II. — L'ame des ouviers
J'ai gravi aujourd'hui le tertre qui domine la contrée, il est planté des trois essences dont la feuille, qui se renouvelle sans cesse, ne manque en aucune saison : son sommet, garni d'un ermitage et de sa chapelle, porte de vieux cyprès taillés par le vent et la foudre ; à mi-côte s'étend un bois de pins, blond de lumière à ses touffes supérieures et traînant dans la nuit ses extré-
mités retombantes; enGn vers le soubassement de la colline est un grand verger d'oliviers.
Ëgales pour la gloire, ces difîérentes races d'arbres sont inégales en beauté, et Tolivier passe de beaucoup les deux autres. Mais des traits personnels de vigueur et de perfection distinguent par surcroît les oliviers de ces parages. J'aurais dû, comme au temps passé, ne pas m'éloigner de leur ombre. Elle est subtile et tourmentée. Le corps de Tarbre, son branchage, élancé d'un rythme très pur, répondaient en cadence aux passages du vent du soir. Une sorte d'appel s'élevait ainsi du verger. J'y pris à peine garde, mais la grâce de ce murmure m'accompagna tant que je montai et, revoyant, à la descente, les mêmes oliviers, leur magnificence sereine épanouie dans Tair du soir où la brise ne passaitplus me remplit de l'admiration dont ils étaient dignes.
Supérieurs au type ordinaire de ce bel arbre, ils montraient parmi les ondoiements de leur cime une beauté plus rare, qu'ils ne font apparaître qu'en des circonstances choisies : ce bouquet souple et fier, frêle comme un bourgeon, dense et resserré comme un fruit, que se plaisait à reproduire la sculpture des Athéniens I Le ciseau des Attiques n'a aimé que l'exquis. Ainsi conserve-t-il l'élite de l'élite, fleur de la fleur. 11 m^avait désigné ce chef-d'œuvre de la nature. Quel bonheur d'en jouir ici ! Les purs rameaux me suspendaient amoureusement à leur forme. Mais, révélant avec libéralité le trésor, ces mystérieux petits arbres ajoutaient le conseil de les louer sans bruit: élevant
ACTION FRAMÇ. — T. IV. 8
112 l'action PRANÇjUSE
à Teiithausiasme ils recommandaient la pudevr . <( Pampres de Bacchtu, pourquoi m'étreignez- <t 90U8?0iêz 998 raisins^ je mis vierge, et ne nCemmre «pm^.xÂinsi 9eplaint,ckez un poète de rÂnthologie, le chaste et sauvage olivier que Ton yeut charget de présents. Gomme il eût écarté, Ivi aussi, la grappe et le pampre, Tolivier proveaçal m'invitait à modérer les signes de ma religion. Mais ce goût et cette sagesse devaient être vaincus par la force d'un souvenir, auquel je me rendis. L'olivier m'apparut,comme il m*ap* paraissait un matin de jeunesse impétueuse et concentrée, tout autre part qu'au milieu des champs maternels, dans le point central de mes songes, bel être incorporel, image abstraite de son àme ou du moins des reflets que jetait dans la mienne cette silhouette d'argent... Réminiscenee de Platon, de Renan et de France^ que je suivais alors tous ensemble, l'ancienne invocation que j'avais rythmé se releva presque ent^re dans ma pensée.
« — Petit arbre nerveux et pâle D,répétais-je, en modifiant à peine mcm premier texte, a vous qne néglige le vulgaire et qu'il doit même insnlter immanquablement, lui paraissant modeste, médiocre, quand il ose tout dire, un peu gris et décoloré. Un rare privilège vous défend, olivier, de flatter d'indignes regards et vous refuse tout honneur de la part de ceux qui n'en méritent aucun : moins ils vous considèrent, plus il vous appartient d'exceller dans votre nature, délice des cœurs exercés !
« Vous nouez tos racines fort au-dessus du sol, mais vous les enfoncez fort avant dans ce sol léger et instable comme l'esprit. Si votre tronc, fort court, épanouit peu de rameaux, le plus frêle, sous une écorce délicate, est solide et plein de vigueur. Lent à croître, long à mourir, ainsi que la sagesse, le dieu qui vous possède a Tàme curieuse; pour atteindre à la paix, il est ennemi du repos; comme les sentinelles et les coureurs de nuit, il se maintient par la sensibilité vigilante. Chaque pas des heures vous touche, vertes lyres, de frémissements infinis, le moindre ébranlement de votre air vous donne la fièvre, mais personne ne montre plus de résignation à ce qui n*a point de retour. Ni langoureux abattement, ni vaine révolte : tous les fléaux fournissent une épreuve à votre vertu et, des pires injures qui lui coulent du ciel, votre automne compose un amer et généreux fruit.
