‹ L'Action française et la religion catholiqueChapitre 2 sur 46 · INCENDIÉ · texte numérisé non relu

INCENDIÉ

INTRODUCTION

Tous les évêchés, chapitres, doyennés, séminaires et presbytères de France sont depuis quelque temps inondés de petits écrits qui nous diffament. La naïveté des imputations, portant avec soi son remède, commence par émouvoir médiocrement ceux des destinataires qui e trouvent être de nos amis. Mais, comme les auteurs de l'envoi sont subsidiés par un mystérieux malfaiteur dont la bourse est inépuisable, ils procèdent volontiers par accumulation, et quand dix ou douze exemplaires ont été condamnés au feu ou à la corbeille à papiers, ce qui arrive ensuite finit par prendre le chemin de Paris pour nous être communiqué, non sans porter sur la couverture ou la marge les stigmates certains d'un généreux mépris pour le libelle autant que pour le libelliste. Pourtant, l'expéditeur ne perdant pas courage, au quinzième envoi l'on s'inquiète. On se demande ce que peut vouloir dire cette pluie de papier calomnieux sur un seul groupe d'hommes, parfois sur un seul de ses membres...

Nous avons commencé par hausser les épaules en nous bornant, de temps à autre, à relever quelque méprise fantastique, quelque falsification prodigieuse.

ISJTEOOU4 nOH

Toutefois, est-il sage de laisser dos accusateurs enchérir les uns sur les autres el travestir impudemment notre œuvre, notre action, simplement notre caractère ? Un dédain qui ne s'exprime pas n'agit pas. Au contraire, une erreur et un mensonge qu'on ne prend point La peine de démasques acquièrent peu à peu L'autorité «lu vrai. Les cinq cent mille kilomètres carres «lu territoire de la France, les J<» millions de ses h. il.it. mis composent une aire spacieuse et un public considérable où peuvent se développer en Liberté, et presque en toute impunité, les plus dangereui préjugés: si nombreux qu'ils soient, en effet, les Lecteurs de V Action française, ou ceux de mon livre la Politique religieuse i ne forment, làdedans, qu'une petite troupe. Bile est alerte, vive bien armée : depuis plusieurs années qu'elle est sou* mise à la Lapidation des Fidao-Giustiniani, des Pierre, «les Lugan, des Laberthonnière, des Lioog, des Ghale-

nave et de tous les autres, il peut lui arriver de manquer de munitions pour une riposte.

— Répondes! Répondes! ont dit plusieurs voix.

Non- avons déjà répondu; I réduit au

silence pour quelques ai uns, beaucoup moine par la clarté «le nos arguments, dont il ss moque un peu, que

par l'ellet du bain de honte où il se voit plong<

abaque retour offensif. Mai-, comme nous avons mieux à taire que de l'y tenir enfoncé, le malheureus recommence aussitôt qu'il n'est plus tenu. Recommenceroni

nous indeliniinent, quant a nous, a lui Opposer \érit<s prévue trop grossier* Nos amis on sont laisses juu

C'est leur avis que nous écoutons.

i sur M livre, on trouvera à l'Appendice 1 l'appréciation

d'un ssttaia nombre d'autant! catholiques

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— Répondez ! Répondez !

Je vais répondre, soit.

Mais je réponds sans illusion. Nulle réponse décisive ne peut réduire des intérêts au silence. Pénétrons-nous de la vérité : c'est à des intérêts que Y Action française a affaire.

Si justes, si sincères, si pertinentes que soient estimées nos réponses passées, présentes ou futures, quelque explication satisfaisante que l'on y trouve, la passion de nos ennemis, loin d'en être abattue, sera stimulée et nourrie : leurs intérêts seront d'autant plus inquiets que nous leur aurons asséné des vérités plus fortes en nombre plus grand.

L'expérience permet d'écrire que le débat profond ne porte sur aucune des questions que l'on affecte de soulever, une par une ou toutes à la fois ; il ne s'agit ni de religion ni d'histoire sacrée, ni de morale littéraire, ni de philosophie du droit. Il s'agit de savoir non pas qui a raison, mais si un certain personnel politique et philosophique aura raison de nous, s'il aura, comme on dit familièrement, notice peau. Les impostures libérales et les folies démocratiques débitées contre nous n'ont pas d'autre origine.

