‹ L'Action française et la religion catholiqueChapitre 30 sur 46 · MON · texte numérisé non relu

MON

seule et L'injustice peuvent oser intercaler et sous-eutendre d'autres mysti

Pourtant, et malgré tout, il reste Lumineux que 1*-» forces ordonnées par V Action françai§et el si divei qu'elles soient, s'en ircent dans la direction du rétablissèment de la Monarchie traditionnelle, donc, catholique, Monarchie représenta i par un Prince dont la foi ne fit jamais de doute. Le seul fait de cette direction et de cette tendance concorde i augmenter encore la | Qécessaire du catholicisme dans le bénéfice moral *\u commun effort politique: mais on raisonne comme s'il n'y avait dans les comités directeurs de V Action françaisct ni la pensée du Roi de France, ni son autorite réelle et explicite, ni le poids des dix siècles de sa tradition historique, ni un peuple, une armée, un état-major île catholique* fidèles, croyant, pensant, agissant ou r< agissant de

concert ; on veut que tout se j mine -i tout S y

réduirait au monarque, au dictateur et au des]

Maurrai.

devenons donc a ce tyran qui entraîne la jeune— e

française au suicide, gratte le souvenir de saints du

paradis dans les annales de Provence et qui en lin de

compte a concentré sur lui le poids de L'agression. Essayons .le L'entendre une dernière lois et de savoir ce qu'il peut dire pour éclairer son rôle sans affaiblir ses responsabilités.

Quelque envie que j'en puisse avoir, je ne nierai ni

son existence, ni NO action. Mais, pour qu'on sachi qu'elle est, il faut (pie Ton connaisse ce .nielle a de proprement impersonnel.

Bt d'abord je n'agia point bouI, il y a même des sujets où je n'agis point du tout. Dès L'heure où, quittant la spéculation et la recherche pure, nous avons commencé

de mettre en ordre non seulement les idées, mais les personnes, nos « administrations » ont toujours fonctionné en matière de politique religieuse sans que j'eusse à m'en mêler si peu que ce soit.

Plus dune fois, l'ami bienveillant, l'étranger bien intentionné eut l'idée de franchir ma porte pour venir m'exposer une affaire religieuse : quel qu'il fût, la réponse reçue en j>areil cas n'a pas varié durant huit années et elle a consisté à rappeler mon incompétence en indiquant à l'interlocuteur les pièces voisines où se tenaient Louis Dimier, Robert de Boisfleury, Bernard de Vesins, pour ne citer que les plus assidus et les principaux de nos collaborateurs catholiques. Qu'il s'agit d'un acte ou d'une pensée, cette consigne aura été uniforme, constante, et l'on n'a pas le droit de la travestir. Elle est donnée et observée au Journal comme à la Revue, à l'Institut comme à la Ligue. Personne d'informé ne saurait ni dire ni penser que, chez nous, les croyants se trouvent sous la coupe des incroyants ou que les catholiques y reçoivent les directions d'un chef qui n'est pas des leurs.

J'avoue ne point espérer tarir ce langage : il est absurde, intéressé et passionné, il doit agir et persuader à coup sûr. On n'en commet pas moins une malhonnêteté remarquable, doublée d'une rare et grossière injustice, envers des hommes de grand cœur et de haute pensée qui, pour prouver la réalité de leur existence objective n'ont fait que dévouer leurs forces, jusqu'à les prodiguer et les sacrifier au service de l'Eglise et de la religion. Les uns sont rayés de notre vie politique, les autres considérés comme quantité négligeable et sur-nombre non avenu, pour ce seul fait qu'ils mènent leur combat à V Action française. On n'outrage pas moins la vérité, en même temps que leur personne et que la nôtre quand

on suppose qu'ils n'y comptent pas pour tout Le plein .1»' leur valeur intellectuelle et morale. Estime de leurpairs, admira de Juges compétents dans leur profession, oomptéfl pour les meilleurs dans leur paroisse même, membres d'associations religieuses et charitables on ils sont bien connus pour leurs sentiments et leur zèle, on tente (le les faire disparaître et 11 Itéraleinent de I muter. Du moment que ehe/ nous d'autres influences \( i-r.nt auprès de la leur, on veut que celle-ci ^,»it

perpétuellement éclipsée, raturée et évanouie 1

On leur ùte ainsi jusqu'au mérite du bien religieux qu'ils ont lait. Là, il est pourtant clair qu'ils ont dû agir et agi sans aucun partage.

On me demandera, alors, ce que je lais.

Voici. Voici ma part daûfl l'œuvre commune. Tout mon effort a consisté à dire ce que je voyais ou prévoyais, et c'est en cette considération qu'on s'est groupé

autour de moi.

Il est des personnages plus ou moins honorables, dont le rôle est de rallier autour d'eux leurs concitoyens pOUr cri faire leurs partisans. Ils l'attachent à se montrer, à plaire, ;i entraîner. Leur personne, leur

nom, leur caractère servent de garant an programme de leurs idées. < 'est par eux qu'on arrive à elles. Au

contraire, OU U'eSt venu à moi que pour mes IdéeS

Ces i<iees, je l'avoue, je ne les ai pas détendues bsjm àprrté. ( )n a vu par ce qui précède à quelles aventures je me suis laissé entraîner en vue de définir on d'orner

idées, de les mettre dans tout leur jour, d'en accentuer

l'intérêt et L'importance afin <1 obliger le lecteur a les recevoir pour ce qu'elles sont.