c Que votre bois, oliviers, ait notre louange, car les premières crosses des pasteurs en sont façonnées, les rois pères des peuples y ont pris le sceptre amical. Lorsque Thersîte osa prêcher une confusion de pouvoirs qui eût amené l'anarchie, c'est avec vous qu'Ulysse punit le bavard insolent ; c'est à coups d'oliviers que lui furent scandées les inestimables doctrines : — Le 09ummêinênt de plusieura nest pas bon. Qu'il y ait un tend ehef^ un roi. Mais ce prince vous utilisa plus seerètement. Dans sa maison d'Ithaque, au centre d'une cour, s'ouvrait le pins beau d'entre vous. Ayant été ployé et débité des mains d'Ulysse, il devint un lit nuptial et l'arbre, dont le tronc et«la maîtresse branche
lu l'action française
n'avaient été ni déplacés, ni séparés de leurs racines, mais abrité d'une toiture et clos de partout, connut Thymen de Pénélope, sa défense innocente et la foi invincible de son prudent et industrieux souvenir. Au retour de Tépoux, ce lit mystérieux lui permit de se faire discerner de vains imposteurs, etjamais son amour ne connut de champ plus heureux.
« Telle étant sa ferme substance, votre feuille, oliviers, porte en sa couleur double le signe de la vérité. Mais l'ovale acéré en est sans reproche. Cette nette coupure ne redoute aucun examen. Et pourtant, épaissie en légères touffes qui tremblent, votre feuille se mêle k tous les fantômes de l'air. Des sophismes pressés y confondent leurs ailes fines, les nuances subtiles v décrivent agilement un mystère discret qui ne peut rien dire aux profanes. L*œil distrait n'y verra qu*un bouquet confus et cendré : mais, voisins des dieux, les paysans taillent ou courbent chaque plant dans la forme évasée et religieuse des cratères et le sage, qui passe une fois ou deux en cent ans, n'en pourra négliger la catégorique leçon.
« Le bacchique amandier anime son branchage de mimiques désespérées et le cyprès, du flanc d'une métairie solitaire, élève sa colonne blanche et noire contre le jour ; le pin, né turbulent, s» précipite en indiscernables troupeaux : mais, chers oliviers, il ne peut vous plaire d'interrompre, de quelque mouvement que ce soit, la courbe déliée des collines de vos pays. Ni l'ennui, ni l'orgueil, ni le dépit ne vous jetteraient non plus au désert, «et vous vous aimez trop,
PROMENADES. — EN PROVENGE 115
car TOUS vous sentez trop bien vivre, pour vous mêler les uns dans les autres, comme les pins. 0 Énergies, maïs indomptables,ô Patiences, mais exercées,Constances,Industries,plus que fertiles Inventions, osant tout et tout supportant, mais tout méprisant au besoin, vos mépris n\mt été durables qiik l'égard du crime d'Excès. Distants des bas-fonds et des crêtes, c'est en chœur, oliviers, qu'il vous intéresse d*aller. Sans vous presser l'un l'autre, sociables rameaux qui communiquez entre vous, vous aimez vous toucher en rendant un son qui ressemble aux discours de la Mer intelligemment mesurée et des hommes qui la bordèrent. Langue accordée à Tâme, parole et pensée n'y font qu'un, désignées par le même mot : pensée toujours conduite à la perfection de son signe, mais signe plein et dense, vertueux et signifiant.
c De sorte, clairs feuillages, qu'il n'y a presque rien qui altère votre bonheur! La méditation n'impose ni fatigue, ni souillure à vos transparences et la nuit ne les couvre pas. En montant vers le ciel, vous formez un chapeau de mystérieuses lumières. Qui veut des clartés en fera. Le phosphore divin brille à la pointe de vos tiges comme dans l'œil des chats sacrés et des oiseaux de nuit et de tout ce qui fut conçu ou procréé du sein delà Vierge elle-même.
« Fils certains de Pallas, rangées d'yeux pers fleuris des modérations éternelles, athénienne semence qui, à son tour, élève la plus délicate des fleurs, vous êtes apparus par la sûre volonté de cette déesse : premiers, derniers maîtres du monde, secoués des déluges, vie-
torieux de l'obscène nuit, pacifiques, guerriers, auteurs etenfants, exterminateurs des désordres et extincteurs de la barbarie, il n*y a point de siècle qui ne vous ait sentis père et mère de ses destinées favorables. Vos diffuses lueurs étant choses humaines, aucun trouble n'en provenait : mais,façonnés de voire chair, bourrés de vos fruits, quand les pressoirs donnèrent les rayons du chrome doré, la Déesse -Ouvrière en fit éclater son orgueil : aliment et breuvage, douce onction de Tathiète et baume des corps déchirés, elle s'applaudit elle-même et pour que son collaborateur le peuple athénien eût sa part des louanges, elle lui prit la main et la serra d'un geste si honorable que le marbre le perpétue.