De leur succès moral dépendent en effet bien des choses matérielles.

Tel journal libéral, sans action et sans influence, a fini par lasser tous ses commanditaires, à force de loger son esprit politique dans le coffre-fort de son directeur ; ce journal commence à être tout à fait dédaigné du public : retrouvera-t-il des lecteurs ? On l'espère, mais à condition que Y Action française disparaisse.

Si Y Action française disparaissait, tel rhéteur libéral se flatte aussi de rattraper les auditeurs qui commencent à fuir ou à donner des signes de méfiance et d'hi-

j INTRODUCTION

larité dès qu'il prend La parole pour ne répandre que

(lll \ cllt.

Tels jeune* chevaliers d'industrie oratoire «-t électorale, candidats ici ou là, se disent tout de même que las choses [raient bien mieux pour eui et que la bonne

loi des populations serait surprise à bien meilleur

compte si L'Action fronçait* n'existait plus.

Tels abbés démocrates auraient au^i le champ plus libre, ils -fiaient délivrés d'une objection vivante que notre mouvement, dn seul fait qu'il existe, inflige à leur imprudente prédication.

Il est certain, nous 1<"> gênons. Notre ami, Léon de Montesquiou, leur a bien «lit pourquoi. Je résumerai -«•s paroles.

Autrefois on pouvait parler et écrire indéfiniment sur la prétendue nécessité d'accommoder l'enseignement traditionnel aux idées modernes, libérales, démo cratiques et révolutionnaires ; même on pouvait s'étendre là-desSUl sans être beaucoup contredit. On pouvait

déclarer le courant de ces idées irrésistible, et soutenir

que tout ce qui rêvait de s'y opposer serait fatalement

défait, emporté, ruiné, submergé ^uh remède Or, voile quin/e ans que nous résistons a ces idées, voilà

quinze ans (pie BOUS allons «le succès en SUOCès, voilà.

de plus, quinte ans que nous sommes l»'s seuls coni

dateurs » à connaître ce phénomène d'avantages et d'accroissements continus.

Quelle insulte à la philosophie «lu ! libéral et

démocratique !

c.c succès des idées de V Action framçaiêê n'est discutable qu'à la condition de fermer SM veux a levidcncc et de se refuser a Lire fol signes les plus palpables des modifications de L'esprit publie. Personne ne croit plus

sus nuées de 1789 ni à celles de i&(<9 On les place sur

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l'étagère comme des objets de musée et des curiosités de collection. L'usage en est devenu absolument nul. Les derniers tenants du libéralisme démocratique se sont réfugiés dans une petite portion du monde catholique et dans quelques repaires d'anarchistes internationaux. Le reste, tout le reste de la masse de l'opinion française presque entièrement délivré de logomachies meurtrières, est de plus en plus pénétré et comme imbu de nos idées. Plus encore qu'elles ne sont pensées dans leur ensemble, ces idées sont vécues et pratiquées, parfois assez ouvertement, dans le monde officiel gouvernant. On les avoue. Le ton du jour est d'invoquer l'autorité, la continuité, Tordre, l'organisation provinciale, l'organisation professionnelle, en bref le contrepied du formulaire libéral. Le prestige perdu par la Révolution est allé à la tradition, l'activité perdue par les idées démocratiques anime aujourd'hui les doctrines que l'on peut appeler, en général, « archistes ». Cela est l'œuvre propre de Y Action française. C'est cela que les libéraux, les démocrates, les sillonnistes ne peuvent pas se rappeler sans souffrir et sans nous haïr.

Pour deux raisons.

D'abord par rage d'assister au triomphe d'idées qui sont les antagonistes des leurs. Mais aussi parce que ce triomphe indiscutable leur ravit tout moyen d'utiliser l'excuse hypocrite de Vair du siècle qui les aurait condamnés (sans qu'il y eût de leur faute» à multiplier les pactes et les compromis avec une erreur qu'ils avaient reçu l'ordre et la mission de combattre. Nous fournissons la preuve — la preuve par le fait — que le courant auquel ils prétendaient ne pouvoir pas résister était si parfaitement résistible qu'une bonne critique — la nôtre — en est venue à bout.

