LA VIE MORALE DU PEUPLE
la vie^ la recherche de la richesse^du plaisir ou des honneui-s à tout prix, Tadmiration du plus énergique ou du plus adroit, — en ôtant aux moins favorisés delà nature ou du sort l'acceptation de ces inégalités que la diversité des êtres, des forces» des chances, des efforts ne permet pas aux plus utopistes de prétendre supprimer, le soutien d'espérances compensatrices, la crainte de sanctions autres que le remords ou qu'un raisonnement de l'esprit, — renforcera-t-on le ressort des moralités, armera-t-on les faiblesses ou les misères contre les tentatiotis du vice ou du crime ?
Il ne s'agit ni de ranticléricalisme, ni' de la franc-maçon* nerie (^), ni de la guerre aux œuvres ou aux hommes du catholicisme même. Nous voulons parler d'une organisation à visée plus générale, qui se crée depuis quelques mois dans le pays, et qui déclare ouvertement qu'elle a pour objet de détruire non point une confession déterminée, mais toute religion^ prêchant au peuple ce que nous appelerions un nihilisme antireligieux ^ nouvel obstacle au mieux social, ou même symptôme de déliquescence sociale.
Le 6 octobre 1901, était tenu à Toulouse un congrès dont l'enseigne. pouvait surprendre ceux qui ignoraient l'existence d'une organisation en règle dans le but que nous venons de
(1) Un ouvragée de M. WilL Vog-t sur le Péril maçonnique en Suisse était si^naU nagrîiâre par le Journal ae Genéoe k a tous ceux qui sont préoccupés de Tinflueuce envahissante de la franc-maçonnerie dans la vie publique suisse ». Le 8 novembre, M. Vogt disait, dans une conférence à Genève : » Li franc-maçonnerie fait nommer ea tout lieu ses créatures dont les bivues posent lourdement sur les finances de l'État, 0II3 corrompt la plus pure République du monde ». Je me rappelle avoir reçu, nou sans surprise, une confidence dans le même sena, en Italie, d'un Israélite illustre et de large pensée. — V. le curieux rapport distribué à la Chambre des députés (1902) au nom de la commission saisie de pétitions qui demandaient rapplication aux associations franc-maçonniques du décret-loi des ^8 juilletr-2 aoClt 1848 sur les sociétés secrètes : ce rapport» outre les infractions de C3S associations à diverses lois d'ordre public ou fiscales, leur reproche des pressions politiques analogrues à c?lles qu'incrimine en Suisse M. Vofft.
NIHILISME ANTIREUQIKUX 467
détinîr r le ptemîer congrès d'une Fédération régionale des Grouj^es a7Uireligieux du Sud-Ouest.
L'ordre du jour comprenai^^ avec rétablissement de statuts et l'élection de dirigeants, la préparation de tournées de propagande, la fondation de bibliothèques populaires antireligieuses, la distribution permanente de brochures antireligieuses.
Le congrès adopta des statuts, créa un organe sous le titre V Antireligieux y et élut un conseil de 21 membres qui formèrent entre eux un comité permanent de 7 membres. Il adopta diverses résolutions visant soit la lutte contre les religions, soit comme application actuelle la pression à exercer sur les pouvoirs électifs de tout degré pour empêcher qu'aucune congrégation catholique soit autorisée* Il déclara que ces congrès continueraient chaque année, il fixa le prochain au dernier dimanche d'août 1902, à Toulouse encore. Des conférences publiques gratuites clôturèrent la session, sur l'oppression religieuse, le véritable fondement de la loi sociale, etc.
Etait-ce là une manifestation puérile ou purement locale? Qu'étaient-ce au juste que ces « Groupes antireligieux » dont le public n'avait pas encore entendu retentir le nom ?
II ne s'agissait nullement d'une fantaisie de quelques Gascons athées en mal de recrutement. Un réseau assez étendu d'associations s'était formé dans l'ombre, elles avaient jugé le moment venu de prendre position à ciel ouvert.
Si la Haute-Garonne était représentée par la Libre Pensée, la Raison et Pensée Libre de Toulouse, d'autres Libres Pensées de villages, le Tarn-et-Garonne par la Libre Pensée et la Jeunesse Laïque de Montauban, les Pyrénées-Orientales par la Libre Pensée de Perpignan, l'Aude par les Libres Penseurs de Narbonne, PHérault par la Ligue antireligieuse de Celte, le Var avait délégué la Libre Pensée de Toulon, et il était venu des penseurs libres même d'Ângouléroe.
i LA VIK MORALB RU PEUPLE
Par une coïncidence mystérieuse, mais signîficalive, des jociations similaires avaient surgi en iiiëme temps sur ?ers autres points du territoire. C'est ainsi qu'à Marseille taient constitués un certain nombre de « Groupements antiigieux », qui s'étaient aussi rapprochés en une Union, el aient créé aussi un périodique :
jOS adhésions h l'Union des Groupoments antireîigietae de Uar- Je et du département sont re£ues tous les jours, de trois heures i heures, par le secrétaire-correspondant de l'Union, au journal 1> lotte, 7, rue Chevalier-Rose.