(( Tout autrement beaux que le marbre, soyeznous, oliviers, les garants animés des assentimentsde Pallas. Redites-nous son témoignage. Ne vous lassez point d'enseigner ce qu'elle aime et approuve etcommentelle sait sourire à celui qui la sert. L'homme qui la comprend n'apas besoin d'être encouragé à la suivre. S'il cormait la sagesse, il y court avec vous. Ah! redoublez Téclaircissement de votre sagesse! Sous une pâle armure d'émeraude voilée, paraissez les brillants agonistes de la raison ou les paranymphes de l'homme quand il est digne de son nom et apprivoise ou dompte ses frères bestiaux. Bel ordre de Sciences et fine mesure des Ârts,gardez-en,communiquez-enplusquen'enveutetque n'en souffre l'imbécile dégénéré.Sur nos coteaux où procèdent vos théories, rien ne pourra se perdre du moment que vous subsistez : la Mer-
veille du Inonde ne s'abîmera qu'avec vous I »
Ceux qui auront suivi, bien moins de Tesprit que du cœur, la signification religieuse de ces prières ne s'étonneront point qu'on y tienne à des végétaux un langage tout à fait digne de personnes humaines et même un peu supérieur. Quant aux autres, ils auront raison d'y reprendre l'obscurité, Tenflnre, une intempérance choquante, et je leur serai obligé de ne voir là dedans qu'un ancien péché de jeunesse.
Charles Maurras.
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SUR QUELQUES EXPOSANTES
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LES SÉVRIENNES
Vous n*ayez pas compris les deux grands préceptes de l'Education, qui sont de former le goût et de donner des méthodes.
Jules Simon.
On sait quel passionnant intérêt s^attache aux problèmes de TEducation. Emus par Tidée de notre abaissement, nous cherchons les principes qui régiront la France de demain, et si notre nalion sombrera dans Tanarchie, on pourra retrouver après cent années de discorde son antique prospérité.
Nous sommes donc en pleine effervescence pédagogique : enquêtes, projets de loi, conseils de nos « hommes du jour », articles, livres et brochures s'amoncellent. Agitation- féconde, malgré les grossières et brouillonnes menées des loges et des politiciens.
L'éducation des femmes se trouve naturellement à la lase de celte controverse; les mères et souvent les épouses ne font-elles pas les bons citoyens? Et voici qu'une ex-pensionnaire de notre Emle normale supérieure de jeunf^s flUes vient de publier un joli roman plein d'utiles leçons sur (t les Sévriennes », et que le fil léger de son amoureuse intrigue nous mène parmi
LES SÉVRIENNES 119
les travaux et les plaisirs, les rêves et les désenchantements des futures maîtresses de nos lycées.
Nous n'ignorions point cette œuvre de Sèvres, « fille chérie de la Troisième République ». Le pur esprit démocratique Tanime, et produit en elle son inraillible effet : poursuite éclievelêe d'un idéal fumeux, inaptitude à la fonction.
« Uns chose me frappe à V Ecole et me semble la « caractéristique de renseignement quon nous « donne : les Sévriennes parlent sans cesse d" li- «[ cenee^ âC agrégation ^jamais de professorat! Jamais « nos leçons ne visent V esprit limité d'enfants de iO « à 14 ans ! » (1)
C'est un signe de sénilité que ce puéril gaspillage de noire temps et de nos forces. Comme jadis les rhéteurs de la décadence, nous parlons aujourd'hui pour rien, pour le plaisir. Pour le plaisir? — Pas même ! Pour des diplômes.
A Sèvres, dans les classes, dans les chambres, dans les couloirs et jusque sous les frais ombrages du parc et des bois voi>ins, s*épanche, intarissable, un flux de mots comiquement scientifiques. On discute de omni re scibili: littérature, chimie, physique, diction, langues étrangères, mathématiques, philosophie, histoire, géographie, droit, zoologie, botanique... etquibusdam alOs.
Les plus notoires représentants de la science officielle président au docte babillage.
Qu'on ne s'y trompe cependant pas : il convient (lê railler une méthode, non l'effort des élèves;
(1) Gabriblls Rétjll, Les Sévriennes^ p. i20.
il faudrait déplorer plutôt leur labeur déréglé. Dans ce même âge, où rame affectueuse des jeunes filles demande le bonheur aux plus douces joies du foyer, les Sévriennes sont invitées à poursuivre, sous ramoncellement des manuels, des traités et des cours, Tépuisante chimère d'une érudition trop vaste, trop hâtive, pour être sûre et profonde. Leurs programmes sont ridiculement surchargés, et si Ton songe que pour s'assurer un gagne-pain elles doivent étudier pêle-mêle tant de matières diverses et d'absurdes détails, si Ton considère surtout que cette fastidieuse besogne n'aboutit qu'à déformer leur intelligence, et à étouffer sous un fatras Livresque leur génie naturel d'aimables Françaises, on se sent plein de colère contre les pédagogues malfaisants qui ont entrepris et qui poursuivent cette t&che mauvaise. Car le moindre accident à redouter pour les pauvres cerveaux entraînés dans cette sarabande, c'est de perdre toute logique, toute méthode, toute clarté.
Si l'on veut des preuves, je prie que l'on parcourre les copies fournies par les candidates à l'agrégation. L'Exposition les offrait à notre examen. Nous pouvons les méditer à notre aise,^ maintenant qu'avec les feuilles mortes tombent les palais de carton-pàte.
Au sortir des galeries, où la foule se bousculait pour d'hétéroclites objets, nous avions souhaité le calme reposant de la discrète loge ornée de photographies et de diagrammes où des-
LES SÉVRIENMES 121
^trines contenaient les copies proposées à notre attention. Espoir bientôt déçu. Nous tombions en pleine foire intellectuelle, et du chaos des choses en celui des idées.
