LES ÉLÉMENTS D'UNE IMPOSTURE
Sieg-ues amble eme l'umble e mai fier qae lou fier. Mistral.
LES DEUX MARTHES
D'après un chapitre de mon livre Anthinea, intitulé « l'Etang de Marthe et les hauteurs d'Aristarchê », M. l'abbé Jules Pierre élève contre moi l'accusation suivante, libellée en gros caractères d'imprimerie :
« Où Von voit comment un « païen athée » (i) peut faire de la plus touchante des traditions un conte abominable et transformer la plus charmante physionomie de sainte en celle d'une répugnante coquine. » C'est le titre d'un chapitre long de cinq pages et dans lequel le lecteur est formellement invité à reconnaître que M. Maurras est « plus fort que Thalamas », bien que sa victime ne soit point Jeanne d'Arc, mais « sainte Marthe ».
(i) Si je suis athée, comment suis-je païen? Et, païen, comment suis-je athée ? M. l'abbé Pierre ne veut même pas m'accorder le seul bénéfice du temps
Où quatre mille dieux n'avaient pas un athée.
H» les ! il. mi \ PS i» r\i: IMPOS1 I RE
Je cite :
Il a trouvé dans sa Provence une des plus gracieuses traditions de nos origines chrétiennes, celle de sainte Marthe sœur de Lazare et de Marie, qui a fourni à l'auteur de Mireille h- plus touchant et le plus admirable chant de son ravissant poème, où "les saintes « descendues de L'empj consolent Mireille expirante en lui montrant par Leur exemple que pour lame qui croit et qui soutire et qui espère i la mort, c'est la vie ».
Avant trouvé cela, voyons ce que j'en ai l'ait, d'après M. Pierre :
M. Maurras sait que son propre village, • sa chère Martigue » " se fait gloire de tirer son nom de l'amie de Jésus ».
Ce païen ne peut soufïrir la pensée d'une telle origine et alors comme l'on dit que Julien l'Apostat se faisait gratter la tête pour y effacer les traces de l'eau du baptême, ainsi le païen M. Maurras va gratter impudemment « sa chère tradition • afin d'arriver à ne nous laisser plus trouver à Martigues autre chose (pie le souvenir d'une gredine.
Comment s'y prendra-t-il pour flétrir cette Heur de tradition si gracieuse et si pure, et arrivera opérer ce renversement de valeur si prodigieux?...
Il appelle à son secours tout ce qu'il a de Lecture et de rase.
11 a trouvé dans l'intarque (pie Marins, venant en Provence combattre les Cimbres, se ut accompagner par une devineresse née en Syrie, du nom de Marthe ; qu'il s'en servait pour inspirer de la confiance aux soldats, mais que d'ailleurs l'armée se moquait de Marins et de sa devineresse.
Cela tient une demi-page et c'est tout. Et la tradition locale n'a pas gardé trace du passage de la sorcière qui retourna sûrement, comme 0U« était venue, avec son général.
Et c'est de cette aventure méprisable et méprisée que
LES DEUX MARTHES 11
M. Maurras s'applique à faire le substitut de la glorieuse protectrice de Martigues.
Il faut assister, pour y croire, à ce travail d'anti-Hercule s'appliquant à ramener 1" ordure dans les écuries nettoyées d'Augias.
Je ne m'adresse pas à l'auteur de cette page, mais au public mal informé qu'elle peut tromper.
Avant de se résoudre à examiner de plain pied ces assertions extraordinaires, l'homme ainsi accusé d'avoir flétri, souillé, gratté une feuille sacrée de l'histoire de son pays, cet homme a bien le droit d'apprendre à son lecteur que vingt-sept années d'activité littéraire et politique ont été dévouées par lui à défendre l'héritage de nos traditioDs, particulièrement en ce qui touche le passé de ce coin de terre chéri.
Il est du groupe des fils intellectuels de Mistral, il est des premiers à avoir secondé par toute la France L'œuvre magnifique de Maurice Barrés. Amoindrir les gloires du sol natal, effacer les souvenirs du sangindigène, non point même les travestir ni les méconnaître, mais simplement les oublier, c'est la faute qu'il n'a cessé de flétrir comme une honte et de dénoncer comme un crime. L'écrivain au nom duquel M. l'abbé Pierre ose attacher cette imputation est rangé au nombre des promoteurs de notre renaissance de patriotisme local, il est cité parmi les initiateurs du sentiment fédéral et national aujourd'hui devenu si fort que le Président de la République et les ministres de son gouvernement ont dû lui sacrifier les principes et la nomenclature de la Révolution, sans s'occuper des craintes et des scrupules de leur ami le juif Joseph Reinach, toujours attentif au danger « des réveils du passé • !
Quelle qu'ait été ma part dans cette œuvre, je doi>
12 li - i il \ii.\is d ( m: imposti M
ajouter que M. L'abbé Pierre ne la conteste aucune-
ment. Il se borne à contester ma sincérité. De l'exj qu'on vient de lire, il reaaort clairement que M. Pierre estime que je n'ai lait que mentir depuis que j'écris.
.J'aurais surtout menti sur 06 que j'ai au inonde de plus précieux ! Devant le doute ignoble qui ose s Y-lever, c'est à peine s'il m'en coûtera de répliquer : je ne craindrai pas d'avouer à quelle profondeur m'atteint cette calomnie. Il n v a pas de honte à en publier les
raisons. Notre Provence religieuse mêlée aux premiers
murmures de mon enfance va peut-être plus loin en moi. Ne me connaissant pas un seul ascendant qui soit né hors de ce pays, il est assez naturel que je nie sente relié, par toutes les libres de l'être, aux formes <{ue la race a données à son élan yen les espaces supérieurs.
Comme les noms de Notre-Dame de Lumière on de Notre-Dame de la Garde, ou de Notre-Dame de GrAce, OU de Notre-Dame des An^es, Le nom et la bonté des
Saintes ont bercé mon enfance. A peine grandi, c'est
sur la voiturette qui nous menait à la Sainte-Baume que DM lut accordée la première révélation de la splendeur des nuits d'été ; la mystérieuse forêt de la Madeleine, parsemée de roebers vêtus d'une mousse profonde, ('-veillait pour moi les accords d'une \ ie instinclix e plus ancienne que je ne suis, où plongent toutes nies racines : ces troncs géant! du désert de la Pénitence, ma mémoire la plus lointaine les unit naturellement aux (lambeaux de Noél. aux chansons des Rots liages, aux i -ardions du temps pascal, à la mélancolique commémoration de la mort dans notre cimetière maritime agite de pieuses flammes errantes.
Ces anciens sentiments, contemporains de la pluextrême fraîcheur de la vie, n'ont pas d'intérêt hors de
LES DEUX MARTIIES
moi, mais je dois dire qu'il n'est rien qui me soit plus intime. Je m'y trouve adhérer par tout ce qui m'est personnel, ma tête même en est quelque peu prisonnière et, si Ton en voulait un exemple concret, je n'aurais qu'à me rappeler l'espèce de consternation où me jetèrent les travaux de M?r Duchesne sur l'apostolicité des Eglises de Provence en un âge où je me trouvais aussi loin que possible de la foi catholique ; plus tard encore, quand ils me parurent favoriser à quelque degré un certain vagabondage de l'imagination légendaire, je n'accueillis ces travaux qu'à la condition stricte de ne pas dépouiller le vieux sol provençal de sa parure et de son honneur historiques. Il ne m'était pas impossible de faire parler le disciple Trophime (i) comme un disciple de Zenon d'Élée, cependant c'était en Provence que je lui faisais tenir ce langage, à l'époque et à l'heure établies par la tradition.
Beaucoup plus tard encore, quand l'occasion se présenta de dire à quel point les ravages de la fausse critique m'avaient exasj)éré, je la saisis avec bonheur. Certes, l'hypercritique de notre histoire a le droit de sourire de ce sentiment préconçu, qui peut lui sembler un parti-pris respectable, ou le signe dune surprenante servitude desprit; mais mon hypercritique à moi, s'il est honnête, a le devoir d'en tenir compte et, tout en notant que je m'exprime sur ce sujet avec « mon emphase ordinaire ^>, M. Pierre ne peut ignorer que l'acte de dégrader une tradition provençale, cet acte, tel qu'il me l'impute, doit correspondre, en me jugeant sur les lois que je me suis faites, à un parricide par la pensée.