(les idce> ont fait du bruit dans le monde; elle

non pas moi. Cependant, ces idées n'étaient pas de celles

qu'il fût facile de « placer ,>, comme on dit, et de propager, il y a quinze ans ! Combien durent subir la nécessité de les recouvrir dune gaze ou de les mutiler prudemment ! C'est que les uns étaient des candidats briguant un siège ou des publicistes cherchant un public. Ma bonne étoile m'a gardé des sacrifices qui ne coûtèrent qu'à la vérité. Je me suis trouvé être le contraire d'un candidat, toute ma brigue aura été pour les idées.

Nos premiers auditeurs favorables témoigneront s'il leur fut jamais proposé de venir avec nous, de nous suivre, ni de nous croire. On leur disait : Allez au Roi ! Allez-y si vous voulez que vos forces françaises et votre cœur français servent utilement notre France. Si votre programme est autre chose qu'une affiche, s'il tend à se réaliser, allez-y : c'est la seule voie qui soit restée praticable de nos jours dans notre pays et pour telle et telle raison. N'était-ce point là faire le plus impersonnel des offices d'indication? J'ai montré un chemin. Cela est si clair que le premier républicain démocrate amené par mes renseignements à la monarchie, mon ami Henri Vaugeois, fut présenté à Monseigneur le Duc d'Orléans avant que j'eusse, personnellement, accompli ce devoir et reçu cet honneur.

Ni orateur, ni conférencier, ignorant des arts de la parole, je fus longtemps à croire qu'il pût mètre possible de dire trois mots en public (i). Quant à une fonc-

(i) La première fois qu'il m'arriva de le tenter fut, il y a dix ans, dans une réunion contradictoire tenue au Sillon entre les amis de M. Marc Sangnier et les orateurs de l'Action française. Labsence de plusieurs des nôtres, un exposé un peu abstrait donné par l'un d'eux et le tour généralement individualiste imprimé par les hommes du Sillon à leur tableau des problèmes contemporains me décidèrent à demander au regretté colonel de Parseval, qui nous présidait, la permission de dire quelques mots pour placer le débat sur le terrain de la communauté humaine et de la nation française. J'eus l'ex-

962 « m\. m s ion

tion active, autre que celle de conseiller 1»' peuple lran- « ais la plume à la main, il est trop palpable que je ne l'ai ni détirée, ni conçue et que je ne l'accepte en aucune façon. Si les choses écrites, qui démontrent leur vérité, m'ont valu de l'autorité, cette autorité'- n'est pas à moi, elle est à elles : ce n'était pas de ma faute si L'enchaînement des laits politiques se retrouva parfois au dehors tel qu il était exposé chez nous. L'étude d'une part, l'expression de ses résultats, tle l'autre, mon office privé à V Action françaiêê l'est borné à cela.

Mais, sans être maîtresses de la vie. les circonst la modifient et la colorent.

Pouvais-je refuser à de jeunes esprits qui me ledemandaient, des éclaircissements sur des difficultés «le politique ou d'histoire? Ainsi eurent lieu mes leçons a

I Institut d'Action française, et les conférences laites

depuis. Semblablement, pouvais-je m'abstenir envers

qui sollicitait un conseil sur les idées, sur les doctrines et les réalités Vérificatrices? Ou, connaissant l'heure et le lieu de telle OU telle manifestation, pour Jeanne d'Arc, par exemple, ou contre Dreyfus, était-il en mon pouvoir de me lOUStraire à la convenance d'y prendre part? Un homme ne saurait lutter par ses écrits sans payer

de sa personne en quelque mesure. Tel est L'engreD

où j'ai été pris.

brème étonnement de me tirer d'affaire. Gels témoigne encore que sur m point l'oseasioa lui souveraine et disposa de tout.

II nul ajouter que ses Interventions ont toujours «-te extrême ment rares; j«' ne possède aucun «1rs talents qui m'autor raient à les multiplier. Puisque te souvenir de ce! an

débat courtois avec le Sillon est évoque ici. je céderai au pli <le rappeler que, - le camarade l'aman! • ayant répondu à un

exposé «1rs grandes aetioni «le nos rois que les rois n'avaient

paa été seuls à les taire et qu'ils avaient eu avec eux toute la nation, j'eus le plaisir extrême de donner le signal applaudissements

Le service de nos idées avant amené la fondation d'organes, de sociétés et de groupements, avec tous leurs rouages, ceux-ci ayant subi les heurs et les malheurs que comportent toujours les machines de cette sorte, il a fallu aussi me mêler à l'administration, à la gérance, aux juridictions qui s'y trouvaient naturellement impliquées. Que sais-je? C'est la vie! Ce fut la vie civique mise en commun plutôt que répartie entre les douze ou quatorze membres de nos Comités directeurs. Ceci n'étant point dit le moins du monde pour m'excuser, mais afin qu'on s'explique comment une telle existence s'est formée sans dessein et telle qu'on m'eut étonné, voilà quelque vingt ans, si on me l'eût fait entrevoir.

