LA NUÉE DE M. LOUBET
Répondant, le 1*' janvier, « au très beau discours » du Nonce, M.Loubet,dans un « discours non moins apprécié et non moins heureux », à ce que rapporte le Figaro, a déclaré que le xf.v* siècle est Tun de ceux
— où s'est le plus hautement affinné l'incessant PROGRÈS du génie humain.
Sans sacrifiera cette divinité nouvelle davantage qu*à nulle autre de ce genre, nous admettons bien qu'il y a des progrès. Mais convenons même qu il y ait un Progrès. (Ce n'est sans doute que le produit de Timagination métaphysique ou le résultat d'un raisonnement par analogie fondé sur une idée rudimentaire de l'histoire. Acceptons néanmoins cette entité.) Mais comment M. Loubet (1) ose-t-il proclamer que le progrès est incessant ? Est-ce par décret qu'il lui donne cette qualité, de même qu'on a fait les hommes égaux de par la loi ?
C'est contre l'histoire une entreprise assez désinvolte. Sans entreprendre une réfutation trop facile, nous demanderons seulement à M. Loubet de vouloir bien, de ce jour, effacer nn mot de son vocabulaire opportuno-maçonnique : c'est celui de réaction. Car les « retours offensifs de la réaction /> deviennent impossibles si le « Progrès» est «incessant». — Si M. Loubet tient absolument à s'élever contre les menaces réactionnaires, il n'a qu'à renoncer au « progrès incessant ». Mais préfère-t-il maintenir le dogaie du « progrès incessant »? Il devra renoncer à nous épouvanter des retours de la réaction. C'est l'un ouTautre. M. Loubet, que la raison oblige à choisir, ne choisit pas. Voilà sa Nuée.
(i) On M. Lavisso. Car il est avéré que cet honorable académicien a la charge de composer les allocations présidentielles pour ériter à la République les petites humiliations que Talat à sa renommée d'atticisme la lecture un peu trop suiTÎe des classiques de la dômocralie.
LES NU£E8 de « L'AIQLON
Des Droits de rHomme ou de la Légende bonapartiste, quelle est la plus grande Nuée? — Ces deux Nuées-là n'en font qu'une, se présentant par le flanc gauche ou par le flanc droit selon Theure et le jour, selon la disposition du badaud à impressionner. Le chef-d'œuvre de la Nuée bonapartiste consiste, moyennant quelques beaux noms de victoire, Austerlitz, léna ou Wagram, à se faire prendre pour le contraire de la Nuée des Droits de l'Homme, c*est-à-dire, au fond, d'elle-même. Les méchants vers de M. Eugène Rostand sont de remarquables excitateurs de Nuées ; ils ne manquent donc pas de créer ce bel alibi. M. Rostand fait dire à son Hetternich :
tempereur républicain^ voilà
VtUopie. Entamer la Ma.rsbillai8b en la Sur les cuivres pendant que la flûte soupire En mi bémol : Veillons au salut db l'Empire.
(Nos lecteurs nous pardonneront tout à l'heure d'avoir transcrit ces alexandrins fâcheux, mais utiles.) L'Aiglon répond au Metternich :
On peut très bien jouer ces deux airs à la fois Et cela fait un air qui fait sauter les rois.
Nuée redoublée. L'Aiglon et Metternich se figurent que le VûiUons au salut de Vempke est un hymne bonapartiste. Il écrit Empiré^ avec un
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grand é. Cest que l'Aiglon, auteur de pièces historiques, ne sait d'histoire que son baccalauréat. VeUlons au salut de VempirB est un hymne républicain antérieur à Napoléon : empire sans majuscule y signifie, ce qu'il signifiait sous Louis XIV, le territoire et les colonies de la France. En voici le texte, que TAiglon n'a pas su :
Veillons aa salât de l'empire, Veillons an maintien de nos droits.
Si le despotisme conspire, Conspirons la perte des rois.
Liberté ! Liberté I Tout mortel te rend hommage.
Tremblez, tyrans, Vous allez expier tos forfaits.
Mieux Tant la mort que TescIaTage, i .. C'est la deyise des Français. (
Cela n'est, en somme, ni moins sauvage, ni plus sot que la Marseillaise, Il n'y a donc que faire « de jouer ces deux airs à la fois », comme le veut l'Aiglon : c'est le même air et le même ton.