UN DE VOS LECTEURS
L'intéressante communication que Ton vient de lire devrait être suivie du nom de son auteur. Le temps de le consulter à cet égard nous a fait défaut. Qu'il trouve ici avec tous nos remerciements l'expression de nos vifs regrets.
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
Figures de bronze ou statues de neige. -— Les héros et les pitres, par Edouard Dru-
MONT (2 volumes tn-18, Flammarion éditeur).
M. Edouard Drumont vient de publier coup sur coup deux volumes de portraits où l'on voit figurer la plupart des personnages fameux du siècle. Vaste galerie où se dressent, en pied ou en buste, les images des vrais et des faux héros, c'est une véritable nécropole. Car entre ceux qu'on voi., traîner leurs derniers jours, un Emile Ollivier n'est-il pas déjà une ombre, un Zola n'est-il pas mort pour la communauté française?
De cette grande et rapide revue qu'on passe ainsi, on emporte deux espèces d'impressions différentes : d'une part, celles que nous laisse le jugement de l'auteur sur les personnages qu'il examine ; d'autre part, l'idée que par sa façon de juger l'auteur nous donne de lui-même. Mais ces deux sortes d'impressions se lient et se pénètrent : car, d'une nature très « subjective », M. Edouard Drumont se donne, s'affirme lui-même à tout moment.
Philosophe polémiste, il a l'obligation professionnelle d'apprécier au jour le jour les hommes et les faits. Contraint de dresser vite ses figures, il y met chaque fois tout son système et toute sa passion. Et comme l'un est aussi fort que l'autre est riche, ils font par des traits redoublés apparaître des figures d'une vie, d'un naturel parfaits. En quelques points que diffère Tidée qu*on se forme à part soi de certains personnages, on se convainc qu'ils auraient pu être, ou, bien mieux, qu'ils ont pu être tels que les présente M. Drumont. L'invention à cette puissance est une véritable création.
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On n*a qu'à parcourir la table des malières de ces deux volumes pour en sentir la plénitude et la richesse. Hu^o, Balzac, Michelet, Veuillot, Renan, le comte de Ghambord, le duc d'Aumale, Bismarck, Gambetta, Bianqui, apparaissent dans le premier; et dans le second Mores, Mac-Mabon, Gourbet, Jules Ferry, les de Lesseps, Cornélius Herz, etc.. Tous ces portraits, M. Drumont les trace en « moraliste », comme on disait autrefois, plutôt qu'en a psychologue » : c'est-à-dire que, moins asservi aux cas particuliers, il a hâte d'en tirer la signification générale. Classique en ce point, il décrit des caractères. Ainsi son Félix Faure est Thomme heureux; Ernest Hello, le génie incompris; M. Léon Bourgeois, « l'homme de tous les A privatifs, de TAmoralité et de l'Asensibilité... »; Renan, le défroqué impuissant à dissimuler la marque de son état primitif; le comte de Chambord, l'irrésolu, etc.
L'art et la variété avec lesquels sont composés ces caractères en font une lecture infiniment attrayante. Tous les sujets y sont traités tour à tour. M. Drumont parle d'un écrivain : et il excelle à juger l'homme en même temps que l'œuvre ; c'est une excellente page d'histoire littéraire que celle où il montre en George Sand une fille à la fois de Montaigne et de Jean-Jacques Rousseau. 11 retrace la carrière de quelques hommes d'État et à leur sujet il examine les diverses doctrines politiques du siècle. Et au milieu de ces exposés et de cette critique, ce .««ont des anecdotes et des traits de satire qui frappent et qu'on retient. On ne peut guère après lui imaginer Victor Hugo dans la vie intime sans se représenter le Songeur racontant chaque soir à sa table hospitalière, devant sa femme résignée, l'histoire du crime du Deux-Décembre. Quant à Jules Simon, la page où il est fustigé d'une main énergique vaut d'être citée. Cette scène désormais ne sera plus séparée pour nous du nom de ce libéral vertueux.
M. Drumont nous montre les Fédérés entassés, après la Commune, sur les pontons de Brest :
Alors ils Toyaient arriver Simon, qui s'éuit appelé Switzer avant de B*appeler Suisse et que Vallès avait surnommé Pet-de-Brebis. Melliflu et larmoyant, il venait contempler tous ces hommes enfermés comme des bétes dans des cages et il leur disait :
— Eh bien I mes petits amis, comment cela va-t-il? Un peu durement ? Pour moi, cela no va pas mal : jn suis ministre de Tinstruciion publique et je viens vous instruire. Vous avez fait une insurrection devant l'ennemi : c'est très bien quand c'est moi qui deviens ministre au 4 septembre; c'est très mal quand c'est Vaillant qui est nommé délégué à l'Instruction publique le 18 mars. Sentez- vous la nuance ? Vous n'avez pas reconnu Pautorité d'une Assemblée nommée par le suffrage universel; très vilain, ceci, très vilain... Vous me répondrez que j'ai battu des mains quand vous avez envahi la Chambre le 4 septembre, mais je vous répète que l'action alors était louable, puisque c'est moi qui en ai profité.
Ainsi éclate l'âpre nature du polémiste. Nourrie de sentiments forts et sains, comment ne serait-elle pas violente? Des amours si vives engendrent des haines extrêmes. Son affection à la terre, à la race, au sang français, se tourne en horreur de ces Juifs qui veulent confisquer ou altérer nos biens les plus précieux. Mis en éveil, prudent et perspicace, il reconnaît comme avec un sens infaillible l'ennemi de sa communauté et de lui-même. C^est ainsi qu'à travers la conception de Tamour, privée de l'idée d'honneur, que se faisait Dumas le fils, M. Drumont découvre l'effet d'un métissage sémite. Il chérit si vivementla« terre des pères », qu'il reproche presque à Mgr Dupanloup d'avoir ét<î trop humaniste, d'avoir trop goûté et fait goûter les lettres grecques et latines, et qu'il déclare que lés enfants devraient apprendre de préférence les vieux écrivains français pour 8e mieux pénétrer de leur tradition natio. nale.
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G^est cette tradition généreuse, chevaleresque, qu'il défend contre Tesprit mercantile du Juif. Sentiment, dira-t-on. Mais M. Charles Maurras a montré l'autre jour quelle solide et positive philosophie Tappuie. Et c'est en tout cas un sentiment fort, sain, fécond. Avec quelle horreur M. Drumont perçoit dans la société comtemporaine les relents du ghetto tout pareils à Todeur de la morti Ce n'est pas par une naïve explosion de vertu qu'il s'indigne contre les Panamistes : mais parce qu'il trouve chez eux cette corruption qui s'étend peu à peu an ptiys tout entier. Ainsi dit-il dans ses belles pages sur Burdeau, ce kantien qui se vendit, nonobstant les principes de la morale universelle : « La société apparaît telle qu'elle est, cadavre que ff l'on farde comme on peut, pour en dissimuler la « hideur, corps en décomposition qui se tient debout « par une sorte de prodige et qui n'en exhale pas « moins une odeur nauséabonde ijam fœtet, > Mais l'on sait que, pour être homme de tradition, M. Drumont ne s'effraye d'aucune hardiesse. 11 est de ceux sur qui l'on doit compter pour la réaction réformatrice qu'il fut des premiers à comprendre, qu'il atra* vaille à montrer désirable et dont il est encore — ces deux volumes si riches d'idées en font foi — un .des soutiens les plus fermes et les plus con-r scients.
Jacques Bainville.
Le Directeur politique : H. Yaugeois.
Le Gérant : A. Jacquin.
Paris. — Imprimerie F. Levé, rae Cassette, 17.
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