Je ne m'en plains aucunement. Cependant, voici le revers de la médaille. Le public français est grand mythologue i cela fait une des profondes raisons de sa prédestination à la Monarchie) et il aime à confondre une idée avec les esprits qui la soutiennent ; plus volontiers peut-être que tout autre peuple, il devait voir un acte personnel, créé par une volonté ou sorti d'un tempérament, dans ce qui n'est parmi nous que déduction pratiquée, conséquence vécue d'une idée admise et adoptée complètement. Je ne pense pas que les Français puissent se guérir du goût de désigner la doctrine par le docteur. Quelque malaise que m'ait donné, à ce propos, l'amitié de lecteurs ardents à combiner l'ovation avec le triomphe, il n'y a pas à espérer d'empêcher .toute identification fulgurante entre un pauvre nom d'homme et le vol brillant des pensées dont il n'est que l'observateur. Autant vouloir anéantir une force de la nature; mais il faut s'appliquera la modérer et à la régler.

Tous les directeurs de Y Action française se rendent

COMCLUStO*

témoignage d'avoir lait en ce sens ce qui pouvait dépendre d'eux. Cette volonté de modérer le penchant national nous était d'autant plus facile que, dune part, les royalistes possèdent dans le Chef de la Maison régnante, la synthèse vivante de l'idée directrice et, d'autre part, l'entité Action française nous désignait sans distinguer aucun de nous.

11 est naturel que M. Piou et M. Sangnier, qui se font centres et qui demandent des blancs-seings électoraux, fassent afficher ou admirer dans les salles de séances de leurs comités et de leurs sections les agréments de leur visage et les avantages de leurs personnes plus ou moins adroitement présentés en plâtre, en marbre ou sur la toile. L'Action française s'est privée de ces moyen! de propagande. Par la nature des choses et de leurs raisons, autant que par sa volonté délibérée, elle Le* réserve à son Prince. En mon particulier, j'ai toujours déclaré incompatibles avec nos campagnes, l'hommage royaliste adressé à d'autres qu'au Roi. Certes, il s'en est produit, mais toujours contenus, toujours réprimés par l'application pratique et constante de ce principe que nous n'allons pas au publie pour qu'il anoure à nous, mais afin qu'il prenne sa course dans la direction que nous démontrons seule bonne.

11 ne peut m'en coûter de me bannir de toute assemblée politique, mais les témoins de l'admirable puissance oratoire d'un Lur Saluées, d un Daudet, d'un Bernard de Vesins, d'un Muntesquiou, d'un Louis Dimier doivent se dire qu'il faut que leur dégoût du parlementarisme et du régime des partit ml bien vif et Leur noble fidélité aux méthodes d'Action française bien scrupuleuse pour qu'ils ne soient pas sollicites et conduits à venir, eux aussi, devant l'électeur souverain, comme tous les autres :

CONCLUSION '2b5

— Nommez-moi. Moi! Moi! Moi!

Il faudrait retenir comme une autre preuve d'impersonnalité ce qu'un écrivain de gauche a bien voulu appeler de la « sauvagerie » et qui est le désir de ne pas trop mêler le public au privé, l'idée impersonnelle et désintéressée à la simple vie fugitive. Un exemple un peu gros me fera comprendre. Au 17 janvier dernier, M. Poincaré, ayant été nommé Président de la République, fut, naturellement, assailli d'un flot de félicitations ; non moins naturellement, le nouveau chef de l'Etat s'occupa, disent les journaux, de répondre à toutes celles qui le méritaient. Huit jours plus tard, l'auteur de ce livre, ayant contesté à un juge juif le droit de juger les Français, fut aussitôt pressé du même flot de dépêches et de lettres qui, parties de tout autres points du pays, valaient peut-être pour leur nombre et pour l'intensité des sentiments qu'elles manifestaient, les acclamations qui avaient pris la route de l'Elysée. N'ayant pas de maison montée ni de secrétaires à mes commandements comme M. le Président de la République, il m'aurait été difficile de faire face par des réponses personnelles à cet orage d'enthousiaste amitié. Cependant en avais-je l'obligation ? Je m'examinai làdessus. Que ces manifestations dussent figurer dans notre journal pour témoigner de l'état d'esprit du public, la réponse était évidente, mais fallait-il prendre la plume et répondre ou faire répondre en mon nom à ces milliers de correspondants connus et inconnus? Oui, si mon point de vue était celui de l'homme politique qui offre le service de sa volonté aux volontés publiques, ses sentiments aux sentiments, sa personne à la personne de ses concitoyens. — si, d'eux à moi, la relation essentielle exprimait un lien personnel. Mais, dans le cas contraire, non. Non, si le lien était d'ordre intellec-

tuel. Non, si l'accord dans un objet vrai fait la substance de notre communion politique. Non, en un mot, si la raison d'être et d'agir ensemble provient d'un ordre impersonnel. M. Poincaré avait bien fait de répondre. J'aurais eu tort de l'imiter. Je persévérai donc, cette fois encore, dans la règle de m'abstenir, adoptée antérieurement dans les circonstances analogues. De quoi beaucoup pourront conclure à la rusticité, mais nul esprit sensé ne me soupçonnera d'aspirer par la popularité à la tyrannie.

Mais l'insanité même de ce soupçon le fera d'autant mieux accueillir par la déraison et la passion ! Un abbé Pierre nous attribue le caractère qu'il nous voit. Et il nous voit tel qu'il lui plaît. Dans cette anarchie douloureuse personne ne peut nous retenir non plus de démontrer son imposture et son indignité. S'il suffisait de faire justice, ou de passer notre mauvaise humeur sur le compte du coupable, tout serait réglé : nous savons faire expier les torts qu'on nous fait. L'équilibre juridique est suffisamment rétabli par ce livre.