L'énormité de l'imputation n'a peut-être pas été envisagée complètement par M. l'abbé Pierre, faute de
(i) Le Chemin de Paradis ; la Consolation de Trophime (189Q.
! 'i un m 1 MENTI i» I M IMPOSTl M
réflexion et de sang-froid de M part. Mais elle ne 1 aurait pas arrêté. Apre- tout, pourquoi pus? Il n'aperçoit aucun dommage à ce <|ur je tue père et mèi
Au contraire, plus j'en fend
Mai- d'antre part, son aaaaul têtu al riaient, que L'énorme et l'absurde excitent. Loin de L'embarrasser, n'est pae sans me conférer quelques droits, et plus que • les droits. Il ne m'est plus permis de Laisser passer le libelle sans montrer, «le façon publique, que. dans L'accusation que je relèTe, tout, absolument tout, i Inventé. Quelque Improbable que puisse paraître cette rencontre d'affirmation catégorique et de fiction ab
lue, absolument rien n'y est vrai. On est confondu
d'avoir à donner un démenti aussi complet. Mais as
sont les laits qui Le donnent.
Je n'ai pas eu à aller chercher dans Plutarque la
prophétesse Marthe, par la raison que les historiens
provençaux l'y ont cherchée et trouvée pour moi : je n'ai pas eu a dépouiller sainte Marthe du patronage et
de la protection «le la ville de Martiales par la raison
«pie M. Pierre est, a ma connaissance, h% seul qui ait luit cette attribution.
Seul, M. Pierre a prétendu que, si l'autre Marthe, la Marthe s\ rirnne contemporaine du idbul Marina,
iix;i (huis hs lieux Les plus stagnants ds la contrée, l'ut uniquement pour plmirt à M Maumm, «ans a beêow de la conduire dam las marais de MarHgaêê pour lui
dôtUlêr lu placé occuper dans les traditions nationales par sainte Marthe. Cette folle dépOSSÉBSion de Sainte Marthe m'e-t attribuée par M. l'abbe Pierre Uniquement de sa grâce. Je ne me propose pas de le démontrer, je * sis le monti Ma petite ville natale, qui s'élève à deux lieues etdemie
au sud-est de Kos i FossfP Muriainrc d'où partirent,
LES DEUX MARTHES 15
dit-on, les premiers travaux du camp de Marins et le grand canal qu'il creusa, le Martigue, a tiré son nom — Marthicum stagnum, l'étang de Marthe, — d'une Marthe qui n'est point celle qui débarqua aux Saintes, ou qui fut l'authentique patronne de Tarascon, car elle lui est antérieure de plus d'un siècle. Les auteurs qui ont traité du Martigue ont si bien distingué les deux personnages qu'ils ne parlent que de la Marthe de Marius.
Page 269 du second volume de sa belle Statistique des Bouches-dn- Rhône, le comte de Villeneuve, préfet de Marseille sous la Restauration i i8a4), écrit que la Marthe de Marius rendait ses oracles dans un lieu écarté et d'accès difficile. Elle avait fixé sa demeure dans les îles dont la réunion forme aujourd'hui la ville de Martigues et qui étaient alors désertes et inhabitées. Cette sibylle, qui joua un si grand rôle dans Vannée de Marius, donna son nom aux étangs boueux dont nous parlons, car Mastramela ou Mastromele, nom donné à V étang de Berre par Festus Avienus et dont Pline a fait Astromela, signifie à la lettre marais de Marthe (EAOS). » Voilà ce que l'on écrivait il y a quatre-vingtdix ans et quarante-quatre ans avant que l'auteur d'Anthinea fut au monde.
Après un demi-siècle, en 1862, M. Saurel, auteur de Y Histoire de Martigues, page 3j, évoque exactement la même origine de nom et de lieu.
Enfin, trente-six ans plus tard, en l'année 1898, dans un savant travail sur les Paroisses du diocèse dWix (au volume traitant des paroisses de l'ancien diocèse d'Arles), ouvrage revêtu de l'approbation de Mgr Guillibert, alors vicaire général d'Aix et ancien curé-doyen du Martigue, M. l'abbé Constantin, voulant limiter son travail aux faits établis et aux pièces certaines, commence le chapitre relatif au Martigue par ces mots :
10 LU KI.l-MKMS D'UNE IMPOSTURE
i Sans parler des Phocéens et des Celtes, sans faire intervenir Marins et Marthe, etc.. » Mon chapitre tïAnthinea ne l'ut écrit que trois an- après ce chapitre.
Lors donc que le vénérable abbé Constantin s'exprimait de la sorte, ce que M. l'abbé Pierre i bien voulu appeler i mon travail d anti-Hercule n'étant paf commencé, Laprophétesae de Plutarque «tait déjà installée dans la région depuis fort longtemps. Historique? Mvthiqne? C'est une autre question. Légendaire ou réelle, Marthe syrienne revenait sur ces bords bien avant que je lusse ne, je n'y suis pour rien, i sûrement ! » comme dit M. L'abbé Pierre, ni l'effort de Lecture et de ruse qu'il me suppose.
Mais qui sait si sans avoir invente de toutes pi< la Marthe de Marins, sans l'avoir proprement introduite au Martigue, je n'aurais pas, dans la perversité de mon cœur, quelque diable aussi me poussant, tourné et manœuvré L'état des traditions, lès données de L'histoire, de telle sorte que, par ma volonté et mon opération, la mémoire de la prophétesse Marthe se soit trouvée enrichie «h' toui ce que mon artifice aura su enlever à
la Marthe chrétienne? Ce n'est plus tout à l'ait ce que
dit M. Pierre. Mais n'a-t-il pas exagéré quelque vérité de cet ordre? Avant moi, n'y avait-il pas eu deux Martine au Martigue ? Sans doute je n'en ai Laissé Bubsister qu'une seule, celle qui répondait aux exigences du
paganisme intégral... Si M. Pierre n'est pas de force à
M modérer ainsi, telle e>t L'explication que peuvent se
donner Les Lecteurs raisonnables, car enfin il ■ écrit en toutes Lettres que « mon propre pfflagVi i ma a chère MartigUê i i se * fait gloire » de tirer son nom de
(i) Ces guillemets m'attribuent une locution que nul de nies compatriotes n'emploiera : ton MartegmB <-st masculin.
LES DEUX MARTIIES 17
l'amie de Jésus. Texte formel, ton péremptoire : comment le dirait- il s'il n'en savait absolument rien ?
Il assure que a je le sais ». Non. Je ne le sais pas. Je ne sais pas ce qui n'est pas. Ma petite ville ne se faisant aucune gloire de contenir aucun souvenir de sainte Marthe et sainte Marthe n'y étant pas honorée comme « la protectrice de Martigue », je ne saurais savoir cela. Je sais tout le contraire.
Notre ville, dans son ensemble, est sous le patronage de saint Génies. La fête patronale la plus importante est célébrée pour la saint Pierre, patron de la puissante corporation des pêcheurs.
Des trois paroisses de la ville, l'une est dédiée à sainte Marie-Madeleine, l'autre à saint Louis, évêque, et la troisième à saint Génies.
Je revois les autels de chacune des trois églises. A Sainte-Marie-Madeleine de l'Ile, sont des tableaux ou des statues du Sacré-Cœur, de saint Josejm, de la Pentecôte, de la Tradition des clefs de saint Pierre, de sainte Catherine, de saint Michel, de saint Antoine, des Ames du Purgatoire, de saint Honorât, du bienheureux Gérard Tenque, fondateur des Chevaliers de saint Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte : je n'y vois pas de sainte Marthe. Dans la même circonscription religieuse, la chapelle de la Congrégation des Filles est sous le vocable de la Vierge, la chapelle de l'Hôpital sous le vocable de saint Jacques. Autres chapelles : la Visitation (à sainte Elisabeth), les Tertiaires de saint Dominique, les Dames du saint nom de Jésus, les Pénitents blancs, ceux-ci fondés en i3o6 sous le vocable de sainte Catherine. Je suis né à l'Ile. On n'y a jamais invoqué spécialement sainte Marthe, sauf devant M. l'abbé Pierre : autant dire personne ni rien.
