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CABLES SOUS-MARINS

(Fin.) .

Dans rétablissement de ces câbles on se heurte à deux difûcultés, l'une d'ordre technique, l'autre d'ordre financier. La première est plus importante qne la seconde; celle-ci ne dépend que des sacrifices d'argent à consentir et peut se régler à coups de millions, celle-là relève du droit international et risque de ne se régler qu'à coups de canon.

Il ne suffit pas, en effet, de disposer en toute propriété des stations ' extrêmes de la ligne télégraphique sous-marine, mais encore d'un certain nombre de stations intermédiaires. La France ne possède pas sur les différentes mers du globe un échelonnement de points d'appui lui fournissant ces stations intermédiaires, où les câbles puissent atterrir en toute sûreté. En général, cependant, la longueur de certaines lignes télégraphiques maritimes exige un ou plusieurs sectionnements, et dans l'état actuel des progrès de la fabrication des câbles, ce sectionnement est indispensable. La sécurité, la résistance, le bon fonctionnement et les réparations qui peuvent devenir nécessaires réclament, d'une façon impérative, l'existence de points d'atterrissage successifs, lorsque les postes terminus de la ligne sont trop distants l'un de l'autre.

n est dé toute évidence que ces derniers doivent être en terre française. En aucune manière la ligne télégraphique maritime ne saurait emprunter le territoire d'une puissance étrangère ; c'est là une con-

ditîon sine qua non de son indépendance. Procéder autrement serait perdre son temps et gaspiller ses finances. Nos communications télégraphiques sousmarines resteraient, comme aujourd'hui, et malgré des dépenses relativement excessives, à la merci de l'étranger.

Ici éclatent le décousu de notre expansion coloniale et les sottises de notre diplomatie. L'Angleterre, ens'emparant de nombreux points d'appui, a recueilli, grâce à sa maxime de « toujours prendre », des résultats inespérés et inattendus. Elle ne cherchait que des bases de ravitaillement pour ses escadres, et elle préparait du même coup l'établissement ultérieur de son réseau impérial de câbles sous-marins.

Le projet du gouvernement, en proposant de relier Marseille â Saint-Louis par Tanger etTénérifîe, est inacceptable, puisque nous serions subordonnés au bon plaisir des autorités marocaines et à celui de la ligne TénérilTe-Saint-Louis ligne anglo-française, mais beaucoup plus anglaise que française, et dans tous les cas dépendante de l'Espagne.

Nos communications maritimes avec le Sénégal, par voie télégraphique, doivent être établies au moyen d'un câble immergé de Brest à Saint-Louis ou à Dakar. Il n'y a pas d'autre solution. L'établissement de ce câble serait le premier tronçon de la grande ligne nous reliant avec l'Amérique du Sud, ligné que ne prévoit pas le projet gouvernemental, mais qui s'impose au premier chef.

Nos possessions des Antilles ne communiquent à l'heure actuelle avec la métropole que par l'intermédiaire de la ligne qui aboutit â Brest en passant par les Etats-Unis. Est-il convenable, est-il prudent de compter sur la neutralité et la constante bonne foi du cabinet de Washington? Pareille supposition eût été admissible il y a vingt ans, elle serait une folie maintenant que les Yankees ont la prétention

de chasser des eaux américaines les puissances européennes. La façon dont Mac-Kiniey et ses ministres se sont jetés sar les colonies espagnoles, et les prétentions qu'ils émettent bur toutes les Antilles doivent nous inviter à prendre nos précautions de ce côté. Donc l'intérêt delà France veut que nous puissions être en relations télégraphiques directes avec la Martinique-, la Guadeloupe et Gayenne. De là une ligne annexe irait à Pernambouc.

Aucune objection technique ne se met à rencontre de la création de cette ligne sous-marine, profitons-en; sans attendre, poussons le gouvernement français à créer une ligne dont les avantages sont si manifestes.

La question devient autrement épineuse lorsqu'il s'agit de nos relations télégraphiques avec Madagascar et avecl'lndo-Ghine. Le chemin le plus court serait d'établir une ligne partant de Marseille, traversant la Méditerranée, le canal de Suez et la mer Rouge. Mais le plus élémentaire bon sens nous interdit d'y songer. Ge serait nous mettre sous la férule anglaise, et nous sommes encore obligés de revenir à Brest. C'est de ce point que doit aussi partir le câble nous reliant avec notre grande ile africaine et avec notre empire indo-chinois. Et nous pensons* que le premier tronçon qui nous unirait avec les Antilles pourrait encore, de Saint- Louis, nous unir avec nos possessions de la mer des Indes et le continent asiatique.