Mais les châtiments exemplaires peuvent donner satisfaction au sentiment de la vérité et du droit ; ils n accordent qu'une satisfaction précaire et incomplète à l'esprit politique, qui se soucie de paix et d'ordre pardessus tout. Punies ou impunies telles que les souffre Y Action française ces iniquités déchaînées, qui n'arrêtent point le cœur intrépide, le consternent ou le révoltent pour bien des motifs!

D'abord, le fléau se déchaîne en France et parmi les Français. Ensuite il peut atteindre et décevoir des gens de bien. Ensuite il se propage à peu près exclusivement dans une portion du peuple français, le clergé, que, dans sa moyenne, je nomme et nommerai toujours l'élite de

notre nation. Enfin les divisions et les haines religieuses ainsi soulevées sont également déplorables dans leur source première et leur effort dernier : elles sont nées, il faut le redire, de jalousies et d'envies politiques ou de folles blessures subies par l'amour-propre et la vanité de quelques rhéteurs intrigants ; et elles ne tendent qu'à dépouiller la France honnête et patriote du service de ceux qui sont à lavant-garde de son action, qui n'ont cessé de réussir, de gagner, d'avancer, qui sont les seuls à pouvoir arguer de ces résultats et qui, dans l'ordre politique, apportent seuls une doctrine générale, un programme complet, continu et lié. Ce qui part de sentiments peu honorables, ce qui retarde un effort de salut public ne mérite pas seulement d'être réprimé, de quoi nous ne nous privons pas, mais, je le dis en toute maturité de réflexion et de conscience, cela vaudrait aussi la peine d'être arrêté.

Il faudrait en finir avec ce scandale moral et politique. Il faudrait en finir non seulement par les tableaux de la calomnie châtiée et de la vérité vengée qui abondent d'un bout à l'autre de ces feuillets, mais aussi et surtout par de franches explications, données d'une façon directe, à quelque tribunal supérieurement compétent.

Il faudrait pouvoir s'adresser aux prêtres catholiques de Franc*, « si français! » comme l'a écrit un prélat éminent (i), et leur montrer ce qui est, ce que nous sommes, ce que nous faisons ; par-dessus tout, leur rendre sensible (piel état nouveau d'opinion nous avons aidé à former et comment désormais, entre les croyants et leurs ennemis incroyants s'étend une masse, déjà compacte et, en tout cas, active, d'hommes qui ne peuvent pas être appelés des fidèles mais qui sont profondément respectueux de L'Bglise, de sa pensée et de sa foi.

U m pires calomnies ne changeront pas le eœur de ces hommes, car leurs dispositions viennent de moins bas qu'on n'assure, mais ils soutirent amèrement d'être contrariés dans leur effort pour la paix française, par toute cette abjeeteécuinc d'absurdités et d'injustices. Ce qu'ils voudraient donc, ce serait d'atteindre, par delà tous le^ prêtre* qu'ilseonnaissent etqui les connaissent, le corps sacerdotal du pays entier.

Mais comment faire pour avertir, un par un, tous les ecclésiastiques de France ?

Plus haut, sans doute, une démarche de respect confiant pourrait prendre à témoin l'épiscopat français, non du tort qu'on nous fait et que nous savons rendre, mais de la fausseté intrinsèque et (le L'iniquité essentielle de ce tort. — En quoi, voudrait on dire aux i (pus de France, en quoi tant d'erreurs sur des homme* offerte à tous les coups des adversaires de l'Eglise, en

i BÉ> Latty, archevêque d'Avignon.

quoi cet effroyable aveu d'incompétence littéraire, historique, philosophique, ainsi multiplié par nos ennemis, peut-il servir le catholicisme et l'Eglise? Nous avons salué l'œuvre ecclésiastique comme un refuge de la pensée même purement humaine et de la civilisation même purement temporelle : est-ce pour nous en punir que cette barbarie est démuselée contre nous?

Malheureusement, l'anarchie politique actuelle touche à tout. Autant il est facile, pour un diocèse donné, de rejoindre et de solliciter la juridiction de l'évêque, autant, du dehors où nous sommes, il nous est difficile de savoir ce que peut être, en droit et en fait, le corps entier de l'Eglise de France. L'Etat en France n'est pas établi sur une base assez saine pour aller prendre à Rome des lumières précises sur la constitution de l'épiscopat national, et cet Etat ignore les sentiments de piété émue qu'inspire la simple pensée des pouvoirs spirituels du Saint-Siège.

Non point seulement parce qu'il est administré par une majorité de garçons avides sans souci des besoins de l'esprit et de l'âme, mais aussi et surtout parce que la petite minorité des « intellectuels » et des idéalistes démocrates et républicains, représente elle-même un élément spirituel antagoniste de l'esprit catholique romain ! Elle est, selon les définitions de Quinet, l'esprit de la dernière Révolution fortifié par celui des révolutions religieuses antérieures, l'esprit de la Réforme et de toutes les tentatives de réforme, d'hérésie etde schisme qui ont manifesté les sursauts de l'individualisme depuis deux mille ans. La démocratie officielle, c'est l'anti- Rome. Comment parlerait-elle à Rome de lépiscopat français ? Et comment sans aller à Rome serait-elle reçue par cet épiscopat?