A l'église de Saint-Génies de Jonquières, il y a des
18 Un i i JÉMXNTI D i m iMrosi i tl
tableaux de l'Annonciation, de sain! Pierre i Liera ci de sainte Marguerite. Sur le territoire de la paroisse B'élèvent la chapelle de L'Annonciade, de 1;» Congrégation des Pilles (è la \ ierge , des Tertiaires dominicains ci de L'ancien Hôpital de la Charité. M. L'abbé Constantin, dans Le livre déjà cité, récapitule d'anciennes chapelle
celles (les Capucins dédiée à saint Josepb , de Sainl- Eloi, de Sainte-Anne, de Saint-S\ mphorien, du Saint- Nom de Jésus, des Pénitenti noirs, enfin de Saint-Lasare.
Saint Lazare l'ut le frère de sainte Marthe. Nulle trace
de déyotiou particulière a s;i sœur.
À L'église Saint Louis d'Anjou §'élève un autel des
Saintes-Mariés, surmonte d'un tableau ancien OÙ l'ut
introduite, après coup, une sainte Marguerite: on n'y
relevé pas de sainte Marthe. Il y a BUT h' territoire de
la même paroisse de Perrières, on ma famille maternelle avéen de tout temps, une chapelle de Saint-Joseph, une chapelle de Saint Jac. pics, une Notre-Dame de
Pitié, des Pénitents bleus, une Présentation appartenant à la Congrégation des Pilles, une chapelle de Saint-François appartenant aux Capucins, une i Notre- Dame de Codde i et enfin L'ermitage de Notre-Dame de Miséricorde qui domine tout h' pays. Toujours aucune sainte Marthe. En l'ail de souvenirs, monuments.
témoignages «l'un culte spécial, rien i\u tout.
J'ai cette fortune î-are, unique, inouïe, de DOUVOÙ1 l'aire toucher «lu doi-t ce néant.
Dix ans COmpté8 après la première édition ilAnt/ii-
nci, c'est-à-dire en i«.»n, M. Le curé de Saint-Louis d'Anjou de Perrièress placé soua le vocable de sainte
Marllie les Dames de louvroir de s;, pUTOisat La pétu
Lance de M. L'abbé Pierre lui fera certainement crier
ici a la restauration d'un ancien culte Oublié. l'oint du
tout, la preuve en découle des termes dans Lesquels
LES DEUX MARÏIIES 19
M. le curé dans son Bulletin paroissial (i) introduisait cette nouvelle patronne, et qu'il savait nouvelle :
Les Dames de VOuvroir. — Quand le Pasteur des âmes, prêchant son livangile, parcourait les sentiers de la Galilée et de la Judée, plus d'une fois il dut laisser, avec du sang de ses pieds sur la pierre, quelques morceaux laineux de ses habits aux ronces du chemin. Puis après de longs jours de fatigue physique et de peines morales, il dut sentir le besoin d'aller, pour une nuit, dormir sous le toit tendrement hospitalier de Béthanie. Et là, tandis qu'il reposait, à l'heure avancée où Marie méditait encore les paroles de vie, tombées tantôt de ses lèvres divines, la vigilante Marthe réparait les méfaits des épines sur la robe du Maître.
Les dames de l'ouvroir sont les mêmes que les sœurs du Saint-Sacrement. Elles se sont dit qu'en ce bas monde ce n'était point assez de réaliser en soi Marie la contemplative, mais qu'il fallait aussi pourvoir aux nécessités de Jésus. Le sacrilice de nos autels, la présence du bon Maître au Tabernacle, l'exposition du Saint-Sacrement veulent des ornements et des linges sacrés. Désormais c'est aux Dames de l'Ouvroir, sous la direction de Mademoiselle Marie Mandiue, la providence de notre sacristie, qu'incombera l'entretien des ornements et du linge sacré.
A ce même Bulletin d'avril-mai 1912, on lit :
Sainte Marthe est devenue la patronne des Dames de « l'Ouvroir ».
Ce devenue est clair. Pas un mot d'un autre culte antérieur, si lointain fût-il, de sainte Marthe au Martigue. Aucune allusion à l'induction étymologique pourtant facile, Martigue, Marticum, sainte Marthe. Pas l'ombre du souvenir dont le pays se ferait « gloire ! 1
M. l'abbé Magnan, alors curé de Ferrières, était particulièrement attentif à toutes nos traditions, et quand
(1) Bulletin paroissial de Ferrières, septembre-octobre 1911.
il a si complètement négligé L'échafaudage 4c M I ^'»"; Pierre, personne dans la rilleni dans le diocèse nesen esl ému parceque Umt le monde ignorait ce roman. Il nv ■ pas un no... «I»' lieu dit Sainte-Marthe, a trois Lieues* La ronde, an mettant le compas sur 1 on quelconimedenostioisclocliera.Jevd InteMartbc
fc v,x à Marseille et naturellement àflerascon, je n en roîaauciineauMartigue.S'ilycn a, elles doivent être si peu coonnea qne lent réputation n'est pas renne jusqu'à DOi, qui suis ,!u |)aysiiil>arn.nM'(]ur,itjUM,u,
L'abbé Pierre qui n'en est pas. Son histoire est complètement inventée.
H noua a même été la rWurce de supposer qa un nystifleateur habile s'est .joue de sa bonus toi. I d d tificateur aurait su son métier, il n'eût jamais appelé
I village » une ville qui comporte trois pa. font
Le diamètre couvre une Longueur de pins d'un quart de
lieue et dont la population, drrhue aujourd hui
5.000 Imea, .Hait encore évalue.», voilà quarante ani B.ooo habitants. Ole en comptait ro.ooo avant la R< lution, ni.ooo avant la peate de .;a>. M. Jules Pierre a construit sa diffamation avec des fantaisies qui nexis-
laient que dans BS trie. Il na pas MQSUltt un répertoire géographique. D n'a même pas eu recours au modeste instrument de travail qui s'appelle un bon dictionnaire. La i. ainte Marti..', patronne du Martigne, c-t le simple fruit de sa .-. aabreiUante.
Malveillance profonde, sans mesure, sans frein et dont j'ignore absolument la source.
Que lui avons-nous fait? Pour ma part, je ne pense pas avoir causé jamais de préjudice à M. Pierre, que j'ignorais profondément avant qu'il se fût porté à tous ces excès contre moi. Mais connaissais-je mieux ces faux témoins du procès de Versailles qui, l'hiver dernier, à la risée universelle, déposaient m'avoir vu porter la main sur un uniforme français? M. Pierre double la dose : c'est l'Eglise et la France qu'il prétend me faire outrager.
Des lettrés délicats pourront s'étonner de nous voir descendre à réfuter de pareilles grossièretés. Je ne saurais leur contester que M. l'abbé Pierre soit au-dessous de la critique. Mais, eux qui censurent, est-ce qu'ils ont craint de ramasser à ce triste niveau l'aliment de leurs perfidies à notre adresse ? Si inférieure que soit la situation intellectuelle et morale de l'auteur des Nouveaux défis de V Action française, il est tout au moins de plain pied avec les passions et les intérêts qui se servent de lui.
