nationale qu'accomplit rinquisition fut définitive. Quand un catholique ose se lever chez nous pour affirmer sa pensée, les hommes d'esprit dont abonde, on le sait, le clan des Ouyot, des Bourgeois et des Gérault-Richard,Je harcèlent aussitôt de ce tarte à la crime formidable: « Et l'Inquisition? parlez-nous de rinquisition! » Toujours notre homme en est abasourdi. Nous autres qui détestons tous les cléricalismes, mais qui sommes partisans d'une autorité absolue conformeauxtraditionsdenotre patrie, nous ne serions pas embarrassés de si peu.

Laissons de côté ce qui concerne l'Italie. Rome, nous l'avons vu, câlinait les Hébreux, et le Sénat de Venise les réservait à la juridiction séculière (i). Quand on fait allusion à l'Inquisition antijuive, on vise d'ordinaire le tribunal espagnol. Mais on commet une faute épaisse si l'on impute l'Àpreté de ses décisions au rigorisme pontifical. Au vrai, les prescriptions et les exécutions furent condamnées — vainement toutefois — par la puissance ecclésiastique. En 1055, les prédicateurs et les zélateurs du culte Israélite exaspéraient la population de Grenade. Un d'entre eux, Hallen, notamment, combattait le catholicisme, religion de l'Ëtat, pour lui substi-

nicains, allaient en pèlerinage d'expiaiion à la synagogue d'Amsterdam.

(1) Ce règlement contenu dans le xxiv* des trente^nenf fameux chapitres est fondé sur la doctrine de saint Paul, renouvelée par Innocent III et d'après laquelle la loi des chrétiens ne peut être applicable aux non-chrétiens.

tuer la doctrine mosaïque. Ferdinand, ressentant la même Indignation que ses sujets, cha^ les effrontés. Aussitôt les évoques se levèrent et le blâmèrent avec énergie, et le pape Alexandre II leur écrivit pour appuyer cette manifestation. Dans la Castille et T Aragon, la force des intrus devenait telle qu^à Tolède seulement on en comptait douze mille. Un d'eux, Joseph, fut ministre d'Alphonse YIH et profita, comme on pense, de sa situation pour avantager les siens et dilapider le Trésor. Gonzalès, sa créature et son coreligionnaire, rayant vendu, le prince persécatait déjà toute la secte quand une fille de Judas, Rachel, eut la chance de le séduire et de renchaîner.

Aux avertissements d'en haut Israël n'esl jamais très docile. Une sut pas plus celte fois comprendre son intérêt : sa superbe devint extravagante. Ses richesses, son adroit fusionnement avec la haute aristocratie, son infiltration même dans le sacerdoce et Tépiscopat le rendaient presque inexpugnable. Les grands moyens seols en des circonstances aussi exceptionnelles peuvent garantir la sécurité publique. Cest pourquoi les Gortès réclamèrent du roi des mesures promptes et violentes, concevant avec beaucoup d'intelligence que l'unique manière de repousser les attaques antinationales, c'est d'épouvan* ter l'agresseur.

Il y avait à ce moment en Italie un système d'espionnage religieux qui donnait les meilleurs résultats. On l'appelait Inquisition^ parce que son rôle se bornait à fouiller, découvrir. Les fonctionnaires suprêmes de ce ministère n'étaient

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que des juges d'instruction et se prononçaient sur la culpabitité, non sur la peine. Ferdinand le Catholique adoptant ce mode de surveillance en fit une institution non plus religieuse, mais simplement politique. Pour la forme, il prétexta son désir de détinireThérésie et l'impiété; puis, quand il eut obtenu de Rome la bulle de fondation, il dirigea lui-même sa police secrète et, s*il ne nomma dans ce Saint-Office que des ecclésiastiques, les choisit du moins tels que ses volontés dussent être par «ux exécutées. Le royaume était divisé^ une nation volante étouffait lesindigènes; le monarque résolutde remettre chez lui les choses en ordre et de réaliser Tunité. La foi des aïeux et des citoyens, celle du gouvernement serait désormais sacrée. Les Juifs auraient le droit de la mépriser, mais non plus d'afficher ce mépris, ni surtout de pratiquer leur prosélytisme. S'ils enfreignaient cette règle, leur crime était celui de lèse-majesté ; le châtiment, la mort.

On en sacrifia beaucoup parce que beaucoup n'eurent pas la sagesse de rester cois; on les brûla pour la plupart parce que la grillade était alors le supplice le plus usité. C'était chose abominable ; mais combien de gens périrent ainsi qui certes valaient mieux que le moins indigne de ceux-là !

Les papes intervinrent et firent des. remon-^ trances à Charles-Quint; il négligea d'en tenir compte et continua de préserver son patrimoine et ses acquisitions.

