LA VIE MORALE OU PEUPLE
17 novembre 190K
Ëst-il exact que dans toute question sociale soit engagée, au moins pour partie, une question morale, — que toute action de justice, d'amour, de dévouement ait des sources morales^ — que le bonheur individuel dépende surtout de causes morales, — qu'on fasse œuvre insuffisante et de sur-^ face si aux efforts pour améliorer la condition matérielle dix grand nombre on n'en joint pas d'autres qui visent les profondeurs de la conscience, - et que, enfin, Taltération de la vie morale soit particulièrement dangereuse dans une démo" cratie ?
Il parait difficile de contester aucun de ces points. Mais voici alors une nouvelle interrogation, que posent l'histoire, l'expérience de l'humanité, et dont nous éliminerons tout élément de êontroverse en la réduisant à ses derniers termes: la liberté des opinions individuelles sur les religions étant réservée, pense-t-on qu'il existe des forces propagatrices de morale plus générales et plus efficaces ? Les pbilosophies atteignent-elles autant de créatures iiumaines, et leur présentent-elles des mobiles aussi puissants d'agir, de s'abstenir, de supporter la douleur ? Répondre affirmativement, c'est-àdire contester la valeur pratique du sentiment religieux^ le rôle social des croyances religieuses^ il semble bien que ce soit simplement trahir un manque de sincérité intellectuelle ou une inaptitude à comprendre les faits observés.
En vulgarisant dans une vaste démocratie la négation de
toute justice supra-terrestre, — en ne laissant subsister aux
horizons de ses générations jeunes qu'une lutte intensive pour