22 »ts i» i m. imposi obi
Peut-être Leur est-il on peu supérieur. Sa sincérité ii 'est aucunement Improbable. Supposons-la complète, elle montre à quelles extrémités peut être conduit I i prit que gouverne un soupçon (ju;tn<l il construit le monde §ur des préventions irrita
Pour faire lever dans m tôte tous ces champignons fabuleux, il a suffi de L'homonymie des deux Marthe- et du lait que j'avais noté une confusion populaire entre ces personnaj
.lavais écrit : i Le peuple apprit et conserva ce nom
d'autant plus volontiers qu'une autre étrangère de
« même nom. venue dans la barque de Lazare et de
Maximin, aborda, dit-on, dans ces parages au Biècle
uivant. Les deux types se confondirent, tous deux
« distincts de L'autochtone et tous deux venus de
« l'Asie. » En lait, cette confusion notée en ces termes
généraux s'est produite non au Martigue, mais dans la
ZOne-frontière du pays de la prophétesse Marthe et du
pays de sainte Marthe. Mon Livre a même précisé qu'au
flanc des Alpilles, non loin des Baux, un rocher que
les paysans appellent les Très Mario i c'est-à-dire Les
trois Maries, est aussi celui sur lequel les doctes ont cru
longtemps reconnaître la première Marthe flanquée de
Mai-ius et de sa femme .1 ulia. On incline a penser depuis qu'il ne s'agit ni de Marthe, BœUT de Marie, ni de
Marthe Syrienne, mais de trois personnages de la mythologie celtique. Eh ! pour M. L'abbé Pierre, du moment que j'avais parlé d'une confusion qui s'était produite, il
était clair qu'elle ne pouvait provenir que de moi ; j'en
devais être L'artisan délibéré et volontaire : Le nom de
Marthe flottant sur les eaux de la nier de Bcrre et
quelques lignes de la Vie de Marias, ne pouvant avoir
été mis en relation que par moi. j'avais ,ln tirer de l'oubli universel la Marthe païenne, j'avais dû la sul>>-
tituer à la Marthe chrétienne qui, avant moi, ne pouvait manquer, d'après M. Pierre, d'avoir dominé toute ma contrée. La fable de sainte Marthe, reine du Martigue, et la fable non moins gratuite de son éviction par mon ministère, cette histoire de fleur flétrie et de sainte histoire grattée, découle tout entière, pour mon aimable diffamateur, du programme infernal que son imagination m'a tracé. Tout ce bâtiment peut crouler, mais non sa foi profonde que je ne saurais vivre autrement que pour nuire à la cause dont il s'estime le seul défenseur éclairé. Je le satisferai quand j'aurai fait tout ce qu'il me prête, avec quelque chose déplus.
Ce misérable parti -pris a suivi M. l'abbé Pierre au long de toutes ses lectures. Le même esprit sévit dans ses discussions d'histoire, de morale et de philosophie. Leur résultat, choisi à l'avance, ne sert qu'à illustrer ce qu'il a préconçu de l'inimitié fondamentale de ma pensée. Il m'est impossible de rien écrire dont M. Pierre ne doive extraire un contre -sens offensant pour les catholiques, choquant pour les esprits honnêtes et diffamatoire pour moi.
Il sera bon d'en fournir ici quelques spécimens.
Dans Anlhinea, traitant de la décadence du goût d'après la statuaire helléno-romaine, à la suite de considérations portant sur des objets d'esthétique pure, dont une maxime de La Bruyère : • II est dans Vart un point de perfection... » fait le centre vivant, j'avais dit :
Seul, un buste au milieu de cette galerie lugubre manqua de me l'aire sourire. Il représentait un pauvre homme d'empereur, le vieil Hadrien, épanoui dans son atticisme d'école. Je le jugeai fort à sa place et le saluai en rêvant. Hélas ! tout compte fait, le monde romain s'acquitta mal auprès de la Grèce. A quoi pensaient-ils donc, ces administrateurs
modèle», qui ne ni tilntielrire dea piî -
que lui ouvraient son intelligence *A son ou
prit ? Ce furent de mauvais tuteurs, Non lenlemenl ils œ
surent point la guérir defl lèpres s » '• 1 1 1 i t « • s . mais, tout le
qu'Alexandrie n avait pu taire au monde grec, Rome, on
peut le dire, le lit. Il est vrai «pie Kome, a son tour, périt «lu
:.• niai, en entraînant .son lot «lin et d'huma-
nité.
Retenea (•<• mot de i mauvais tutei pplique à
la G fhelléitiaine .« l'attid me. Ni ridée i
tae ni 1 lii itoire religieu! Pierre s'en chaire el traduit :
M. Manrraa el Lea athé collaboraleara,
adreasenl aux empereur m .seul reproche,
Il de n'avoir pas assi? peraécof de înati-
tutcura • «lu paganisme expirant.
Seula nu- préoccupaient le buste d'Hadrien et être ion arc qui dégrade aujourd'hui encore les ruinea «1 'Àtkènea ; M. L'abbé Pierre suppose opwji penne aux peraécutiona contre les ohrétiene. Pour vérifier l'h\ thêta), il lui suiiii de remplacer lea mots hellénisme. aUicieme et Grèce j'ai- L'expression d raisiné expi-
rant ». Mais aile est de lui.
. .miMiie, liellcuiisine; il ne faut pas demander a
M. l'abbé Pienreda Noir d'aussi paies nuances. Il ri
dee couleurs plus fortes qui ne l'arrêteront pua Au
beau milieu de . ui d'un texte de moi, M. l'abbé
Pierre trace avec opportunité quelquea pointa mi-] aile afin d'arriver à eec mots, qu'il puiu rire en
les détournanl de Lear isi
... Il ne (UçraU y avoir <jiCun cri parmi les moralistes et les politique* sur les danger* de Thypoci tkéiêtiqu*.
M. l'abbé Pierre met hypocrisie théistique en grosses lettres et ajoute en note : « Remarquez V audace de cette expression. M. Maurras est si bien persuadé qu'il n'y a que les niais qui puissent croire en Dieu, que tout homme d'esprit qui déclare y croire est, de ce fait, aussitôt déclaré coupable d'hypocrisie théistique! >
Avant de rétablir le passage antérieur à la coupure et profitablement supprimé, disons tout de suite qu'il s'agit dans tout ce morceau, et delà façon la plus explicite, du déisme non catholique, de ridée de Dieu en dehors du catholicisme et très précisément dans les communions séparées.
Dans mes Trois Idées Politiques, j'écris, page n, à propos de la renaissance religieuse provoquée par Chateaubriand, qu'elle a négligé la forte substance de la doctrine, qu'elle a contribué « à notre anarchie religieuse » et que son auteur niapparaît, plutôt qu'un « épicurien catholique », « un protestant honteux vêtu de la pourpre de Rome >. « Examinée de près », ajouté-je, « elle diffère seulement par le lustre du pittoresque et les appels aux sens du déisme sentimental propagé par les Allemands et les Suisses du salon Necker. » A cette dernière phrase s'accroche une note, la note sur « les déistes » renvoyée en appendice à la fin du livre. En tête de cette note, page 58, sont répétées en caractères italiques, de manière à commander et dominer tout le morceau, les cinq lignes sur les Allemands et les Suisses précités, évidemment non catholiques, explicitement désignés comme professant un « déisme sentimental ».
Les Allemands et les Suisses du salon Necker sont mis là en vedette pour affecter tous les développements de la note, note consacrée tout entière au déisme des protestants, sauf au point où je parle explicitement de la théologie catholique, on verra dans quels termes.
26 El EMEN |s D UNE IMPOST1 RI
Dèi li première ligne j'y demande si toq/oarset dans tous Lee eu, Le déisme protestant et I la I; .. l«-
déisme de Voltaire on <!«• Robespierre, est ane i
bienfaisante «-t politique et je rappelle qu'elle peut tourner à V anarchie. Où M. Pierre me (ail «lin- <]u'il
n'y ■ que 1rs niais qui peUYOnl croire SB I>ieu. je «lis
[orl clairement qu'il y ■ des esprits hypocrites et <1< m esprita passionnés que L'idée de Dieu, qnand «-lie est aftrancnie <l»'s définitions catholiques, peut égarer et peut troubler.