Bien plus tard, à la fin du xvii* siècle, le général Morosini, revenant de la guerre contre les

' Turcs, ramenait des Juifs parmi ses prisonniers. Innocent XI, qui régnait alors, n'employa soa autorité qu'à, délivrer ces intéressants captifs.

Que d'autres faits on pourrait énumérer! A quoi bon? N'avons-nous pas l'affirmation tout aussi probante des députés israélites réunis an grand Sanhédrin de 1807? Dans leur ordre du jour du 5 février, ils se déclaraient «pénétrés de a gratitude pour les bienfaits que le clergé « chrétien a rendus dans les siècles passés aox

« Israélites des divers Etats de l'Europe et

« pour l'accueil que divers Pontifes ont fait en « différents temps aux Israélites de divers « pays ».

l'attache — l'histoire sainte — l'éducation

Admirons l'étrange tradition du Saint-Siège. Sa fortune, on le voit bien, n'exige pas comme celle des trônes l'intégrité des nations ou, si l'on préfère^ des royaumes. On nous dira : le lieutenant de Jésus-Christ pouvait-il ne pas abhorrer de telles sévérités? L*objection serait excellente si les tourments des hérétiques avaient exeité la même horreur. Mais nous savons le contraire et le cardinal Sadolek s'en étonnait aussi, qui reprocha très honnêtement à Paul III de se révéler plus pitoyable aux Juifs qu'aux Chrétiens Réformés (1).

(1) On nous pormettra de rappeler que LuUier était moins accommodant et défendit aux princes de la confession de recevoir les circoncis en leurs Etats.

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Faudrait-il donc admettre que le motif de cet appui persistant fut celui qu'avouait Sixte-Quint en ce qui le concernait, le bas intérêt, le gain, ce que nous nommons le pot-de-vin? Accordons-le pour deux ou trois papes, cinq ou six même, si Ton veul, mais non pas pour tous; Zadoc-Kahn lui-même s'y refuserait. Non, il y eut autre chose, et pourquoi ne seraienl-ce pas les rapports de filiation unissant le Christianisme au Judaïsme? L'Eglise ne peut les oublier. Le Sauveur, qui naquit dans la pauvreté sordide et grossière d'une étable et se laissa clouer au gibet entre deux drôles, avait de toute éternité voulu ce comble d'humiliation pour sa vie humaine, s'incarner dans la substance la plus vile; la plus décriée qui soit, dans de la peau de Juif.

Descendant de David, il devait résumer en lui l'àme d'Israël. Sans doute il donna quelque peu dans les théories des Esséniens communistes, les déracinés du temps; mais, maigre son dédain pour la Loi, dans sa réforme il ne pouvait négliger le legs moral des ancêtres. De fait, ce fut, comme on l'a dit, Taboutissant des Prophètes; la religion qu'il fondait continuait l'ancienne et ne lui succédait pas. Certaines idées déjà familières aux sectateurs de Moïse et qui toutefois n'entraient, si l'on veut, que dans la partie flottante de leur credo, constituaient le fond même de la Bonne Nouvelle, par exemple la Résurrection Générale de l'esprit et du corps, l'amour de Dieu, etc..

L'enseignement de Jésus ne créa d'abord, à bien parler, qu'un schisme, et non seulement

les Apôtres (1), — parmi eux nous comptons saint Paul, Grec circoncis, qui vint plus tard, maïs fut Tindiscutable organisateur, — non seulement les disciples qui purent entendre le Fils de l'Homme, mais même les fidèles des deux gênérations suivantes, tous furent Juifs on Judaîsants. Si bien qu'en dehors d'Israël, longtemps après que Paul eut avec netteté dénationalisé le culte et par là mérité Tanathème de ses congénères patriotes, on confondait encore la grande famille d'Abraham et la communion chrétienne.

Il était impossible que jamais la désunion se fit absolue. Saint Jean rËvangéliste put t>îen proclamer son antisémitisme catégorique et les Gnostiques témoigner davantage encore cette aversion, la destruction du Temple, centre de ralliement de tous les Hébreux, put rendre définitive la scission politique et sociale, il n'en restait pas moins que le Christianisme était comme une bouture de la vieille foi. L*Ëglise victorieuse conservait les Écritures et vénérait les Prophètes. Elle eut le tort d'étendre sa considération à toute la Juiverie et de se laisser imposer le respect du Peuple Elu, du Peuple de Dieu.

Ce mot « respect » n'est pas excessif. Voyez le scrupule avec lequel on retrace l'Histoire Sainte dans les écoles congréganistes, en s'en rapportant servilement aux assertions des logographes de Palestine. Nous savons bien ce que nous répondrait le clergé : « Puisque nous proclamons

(1) «N'allez pas dans le chemin des Gentils, mais plniêt aux brebis perdues d^Israël. » S. Mathieu, x, o.