Le sujet de littérature pour 1898 réclaoïait c un petit art d'admirer », d'après un^ phrase de Saînte-BeoTC.
Dans ia copie classée en tête, après mille propos oiseux et de filandreuses distinctions entre « l'enthousiasme irréfléchi d et a TadmirAtion réfléchie », la candidate se résume : « Tandis que ï enthousiasme irréjUcM nous entraic nait dans ttn monde à part d'exaltation^ souvent « d'étroitesse, elle (l'admiration réfléchie) aug-' « mente la conscience de notre humanité et notre « humanité même. » Notre humanilé même, conscience de notre humanité, monde à part... verbiage inoffensif? Nullement. Reconnaissons enfin le magique pouvoir des formules de la secte et que la néophyte use avec à-propos du « signe de détresse ». L'austère correcteur qui semblait en sommeil marque en hâte un c très bien n. Abracadahra.
Mais alors un doute surgit. Qui sait, après tout, si ce n'est pas uniquement pour flatter une manie humanitaire connue de longue date que la pauvrette aggrava son bafouillage? Peut-être pensait-elle comme cette fine mouche de Claudine (1) : ces inepties-là plairont qui me déplaisent. Ignorance? Habileté?
Voici la conclusion : « Matthew Arnold (no- < tons Tadroite courtisanerie d'une référence
(1) Claudine à Véeole^ l*héroïae du moraliste Willy.
i( bien choisie), Matthew Arnold a dit que les « Français ont une conscience littéraire comme a on adhabitude une conscience morale .. Ceux « qui ont cette conscience littéraire possèdent « une véritable supériorité; le goût des lettres, « qui peut être si frivole et si vain (1), sert en u eux à augmenter la véritable humanité. »
Triste fruit de tant de veilles studieuses que Texhumation d*une sottise anglaise! Tel est pourtant « Tart d*admirer » issu du « progrès des lumières». Tel est le critérium indiqué aux petites Françaises pour qu'elles goûtent les chefs-d'œuvre de notre littérature. Il sied qu'elles augmentent leur a véritable humanité ».
« Véritable ». Car cette <r humanité » parait subtile à définir. Complications de notre misérable existence! Déjà, nous pâlissions à définir la (c République honnête »... et l'autre ; et voilà qu'il nous faut séparer a Thumaniié véritable » de celle qui ne Test point! Distinguons donc, et toujours distinguons. Nous connaissons certes Tune des républiques (qui n'est point, hélas! la bonne), ignorerons-nous à jamais Tune et l'autre « hunranité »?
En tout cas, voilà qui eût décontenancé nos pères, eux qui faisaient si bien a leurs humanités ». Mais nos pères, vivant avant la promulgation des dogmes de 89, ne purent que croupir dans rignorance et dans la barbarie. Plus éclairés, nous nous demanderons simplement,
(1) J'offre cette phrase en hommage à M. Maurice Pujo {Action Française^ t. III, p. 9214).
LES SÉVRIENNES 123
devant ce rébus pédagogique, s'il faut tant de lecture pour mûrir un non-sens et trente-six mois de gestation pour cet avortement. Et, pour achever de nous édifier, nous regarderons s'appliquer à Thistoire ces écoHéres modèles si évidemment affranchies de tout obscurantisme.
MM. Langlois et Seignobos (ne seraient-ils pas prophètes à Sèvres?) ont écrit : a On ne c demande plus guère à Vhistoire des leçons de moc raie, ni de beaux exemples de conduite, ni même « des scènes dramatiques ou pittoresques,.. On corna prend que la valeur de toute science consiste en ce c quelle est vraie et on ne demande plus à V histoire « que la vérité (1) ».
Il s*agit de a comparer dans leurs traits essentiels la formation de l'unité italienne et de Tunité allemande ». Une des candidates, des meilleures, il ne faut pas l'oublier, admise, et qui professe dans quelque lycée, écrit ceci : « Le-s deux nationalités nouvelles, formées F une avec « Vappui de la France, Vautre avec la complicité « optimisie et niaise (sic) de Napoléon III (distin- « guoDS bien), ont ainsi modifié considérablement « l'équilibre européen; mais malgré son éclat, Vœu- « vre de Bismarck et de Guillaume P^ est une œuvre e antinlibéraie, viciée dans son principe même. On a n'y sent pas la marque d'un esprit élevé, généreux « ei vraiment humain (où donc niches-tu, « ô Vé- « ritable Humanité »?). En Italie, au contraire, « Victor-Emmanuel et Cavour, bien que très allac< chés à Vidée monarchique, ont dû être un roi et un
(1) Langlois et Sbionobos, Introduction aux éludes hiaforigueSf p. 2S8.
i^ l/ ACTION FRANÇAISE
« ministre libéral se guidant d'après des idées dé « droit et de justice. » Noas sommes édiOés. On léserait à moins. Les amis d'une sévère discipline intellectaelle plaindront cette jeune lauréate et surtout ses élèves. Depuis la disparition de Michelet (encore avait-il de Téloqûence), il est interdit de divaguer à ce point, en traitant de faits précis et scientiBquement connus. Il faut même un bel aplomb pour ratiociner avec cette extravagance sur des événements si proches de nous,
Jules Simon, qui fut « ministre libéral », songeait-il aux Sévriennes quand il écrivait à propos des femmes : o: Voici une observation qui « résumé tout : elles n'ont pas produit un seul histo- ^ rien et nous égalent si eUes ne nous battent pas a dans le roman (1). » Ces copies de concours semblent justifier la première partie de sa remarque ; Mme Réval aide à confirmer Tautre.
