LE THÉÂTRE EN FRANCE
LA COUESE nu FLAMBEAU (de M, Paul ffervieu)
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M. Paul Hervieu vient de faire paraître en librairie la Course du Flambeau, Et, sans doute, Ton prendra de celte œuvre une idée plus exacte à la lecture qu'au spectacle. La raison en est à mes yeux fort simple : ce n'est pas là un ouvrage dramatique.
Examinez le slyle : vous retrouverez les tours précieux qui déparaient les fines et fortes analyses de Feints par eux-mêmes et qui sont encore plus fâcheux au théâtre où il faut un langage simple et souple qui, comme Ton dit, passe la rampe.
Examinez les personnages : vous verrez que M. Hervieu les plie toujours, non pas aux conditions de leur caractère, mais aux exigences de sa thèse. C'est ainsi qu'aussitôt décidées les fiançailles de sa fille, Sabine ne poursuit pas son Stangy jusqu'au train, jusqu'à Londres, jusqu'en Amérique; ainsi que Mme Fontenais, si avare de ses biens, ne s'aperçoit pas, à son départ de Paris, que ses valeurs ne sont plus dans son tiroir ; ainsi que Stangy, qui n'ouvrje
pas la première lettre, ouvre la seconde ; ainsi encore..., mais je n*en finirais pas.
Dumas fils a, le plus souvent, réussi à prééta* biir des harmonies entre sa thèse et ses personnages. M. Hervieu, vous le voyez, n'y tâche même pas : il veut que toute l'attention du spectateur converge sur sa thèse seule; il écarte tout ce qui pourrait Ten distraire. Ayant cm distinguer une loi, à savoir : a au profit de la génération nouvelle, la nature s'évertue à dépouiller la génération précédente », il se contente de construire le schème de cette loi. Ne vous étonnez donc point si ses personnages n'ont pas les belles couleurs de la vie : leurs figures vous apparaissent comme tracées à la craie sur un tableau noir : cela suffît.
— Soit, direz-vous, M. Hervieu ne peint pas des caractères, il décrit des types. Les auteurs de tragédies n*ont pas d'autre méthode. Vous dépla!t-il qu'on écrive encore des tragédies?
— Ah ! certes non! Et le jour où Vlphigénîê de M. Jean Moréas charmeia enfin nos yeux, je ne serai pas le dernier à Tapplaudir. Mais, malgré qu'on Tait dit, malgré que M. Hervieu lui-même ait donné à le croire en comparant les débats financiers de ses personnages aux querelles implacables des Atrides, la Course du Flambeau n'est pas une tragédie. Ses personnages ne sont pas des types, c'est-à-dire l'image isolée et agrandie de passions propres à l'humanité et par conséquent intéressantes pour tout homme. Ses personnages sont les constructions métaphysiques d'un auteur et ils forment, comme il dit, ce un admirable triptyque des trois Ages ».