Dès lors, dans cette page écrite avec un tour épigranv matique dont j'ai exprime le regret i , Les termes d' hypocrisie théistiqae tombent exactement sur ce qu'il» visent : le déisme philosophique, Le déisme «lu Vicaire savoyard, de Mme Sand, de Hugo, Le déisme morganiojue et chaotique par Lequel Les révolutionnaires de Is philosophie et de l'art Légitiment tous les désordres «les idées et «les mœurs. Voici Lee derniers mots du i que
M. Pierre, gêné, a «lu remplacer par «les pointa «1»' ans* pension :
• ...Accra à l'infini, multiplié par L'infini, chaque égolsme ae
justifie sur Ir iiDiii de Dieu et chacun nomme aussi divine 901\ idée fixe ou sa tentation faeorite, lu Justiee ou /'Amour,
la Miséricorde <>u la Liberk
C'est a eet endroit, et à eel endroit seulement, à la
suite «lune analyse de la perversion qui met L'idée de Dieu au service «lu caprice individuel, c'est Là «que j'ai parlé «l'hypocrisie théistique . un reproche adressé, de
i Note préliminaire de* Trois Idées, édition «le mu : « Il me parait l>i<-n vain d'y hennis quelcjuefl
paroles signée qne j'ai pris plaisir i effacer; s'il reliait mut récrire, je n'aurai paa de peine à m'absfeair «l'un eertaia cou rant d'épigrammea L'expression d'un sentissent qui se cherchait côtoie i<i, i ehaojue instant, k formulaire diinc pensée
qui se trouvait »
façon expresse, à des fraudeurs non-catholiques, M. l'abbé Pierre s'arrange pour le faire choir sur les catholiques seuls! Ce n'est pas plus difficile que cela. Pour me faire appliquer à tous les croyants en Dieu ce qui ne s'adressait qu'à quelques-uns, et non des plus intéressants, il a suffi d'un coup de ciseaux bien placé.
Innocemment? Je veux m'obstiner à le croire.
Dans la même note de mes Trois Idées, j'ajoute, à propos de l'idée de Dieu telle qu'elle est conçue, ordonnée, organisée par le Catholicisme :
Admirable système dans lequel chacun peut communiquer personnellement avec Dieu, à la condition de s'élever par ce nom à des pensées plus générales, à de plus généreux sentiments, mais qui ne permet point qu'on attribue à l'infini ses propres bassesses, ni qu'on en autorise ses rébellions. Le Dieu catholique garde immuablement cette noble ligure que lui a dessinée la haute humanité. Les insensés, les vils, enchaînés par le dogme, ne sont point libres de se choisir un maître de leur façon et à leur image. Celui-ci reste supérieur à ceux qui le prient.
M. l'abbé Pierre biife tranquillement tout ce qui est relatif aux pensées générales, aux généreux sentiments, c'est-à-dire à l'action positive de la notion catholique de Dieu sur la haute humanité qui peut grandir ainsi au-dessus d'elle-même. Moyennant ces deux oublis utiles, il dénonce :
tout ce qu'il y a de saveur dans cette déclaration
de M. Maurras nous montrant dans le catholicisme les insensés, les vils, enchaînés par le dogme.
L'aristocrate Voltaire disait : // faut de la j-eligion pour le peuple. L'aristocrate M. Maurras dit : Il faut des dogmes jxtur les insensés et les vils. Nul ne contestera que M. Maurras n'ait la palme de l'insolence envers la religion.
On me fait dire qu'il faut une religion pour le peuple,
: : s i | D'UMI IMl à l'emlroit méSOC où je remis gloire au catholiei.sinc
d'être L'expression religieuse * J «* la haute humanité,
«•t de n'a\«>ir conçu |»ar Ifi nom «le I)icu que les qualj
divines on rejetant toutes Les auu
.le m'abstiendrai stoïquement d'examiner si un faussaire eût i,u nu- traduire d'autre tac.
\ roid un trait plni délicat.
Je m'étais permis une fantaisie. Analysant un jour,
au lil «le la plume, à la rCVUC de la |
Criton, dans V Action fi le jugement de Bernard
Hiaw sur la Iciiiiiic qui, dit-il, semble attendre L'homme parce qu'elle est immobile », mais qui en réalité l'amène <* par ses résistances afi lui
demander sa main , i comme L'araignée au centre d< toile attire La mouche innocente, il m*était arrivé
i a en souri;
( m a bien entrevu quelques traits de et u< philosophie dans Schopcnhsuer, mail quelle réfraction et quelle mi si(»n ils ont mbie chef récrivain angl nue aux
eheveus Longs et sus Ldées courtes devient L'archétype «le
la liaison : • La femme SSl au fond un et:, m. et SB
atimentalité a'est qu'une affectation lui permettant de ■ conquérir L'imagination, malade de L'homme. »
dernieri mots étant de Bernard Shaw, je continuais pour mon compte :
il ae sciait peut être pas difficile «le trouver dans cette opinion Le reflet lointain d'une des vues les plus curieuses de i c antique d puis Psilas Athénê, conseillère
(1 l lysse, patronne « t oracle d'Athi (qu'à La Diotii
«lu Banquet d«- Platon, qui Instruisit Socratsdi La aatan
1 amour, il semble bien <|U«' les GieCS aient tOUJOUTl COnÇfl
la Pensée connue un l>i< u I. iiiiuin là «lieu d'AlistOtC Uii-
même, Le moteur Immobile établi sa centre «le tout, se n semble-t il pas ■< L'ai de Bernard S
Dire que je tiens beaucoup à cette improvisation d'un jour d'humeur philosophante serait mentir. A tout prendre, la page dit ce qu'elle dit. Voici ce que M. Pierre lui fait dire. Il cite en avant-garde ce texte de Proudhon :
« Je hais par-dessus tout un Dieu qui ne s'explique pas, et je m'en délivre en lui disant : Dieu, retire -toi!... Tu n'es que le bourreau de ma raison, le spectre de ma conscience. ■
M. Maurras a écrit de même ; « Le dieu d'Aristote, établi au centre de tout, ne ressemble-t-il pas à l'araignée de Bernard Shaw ?
Ainsi, je parle d'une certaine conception de Dieu, spécifiquement différente de la conception catholique (d'après laquelle Dieu n'est pas seulement cause finale du monde, mais aussi sa cause efficiente ï ; je parle, en écolier qui joue, du dieu d'Aristote immobile au centre de l'univers qu'il n'a pas créé, et M. l'abbé Pierre me fait parler, comme Proudhon, de Dieu absolument.
J'ai un jour rapporté, dans une chronique de journal évoquant des souvenirs de collège, le classique argument qui fait partie de la démonstration habituelle de l'existence de Dieu et d'après lequel il ri y a pas de nombre infini. Je ne sais pourquoi l'idée de la non-existence de ce nombre semble scandaliser M. l'abbé Pierre, car il écrit en note : Cest M. Marneras qui souligne: puis, dans la même page, un peu plus bas, il m'accuse d'avoir t rendu compte • de mon « athéisme » ■ par l'impossibilité de concevoir un nombre infini
Faut-il renvoyer M. Pierre au catéchisme de persévérance?
Il est vrai qu'il ajoute tout aussitôt ce texte de moi pris dans un de mes livres, et d'ailleurs sans aucun rapport avec la chronique citée plus haut, postérieure de plusieurs années :
30 les i î.i.MiNT- d i m: nii'osn m
L'infini I le sentiment <le linlini! Hicii (jue ces mots absurdes et ces l'urines honteuses devraient induire à rétablir
la belle notion du fini. Elle est bien la seule pensée. Quel Grec l'a dit? La divinité est un nombre, tout nombre est terminé.
J'avais écrit : Tout est nombre el termine. Nonobstant cette infidélité au texte cité, le lecteur se cloute peut-être que linlini est pria ici dans un sens assez particulier, linlini de puissance, celui qu'on peut appeler romantique, exactement l'indéfini. J'en vais donner la preuve. Dans le livre d'où il les a tirée-, les lignes citées par M. Pierre sont immédiatement précédées, de celh qu'il ne cite pafl :
...11 existe sous le nom de pensée moderne un aina- «le
doctrines si corrompues que leur odeur dégoûte presque de penser. Vous ne me soupçonnerea pas d'y être ail? puiser le
londement de ma philosophie première. Ces doctrines procèdent de quelques docteurs arrogant! dont les noms sont
difficiles à prononcer. Us viennent de conlrées où Ton jouit I »«ii i\\\ soleil et, selon «pi ils sont nés en pavs tudesque ou breton (i), ils entreprennent de nous placer 1 univers, ne
permettant d'y voir qu'une conjonction de Bolides atomisliejues ou nous perdant dans leur astrologie de l'infini.
J'ai Surtout en horreur ces derniers Allemands. Linlini! COmmé Us disent. Le sentiment de L'Infini! Hien (pie... et.-.
