PARTIE PÉRIODIQL'E
el économique, leur rang, qu'elle qu'en soit Torigtnej, « leur fortune et leur culture intellec- « luelle et morale donnent le plus d'autorité a dans la cité. Si cela fait déraut,à peine pourrac l-on faire quelque chose de valable pour « cette utilité publique à laquelle l'on tend. »
Le Pape n'avait pas négligé, au début de la lettre, de bien marquer que la démocratie chrétienne, tout en s'employantau service des classes inférieures, ne négligeait point, ne mettait point de côté, n'omettait ni ne traitait par prétention {proêiertre) les supérieures. « L'utilité de « celles-ci, écrivail-il, n^st pas moindre pour a la conservation etVaméiioraiion de VEtat, » Telle est la sagesse papale. Telle est la haute polilique de la religion catholique, avec laquelle on ne s'étonnera plus que des esprits tout pénétrés de Politique naturelle trouvent utile et nécessaire de conclureaupius tôt une alliance contre l'anarchie libertaire et la barbarie égaii taire qui nous menacent.
Avez-vous noté un détail? C'est le critère politique du Pontife romain. Il juge des idées et des maximes politiques selon qu'elles tendent ou qu'elles ne tendent pas « à la conservation et « au perfectionnement de rEtal:a^/6Wisert;a/i<?/ww « per/eêlionemquecivilatis » . C'est la pure devise de V Action française. C'est notre critère tout pur. Un des nôtres, M. de Montesquiou, n'a-t-il pas proposé, l'an dernier, de substituer à la souveraineté de la volonté populaire la souveraineté du salut public ?
CUARLKS MaL'RRAS.
ACIIO» FRAKÇ — T. IV. 24
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
La Cité du Sang,par Maurice Tai.ueyr {Librairie académique Perrin et Cie.)
On Ta dit bien souvent, et non sans raison, la France est le pays que les Français connaissent le moins. Les touristes sont peut-être nombreux qui ne se contentent pas d*une visite au Mont-Saint- Michel. Mais ce n'est pas de cette connaissance pittoresque qu'il s'agit. On rencontre dans un pays d'autres sujets d'observ&tion que les monuments et les sites : ce sont les habitants eux-mêmes et leur façon de vivre, les organes infiniment variés de la vie nationale et leur fonctionnement. Une monographie selon la méthode de Le Play montre tout riniérêt que présente une telle étude. Et n'est-ce pas Taine qui songeait à une grande enquête sur la France contemporaine, qui aurait fait suite à l'histoire de ses origines ?
De cette enquête, M. Maurice Talmeyr a écrit quelques parties variées, à dessein avec un parfait discernement. Ce qu'il y a chez nous de vivant et ee qu'on y voit de mort, ce qui s'étiole et ce qui s'épanouit, ce qui survit et ce qui naît, M. Talmeyr le présente en quelques tableaux qu'il qualifie, par simple amusement je pense, de tableaux du siècle passé ^ car tous sont de l'actualité la plus saisissante.
Voici d'abord une vaste fresque, abondante en beautés. La Cité du Sang, qui donne au volume son titre tragique, ce sont les abattoirs de la Yillette. On n'en peut concevoir une peinture plus parfaite que celle qu'a exécutée M. Maurice Talmeyr. La violence, rétrangeté de ces spectacles, les acres odeurs
animales et le goût fade de la mort, la clameur effroyable des verrats, les cris des bouviers et les débats des marchands, tout ce tumulte sous lequel se cache le fonctionnement régulier d'un organisme compliqué, M. Talmeyr l'a rendu avec une haute maîtrise. En même temps qu'il explique les secrets du métier, qu'il donne idée de l'activité des affaires, il peint en traits vifs la physionomie du Marché: voici un boucher avec « une belle blouse d'un bleu neuf, une canne, une grosse bague et des bottes à Tëcuyère » en colloque avec un vendeur de moutons a en blouse d'un bleu déteint, son fouet sur l'épaule, son feutre gras sur le nez »; au milieu de ces hommes « aux grosses mains couvertes de bagues » courent les marqueurSy « pantins luisants, poisseux M dont il trace les singulières silhouettes. Puis voici les animaux, effarés dans ce bruit, et que palpent les acheteurs. Et ce sont des scènes infiniment variées de marchandage parmi les meuglements, les coups de cloche et de sifflet. La béte vendue, on la mène à l'abatage : la belle et sobre page que M. Talmeyr a écrite sur la mort du bœuf! Et nous voici à l'échaudoir, au brùloir,dont il peint les opérations avec la célérité qu'on sent que les ouvriers y doivent mettre;
Mais ces spectacles ne sont pas les seuls que présente l'abattoir. M. Talmeyr s'est attaché à montrer qu'àla Villette on trouve une des rares corporations libres, puissantes et bien vivantes que n'ait pas tuée le régime moderne. Là, entre le patron et le garçon qui font môme travail, portent le même costume et parfois se tutoient, il y a un lien réel qui a pour conséquence un respect spontané. On voit régner parmi ces hommes « toutes les qualités de force, de bon sens, de richesse, d'esprit professionnel, de hiérarchie familiale des anciennes corporations ».