Devant ce résultat, que peuvent-ils dire en effet ?

o INTBOD1 '1 i<»\

Prétendre qu'il es! <lù à la seule valeur de notre effort

équivaudrait pour eux à se rabaisser * notre avantage;

iK n v tiennent point. Mais alléguer alors que ee résultat est Le simple fruit des eireonstances sociales et politiques Les condamne d'une autre façon : ce serait avouer que la Révolution est en baisse, comme noùi le disons. Ni ils ne peinent ni ils ne renient laisser soupçonner cette vérité « j u i déchirerait le bandeau des illusions, qu'ils maintiennent obstinément sur les veux de tout

public qu'ils peuvent atteindre.

Encore -i ces rentes de l'ait et «le droit n'étaient pas reprises Bans cesse par nous! On pourrait s'en accommodera la muette. ( )n pourrait évoluer en catimini rera

une sorte de combinaison nouvelle où la part du vrai

it quelque peu améliorés : par exemple, au Lieu de quatre éléments de révolution et de deux éléments de tradition, on pourrait augmenter d'un élément et demi la juste part de cette dernière, quitte à les rétrocéder avec armes et bagages à la première alerte venue. Seulement notre Action française est an peu Isa. 1 Bl nous

ons pour monter une bonne garde.

Il y a dix ans, on nous traitait «1 i Intellectuels fermés dans La tour d*ivoire. Il est sorti de cette tour des nommes, d< . «les faits qui ont causé

changement profond dans l'esprit publie. Mais jadis, notre manière d'avoir raison ne faisait souffrir que Les

docteurs du libéralisme. Il> ne m rappellent point sans grave amertume ees temps anciens ou. > Vtant hasardes

à tftter d'une discussion loyale et courtoise avec nous, L'évidence de la vérité leur serra La vis autour du col : du moins le supplice était-il subi à l'écart en assez petit

comité! Le grand publie n'en savait rien Gela est bien changé! Car depuis, les événement lairci et vé-

rifié les paroles ; les laineux maîtres ,1(» |;, (Juinzaii),

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du Bulletin de la Semaine, les hommes du Sillon récapitulent avec aigreur et colère ces dix ans de défaite et d'humiliation auxquelles Y Action française a passablement collaboré, disent-ils.

Désespérant de l'issue de tout débat honnête, ils ne songent qu'à obtenir une revanche dans l'ordre du fait brutal.

Il s'agit d'arriver à la disparition d'un rival abhorré ou de#lui imposer du moins une certaine diminution d'influence. C'est leur unique espoir d'une reprise de prestige personnel. Il n'est point d'autre chance de ramener l'esprit public au Libéralisme et à la démocratie.

Une électricité de jalousies déçues, de cupidités malheureuses, de concurrences dépitées, vient fournir à l'intrigue que je dénonce sa force motrice; mais l'idée fixe et directrice, la voilà: désintéressée chez les uns, alimentaire chez les autres, l'erreur révolutionnaire nous fait l'insigne honneur de nous craindre par-dessus tout. En nous dénonçant par mille moyens au clergé, aux congrégations, à l'enseignement catholique, à l'épiscopat, elle se repaît de sa dernière illusion.

Il convient de la lui ùter. Il y a même fort longtemps que cela convenait : des esprits fraternels, réfléchis, attentifs, perspicaces, m'y invitaient. Le projet de cette réponse, tel que l'avaient conçu leurs justes calculs politiques, n'est pas d'hier; mais j'avoue avoir reculé de jour en jour l'exécution de mon devoir et je ne sais jusqu'où m'eût conduit ce retard, né du mélange de dégoût, d'indifférence et de respect que m'inspire la littérature de nos diffamateurs, si, lisant le dernier produit de M. l'abbé Pierre sur les Nouveaux défis de l'Action française, une articulation de cette brochure ne m'eût, à la lettre, indigné.

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