— Ainsi, du point de vue civil et politique, les Français nun-croyants sont laissés par l'Etat dont ils sont les membres dans la plus complète ignorance de leurs relations possibles avec le corps des évèques. Un recours de cet ordre est donc difficile. Ne le serait-il pas, j'ignore même si je me reconnaîtrais le droit d'aggraver, par une question à demi politique, donc épineuse, les difficultés attachées au règne spirituel des évèques français. L'unique parti raisonnable est donc de l'aire, m citoyen, « e que L'Etat démocratique républicain n'a pas su faire en corps cl de nu* tourner vers Le Lien du monde catholique auquel se rattachent tous ses membres épars : au point où l'immense fraternité de L'Eglise acquiert toutes forces eu prenant conscience de sa vaste unité. Comme les clercs se reconnaissent dans l'évèque, ainsi les e\èques se reconnaissent tous dans le l'ère commun qui siège au centre et au-dessus de tous.

Cette paternité sacrée ne peut s'étendre qu'aux fidèles; je ne crois pourtant pas qu'elle doive répons-

1er et décourager les autres, lorsque ceux-ci l'approchent dans une intention de justice, et pénétrés de cette vénération séculaire qu'elle s'est acquise par tout le monde habité. Je ne vais d'ailleurs point à l'Ile en réclamant, ni en appelant; je ne suis pas porteur de protestation ou de plainte; mais, ma pensée, mon

œuvre, mes desseins ayant été défigurés jusqu'à la calomnie, je vais rétablir ce qui est pour Celui dont la charge, la volonté et le désir consistèrent toujours a connaître alin de juger.

De plus, bien que la papauté se développe d'âge en âge comme un seul homme, beaucoup en France, parmi mes amis et mc> proches, conservent au Pape régnant la dette d'une reconnaissance confuse, mais délicate et profonde, en raison de graves malentendus qui, pesant

sur leur conscience, ont été dissipés par l'esprit de justice et la sagesse de S. S. Pie X.

D'autres Français encore, esprits lettrés, curieux, aimant à réfléchir sur tous les objets n'ont pu se défendre doser manifester au Pape régnant leurs sentiments de respectueuse admiration personnelle pour tout ce qu'ils ont pu saisir des belles lignes de Son œuvre décennale de Docteur et de Chef. En art, en philosophie, en politique, elle a ravi tout ce qu'ils ont d'àme, et pour moi l'exprimer n'est que me répéter. Du point de vue auquel je me trouve placé, on ne saurait donc concevoir un témoin aussi auguste de vérités plus hautes aux pieds de qui venir déposer le simple faisceau des explications énoncées dans ce petit livre. Sans me faire illusion sur la portée de ma parole, ni prétendre au plus disproportionné des dialogues humains, il ne me semble pas m'éloigner dune vue exacte de la véritable économie de l'Eglise en disant et en écrivant :

Tri b Saint: Pi me,

Salis 1 avoir voulu, je suis cause de graves inquiétudes, de calomnies iniques envers quelques-uns d'entre les meilleurs fils de Votre Sainteté. Parmi toutes les voix qui s'élèvent à ce propos, autour du Siège romain, pourquoi me serait-il Interdit de mettre sou- [es yeux

de Notre Sainteté mes humble^ explications?

( le n'est pas d'aujourd'hui que Les hommes de V Action

française, tous, suis aucun égard à leur diversité de

pensée profonde, m tournent <lu côté «le Home ; ce sentiment remonte même pins haut que les débuts de

l'heureux règne de Votre Sainteté.

Voilé plus de douze ans, L'Encyclique relative à la i démocratie chrétienne gagnait, du premier coup, notre adhésion d'antidémocrates. Nous n'oublierons jamais quel trait de lumière jaillit «lu Vatican Lorsque nous entendîmes le pape Léon XIII définir < la dwertitédeê

classes i comme « le propre dun Etat bien COnstitU conseiller d'imprimer à la communauté humaine i une

forme el un caractre > « en harmonie a\ec l'ordre

des choses créées, convier aux initiatives de réforme e1

de progrès ux à </ui leur position, leur fortune,

leur culture intellectuelle et morale donnent le plus

d'autorité <lans la cite i>, enfin manifester au regard «le

tous les Frun<;iN un émouvant souci de cette « consereatiun et amélioration de f Etat .», qui en 1902 formait

déjà le fond de notre action publique et de notre intime pensée.

Par ces grandes pensées qui en faisaient concevoir beaucoup d'autres, ceux d'entre nous qui avaient gardé sur l'Église un certain nombre de préjugés, d'ailleurs ébranlés, achevèrent de se rendre compte du bienfait de son action sur le genre humain : je ne sais quel enthousiasme presque pieux se mêla dès lors aux sentiments de dégoût et d'indignation que leur inspirait le spectacle des vexations et des persécutions infligées au clergé, aux congrégations, aux fidèles par la politique oublieuse des plus hauts intérêts de notre patrie.

Cependant, Très Saint Père, l'expression de cette émotion légitime et profonde fut réduite au silence par le sentiment de notre place extérieure à l'Eglise, jusqu'au jour où une autre voix qui partait du même sommet s'adressa à la France en termes si directs qu'il n'y a pas de bon Français qui ne l'ait sentie pénétrer ses fibres secrètes et tressaillir jusqu'à son cœur. La vibration de cette voix pontificale, rejoignant, ainsi qu'il était naturel, les accords réguliers des fidèles de France, semblait aussi vouloir toucher, atteindre, réveiller d'autres accords plus imparfaits, mais sincères, entre les membres de notre vieille nation : Votre Sainteté nous appelait tous, Tous, disait cette voix, tous tant qu'ils sont, et les catholiques, et ceux qui ont au cœur le simple amour du Juste et de V Honnête pour le bien commun et la prospérité de la patrie. Les mêmes accents avaient convié, une autre fois, non seulement ceux qui, en France, sont catholiques et pour lesquels défendre V Eglise est un devoir, mais encore tous ceux qui veulent la paix et la tranquillité publiques, afin que tous unissent leurs efforts pour épargner à leur patrie un si

J. t I OOJfCLUI

grand d A ces mots, beaucoup de Français reeoo

nurent, comme nous, leur désir libéré «lu scrupule qui

les retenait tout d'abord.

