‹ L'action françaiseChapitre 84 sur 189 · DE RIQUET · texte numérisé non relu

DE RIQUET

Dans M. Bergeret à Paris^ qui vient de paraître, le professeur chéri de M. Anatole France

(l; Les iVu^e< forment un répertoire périodique des idées confuses, bilIeTesées, sophinmes paresseux et autres chimères cornues qui traTerseut l'air de ce temps et l'empoisonnent.

se divertit sournoisement de la simplicité et de rinnocence da chien Riquer, lequel se faisait du « devoir » une idée peu critique et qui « aboyait à grands coups pour épouvanter les méchants ». Etant a un animal moral » (comme le doyen Leterrier,dreyfusien de marque), Riquet nous est donné pour un animal ridicule. Cette conception, discutable peut-être, composerait du moins une conception cohérente si M. Bergeret lui-même ne se précipitait, quelques pages plusloin,en de si profonds abîmes de moralisme qu'il tombe, pour le ridicule, infiniment au dessous du pauvre Riquet.

M. Bergeret dit, en effet, ces propres paroles: — ConsidéreZj mon cher Mazure^ que si la cause cCtm obscur capitaine est devenue imêaffdirenaHonah, LA FAUTE en est non point ànous^ mais aux ràinistres qui firent du maintien d'une condamnation erronée et illégaîe un système d^ gouvernement. Si le garde des sceaux avait fait son devoir en procédant à la revi" sion dès qu'il lui fut démontré qu'elle était né- CESSAiHE^lesparticuliers auraient gardé le silence, (Test dans la vacance lamentable de Injustice quelevu's voix se sont élevées.

Le pauvre M. Bergère t(ftiâ(n/2^m mu/a/2^.^)pense évidemment ce qu'aboie Riquet. Le garde des sceaux est à mettre chez les méchants^ car il n'a pas fait son devoir^ c'est à lui qu'en revient la faute. Ailleurs, M. Bergeret divise la responsabilité de cette faute et il en attribue la plus grosse part au président du conseil d'alors, M. Jules Méline : en foi de quoi Bergeret-Riquet arrose abondamment, comme dsiusles Plaideurs^ tantôt la redingote villageoise et tantôt les sou-

liers ferrés de cet ancien ministre de l'agriculture, tenu pour réfractaire à la grande loi delà métaphysique canine.

Est-il besoin de décomposer la Nuée?Pour que M.Bergeret eût raison,même dans le patois moral des Genevois et du sénateur Nicodème, il eût fallu que le professeur démonXrât :

V Que la revision était nécessaire (etl'issue du procès de Rennes nous démontre tout l'opposé) ;

2"" Que cette nécessité apparaissait à M.Méline et à ses collègues (tout marque qu'ils étaient, avec la plus grande raison, convaincus du contraire).

Mais nous ne laisserons jamais se perdre une occasion de rétablir la vérité sur un point délicat. Deux gardes des sceaux, celui de 1897 et celui de 1898, ont élé priés d'introduire une instance en revision du procès Dreyfus. Laissons un instant le premier. Le second, arrivant après l'arrestation et la mort du colonel Henry et poussé par toutes les forces du parti radical, de son parti, consentit à cette introduction : il soumit Tinslance de Mme Dreyfus à la commission consultative de son ministère et cette commission de jurisconsultes rendit un verdict négatif : Non, il n'y avait pas lieu de reviser l'affaire Dreyfus ! Getfe réponse est de septembre 1898. Et le garde des sceaux, après un tel arrêt, s'il osa passer outre et soumettre l'instance de revision à la Cour suprême, n'osa en prendre la responsabilité à lui seul : fort illét^alement, il pria ses collègues de diviser cette responsabilité, afin de l'annuler. — Telles étaient les difficultés, non politiques, mais judiciaires, non populaires^mais in-

trinsëques,qu'îl y avait, en 1898,à « faire la revision »; on n'ignore pas que celte abominable manœuvre judiciaire, cette revision, n'aboutit à l'informe arrêt du 3 juin J899 qu'à la faveur du faux Delcassé, aujourd'hui recouvert par une opportune amnistie. Et, rejugé à Rennes, Dreyfus lui-même n*a bénéficié d'une réduction de sa peine qu'à la faveur des faux témoignages de MM. Trarieux, Bertulus, Charavay et Scheurer- * Kestner. Déplorer, dans ces conditions, que la revision n'ait pas été faile en 1897, en rejeter la faute sur tel ou tel, c'est pleurer que le cercle n'ait pas quatre côtés ou reprocher à l'eau de ne bouillir qu'à cent degrés. Quand le garde des sceaux du cabinet Méline refusa d*introduire l'instance de revision, il savait que cette revision était impossible et ne pouvait pas aboutir. Conformément à la loi qui l'institue premier grand juge des casde revision, il repoussa celui-ci comme extravagant. L'opinion elle-même l'en applaudit. Cette opinion publique de 1897 n'était pas descendue encore au point d'aflolement et d'imbécillité qui fit supporter, une année plus tard, l'idée de la revision du procès Dreyfus. Si les propos du professeur Bergeret ont quelque sens numain et s'il ne faut point les confondre avec l'aboiement de Riquet, ils reviennent à dire que, désormais, il suffira de subventionner des journaux, de séduire des niais et d'exalter des fous pour casser les arrêts de justice qui auront déplu à quelque parti bien organisé.

Déjà, et c'est M. Bergeret qui l'avait observé, nos conventions diplomatiques sont faites et défaites par les demoiselles de magasin : il faut

que les sentences des j iiges,même portées sur des secrets d'Etat, soient les justiciables d'un aréopage foraini Ainsi du moins le veulent « les justes lois » de M. Reinach. Ainsi en disposent les « lois tant augustes et sainctes de la cité et répur blicque » d'après Fauteur de M.Bergeret à Paris, .. Eh! bien, les lois françaises et les lois mêmes de l'esprit français n'ont pas encore admis un désordre aussi dégoûtant. Et ce désordre a fait sentir, ce que l'on commence à comprendre aujourd'hui, que le dreyfusianisme c'est l'anarchie.

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