Il faut, et j'insiste sur ce mot, il faut qu'un câble télégraphique partant de Saint-Louis atteigne Madagascar à Fort-Dauphin, sans avoir aucun point de contact avec les territoires africains appartenant soit au Portugal, soit à l'Allemagne. Et l'on ne peut que réprouver le projet de sectionner le câble à Mossamédès. Le Portugal lui-même n'étant qu'une colonie anglaise, en fait sinon en droit, il est permis de supposer qu'une colonie du Portugal ne

sera, en cas de conflit, qu'une annexe de la Grande- Bretagne. Quelle garantie nous offrirait dès lors un atterrissage à Mossamédès? Le grand obstacle c'est la longueur de la ligne, mais c'est ici qu'il est urgent de faire appei k la science, en vue de la fabrication d'un câble ayant la solidité voulue pour compenser le manque de postes intermédiaires. Notre industrie devrait être encouragée à résoudre ce problème ; en cas de succès, elle trouverait là une source énorme de profits.

De Fort-Dauphin, la ligne télégraphique aérienne irait à Diégo-Suarez au point de départ d'un nouveau câble touchant à la Réunion et gagnant de là Saïgon. De Saîgon un câble annexe atteindrait Haîphong, Shanghaï et Nagasaki.

Pour le moment nous ne pouvons faire plus, mais nous ne pouvons faire moins. En concentrant tous nos efforts sur ces lignes principales, nous arriverions, dans un temps relativement court, à être complètement indépendants de l'administration anglaise. Nous disposerions en toute propriété du réseau sous-marin nécessaire à la sécurité de nos colonies et aux opérations de nos escadres.

Ces câbles sous-marins seraient assurés d'un bon rendement. Le commerce avec les régions qu'ils desserviraient est d'une réelle importance. Ainsi, en 1 899, nos exportations et nos importations réunies ont donné les résultats suivants : avec le Sénégal, 81. 789.000 francs; avec le Brésil, 242.352.000 francs; avec l'Indo-Chine, 91 millions de francs; avec la Chine, 267.518.000 francs ; avec la République Argentine, 380.326.000 francs. Un trafic qui se traduit par de pareilles sommes nécessite une correspondance télégraphique continue et d'un profit rémunérateur.

Ceci admis, il reste à déterminer comment se fera la construction et sous quelle forme aura lieu l'exploitation.

Vouloir confier l'une et l'autre à l'Etat, ce serait

renvoyer leur exécution aux calendes grecques. L'État n'est pas outillé pour des travaux de ce genre, il ne possède ni le matériel, ni le personnel indispensables. De plus, il faudrait recourir à l'emprunt ; mais notre dette est déjà trop élevée, et notre marché financier trop ébranlé, pour jeter 200 millions de valeurs nouvelles en circulation.

Un procédé mixte, qui donnerait la construction à l'industrie privée française sous le contrôle de l'Etat, et qui confierait Fexploitation du réseau à une ou plusieurs compagnies nationales, présenterait rinconvénient de désintéresser les constructeurs de la bonne exécution des travaux, et de dispenser les sociétés d'exploitation de chercher à obtenir un bon rendement financier.

Le système des concessions, en stipulant scrupuleusement les conditions de la subvention et en limitant strictement les délais de construction, parait seul offrir les plus grands avantages. Pas de responsabilités de la part de l'Etat; pas d'augmentation de la dette, mais un simple contrôle et des subventions auxquelles pourvoirait le budget annuel. C'est le système employé par l'Angleterre, c'est le procédé choisi par l'Allemagne ; c'est le mécanisme le plus sage, et c'est celui que personnellement nous préconisons, car il est à la fois rapide et économique.

Le temps n'est plus au provisoire ni aux tâtonnements. La question des câbles sous-marins est mûre et réclame une solution immédiate. On agirait avec sagacité au Parlement si, laissant de côté les discussions oiseuses, les haines de partis et les convoitises personnelles, on se hâtait de voter les lois utiles à la prospérité du pays.

Robert Bailly.

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BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE

Opinions & répandre, par Julss Lbmaitbk. [Société française d^ imprimerie et de librairie.)

Il y a cinq ans, ayant la le livre de M. Demolins, M. Jules Lemattre connat que le bien public était en danger Or, dans. le même temps, il commençait à se lasser de la critique littéraire et dramatique. U ressentait le besoin de changer de plaisirs. Sous l'effet de ses préoccupations nouvelles pour la chose commune, il se mit à écrire des Opinions à répandre. Tel fut le début d'une évolution qui devait le porter à la tête d'un grand parti politique.

La vive impression que firent ses plaidoyers pour la colonisation et renseignement moderne contre la bureaucratie et les études classiques, on se la rappelle encore. Peut-être sera-t-on frappé de ne pas la retrouver en relisant ces articles réunis en volume. Ce n'est pas qu'ils aient rien perdu de leurs prix. On en goûte toujours l'argumentation ingénieuse et pressante. Mais avec le sentiment qu'il se pose aujourd'hui des questions d'un intérêt plus immédiat, on saute à la fin du livre où M. Lemaître a réuni quelques-uns des discours publics qu'il a prononcés depuis deux ans. On y veut trouver le programme des réformes générales par qui nous seront assurées les réformes particulières dont il s'est occupé d'abord.