Dès lors, — sans indiscrétion néanmoins <»u n<* leur «h

reproche aucune) — avec nae prudence contre laquelle

ou ne relève nullement qu'ils aient commis de faut

sous leur responsabilité personnelle, qui jamais ne \ à oonipromettre qui qu»- ee ira ; mais enfin sans rem

humain, sans laiisse pudeur, les incroyants à'ActèOTl française ont écrit, parlé, agi de leur mieux, m (aVCUT

de ce qui leur apparaissait grand et saint dans la cause

catholique sur le sol français. Ainsi faisant, nous ne

contrevenions à aucune loi du pays et bien au contraire,

puisque la l'orme actuelle du gOUI ernemeiit de la France

oblige chaque citoyen à se former une opinion complète sur un programme politique ou les dessinées de la religion occupent le premier plan. L'honnêteté et L'honneur

auraient siilli à interdire de rester neutre dans la ha taille, mais enfin nous étions pousses et tUtorisél

faction également par les exhortations de Rome et par les décrets de Paris.

Cette action, Très Saint l'ère, nous m l'avons réussie que trop bien dans notre sphère Seulement, il se trouvait, il se trouve encore que notre politique religieuse, comme au BUfplus notre politique militaire OU

notre politique étrangère, lait partie d'un système politique étendu, qui revient à combattre le mode de

gouvernement qui, au dedans comme au dehors, au ma tericl comme au moral, donna toujours les pires résultats pour la France. Nous ne s(,min,s pas républicains, on ne dénie pas notre droit; mais en s'empnrant d< tait, — notre hostilité a la République, notre dévouement a la Monarchie, — des adversaires dont je ae i point apprécier la sincérité au pied du tronc pontifical,

ont cru pouvoir soutenir que notre attitude était de tactique pure et que nous ne servions qu'un intérêt de parti exclusivement temporel.

Est-ce sortir des justes bornes d'une dignité un peu fière que d'affirmer avec simplicité devant le Saint- Siège qu'un soupçon de cette nature tombe fort audessous de nous : le plus élémentaire bon sens en fait justice.

Au degré où nous avons placé nos exposés et nos discussions, et devant les pensées, les discours, les actes qui nous ont été inspirés par notre étude de l'Eglise, un soupçon aussi misérable a peu de valeur. Les petites manœuvres de la politique courante ne vont pas chercher leurs raisons d'être dans la sphère à laquelle nous avons attaché l'attention et la réflexion des Français. C'est à meilleur marché que les charlatans politiques essayent de ravir l'applaudissement fugitif ou l'approbation distraite de la foule mobile. En nous adressant à l'élite des esprits recueillis et méditatifs, nous avons donné une valeur d'engagement et presque de serment à nos raisons d'estimer, d'admirer, de servir, de défendre, comme la bienfaitrice de la nation française et du monde civilisé, comme l'auxiliaire naturelle de toute entreprise de restauration nationale, l'arche insultée et radieuse que Votre Sainteté maintient fermement sur les eaux. Ecoutés par des hommes que l'élévation de la pensée et l'étendue de la culture désignent déjà pour le gouvernement moral du pays, comment aurions-nous pu nous flatter, en même temps, de nous en tenir aux vaines roueries de forum ou de parlement ?

On dit que nous pouvons changer. Cela veut dire que ceci n'est pas matériellement chimérique. Mais quand bien même, par impossible, notre parole changerait et

notre jugement se pervertirait, est-ce que nos i : rassemblées et mises en ordre sous notre signature ne subsisteraient pas pour la défense de L'Eglise? Tout ce qu'elles ont de vigueur et de clarté s'ajouterait alors aux réfutations de nos contradicteurs catboliques pour nous convaincre et nous accable!* sous notre propre poids. L'enseignement donné par nous, nous condamnerait sans cesser de militer en faveur de que nous aurions abandonnées. En vérité, quel politique de carrière — en lui prêtant quelque prudence ou seulement en évitant de le supposer fou — aurait commis la faute de s'engager jusqu'au point où nous lavons fait et sans se ménager la moindre porte de sortie honorable ! La vérité est que nous ne sommes pas des politiciens, mais les serviteurs d'une idée politique. Nous servons cette idée, non pas comme une intrigue, non pas comme un parti, mais bien comme une vérité. Cette vérité politique française en rencontre d'autres, plus générales, qui s'étendent au genre humain : de ce nombre la vérité historique, politique, sociale, morale sur L'Eglise. Kùt-il fallu la méconnaître, eût-il fallu omettre un hommage dû à

l'Eglise, ou changer cet hommage en persécution pour

ne pas donner lieu à l'indigne soupçon d'une tactique intéressée?