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l'aulhenticité des récits sacrés, puisque nous croyons que leurs rédacteurs étaient inspirés du Saint-Esprit, nous ne nous reconnaissons pas le droit de les interpréter à notre gré. » On voit sans difficulté le défaut du raisonnement. Que l'Eglise, de par sa conviction, admette tous les faits, les ^exploits de Samson, le tour de force de Josué, celui de Jonas, soit; mais qu'elle oblige les jeunes Français à subir les commentaires eux-mêmes, voilà qui dépasse les limites de la simplicité. L'Esprit Saint est manifestement citoyen de Judée; sans cela comment se serait-il fait comprendre de ceux de Jérusalem ? Et, dès qu'à propos d'un événement, l'écrivain apprécie la vertu de sa race ou Tinfamie des adversaires, nous ne nous expliquons pas comment la dévotion même nous contraindrait à le suivre.

Nous choisissons un exemple, l'aventure du nationaliste Aman sous le règne d'Assuérus. On sait de quelle façon dans tous les diocèses est arrangé ce conte.

Assuérus a choisi pour épouse la tille du Juif Mardochée. Le perfide Aman, qui déteste ce vieillard, médite l'anéantissement de la race tout entière. Il gagne son maître et lui fait signer l'édit de « chambardement ». Mais la belle Esther affronte la colère royale, révèle la méchanceté du favori, finalement obtient le salut général.

Ce n'est là qu'une version conforme aux exigences des Synagogues et c'est bien le sens de la narration biblique. Mais, au regard du dogme chrétien, l'infaillibilité se trouve acquise pour

ce trait seulement, à savoir que le monarque ayant, à Tinstigation de son ministre, résolu de se débarrasser des Juifs, une de leurs eompatriotes sut le séduire et le faire revenir sur sa décision. On pense bien que les légendes devaîMt transformer le conseiller en scélérat et la femaiie en héroïne.

Et pourtant, si nos docteurs ecclésiastiques examinaient de plus près le Livre, combien différent, avec un peu de clairvoyance, serait leur exposé l 11 faudrait d*abord observer le grief allégué par Aman : « Seigneur, dit-il au prince, UN PEUPLE est dispersé dans toutes les provinces de votre empire, soumis a d'autres lois et

MÉPRISANT LES DÉCRETS DU ROI. Et VOUS SaVCZ trèS

bien qu'iL importe a votre royaume qu'il ns

DEVIENNE pas INSOLENT A LA FAVEUR DE LA UCEMCfi.

Commandez, s*il vous platt, qu'il disparaisse et

j'apporterai des RICHESSES IMMENSES AUX TRESO- RIERS DE VOTRE ÉPARGNE. »

Cette accusation à toutes les époques et dans toutes les régions se répète : le peuple juif ne s'assimile pas à l'aborigène et le pille tant qu^il peut. La comédie de Mardocfaée se réitère aussi chaque fois que commencent les représailles. Le madré se met à parcourir les rues, les vêtements déchirés, la tête souillée de cendre, et poussant des gémissements qui témoignent de l'amertume de son âme. Hélas ! hélas ! on persécute Israël!

Puis la ruse de la femelle : quand ce n'est pas le poignard ou le mauvais café, c'est Tenvoûtement de l'amour. Nous citions tout à l'heure à propos de l'Espagne le cas d'Âlpho&se VIII

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détourné de ses projets par sa Rachel. L'intervention d*Esther est identique. Elle se fait plus chatte que jamais et, quand elle tient le despote, les intérêts assyriens sont fort compromis, cr Je suis Juive. Aman me veut du mal. Fais-moi plaisir, supprime-le, et je serai bien gentille. » Assuérus lui ayant obéi en eut sa récompense, mais l'Assyrie garda sa plaie.

Et la conclusion sempiternelle : les Juifs triomphent sans mesure, Mardochée se pavane, couvert de pourpre et d'or, insultant de sa morgue la foule prosternée.

Pourquoi ne pas solliciter ainsi vers la vraisemblance un texte sans nul doute mensonger? Pourquoi maintenir ce monument dithyrambique élevé à sa propre louange par le plus cabotin de tous les peuples et le plus habile à tromper? Pourquoi même, par l'importance attribuée à pareilles leçons, forcer Tenfant à reconnaître dans ce groupement humain l'origine vénérable de notre espèce?

C'est que, pour l'Eglise, tout dut être parfait en Israël avant le grand crucifiement; la malédiction seule aurait changé les mœurs, métamorphosé le caractère

Et de la première éducation le jeune chrétien conserve cette erreur. Au lieu de lui dire : la nation où Dieu, dans son infini désir de hontes, voulut descendre, fut toujours un objet de répulsion pour Tunivers ; au lieu de lui expliquer sommairement par le passé cette antipathie qu'il constatera bientôt, on exalte à ses yeux le Peuple du Seigneur et Ton abomine l'Amalécite.