Ainsi l'on cherche si la Ligue de la Patrie française s'est prononcée en faveur de la liberté de tester. Car une bonne loi rendant ses pouvoirs au chef de famille, on ne verrait plus les Français se contenter d'un état uniformément médiocre. Et comme autrefois ils s'en iraient chercher la fortune à travers le monde.

Mais, élevéàFëcole libérale, M. Lemaître se forme une si haute idée de TOpinion, reine en effet sous le régime démocratique, qu'il n'oserait rien entreprendre qu'elle n'exigeât formellement. Croyant à Ja souveraineté du peuple, à la volonté populaire, il se propose de convaincre TOpinion et non pas de la guider : semblable à un mécanicien qui respecterait les indications de son manomètre comme des décisions intelligentes.

Ainsi, quand M. Lemaître entreprit de montrer la nécessité de peupler nos colonies, il avait dessein de persuader les Français qu'ils y trouveraient leurbien, et non de pousser l'Etat à prendre quelque mesure qui contraindrait les individus dans leur intérêt même. 11 voulait, en trois mots qui sont les siens, « accomplir une réforme morale ».

Effroyable besogne à laquelle douze articles du Figaro ne suffisent pas. 11 y faut vingt ans d'apostolat. On cite à peine Bouddha, Jésus-Christ, Mahomet qui aient réussi dans une telle entreprise. Il est, selon nous, infiniment plus aisé de lutter contre l'alcoolisme par des mesures d'ordre public, si compliquées soient-elJes, que par la régénération des ivrognes. C'est pourtant par quoi veut commencer M. Lemaître. Et il se trouve alors réduit à cette conséquence extrême : <t On s'aperçoit que la réforme des lois a pour condition première la réforme des mœurs, et, pour préciser, la conversion et le perfectionnement intérieur des individus. »

Nous ne croyons pas qu'une telle œuvre puisse réussir ou même, ayant réussi, donner les effets attendus. Et, de plus, nous ne verrions pas sans crainte une nouvelle sorte de convertisseurs, même aussi bien intentionnés, « travailler l'opinion publique ». Le jour où les braves gens de France iraient au sermon laïque et liraient avec sérieux des tracts moralisateurs, — ce jour-là nous aurions perdu notre caractère national et les prédicants

S60 L*ACmON PRANÇàlSE

anglais pourraient répandre parmi nous ienrs odieuses petites bibles noires.

En somme, les préoccupations de M. Lemaltre relèvent en grande partie de la morale plutôt que de la politique. Il s'indigne, par exemple, que le mépris soit « un sentiment que les Français n'éprouvent même plus ». Il rougit pour la France que tel et tel Panamiste, tel trafiquant de distinctions nationales, soient constamment réélus par un collège fidèle. « Il y a là, dit*il, une perversion profonde de la conscience publique. » Nous ne pensons pas ainsi. Et il nous apparaît que l'électeur, par de tels votes, met en pratique cette maxime d^Aristote : c Mieux valent de bonnes lois que des gouvernants honnêtes. » Les commettants de nos panamistes jugent que les lois sont bonnes : qu'importent les défaillances de leurs représentants, s'ils font respecter ces lois ! Si, au contraire, les opposants sont à l'ordinaire des hommes vertueux, c'est que les électeurs les choisissent dans la vue de changer les lois et que, pour cet ouvrage, où tout sera mis à leur discrétion, quelque honnêteté est nécessaire. On s'en pourra fort bien passer quand les institutions nouvelles seront établies.

Malheureusement, aujourd'hui, ni les lois ne sont bonnes, ai les gouvernants ne sont honnêtes, et ils achèvent de se corrompre l'un l'autre. M. Lemaltre propose de les moraliser par le procédé de la /brmation de rélecteur : on ne le voit guère réussir qu'à des puissances telles que l'Eglise et la Franc- Maçonnerie. Pour rivaliser avec elles, la Ligue de la Patrie française devra s'organiser à leur image, avoir à leur exemple des écoles et une doctrine. Mais on n'avait point cru qu'elle était fondée en vue de fins spirituelles.

Voilà que, après tant de pédantes querelles, nous n'avons point dit encore de quoi est composé le volume de M. Lemaltre. On y trouvera les pages les

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plus génëreuses qu'il ait écrites dans son état nouyeau de chef de parti, et aussi quelques-uns de ses discours publics, peut-être en nombre trop restreint. Une « opinion » sur le Féminisme remet parfaitement les choses au point et repose des divagations dont on nous rebat les oreilles. Tout ennemi du parlementarisme doit connaître V Image d'Epinal où la vie d'un politicien est peinte en vingt traits d*une justesse historique. Dans PHumiliationf dans la Réception de Marchand s'exprime le plus pur sentiment national. Et enfin quelques portraits littéraires (Maurice Donnay, Sarcey, etc.) et trois contes dans la manière de Myrrha et de Sérénus complètent ce livre où Toa retrouve M. Lemaitre tout entier avec les foxmes les plus diverses de son talent.

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Le Dmwùmr poîdHque : H. Yàugeois

Lé éUoFmU : A. Jagquin.

Parit» — ' Inpnmerie F. Levé,, nia CafMtte, 17.

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