Très Saint Père, pareil soupçon pourra paraître à

Votre Sainteté d'autant moins mérité qu'elle voudra

jeter un regard plus attentif sur le nom et le vi âge de

nos défenseurs Les plus dévoués. De tons les catholiques français, Les amis de V Action française ont été, à toute époque, les moins disposés à la transaction, ils ont dépensé leur vie à défendre L'Eglise, et longtemps sans espoir de récompense ou de victoire terrestre; quelquefois — dans un passé que nous avons réussi à faire

oublier — ils désespéraient même de parvenir jamais à se faire comprendre dans leur propre pays. Cependant même alors, leur dévouement dont toute la France est témoin ne se relâchait pas. Au premier rang- Votre Sainteté pourra voir les derniers survivants des régiments de ses zouaves qui sont sortis de Rome les armes à la main et des religieux chassés de France pour la rigueur et la sainteté de leur règle : milice temporelle et milice spirituelle de la Papauté, Tune et l'autre diront si nous sommes capables de jouer d'une cause sainte, nous qui aurions horreur de faire servir la plus humble pensée humaine à des calculs formés hors du domaine de l'esprit. Ces bons catholiques romains de la plus vieille roche française ont vu Y Action française à l'œuvre et souvent à la lutte. Que Votre Sainteté daigne les entendre avant tous les autres.

Que surtout elle daigne les regarder et les écouter plutôt que nous-mêmes !

Assurément le soupçon exposé plus haut, et l'ensemble des autres griefs dont nous nous défendons, forme un torrent bourbeux où l'incompréhension, le disputant à l'ignorance, est menée par des intérêts. Un consciencieux parallèle des allégations dirigées contre nous et de celles de nos paroles qui en ont fourni le prétexte fait apparaître à chaque instant la diffamation et la calomnie.

La justice que j'en ai faite dans ce petit livre est probablement suffisante, peut-être même outrée et (bien qu'elle me semble assez modérée) cette défense vigoureuse exercée directement m'ôte le droit de me plaindre de rien ni de rien demander : en bonne jus tice je me vois simplement autorisé à conclure que, pour nous imputer soit une volonté hostile à l'Eglise, soi l'intention ou le désir de la combattre et de l'offenser,

nos écrits ne suiiisent pas, il les faut travestir ; pour me composer un visage d'ennemi public ou secret de l'Eglise, il faut mentir. La vérité est que je n'ai rien approuvé, ni enseigné rien qui soit une invitation directe ou dissimulée à combattre les croyances ou à s'en détacher, La vérité est encore que, tout au rebours du langage des amis « libéraux » de l'Église, c'est au catholicisme entier, et au plus strict, c'est au catholicisme le plus soumis à sa loi, parce que catholique et non pas quoique catholique, au catholicisme comme tel, que sont toujours allés nos hommages d'admiration ou de respect donnés aux œuvres, aux actes ou aux enfants de l'Eglise. Tels sont les faits. Les uns et les autres peuvent parler en notre faveur, Très Saint Père.

Néanmoins, si cruels qu'ils puissent être pour nous, venant de catholiques et formulés quelquefois dans un corps de pasteurs que nous vénérons, ces mensonges 1 îaineux, ces injustes accusations ne font pas que certains de nos écrits puissent être jugés par Votre Sainteté exempts d'erreurs ou indigues de blâme. Je ne l'ai jamais prétendu. On peut extraire de mes livres d'autrefois des paroles exprimant des pensées ou des sentiments inacceptables pour l'Église et qui lui sont même en horreur. Quand j'ai réédite plusieurs de ces écrits, j'en ai bien retranché ce qui pouvait être entendu ou interprété comme expression d'un acte intentionnel et volontaire d'offenser Cette Eglise que j'avais saluée nomme la plus antique, la plus vénérable ou la plus te conde des choses visibles et comme la plus noble et la plus sainte idée de l'univers : ainsi se montra le sentiment que m'inspire l'Eglise de l'Ordre. Mais nulle marque d'un respect, qui va croissant avec mes réllexions et le nombre de mes années, ne peut équivaloir aux marques de l'orthodoxie ni aux symboles de la foi, et

je vois avec une clarté indubitable combien certaines de mes pages, de celles qui subsistent, peuvent et doivent choquer les âmes fidèles.

Bien que je n'aie surpris la confiance de personne et que j'aie même été le premier à faire avertir les catholiques de la réprobation spontanée que ces pages leur inspireraient forcément, ce n'est pas de gaieté de cœur que j'ai jamais considéré, toutes les fois qu'elle s'est produite, cette séparation morale d'avec quelques-uns de mes amis les plus chers et les plus admirés, d'avec ceux, d'avec celles à qui je suis uni des liens les plus directs et dont plusieurs eurent la grâce de s'agenouiller en pleurant de joie sous la bénédiction de Votre Sainteté. Le bienfait de l'unité, pour l'intelligence, comme la douceur de l'union pour les consciences n'ont jamais été blasphémés par cette plume. Tout ce qui m'en bannit m'inspire des regrets profonds ; lame isolée éprouve le même genre de besoins que les membres de la cité et rien ne peut être plus désirable pour elle, ni plus heureux, qu'un accord des pensées qui rejoint le ciel à la terre et embrasse la suite des destinées du genre humain.

Repos moral incomparable et stimulant spirituel d'une magnifique vigueur, la beauté de ce bien et son attrait sublime comporte, pour qui s'en éloigne, une mélancolie naturelle, comme un obscur remords dont on aurait horreur de forcer l'expression, de peur de la fausser, mais qui ressemble aux graves sentiments que nous inspire la solitude physique.

