‹ L'action françaiseChapitre 21 sur 189 · M. COURTELINE ET M. LE PRÉSIDENT MAGNAUD · texte numérisé non relu

M. COURTELINE ET M. LE PRÉSIDENT MAGNAUD

s'intitule « philosophe défensif (1) ». Et il poursuit, le Code à la main, l'intégrale obtention des droits que lui confère en apparence ce Code, dans la vue de prouver que cette Justice abstraite, morte, purement formulaire, n'est que riniquité systématisée. La Brige, « ennemi des lois », nous assure que le Texte sourd, aveugle, inflexible, — et propice au seul malhonnête habile à le tourner, — est plus redoutable cent fois que l'arbitraire intelligent, sensible^ humain (2), — tel enfin que se montre le bon juge de Château-Thierrv.

Notre directeur Henri Vaugeois a dit dans sa déclaration au Conseil supérieur de l'instruction publique : « Un dreylusien doit faire consister la justice dans le respect dts formes légales, » C'est pour manquer de ce respect que M.Courteline et M. Magnaud sont nettement anti-dreyfusiens. Les idées du premier, je les ignore : La Brige, toutefois, ne laisse pas de montrer quelque amerlune à l'endroit de la République. On sait trop que le second affiche des opinions de jacobin et de démocrate. N'en ayons cure. Quand il parle , même avec emphase, de Liberté, de Vérité, d'Egalité, ces mots repren-

(1) Qa'on n'aille pas le prendre pour un anarchiste. Quand le juge tombe dans cette erreur : « Ah! dit La Brige,on voit bien que tous ne me'connaissez pas I » Et en effet, nous allons voir qu'il a de Tordre une autre notion que les législateurs de Tan XII.

(2) Voilà deux mots français dont on hésite à se servir, tant il en a été fait mauvais usage. On ne les réhabilitera qu'en les appliquant justement et en leur rendant leur sens vrai.

nent en passant par sa bouche un sens naturel et concret : car les arrachant à la métaphysique de la Loi, il leur redonne la vie en les nourrissant du sentimeat de Tarbitraire.

M. Magnaud est bruyamment « républicain »? C'est pure inadvertance. Démontrant par le fait que seul l'arbitraire du juge peut assurer l'équité dans la solution des affaires des particuliers, ne démontre-t-il pas aussi que l'arbitraire du pouvoir sera désirable et nécessaire sHl réussit — tandis qu'on y voit échouer la démocratie fondée sur la Légalité — à résoudre au mieux les difficultés que présente la défense des intérêts du groupe social ?

« Un peuple qui a perdu ses mœurs en voulant se donner des lois écrites s'est imposé la nécessité de tout écrire, et même les mœurs. » C'est une sentence de M. de Bonald. M. Courteline — il nous plaît de rapprocher l'auteur de Baubouroche et l'auteur de la Législation primitive — montre dans VArticU 330 les absurdités où conduit la manie de codification.

Et nous voyons M. Magnaud, effrayé des iniquités auxquelles elle l'oblige, contraint, pour faire respecter les a mœurs », d'enfreindre ses devoirs professionnels et de déroger à la loi qu'il est chargé de faire obéir. Car le législateur, en dépit de sa prétention, ne peut tout prévoir, ne peut tout écrire. So|i texte n^ réussit pas i. se faire aussi large que la vie. En se conformant strictement à ce qui est écrit, le juge doit négliger les circonstances d'état, de temps et de lieil,c'est-à-dire sacrifier l'éijuité pour respecter l'idole de la Justice métaphysique.

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