Mais laissons le romanesque et passons à la morale. J'en cherche en vain la « substantifique moelle » ; on ne saurait rien extraire de ce qui n'existe pas, de ces dissertations uniformément médiocres, faites d'un insipide délayage des lieux communs les plus vulgaires. Pas la moindre fermeté de pensée ni même de doctrine. Rien à louer; rien à blâmer. Le néant.
Mme Réval se plaint dans son ouvrage qu'on ne lui ait montré que les « oripeaux de la philosophie ». Eugène Manuel, inspecteur général de l'Université, président du jury d'agrégation pour l'enseignement des lettres dans les lycées
(1) JuLBs 8tmon, La Femme au XX* siècle, p. 22.
LBS SÉTRIBNNES 125
de jeanes filles, était d'un aatre avis. Il signalait « dans les exercices où Tordre, la suite, la contianité des déyeloppements sont le plus nécessaires »,les «r perpétuels écarts» des aspirantes, les « déraillements yéritables dont on ne semble ps aToir conscience ». « En philosophie, ajoutait-il, elles perdent promptement pied (i). » Elles perdent pied, mais ne lâchent pas prise. Il n'y a que les noyés pour se cramponner obstinément. De ces oripeaux dédaignés par l'auteur des Sèvriennês^ ses héroïnes se font volontiers nu étendard.
— Je m*attaclie poar l'ordre au péripatéti9me.
— Pour îes abstractions, j'aime le platonisme.
Ainsi parlaient Armande et Philaminte. Nos savantes ont délaissé Aristote et Platon. L'une est kantienne; l'autre, hégélienne. Et leurs robes, interrogerait un misogyne, seraient-elles point a écossaises »? — Beau sujet pour s'égayer.
On rit moins si l'on songe au désarroi moral de ces pauvres filles privées de tout point d'appHÎ, livrées sans défense aux affirmations, aux négations, aux hypothèses et aux doutes des systèmes contradictoires.
De religion, pas un mot. Chaque élève peut pratiquer la sienne... sans nul doute. On con-
(1) Jou8 SiMoic. La Femme au XX* siècle^ p. 235.
Oa a peiit-ôtre remarqué dans ces pages de nombreux emprants faits à nos libéraux. Dans Tarsenal de chacun d'eux se rencontre ainsi l'arg^nment propre à la confusion de som coreligionnaire. Tant il est rrai que chez tout houime poat se trouTer une étincelle de raison. Il suffit de la bien chercher.
naft sa neutralité. Sans marquer un étonnement qui serait naïf, constatons une fois de plus l'impuissance de la morale officielle à remplacer chez des femmes, même soigneusement choisies, et catéchisées d'après les méthodes les plus en vogue, le ferme appui que le catholicisme offre à ses fidèles.
Aussi bien, pourquoi ne remplace-t-on pas la composition de philosophie par une épreuve de droit? Si nous en croyons Fauteur des Sevriennes^ nous apprendrions ainsi Tenchaine-' ment des intéressants sophismes par où l'esprit libre de Mme Jules Favre aboutissait, dans ce cours qu'elle s'était réservé, à l'union... libre aussi. Thème moderne et démocratique. La tranquillité des parents.
Une telle pénurie de principes offre un véritable danger au regarddelamoralité. Mme Réyal Ta marqué. Mais il n'est point en apanage à la haute culture. Suivant le très perspicace 'Willy(i), l'enseignement primaire n'y échappe aucunement. Sujet pénible d'ailleurs — et que les statisticiens se chargeront d'éclaircir au besoin. Nous leur devons déjà la proportion rigoureusement établie entre l'accroissement du nombre des jeunes criminels ou suicidés et les progrès de la laïcisation. Ils nous préparent, sans doute, d'autres révélations attristantes ; mais, est-il besoin de le dire? nous ne souhaitons en
(1) Dans l'ourrage cité plus haut.
LES SÉVRIKNNKS lî27
aucuQe façon qu^i^s déDoncont J'imnioralilé des Sévriennes. Noire cause ne réclame point d'argument si grossier. Nous voulons respecter profondément ces femmes ; il nous suffit, certes, de constater qu'elles sont amorales pour les rejeter comme éducatrices.
il est temps de cjuclar.'.
Pour avoir commenté dans le Temps le livre de Mme Réval, favorablement, mais avec les réserves que Ton conçoit, M. Gaston Deschamps a provoqué d'acerbes indignations.
On se souvient de la mésaventure advenue à M. de Yogilé. Oublieux que la seule vertu des catholiques peut être matière à suspicion pour une <c pensée libre », le très grave romancier avait étourdiment prêté un rôle fort léger à quelque pupille du pasteur Pécaut, ce « saint laïque ».