Une pensée profondément et passionnément sociale ne peut que souffrir de ce qui rompt l'élan ou disperse le chœur; mais, de quelque façon que soit né le trouble, il existe ; ce mal déploré, cette désunion de l'esprit et de l'âme, je ne saurais point faire qu'ils ne vivent et

lib< » CONCLUSIOX

qu'ils ne respirent en moi. Toute L'amertume qui s'en échappe ne me paraît pas capable de le retondre et de

L'effacer. Mais, s'il ne serait ]ia> facile de vivre sans

penser, partout où ma pensée s'aliène ce qu'elle respecte ou bien contriste ce qu'elle aime et quitte des prits qui lui sont fraternels, il serait Impossible d'éprouver plus que moi la vive impression de malaise inhérent à des peines de séparation et d'exil.

Il y a cependant un lieu où l'accord se refait, où l'union se resserre avec tout L'élan de sa joie, c'est au point où, devant les nécessités delà patrie, on se retrouve citoyen pour traiter des biens à sauver et des maux à exterminer. Là se rétablissent, dans tout leur jour, à mes yeux, quelques évidences parfaites que L'expérience n'a cessé de me démontrer et dont les pires contradicteurs n'ont jamais pu que nous apporter d'éclatantes confirmations. Aux abords de L'Eglise, sinon dans l'Eglise même, une unité d'action, sinon de pensée et de cœur, est alors restaurée, et elle est aujourd'hui, Très Saint Père, si lumineuse, elle est si forte, elle est si belle que la jeunesse de la France, qui en est le plus noble instrument, tend vers elle, de tous les points du territoire, de toutes les classes [de la >o<it:té, la vertu

convergente de sa confiance et de son espoir, 'fout le bien qui se fait ainsi, surtout celui qui se prépare, mérite-tri] d'être repoussé parce qu'une très petite portion en est faite en passant par ma main?

On a beaucoup exagéré L'importance de cette main, et, si j'ignorais que la rumeur en a bourdonné jusqu'à Home, je n'oserais pas répéter à Votre Sainteté que l'on me donne pour le chef ou l'un des chefs de ce mouvement, le maître ou l'un des maîtres de cette école. Cela

n'est guère exact, hormis dans la mesure où ma parole a correspondu à quelqu'un des principes traditionnels qui sont les vrais maîtres et les vrais guides de ce réveil français. Je ne me suis jamais proposé pour aller en tête de quoi que ce soit ; mais, du moment que les circonstances ou les hommes sont parfois venus me chercher, le poste indésiré et difficile auquel je me trouve ainsi établi m'impose fortement la tâche de maintenir le fruit de l'effort, de le défendre et de l'accroître, si je le puis, quelle que soit mon insuffisance soit par rapport à cet ensemble écrasant, soit pour l'extrême complexité de chaque détail. Mais il me semble que je me serais égalé à un déserteur si je n'avais rempli aujourd'hui mon obligation d'affirmer hardiment, comme je le fais, en présence de Votre Sainteté, toute la rectitude morale d'une œuvre politique dont la destinée, étant de combattre, est aussi d'être combattue, mais qui ne peut pas craindre la critique équitable ni l'examen loyal.

Ce n'est pas devant le Saint-Père qu'il puisse convenir d'exposer pourquoi je serais tenu pour le plus inoffensif des hommes et comment le plus noir de mes péchés ne compterait pour rien aux yeux de certaines gens sans mon crime de monarchisme, surtout sans mes deux autres crimes d'anti-démocratisme et de contrelibéralisme. L'Action française a eu le malheur de donner quelques exposés relatifs au bienfait de la hiérarchie et de l'autorité, qu'on ne lui a jamais pardonnes. Votre Sainteté daignera me dispenser de développer une idée sur laquelle on ne manquerait point de m'accuser d'avoir voulu mêler la haute majesté du Souverain Pontife aux discordes des partis dans notre nation. Notre œuvre est plus noble; je puis le dire ! Elle tend beaucoup plus haut que toutes les embûches tendues à ce Gouvernement pontifical, dont nous ne chercherons

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jamais a coin pliquer la tâche difficile et sainte Non L'esprit de parti, mais le patriotisme; non un nationalisme étroit, mais le sentiment européen et planétaire du véritable bien de tous les peuplée, intéressé à L'existence d'une France saine et puissante; enfin l'intelligence, imparfaite et approximative sans doute, mais claire, des bienfaits humains de L'Eglise sont les seuls sentiments que j'aie pu ressentir en osant approcher de Notre Sainteté. S il en est de plus religieux, il n'en est pas de plus respectueux ni de plus ardemment dévoués.

Par ces sentiments et par eux seuls, qui depuis longtemps ont veillé sur notre action, nous estimons avoir le droit d'élever, comme un V(eu qui semble conforme à U justice et à la paix, notre extrême désir de dissiper Lee obscurités artificiellement réunies contre nous, et de voir nos actions paraître, où il faut qu'elles soient connues, dans la simple lumière de leur exacte vérité.

l'ère Très Saint et Très Bon,

Cette vérité sur nous-mêmes ce que nous en voyons, ce que nous en savons, nous le mettons aux pieds du Pape et, si le Pape sait et voit, cela sera comme si tous les catholiques de fiance, prêtres, évêques le voyaient et le connaissaient : la lumière de ce bonheur emportera et dissoudra les inimitiés et les maléfices, elle ras-

surera ces bonnes volontés, ces volontés de bien public

qui ne sauraient sortir d'une audience, même idéale de Votre Sainteté, mids se prosterner respectueusement devant Mlle et implorer, s'il est possible, notre commune part de l'auguste et universelle bénédiction.

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