Dans son texte, M. L'abbé Pierre a retranche i comme ils disent ». e est à-dire comme disent UN Allemands. D'une simple sortie contre le mecaiiieisine anglais
1 idéalisme allemand, qu'il rattache a son ressouyenir embrouillé de L'argument du baron Cauchy, M. Pierre a tiré L'effet de scandale qu'il juge propre a m'a bler, et qui fournit, je crois, la preuve Lumineuse que L'élémentaire effort d'adaptation exigé par tout do u-
i 11 s'agit de La <'.ran<lr Bretagne Note pour M. Pin
ment écrit, dépasse entièrement les mesures de sa pensée.
Est-ce toujours la faute de son intelligence et la volonté n'y est-elle pour rien ? On finit par avoir peine à maintenir cette bienveillante hypothèse.
Je lis chez M. Pierre, page 18 de sa brochure :
M. Maurras loue le suicide chez les hommes victimes de Vinfortune ou seulement victimes de leurs passions.
M. l'abbé Pierre fonde ce beau grief sur deux textes :
Il a lu dans Anthinea :
« Qui se sent trahi par les dieux et rejeté de la fortune n'a qu'à disparaître du monde auquel il ne s'adapte plus. »
Disparaître du monde, c'est donc, tout uniment, «disparaître de la vie », aucun autre sens ne parait possible à M. l'abbé Pierre. Il doit avoir pour cela de fortes raisons.
Sans doute, s'il n'examine pas davantage ce mot de « monde », qui parfois a le sens de société humaine, s'il ne s'arrête pas à l'idée iqui serait charitable) qu'en ce sens disparaître du monde pourrait vouloir dire s'effacer, s'en aller, s'exiler, à la manière du lépreux, de l'ermite ou du bohémien, peut-être même, pour mettre les choses au pis et correspondre à l'imagination catastrophique de M. Pierre, hasarder sa vie à la guerre ou tenter de fortes aventures sur mer, si toutes ces façons de lire demeurent inaperçues ou sont rejetées aussitôt par ce lucide esprit, c'est qu'apparemment le contexte doit écarter toute interprétation honnête : il a vu, ce qui s'appelle vu, que je conseille de mourir.
U B ii.i.Mi:\T^ i' i HI iMI'nsi 11:1.
Moi. je veux bien Api-. tout, mon li\iv « J ?» t« * déjà d'asseï loin. <v>ni sait si quelque locution équivoque.
échappée aui in m de La vie. n'a
pas permit à M. L'abbé Pierre d i relever la pista dés intentions coupables. Rouvrons Anihiwa. A tapage indiqnée, je tronve ceci :
Pasi de Bonifl tvona pénétré
dans le g enr du inonde classique, patrimoine du genre humain. Ulysse es! venu jusqu'ici, l ' prudent et fertile esprit de la Grèce. S étant échappé do Cyclope, il aborda dans les parages des Iles Eoliennes, que des chaînes soii-
a'avairnt pas encore amarrées au fond de ia mer. Klles
étaient flottantes à la manière de Délos. Bole, cher dieux et maître des vents, i gnait. Ce roi, disait 11;
quand il racontait cet épisode d'un sens m Port, a (!■
enfant* ircons et six Mlles. B a marié les Bref
. Let i t ces feunes urens passent leur vie assîtes <\r
leur père et de leur mère dans des festins continuel! ils n'ont rien à désirer pour la bonne chère. Pendant le
i jour, le palais parfumé de parfums délicieux retentit rîfl de joie on y entend un bruit harmonieux, et, la nuit, I maris romt coucher pies de leurs femmes sur d< - li'< et sur des tapis magnifiques, i Knius de pitié sur l'l\ .t bienveillants. Ils h- retinrent dans fêtes et les plaisirs pendant un mois entier et, pour avancer FUT, lui livrèrent le*< vents de la mer enchaînes daUS un • OtttTC de peau de lxeul".
.pi . par MM imprudence et le pauvre esprit de
icompagnons, Ulysse Leur rêvait, foc BouveUestem-
pèies. éprouvé de aouveaui i que de l'hor-
reur Va-t'en, s y-, ria-t-il, du plus loin qu*il l'eût aperçu, lus au plu- vite de cette de. A le plus méchanl de tous les mortels. Il aen permis ai de recevoir ni d 'aïs i
ter un homme qut hs dieux immortels ont dé) taré leur
'inemi Va, fuis, puisque tu vit as d. palaischs
.!• 1' m- hame et de leur col. qui trouvai! |
inlmmain. W fSCCUSS ptJ d 'mm il i 1 pi : plus patient des heinm. qu'il convien pSS
être trop malheureux. C'est une espèi voir. Qui
TEXTES FRANÇAIS, TEXTE LATIN Sa
sent trahi par les dieux et rejeté de la fortune n'a qu'à disparaître du monde auquel il ne s'adapte plus. Ulysse, il est vrai, persista et le héros supérieur aux circonstances par la sagesse éleva son triomphe sur l'inimitié du destin, a
Comme on le voit, l'idée de suicide ne se trouve ni indiquée ni impliquée dans cette page ; non seulement je n'y saurais louer une idée qui en est absente, mais mes derniers mots louent exactement le contraire du suicide, la persistance de L'effort courageux, la supériorité possible de l'homme sur le destin. Il est vrai que M. l'abbé Pierre a soigneusement omis cette fin.
Tel est le premier texte invoqué pour bien établir que je donne à la France des maximes pisithanates. L'accusation de M. Pierre est entièrement inventée. Elle est même opposée à l'idée que j'ai exprimée sans ambages et en toutes lettres.
Le second texte sera-t-il plus avantageux ? Il faut citer :
Il (M. Maurras) écrit de même : « Celui qui souffre trop de haïr ou de trop aimer sera contraint ici (à Florence) de retourner au dehors la pointe de son sentiment. Il obtiendra la force de se délivrer par un acte. Et cet acte sera facile encore, car la ville regorge de conseils et d'indications raffinées. »
Tout d'abord les lecteurs de mon livre observeront que le texte n'en est pas exactement copié. Je n'ai pas dit « facile », mais « facilité ». Je n'ai pas dit : « Celui qui souffre trop de haïr ou de trop aimer. » J'ai dit : « Celui qui souffre de trop haïr ou de trop aimer. » Je n'ai pas écrit « retourner », mais bien «tourner». En outre, quelque latitude que l'on accorde à la fantaisie des copistes, on recherchera vainement, dans les lignes qui précèdent, soit l'éloge, soit la simple pensée du suicide. Admettons que nos sentiments, à force de s'aiguiser en
:;ï ÉLÉMENTS 1) UNI IMPOSTI
pointe cruelle, deviennent comparable! ■ dei poignarda
tuscans, est-CC que je conseille de retourner cette pointe
immatérielle contre soi-même? Je conseille tout le contraire! lises : l'air de Florence nous contraint à tourner cette pointe l au dehors ».
J'ai pris la peine d'ajouter qu'ainsi Ton se délivrera par un acte. Assurément, c'est bien nu acte que celui de Werther et de Rolla, mais ce n'est pa le oui an
monde. Il y en a même un nombre infini de beaucoup plus doux. M. Pierre croit-il que ce soit le -eul qui délivre? Mai> se délivrer par un acte, cela peut consister aussi bien à taire un sonnet ou un pèlerinage qu'a mettre par écrit la déclaration de sa flamme; cela peut signifier encore un parti décisif et réparateur : le choix d'une carrière, la réponse à L'appel d'une vocation. On se «lélivre par un acte quand après avoir bien lanterné, on décide d'agir et que L'on agit. L'atmosphère florentine, stimulante an sublime pour le Lettré Imaginatif et sensible, irrite la passion, échauffe le rêve, enfin conduit Les sentiments à leur état défini de conscience supérieure et, la limite ainsi touchée. Les jette ou les réduit
à l'acte. Tout cela est en toutes lettres, huit Lignes après
Les lignes que M. L'abbé Pierre a citées «le Irai
Ayant redit que Florence m'apparatl comme un Musée des passions, j'ajoute
... mais de passions vivantes, non de celles QUisonl inliu- Bt incinérées ; rempli, non de débrifl sans l'onction, sans QSage, ni des lambeaux livides d'anciens COIpS dechi rés et Liquéfiés, mais peuplé, SU PUS </e la e/c, de ces formel incertaines et fumantes encore, sortes de mannequins préau métal ignescenl qui s'échappe du bouillonnent ai d un grand essor... Parmi tant d'exemplaires et deschèmes
possibles que Lui montrent les \;islcs promenoirs du riche
e, un jeune être distinguera sans hésitation ni n tard,
les caractères de sa vie et les deux ou trois grandes règles de sa pensée.