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On ne Tentretient pas davantage de rennem pendant le stage à l'école. Si pourtant I Chaque année, le Vendredi-Saint, on lui fait réciter des invocations au Ciel pour les Juifs.

Charité déraisonnable, à laquelle la Providence préférerait peut-être des préceptes prudents, nous ayant créés et pourvus de l'entendement pour que nous prenions au moins la peine de nous garantir. Il est très joli de prêcher le devoir et toujours le devoir. Mais lequel? II faudrait préciser, enseigner que si le plus considérable est d'adorer Dieu, le second est certes bien de défendre cette existence dont il nous fil présent et de n'être pas inférieur à la moule qai tend le plus possible à persister dans son être.

Mais se défendre, lutter, le disciple n'en prévoit pas la nécessité future, l'expérience personnelle, la connaissance de l'adversaire ne lai étant pas possible. Le lycéen, qui n*a pas dans son programme l'étude des tribulations sémitiques, fréquente par contre les rejetons des antiques opprimés, les Kahn, les Ck>hn, les Mayer, les Dreyfus, les Lévy, les Culmann, dont le contact lui suggère des réflexions utiles. Car les plus violents, regardez-y, ne sont pas ceux qu'échauffe la simple dégustation quotidienne d'une passionnante diatribe. Ce sont les braves gens que lésèrent les malversations et qui voient l'impudent en chair et en os (1).

(1) Par exemple, les Algériens ou, chez nous, les h&bitaiiu de U rue Saint-M<iriin. Leurs élus n'ont besoin que de prouver en eux cette haine rigoureuse. Imaginex as contraire le peu de succès qu'auraient de tels candidats dans les pieuses campagnes bretonnes, indemnes encore du fléau, grâce à Dieu.

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La culture cléricale ne comporte pas celle richesse de renseignements. Cest pourquoi nous ht jugeons tout inefficace à développer 1 horreur combative du Juif. Qu'on examine, pour s'en convaincre, ce qu'elle produit.

M. l'ex-abbé Ledrain, qu'afflige l'aggravation du conflit, prodigue des homélies dont le sens est celui-ci : « Mariez-vous, fils de Japhet, aux flUes de Sem ; la femme juive enchantera votre couche, elle est très caressante et fort experte à satisfaire les plus exigeants. » Il est à remarquer que le prêcheur ne recommande cet accouplement qu'aux Français mâles; il connaît peutêtre la Française et la sait plus prompte aux nausées.

Le Petit Séminaire de Paris a nourri entre autres illustrations ces trois hommes: Renan, Francis Magnard, Jules Lemaitre. Si l'autQur des Origines du Christianisme fut parfois sévère pour les Hébreux, il n'en est pas moins vrai qu'il ne pouvait nier sa bienveillance à leur égard, et nous citerons pour confirmation l'interview qu'on put en obtenir peu avant sa mort pour la fameuse enquête sur l'antisémitisme. On se rappelle aussi Tesprit hésitant, imprécis, courtois à l'excès, que fut l'ancien rédacteur en chef du Figaro. Dans la personnalité de M. Jules Lemaitre nous honorons autant désormais U talent et le courage, la hardiesse et l'habilelé; mais si quelque Montluc antijuif surgissait demain, capable de réaliser très brutalement la •revanche du drapeau, gageons que le délicieux chef des Ligueurs ne l'accompagnerait pas bien loin.

Un Montluc ! Il est bien certain que jamais la réaction française n'aura plus cette àpreté. Môme il se peut que le corps-à-corps se réduise à ce que fut jadis la rencontre de Mores et de Reînacl). Avec ce calme dont s'idéalisait sa beauté, le vaillant Latin, s'adressant à la laideur vivante, lui dit : « Je vais ici et là, vous n'y serez pas; j'aime les ombrages du Bois, vous l'infectez, je ne vous y veux plus voir. » El jusqu'au meurtre d'Ël Ouatia le monstre chercha la fraîcheur autre part.

Peut-être, au contraire, la Juiverie saurat-elle nous opposer ses mercenaires collectivistes. Alors ce serait la guerre. Et c'est là qu'on verrait la Papauté revenir à sa manie d*antan : essayer d'intimider les multitudes. L'humble clergé, dont les pensées et les sentiments sont ceux du peuple, regretterait cette intrusion, mais devrait se soumettre, mené d^ailleurs par Tépiscopat. Seulement le temps n'est plus où l'excommunication paralysait la colère publique.

Dans la bataille les antisémites ne s'embarrasseront pas du cléricalisme ni de sa politesse. Et ce sera leur force.

Robert Launay.

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