Aussitôt les apôtres de la Tolérance grincèrent des dents, les champions de la Liberté cherchèrent de justes lois. On vit des consciences se proclamer en danger.
La France enfin connut le cant.
Et l'imprudent écrivain se résigna vite à mutiler son livre.
Plus heureux, M. Gaston Deschamps ne se * vit infliger que deux insertions.
La première, réclamée au nom des élèves par un professeur de TËcole, flétrissait solennellement le ce mauvais livre ». Donnons à cette
ACnOa FBANÇ. — T. lY. 9
communication toute sa valeur en tant que signe d'esprit critique et de bonne camaraderie.
L'autre émanait d'une ex-Sévrienne, titulaire quelque part d'une chaire quelconque. Elle excommuniait, elle aussi. « Lauteur^ décidaitelle ex cathedra, n'est plus d^s nôtres... Entre nous il y a un mande s, le fameux monde à part. « Ses Sévriennes sont de troubluntes hércmes ou d^ étranges rêveuses. Celles que je connais^ dtntje suis, avec qui f ai prié dans V exercice de la pensée (nous connaissons maintenant cet exercice) Vhabitude du désintéressement^ sont de simpUs servantes de leur devoir^ des jeunes filUs qui ne sont pas parfaites [aucun lecteur n'admettra cette assertion^, mais dont la conscience se croit chargée de préparer à la vie les petites filles de la Francs » (1).
Voilà bien des affaires! Et quelle déplaisante phraséologie ! — Plutôt que des périodes arrondies il nous faudrait de bonnes raisons. Grâce à Dieu, nous ne sommes pas au banquet des maires, ni même à l'un de ces examens dont nous lûmes les copies. Il ne s'agit pas d'entraîner des électeurs, pas davantage de savoir si Mme Réval augmente sa « véritable humanité ». Nous recherchons si l'école de Sèvres forme de bonnes éducatrices. Et, décidément, c'est non qu'il faut répondre. Car nous venons de reconnaître que son empreinte persiste et que ce n'est pas dans l'unique désir de l'emporter au concours que ses élèves s'abandonnent à de vaines logomachies.
Elles seules ignorent qu'il ne faut pas cher-
(1) Le Temps du l*"" juillet 1900.
LES SÉVRIKNNES 129
cher ailleurs le motif de la froideur ou même de rhosiilité qu'elles rencontrent et dont se plaint doucement à M. Deschamps, « une jeune fille qui est professeur dans un lycée départemental 9 : a Nous sommes, la plupart, obligées de « vivre dans des conditions matérielles et morales qui « mènent à Vèpuisement physique et au dégoût du € cctur.
« Le travail, quand on est jeune et gaie, ce n'est ften,
« Z'Azrt'i et Visolement, voilà qui est trop dur.
a ... Dans le jour, fêtais forte. A la tombée de lu « nuit, je pleurais en me cachant (i). »
Chacun partagera cette douleur touchante. Quel déplorable malentendu! La méfiance des populations est justifiée; mais celles qui en soufirent ne Tout pas méritée. Il ne faut pas se lasser de le redire : tout le mal provient des sectaires qui dirigent aujourd'hui l'enseignement public. Métèques souvent, toujours complètement incompréhensifs du génie de notre peuple, ces hommes s'appliquent à déformer les âmes françaises soumises à leur influence. Avec quel étonnement, un jour, avec quelle tristesse, rappelées à la réalité, ces victimes s'aperçoivent étrangères dans leur propre patrie ! La langue semble la même ; mais les mots ont changé de valeur; les bonnes gens trouveront baroques leurs pensers qu'elles croient logiques et ne comprennent rien à leur idéologie genevoise, rien, sauf que tout y heurte l'antique sagesse nationale :
(1) U Temps du 11 juin 1900.
Certes 1 les pères de famille doivent plaindre ces malheureuses : qu'ils songent à leurs filles 1 Mais, précisément, les leur coniieront-ils?
Si des connaissances étendues, voire encyclopédiques, ne sont que néant sans une forte discipline : si de grands mots ne suppléent jamais une doctrine absente; si nous devons chercher à nous développer conformément aux lois de notre propre génie et non suivant un bizarre idéal anglais, suisse ou belge, enfin s'il est question de former la raison et le goût de très jeunes filles, tâche délicate et qui veut plus de droiture d'esprit et d'intime pénétration que de science, la réponse ne peut être douteuse.
Et l'évidence vous saisit que l'éducation religieuse, malgré ses défauts et ses lacunes,
parce qu'elle est attachée à nos meilleures traditions,
parce qu'elle est fondée sur les principes qui donnèrent, durant des siècles, aux familles françaises leur puissante vitalité,
parce qu'elle est faite de douceur et de ferme bon sens, de modestie et d'enjouement, d'harmonieux équilibre entre toutes les facultés,
s'impose donc toujours aux parents soucieux de favoriser l'essor des naturelles vertus de leurs enfants.
Ils le savent fort bien d'ailleurs, croyons-en l'heureux choix de nos libres-penseurs (i).
