PAR DEUX FOIS SA CROYANCE AUX MIRACLES
On avait longtemps tenu M. Bergeret pour un parfait agnostique. On Tavait aimé pour son
{{) Les Nuéesformeui un répertoire périodique des idées confuses, billevesée?, sophismes paresseux et autres chimères cornues qui traversent Tair de ce temps et l'em poisonnent.
pyrrhoaisme sans défaut. Mais la maladie dreyfusienne a frappé ses méninges. Et M. Bergeret, dans le même temps qu'il se montrait anti* clérical, confesse sa foi à des miracles nouveaux. Il espère, il attend des « changements merveilleux » (i). Et le moindre ne sera pas ce collectivisme où Ton ne connaîtra plus d'Etat ; car, dit-il :
— Dana ma république Y Etal sera sans désirs^ comme les dieux. H aura tout et il n'aura rten. Nous ne le sentirons pas, puisqu'il sera conforme à nous, indistinct de nous. Il sera comme s'il n'était pas.
Si ces phrases limpides, qu'on dirait proférées par la voix de l'harmonieux Ariel, présentent un sens clair, nous pensons que M. Anatole France définit par elles non le « collectivisme », en vérité, mais l'anarchie. Et croire comme il le fait que dans la cité nouvelle Tordre s'entretiendra spontanément, que tout s'organisera sous le seul effet de la contrainte morale, — comme il doit arriver dans une république où l'État est indistinct des individus, — c'est confesser sa croyance au moins intelligible des miracles.
Ce n'est pas le seul que M. Bergeret attende de sa cité métaphysique. Il est assuré que, ne comptant plus de pauvres ni de riches, on n'y verra pas non plus des bons ni des méchants et qu'on ignorera les ivrognes parce qu'on ne connaîtra plus les marchands de vins.
— Papa, demande la jeune Pauline. Je suis inquiète de savoir ce que tu feras de Clopinel dans ta
(l) Monsieur Bergeret à Paris, p. 250.
république ; car tu ne penses pas qu'il vive des fruits de son travail?
— Ma fille^ répond M. Bergeret, je crois ou*il CONSENTIRA A DISPARAITRE. Il estdèjà très diminué, La paresse^ le goutdurepos, le disposent à Vanéaniissement final. Il rentrera dans le néant avecfad^
Cette réplique à sa curieuse fillette, M. Bergeret raccompagne d'un sourire que Ton devine exquis : tel est aussi le sourire des extatiques et des visionnaires. Personne ne sera exclu du royaume de pureté I Mais les méchants, mais les pécheurs consentiront à disparaître et à rentrer dans le néant plutôt que de troubler la divine harmonie. 0 mystère inefTable !
LE VRAI RENAM
Dans un de ses « Menus-Propos » du Temps M. Henry Michel écrivait Tautre jour :
— Si /avais à choisir entre une statué de Renan le représentant à Vâge où il a écrit Caliban et une autre le représentant à Vâge ou il a écrit l'Avenir de la Science, je crois qus je préférerais celle-ci comme