En face de cet organisme, si vivant et en prospérité constante,M. Talmeyr montre des choses mortes
et des entreprises niortrnées. Le triste spectacle que celui â' Un bourg de France \ L'image désolante de « ce coin de France tombé à l'état de limbe cantonal » illustre exactement la thèse décentralisatrice et contre-révolutionnaire. Quittant cette ville tuée par l'idéologie, M. Talmeyr nous conduit près d'une autre victime des Nuées : c'est la Verrerie ouvrière. Excellente entreprise d'une collectivité, elle fut viciée dès le principe et condamnée à la ruine par les fausses théories qui la régissent.
Le Marchand de vins est la « monographie » vivante et piquante d'une corporation médiocrement estimée et que M. Talmeyr s'efforce de réhabiliter. VEco/e du Trocadéro est une excellente critique du faux exotisme qu'on voit régner aux Expositions universelles. Quant à l^Age de laffiche, qui est l'étude sur laquelle se ferme le volume, il nous semble que M. Talmeyr s'y montre moraliste bien sévère. Les prophètes qui maudissaient tant Babylone étaient des envieux. Laissons aux Teutons le soin d*accuser notre perversion.
Dans cet excellent ouvrage d'observation, qui continue ses études précédentes comme le Grisou et Sur le Banc, M. Maurice Talmeyr ne conclut point. Mais par la seule exposition des faits il sait laisser entrevoir quelles réformes sont nécessaires. Souhaitons qu'il poursuive cette enquête sur la France contemporaine. Montrer ce qui reste de vivant et ce qu'il y a de mort dans notre pays, cela est aussi urgent, aussi utile que d'indiquer par quels moyens, grâce à quelles institutions, on pourra rendre à la France les organismes dont elle est privée.
Blancador Tavantageux, par Maurice Main- ■ DRON (Êdiiions de la Bévue Blanche),
M. Maurice Maindron,qui connaît à merveille l'histoire dramatique et troublée, les mœurs à la fois
violentes et raffinées da temps des guerres de religion, y avait dëjà trouvé le cadre et le snjet de son roman de Saint-Cendre. C'est là encore qu'il a placé les aventures de Blancador Vovantagerix. Ce jeune Gascon est un assez vilain fils, qui, doué d'une peur naturelle des coups et très tôt orphelin de son honneur, songe dès son entrée dans le monde à vivre aux frais des dames par la vertu de ses moustaches et aux dépens des sots grâce aux ressources de son subtil génie. On admirera son habileté à louvoyer entre les partisans de la Ligue et ces Messieurs de la Religion. On s'étonnera de ses rares aventures avec des ruffians, des gens de loi et de païennes demoiselles. Mais surtout on retiendra la grande machination qu'il dressa pour le compte de M. Juslus de Gorpoy, noble homme et modérateur du consistoire de Montauban. M. Maindron y a trouvé l'occasion de peindre quelques parfaites figures de huguenots. Goûtez le portrait de M. Justns : « C'était un homme grand, sec, froid, dont la bouche pincée ne laissait échapper les mots qu'à regret et qui considérait avec assiduité la pointe de ses pieds où il trouvait sans doute le meilleur de son discours. Il parlait d'une voix grise et efTacée, tout à la fois dure, cérémonieuse et lamentable. Les expressions tendaient douloureusement vers une simplicité biblique... » Auprès de lui M. Momsen et M. Mathieu Robin, pasteurs, donnent le modèle de l'austérité genevoise. Fameux trio d'hypocrites que M. Maindron a crayonné d*un ferme trait. Voici cette fois un romancier qui apporte sa contribution à VEnquêtesur le Protestantisme ^inoxks apprend par sa fable qu'il faut détester les vices du huguenot autant que craindre sa vertu.
L'Abdication, par Gabriel d^Azahbuja (J. Briguet éditeur).
M. Gabriel d^Azambuja, qui est un des plus distingués et des plus assidus collaborateurs de la Science Socia/e, a traduit dans ce roman, sous laforme la plus agréable, quelques-unes des idées deconservalionet de réforme qu'il défend en bon disciple de Le Play* V Abdication est Thistoire d*un jeune homme qui abandonne la terre dont ses aïeux furent maîtres et les paysans dont ils étaient les protecteurs naturels pour venir à Paris vivre dans Toisiveté et faire un brillant mais sot mariage. Les nécessaires effets de ï absentéisme ne tardent pas à se produire. Et le jeune comte de Blincourt éprouve autant de déboires politiques que de déceptions sentimentales. Tel est ce livre qui n'offre à aucun degré la lourdeur dts romans à thèse, ni Tennuyeux désir de démontrer, communs aux « sociologues > qui se risquent dans la littérature d'imagination. Avec sa très simple intrigue et son style sans prétention V Abdication a tout le charme des anciens romans sur la vie de château et la vie de province. Pénétré de toutes les justes doctrines, M. d'Azambiija a de la tradition.
Jacques Bain ville.