Baron André de Faramond.
(1) Nul n'ignore que nos plus farouches « honorables » ou même nos ministres évitent soigneusement à leurs filles le séjour des lycées.
Le goût des voyages n'est pas un libertinage qu*un nationaliste puisse blâmer. L'essentiel ne me paraît point de vivre et de mourir dans notre village. Il faut d*abord enfoncer ses racines profondément dans le sol nalal pour y puiser les sucs nourriciers des belles frondaisons, se défendre de jamais couper des racines si nécessaires, mais ensuite Tespace est ouvert aux branches largement déployées. N*en doutez pas, les frontières franchies, un Français de bonne race et bien élevé se trouvera partout un exilé. Deux ou trois coins du monde, l'Acropole d'Athènes, les paradis italiens, par leur caractère de beauté classique peuvent nous donner la sensation d'une patrie de nos esprits et de nos cœurs, mais encore ne nous sont-ils pas réellement un berceau? Et comme se différencient aux yeux du voyageur les races, les familles humaines, leurs façons d'être sont de suite hostiles ! Rassurez- vous aux conclusions d'un Bourget qu'on qualifia si longtemps de psychologue errant.
La première condition pour goûter toute la saveur des fruits qu'on peut recueillir dans un voyage, c'est d'être d'un pays, et le premier bé-
néfice que vous pourrez retirer de vos pérégri- Dations,c'est un attachement plus grand et plus conscient à votre terre. Dans une suite de comparaisons où nous ne sommes pas les maîtres de distribuer notre préférence, mais où mille attaches cachées, tant de souvenir, nous lient, l'image du pays, moins confuse, dans un recul propice nous apparaît la plus aimable, et nous en discernons les attraits impérieux et la grâce dévoilée.
Jamais je n'avais senti les nuances, toute Texquise délicatesse de notre Ile de France, et ce que peuvent tenir de caresses ses paysages si doucement teintés,jamai8 je ne m'étais découvert au cœur une telle piété filiale pour ces horizons harmonieux du Beauvoisis et du Valois d'où partit l'élan de notre race, comme avant d'y revenir les yeux brûlés par le soleil indéfiniment reflété sur les sables et sur les lagunes du Sénégal. Si ces dunes m'ont laissé une nostalgie profonde, je la considère comme un nouveau ressort d'activité, et elle ne saurait nuire à ma sincère religion de ma terre et de mes morts. Quelque « métèque «> pourra perdre son peu d'accent parisien à courir le monde, mais le français que poursuit la mémoire d'une famille et du foyer ne court point de risques. Selon la formule de Bourget,si loin que soit celui-là de sa terre et de toute terre, il n'a qu'à descendre au plus intime de sa pensée pour se retrouver citoyen non pas du monde, mais du petit coin de sol dont il est issu.
Le nombre va croissant chaque jour de nos compatriotes pour qui c'est un frisson sans
analogue de poser le pied sur le pont d'un bateau haletant pour prendre sa course vers les mers lointaines. Ne les traitez pas en déracinés ou en cosmopolites. Pesez leurs mobiles.
Quelle place réserve à une activité un peu ardente à se dépenser votre souveraine démocratie? Tout geste devient servile sous une telle domination. Tout tempérament se sent étriqué. La vie que nous nous sommes faite est monotone et mesquine. Verlaine pleurait :
Être fort et s'user en circonstances viles, N'entendre, n'écouter aux bruits des grandes villes Que l'appel, ô mon Dieu, des cloches dans la tour; Et faire un de ces bruits soi-même, cela pour L'accomplissement vil de lâches puériles...
S'attrister trop longuement de cette médiocrité, c'est déclamer autour d'un lieu commun, mais appareiller pour des pays nouveaux, c'est nous affranchir enGn de ces contraintes et c'est retrouver un peu Tàme de nos pères navigateurs et conquérants. Le voyage^ l'exploration, voici un champ ouvert à la volonté brûlante de se libérer de ses lisières pour se donner à des efforts plus généreux et mieux récompensés. Longues traites , marches pénibles dans les brousses, ascensions périlleuses, traversées houleuses, nous paraissent un peu des victoires remportées sur la nature par notre constance et notre énergie . Vaincre ou déjouer l'hostilité des hommes ou des choses satisfait notre appétit de domination.
Nul de nous enfin ne prétend échapper à la noble passion de voir et de comprendre, à la
curiosité plus excitante encore d*être ému. Et je ne vois rien dans notre façon de concevoir la vie nationale pour s'opposer à ce qu'un Français de belle santé considère l'univers entier comme une proie offerte à ses sens et à son imagination. « N'est-ce pas une pitié, disait Jules Lemattre, que, pouvant connaître la terre entière et multiplier notre être, nous demeurions dans notre clapier? »
Bourget, à la fin de son livre sur l'Italie, nous indique quels gains certains nous pouvons retirer du voyage.
