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LE THEATRE EN FRANCE

Passé, présent, avenir, ces trois termes sont nécessaires et suffisants à sa thèse. De là vient que, fors Mme Fontenais, Sabine Revel et Marie-Jeanne, qui sont, du moins, des chiffres d'une valeur déterminée, rien ne distingue ses personnages : ce ne sont que de pâles ombres. Et ne les confondez pas avec les confidents de nos tragiques. Ces confidents vivaientcomme les protagonistes dont ils n'étaient que le double, l'intérieure voix rendue perceptible à l'auditoire. Les ombres de M. Hervieu, au contraire, ont désintérêts qui leur sont propres, qui parfois même devraient s'opposer aux intérêts de ses trois protagonistes. Mais M. Hervieu ne s'en soucie point; il ne sent même pas combien ces abstractions contrastent péniblement avec le jeu trop vivant des acteurs; il a, pense-t-il, mieux à faire : il se donne tout entier à sa thèse.

Examinez enfin cette thèse. J'imagine qu'à votre sens le propre du drame n'est pas la démonstration directe de quelque vérité. M. Hervieu a le droit d'avoir une opinion différente. Mais, du moment qu'il choisissait pour sa démonstration laforme dramatique, il devait connaître qu'il n'y a pas drame là où il n'y a pas action. Or, dés le premier acte, la thèse est posée comme inéluctable ; les trois autres actes ne sont là que pour l'illustrer. Je sais bien qu'il y a des péripéties. Mais l'une d'elles, la plus pathétique, est un récit et dans aucune, ainsi que jadis, sur le théâtre grec, les héros s'opposantaux décrets delà Destinée, dans aucune l'on ne voit les personnages dé M. Hervieu réagir

contre son axiome physiologique. lisse gardent tous d'y toucher. Et, aussi bien, il» ont raison: cet axiome ne tiendrait pas debout

En effet, il est fort possible que de nos jours une mère aime plus sa fille que sa fille ne Taime; c'est qu elle voit en cette fille son œuvre et le plus vif de son sang; son amour maternel, c'est encore de Tégoïsme. Mais jadis, quand l'individu n'était pas encore dieu, c'étaient les traditions de la famille, son héritage d'honneur, et en un mot c'était le nom que radolesceot apprenait à préférer; il sentait bien qu'il ne recevait sa force que de ses racines ; il en aimait ses pères plus que soi-même, et si les parents aimaient leur descendance, c'était moins pour ce qu'elle porterait d'eux-mêmes dans l'avenir que pour ce qu'ils lui avaient transmis du passé. Et, contrairement à ce que pense M. Hervieu, ce beau mythe de la course du flambeau n'avait pas d'autre sens.

Cela est encore vrai ailleurs ; cela, par uo simple revirement politique, par une nouvelle loi sur les successions, cela pourrait encore être vrai chez nous. Variable dans le tempset l'espace, la thèse de M. Hervieu, contrairement encore à ce qu'il veut établir, n'est donc pas on axiome. Or qu'il se rappelle cette sentence de Michel-.Vnge : l'artiste ni l'écrÎTain ne doivent s'attacher à reproduire ce que le temps détruira.

Est-ce à dire que la représentation et surtout la lecture de sa pièce n'otfre aucun intérêt? Non certes. Et l'on suit avec la plus scrupuleuse atten* tion un auteur qui, loin de flatter les bas ins^

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