« En vue delà vie. » M. l'abbé Pierre a lu : i En vue de la mort. » Je répète : des « caractères de la vie », des a grandes règles de la pensée ». Ces termes, qui supposent un développement à venir, n'auraient point de sens s'ils contenaient l'idée de se porter le coup fatal. M. l'abbé Jules Pierre l'y a trouvée facilement. Il lui a suffi de n'avoir aucun égard à ce qu'il lisait ou de le prendre au contre-pied. Le oui, c'est le non. Le blanc, c'est le noir. A lire ainsi, on peut réussir à tout coup les tours qu'on se joue à soi-même.
Cette douce manie de l'inexactitude s'égare parfois sur des points insignifiants et qui ne peuvent même pas me nuire. Le démon de l'erreur de fait mène la plume de M. Pierre. Si j'écris que Ton a cru reconnaître une figure sur un rocher des Alpilles, cette roche du pays d'Arles devient chez notre abbé une pierre au mont Sainte- Victoire, c'est-à- dire qu'elle est magiquement transportée dans le pays d'Aix : encore a-t-il soin de mettre mon texte, qui n'existe pas, entre des guillemets que le lecteur prendra pour une citation littérale. Si j'ai le plaisir de me dire élève du « Collège catholique d'Aix », il répète obstinément du t Petit Séminaire » et, bien que le chemin du séminaire au collège soit beaucoup plus court que de Sainte-Victoire aux Alpilles, on se demande à quoi peut servir d'ainsi voyager d'erreur en erreur.
M. Pierre ne me fait pas l'honneur de me réserver le privilège de ses caprices transformateurs. Un autre collaborateur de Y Action française, M. Pierre Gilbert, avait dit qu'il faut i tenir la vie comme un navire tient le flot ». M. l'abbé Pierre répond : « C'est sans doute
3G II- KLÉMKNTh DL M IMl'OSriHI
um i!i;init-iT prudente de « 1 i 1-*- qu'il faut m- laisser tller ..à pansât In Tint » On» écrit « tenir », il lit f Itretenni . Le moyen <l<- réeieter ;«- ce diable d'homme ! Tel il asl toujours et partout Li fréquence de ion «■■
reur n'a d'égale ijin' la majesté innocente avec laquelle
il s'\ enfonce, i'yearre et i*y étire comme un heure gaillard qui a trouvé son port Nulle Idée «!<• rectifier, nulle crainte d'avoir à regretter un joui- Li lombi merveilleuse image qn il i'esi faite <!«' noms sort «le ion cœurs la manière de oeafamerollet «le brume «qui l'étendent et — » nt entre l«' regard ri les ch< Bile
.i réduit .i rien son ancienne habitude «le déchiffrer la Lettre moulée. I>«s discours, rédigé! «lan^ le clair et eonv mua langage français perdent leur sens dans le chemin
(|ili\a «les yeux à la pOUlétl ; h' latin, langue de 1 Eglise
pourtant, m' lui etl pai devenu moins étranger Dane une épigraphe romaine de ma composition, la plu qui commence ainsi: i)i>tnm<> Siée /'<^sum<> Pêfori lumen Et Bieliofi apparaîtrait à tout élève «le septième formée «l'un superlatif suivi d'un comparatif qui Legou- \,ine; alla serait donc traduite^ Imèkoêé m n l'être
emnre pire on meilleure que le mêUlêWt el ijur le pir ■
Mais le version correcte priverait M. Pierre «le l'un «le plus beaui effets il ne pourrait plut m'aceueer -le
rédiger une dédicace blasphématoire a la divinité 0OH- :, i . , • , . 1 1 1 m < - le principe du bien et du mal, 00 «]ui I l'expression la plui formelle et la plus eMcutee i du nihilisme manicho n i pour avoir le plaisir de m'asséner toutes ces gracieuses sottises, M l'abbé Pierre prend la responsabilité de mettre a mon compte l'abject
non «ans qui roid Au IV a «au tYea Jtfanafl
du moins, an pire <>u un meilleur... »
M L'abbé Pierre ayant déclaré «qu'A a L'épithète rive
en horreur et ne m ayant comparé en somme qi
M. Thalamas, quand il aurait pu m'égaler au traître Dreyfus, je lui rendrai sa politesse et m'abstiendrai de donner aucun nom de quadrupède ou d'oiseau à ses thèmes et à ses versions. Je n'ai du reste pas encore trouvé une explication raisonnable de ses erreurs. Distraction monstrueuse? Ou pure démence ? Dans tous les cas, à chaque ligne, son emportement effréné l'ait sentir l'aptitude à être mis en mouvement plutôt qu'à se mouvoir lui-même, à se laisser manœuvrer et conduire plutôt qu'à agir et penser. Considération qui doit éveiller notre indulgence, puisque les mauvais coups qui arrivent par lui peuvent ne pas venir de lui et lui être suggérés de l'extérieur.
Pour achever de le griser et de le mettre hors de sens, on lui fait beaucoup de guirlandes. Il se rengorge de celles que lui ont adressées les députés de l'Action libérale populaire, mais nous aimons encore mieux le compliment d'une petite feuille italienne, la Settiniane sociale, qui, passant en revue les compilations de M. Pierre, les appelle g-Z/ studi accuratissimi compiuti con finezza di intuitione e profundita di dottrina da un nostro carissimo amico, Vabbé J. Pierre, di Parigi, conoscitore perfetto di uomini e di cose : « Très soigneuses études «c menées avec finesse d'intuition et profondeur de sa- « voir par un très cher ami à nous, l'abbé J. Pierre, de « Paris, connaisseur parfait des hommes et des choses, i
Je demande pardon au costume que porte M. l'abbé Pierre, à ce visage humain dont il est décoré, pour la bouffonnerie et la mélancolie des louanges qu'il a bien fallu rapporter !
Cet i tatuitif, délicat et profond », ce • parfait connaisseur des hommes et «les choses i ne s*est pas contenté d'exposer e! <1<* critiquer les propositions émises par V Action française. M. L'abbé Pierre B'eet flatté surtout de pénétrer nos desseins el d'amener an jour Le secret <le nos Intentions criminelles.
D'après lui, Les plans <1«' campagne suivis par nous, sont forl différents de ce qu'ils paraissent, et, quand on les examine avec se méthode, si sure, Us ont bientôt fait de révéler une dérision sanglante » non point seulement <lr L'Église, mais des institutions au saint desquelles nous feignons <1<' nous dévouer. M. L'abbé Pierre nous reconnaît sans hésiter pour une compagnie de Loups vêtus <!<■ L'habit «lu berg que nous affec-
tons <!•- coin rfr, de recommander trouve <mi nous de ennemis sournois, qui sont Les plus cruels «le tous. Notre respect <!u piètre, du soldat, du juge, notre amour <!<• l'autorité, tout autant de grimaces perfides! Au fait, je ne suis pa> Français, et cela se devine: il suffit de prendre garde s ce que je préfère .Jules César — mon
divin Jules i — à Vercingétorix. Je ne suis pourtant
pas Romain, bien que j'en aie la prétention : M. Pierre remarque que j'ai mis une épigraphe de Rabelais (i) à mon commentaire du Syllabns ; en faut-il davantage pour dévoiler à qui sait voir que « sous le masque d'une admiration affectée », je ne ressens que « haine et mépris » pour le document pontifical... Une série de preuves de la même vertu fait ainsi apparaître que nous ne sommes même pas monarchistes : la cause de la royauté sera trahie par nous, à fond.
Le lecteur qui commencerait à craindre pour sa raison est prié de se rassurer; nous n'allons pas recommencer à lui soumettre les effarantes combinaisons de textes qui servent de substance au raisonnement de M. l'abbé Pierre, mais, avant de pousser plus loin, nous avons le devoir de faire observer que la folle thèse d'un profond dessein antireligieux, antipatriote et antiroyaliste nourri et poursuivi par Y Action française n'est pas un ornement de pure fantaisie : cette thèse sert un intérêt, elle rend aux employeurs de M. Pierre un service très défini qu'il est important de connaître.