D'abord nous revenons par le fait même de l'éloignement «à l'impression directe et animale des choses qui s'eflFace si vite dans l'accoutumance des villes, à ces émotions uniques, si simples, si pénétrantes, qui furent celles de notre première jeunesse». Dans notre âme vieillie à la fièvre des cités une sensation de reviviscence se dégage ; à toucher de plus près la terre, des forces nous reviennent. « Devant les eaux, les ciels, les montagnes, on se sent, avouait Taine, devant des êtres achevés toujours jeunes. L'accident n'a pas de prise sur eux, ils sont les mêmes qu'au premier jour, le même printemps leur versera tous les ans à pleines mains la même sève, et notre inquiétude s'amollit dans leur paix. A travers eux apparaît la puissance uniforme qui se déploie par la variété et les transformations des choses, la grande mère, féconde et câline que rien ne trouble parce que hors d'elle il n'y a rien... » Délectable fontaine de Jouvence I
Et le voyage nous rend non seulement à la
nature, mais encore àThistoire et à Tart dont c'est le propre d'exciter en nous une satisfaction libre de tout intérêt . Nous n'en sommes plus à les comprendre sèchement comme à Técole, mais à les sentir et à nous en émouvoir, débarrassés peu à peu de nos passions particulières, devenus conscients de ce que nous avions mis d'artificiel, d'inutile et de méprisable dans notre vie quotidienne.
(t Sensation d'histoire, sensation d'art, sensation dénature, quand vous avez laissé, pendant des semaines, ces trois courants déborder, jouer à leur gré sur vous, il se produit, dans votre être intime, un phénomène particulier qui explique pourquoi chaque long voyage se termine par an changement secret de voire personne presque toujours améliorée, devenue plus grave, plus résolue à la tâche du travail intérieur, plus religieuse enfin si l'essence de la religion consiste dans la bonne volonté. »
Paul Bourget croit au voyage la double puissance de nous aider à « vivre notre vraie vie, sentir notre vrai moi » et de nous inciter à « mettre à leur vraie place les petites misères de notre propre destinée ». A parcourir le monde, nous apprenons, dit-il, « à nous considérer de cette manière cosmique où réside le plus puissant principe d'amélioration ».
J'ajoute : à qui veut prendre une conscience aiguë de son moi, de la qualité d*énergie à fournir pour dominer la vie rien n'est fort comme une méditation dans les déserts de l'Afrique occidentale, à l'entrée desquels je voudrais vous entraîner. De ces impitoyables con-
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iréès le simple fait de subsister apparaît comme ude lâche inflaiment ardue. Et cette seule sensation suffît à débarrasser l'imagination des complications, des nuances et des gentillesses dont la surchage notre extrême civilisation. Là il 8*agit de vivre sans plus, de pousser droit son vouloir comme tel palmier voisin, pour aller respirer un peu d'air pur au-dessus des miasmes pestilentiels qui flottent à ras de terre. Là rien ne sert que de tenir en éveil une volonté robuste.
Mais ces solitudes tragiques dispensent encore une doctrine plus haute, elles ne permettent pas à rindividu ainsi exalté de se détourner de sa destinée. Elles lui font vivre son infirmité ous Técrasement de cette atmosphère lourde, sôus Tétreinte impérieuse de ce soleil dévorant. An milieu du bouleversement et de la confusion de ces races qui naissent, meurent, paraissent et disparaissent sans modifier Taspect immuable de ces horizons, en présence de ces flores millénaires, devant l'évocation naturelle des visions géologiques, on sent intensément la fragilité de son être et de Thumanité tout entière. Une solidarité naît, et tout orgueil sombre sous le sentimetit toujours présent de Timmensité du monde.
A songer que pourtant cet univers, que nous découvrons si vaste, n'est ni éternel, ni infini, Tàme se trouve fatalement envahie d'une piété grave. Nul élément livresque ni fatras métaphysique ne l'entache plus. Elle a rejeté, comme on se débarrasse d'une défroque, toutes les formules dont elle s'était alourdie et déformée.
Elle arrache sa propre loi à son cœar sincère, — elle se sacrifie spontanément !...
Chers camarades de voyage, spahis et marins tombés glorieusement aux quatre coins du Soudan, vous suiviez votre grand cœur et les nobles conseils de cette terre de mort en vous lançant à la charge dont vous n'êtes point revenus! Nous ne saurions vous oublier! Nous vous avons élevé dans nos mémoires respectueuses le funèbre monument où survit votre gloire. Nos souvenirs émus vous y visiteront et s'embelliront de votre présence. Nous vous vénérons comme des modèles. Pour vous crée^ la vie la plus violente et contrastée qu'on puisse rêver, vous ne vous préoccupiez point des méthodes ni des systèmes. Voua vous laissiez aller à la pente de votre nature de Français héroïques et à Tentrainement de là bi*oUS8e. Vous sûtes approcher à des degrés divers du type le plus complet que t>uisse réaliser l'homme d'action. Nous nous appliquerons à faire revivre votre énergie, à retrouver en tious les vertus qui vous distinguèrent et à les dégager des bassesses qui chez nous les oppriment. Nous puiserons dans ^os biographies et bien plus encore dans l'admiration que vous nous inspirez de hautes raisons d'agir. Entre nous, infimes, et la perfection rêvée vous serez « les intercesseurs ».
Lucien Corpechot.
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