L'utilité de cette folie, aménagée dans l'intérêt de ses inspirateurs, c'est, tout bonnement, de créer une espèce de ressemblance entre la situation des « incroyants » à' Action française et celle des catholiques poursuivis ou condamnés comme modernistes. Les modernistes ont déterminé des infiltrations protestantes, libérales et rationalistes dans le monde catholique français : Y Action française n'aurait-elle pas déterminé des infiltrations païennes ? Rien ne serait plus profitable que d'établir l'existence d'une infiltration symétrique, bien
(i) « Qui vous meut ? Qui vous poinct ? * Pour moi, qui l'y ai mise, cette épigraphe signifie qu'il n'y a pas lieu de pousser des cris d'étonnement à la lecture du Syllabus, qui est la plus simple et la plus naturelle des choses.
LES i d'uni h
que tonte contraire, due à m^ efforts ténébreui : por tant aussi n<»s coups secrets an dogme, a It morale on a la discipline, nous deviendrions tort justement, ms foi jnsticiables des mêmes rigueurs Lee ollicitations de textes. les interprétations absurdes, Les fan matéi qu'on a trouvés dans les chapitres précédents doivent être entendus par rapport à cette manoeuvre. Elle ne tend qu'à nous assimiler par une analogie artificieuse aui prêtres et laïcs qui ont été L'objet d rites «lu
Vatican.
Tel est l'intérêt et telle est la fable. Il serait misérable de la combattre. Mais il est 1> établir La vérité
sur notre pensée, telle que nous l'avons toujours aile, agréable on non. commode ou non, mais pure. rTous ne nous en sommes jamais cachés. Cette rente, c'est
qu'à YActinn franraisr. image réduite mais fidèle de
notre patrie au \iv siècleel au \\ liècle, il 3
te et souvent La main dans la main, des eroyants et des incroyants. Comme le pays, comme aes provins es villages, comme ses familles eUes-mên V Action française comporte bien des dissentiments religieux. Ainsi que le disait UD inique de nos amis, rst'il en h'nutr,-. un prêtre Où Un mninc, (ffr
compte /"/.v nT incroyants <l<ms sa famille ? La seule
différence entre notre Ligue et la \ tu'a
iion fr la situation, si elle est déli
comme partout, est plus tranche que nulle part
La situation est délicate parée que boni ranti
(|ui rencontrent des incroyants s,, ut ex]
I travailler avec eux, et que vie ,-t travail en commun comportent «les risques matériels pour \b :
Il ne sen irait de rien de prétendre qu'une collaboration
terce sur le terrain purement politisa vous très bien, La philosophie, la moral.- et la religion
exercent un contrôle de droit sur un grand nombre de questions qu'aborde ou qu'effleure la politique, surtout traitée d'une certaine hauteur. Nous n'avons pas à faire les modestes sur l'importance de notre dessein directeur : pour être politique, il n'est pas médiocre, il vise très haut, puisqu'il veut opérer la Contre-Révolution française, en ralliant et réorganisant toutes les forces positives de la nation.
Nous ne pouvons dès lors manquer de mettre en jeu des pensées ou des sentiments qui, dans l'ensemble et le détail, ressortissent soit du domininm, soit du condominiam religieux : d'un domaine que la religion partage avec d'autres puissances et d'un domaine qu'elle s'est particulièrement réservé. Il n'est pas niable que ces interférences du politique et du religieux peuvent et doivent éveiller dans la conscience catholique, et en très grand nombre, les cas, les doutes, les questions, les scrupules, tant généraux que personnels.
Telle est, en termes nets, la position des catholiques à Y Action française. En ai-je diminué la difficulté? Je ne le crois pas.
Si je puis ajouter que leur situation est ici très franche, c'est qu'elle y est connue et définie lumineusement. On la trouve chez nous beaucoup mieux définie, j'ose le répéter, qu'on ne la trouverait dans la vie générale de la France contemporaine. Là, le catholique français est exposé, à tout instant, au commerce obligatoire et au contact inévitable des incroyances ou des croyances les plus différentes des siennes, mais c'est bien souvent sans qu'il puisse en connaître exactement grand'chose, parfois aussi sans qu'il lui soit possible de montrer impunément sa propre pensée, car le milieu administratif, l'Etat entier sont contre lui. A l' Action française, où l'autorité directrice proclame le
*•' i i.i mot m D i NI IMPOST1 II
respect «lu catholicisme, ou les esprits sont « * \ i » 1 1 : des passions et des intérêts anticléricaux, il y s de plus
l'avantage du grand jour, Oui est croyant s'en lait
gloire, (^ui c^t Incroyant jugerait déloyal de ne pas en (aire déclaration. Nulle confusion n'est possible. M Laberthonnière s bien écrit de nos amis Incroyants qu'ils
reconnaissaient le droit île se dire plus catholiques
que n'importe qui Mais, à peine connu»', l'imputation a été repoussée d'un revers «le main par Lucien M<>-
reau (i) : <• Nous m- nous sommes jamais reconnu rien
de tel. et nous avons vingt Ibis «lit expressément 1»'
ontraire, savoir que nous sommes non pas catholi-
« ques, mais î^s amis respectueux et dévoues du catho-
• Licisme. ( >u M. Laberthdnnière a rêvé, ou il en prend
singulièrement à -on aise avec les vérités «jui le
lient : on VOÎt dans les deux cas ce que peut valoir
sa critique.
Partout où L'on sait ce dont il s'agit quand <>n prononce le nom de l'Action française, on sait qu'un «le-
reproches faits aux incroyants de ce groupe aura été de trop dire, <lc «lire trop honnêtement qu'ils ne partagent pas la loi catholique de l'immense majorité des Français
morts et vifs, Avec «les nuances diverses, <jui vont du
profond regret amical au sensible ennui de ne p;i>
trouver trace de fausse diplomatie parmi nous, ce re-
proche signifie que nous serions bien plus gentils, bien plus commodes à vivre et de recommandation plus
aisée si nous insistions moins sur cette malheureuse diversité religieuse. Mais tous les catholiques vraiment pénétrés et sérieux, en regrettant à liante vois L'état d'esprit «jui nous sépare, nous approuvent complètement <!«' ne pas <'U escamoter la formule Cest SU plein
i la politique de r Action Françaim Héponêtê à MM I
c/ ./. J'irrrc, p.ir Lucira IfOMUO Si LéOB tir Monti -
jour qu'on peut et que l'on doit traiter : le traité, dût-il entraîner parmi ses conséquences une séparation, restera pourtant un accord en ce sens qu'il aura été échangé des demandes et des réponses précises, dont le sens n'est point double et dont la netteté devra laisser, de part et d'autre, un sentiment d'estime, un distinct souvenir de droiture et d'honneur.
Enfin, s'il était supprimé entre nous, ce tête-à-téte des Français croyants et des Français incroyants n'en subsisterait pas moins dans le pays, et la question reparaîtrait posée dans de moins bonnes conditions, en termes aggravés, obscurcis. De toute manière, il faut la résoudre, cette question : — Dans un pays si divisé de sentiments et de croyances, où l'unité de foi est loin de se refaire, comment les catholiques trouverontils la paix?... Bien posée, la question pratique paraît pouvoir être réglée par nos solutions, telles qu'on les formule et telles qu'on les pratique chez nous : nos solutions comportent l'autonomie complète du catholicisme énoncée, proclamée par un Etat faisant profession de la respecter. Plus on connaît la prise de l'Etat sur la société moderne, plus on se persuade qu'il n'y a point d'autre solution pacifique : la neutralité ou le droit commun constituent d'insolentes primes d'encouragement à l'offensive des confessions dissidentes. L'autono" mie expresse du catholicisme comporte la reconnaissance de sa primauté. C'est le moyen sur d'éviter à l'Eglise et à l'Etat des guerres cruelles.
Les membres de V Action française qui n'ont pas la foi catholique sont des premiers à reconnaître qu'on n'entreprend rien contre l'autonomie de l'Eglise qui ne se retourne aussitôt contre la nation et généralement contre la société et le genre humain. L'histoire est bien d'accord avec l'analyse sur tous ces points. Il faut en