Les Groupements prenaient des dénominations variées, rfois plus violentes, mais reliées par le litre commun : oupe antireligieux de la Blancarde, l'Éclaireur social oupe antireligieux), les Knfants de 93 (groupe de propande antireligieiise), etc.
[juelques-uns, réclamant qu'on expulsât les Sœurs hospitares sous prétexte de propagande, portaient la leur au cœur i hôpitaux, et y semaient des servitudes funéraires :
iB groupe Antireligieux (Blancarde-Chsrtreui), kmrmtx de conttater •ésuUat obtenu dans l'hospice Sainte- Marguerite par les vaillants ipaganditlet C., G., P. et les vH.iUante.-i citoyennes S. et P., leur esse ses plus vives félicitations, et envoie à tous les hospitalités son il fraternel antireligieux.
fn grand nombre de citoyens et de citoyennes kospitathis à Saxnterguerite ont adhéré ku groupe, et déposé leurs tettamtnts civils en laissartt la charge de faire les enterrements civils qui se produit liiins l'iivenir.
La campagne se menait parallèlement parmi les femmes ;
.'Avant-Garde féministe et de propagande (groupe d'études antirelijses et sociales) invite toutes les militantes et libres penseuses à )a nion qui aura Heu aujourd'hui à trois heures, har du Petil-lluc, «s de Meilhan, 58 : adoption des statuts et i^glements.
bli l'on enrôlait aussi les enfants :
rroope antireligieux S. R. [Blancarde-ChartreuvJ. — La réception àpa nés cnfajits des cîloyens G., G,, H., P., aura lieu aujourd'hui i
NIHILI6MB ANTIRBLIQIBUX 469
trois heures, boulevard de la Blancarde, 88. En l'honneur de ces enfants placés sous la protection du groupe, et dont la Calotte ne fera sûrement pas l'éducation, réunion fraternelle avec dis:ours et chants, à laquelle les groupements a ntireligieux-socîii listes se feront représenter.
Le 29 septembre, l'Union des Groupements antireligieux de Marseille et des Bouches-du-Rhôhe célébrait sa fondation
par une réunion publique où portaient la parole le député Boyer et le maire Flaissières : le premier conseillant d'opposer au dogme religieux le dogme scientifique, le second aimonçantle dessein «d'extirper non seulement le cléricalisme, mais le sentiment religieux lui-môme » .
Le 10 novembre, les Groupements antireligieux se massaient à la Bourse du travail, puis autour d'une église où se disait une messe à l'occasion du départ des conscrits, pour protester au chant de la Carmagnole (i), estimant que les conscrits à qui il plait de prier n'en ont pas le droit.
Évidemment il y a là une entreprise qui s'ébauche, des mots d'ordre, nne action organisée.
Les maires de ces grandes villes tiennent à l'encourager.
Le 24 septembre, deux personnes célébraient à l'bôtel de ville de Toulouse un mariage purement civil. C'était leur droit. Mais il s'agissait d'en faire un enseignement public, et le maire, M. Serres, le marqua par un discours que reproduisit la presse populaire :
Par ^n caractère, votre mariage est un acte de la plus haute importance, qui dénote chez vous surtout, madame, un courage d'autant plus méritoire que vous n'avez obéi à aucune contrainte.
(1) M. Jaurès a exprimé le regret que Za Carmagnole mît c le Christ À récurie, la Vierge à la voirie » : on pense bien que ces répugnances sont peu connues dans les groupes ou ligues antireligieuses. Le 24 décembre 1901, veille de Noël, Tun do ces groupjBS de Marseille, sans le moindre souci de respecter les sentiments et les croyances de la grande majorité, annonce publiquement un banquet destiné à 4 protester contre Tusage clérical de la célébration de la naissance d'un Sauveur problématique. Les cuusommations élant libres, aucun prix n'a été fixé . »
470 LA VIE MOhALE DU PKUPLK
Combien de jeunes filles, dans des condilions identiques i la vAtre, n'osent rompre avec les préjugés du monde, et acceptent sans conviction, smilement parce que c'est la mode, une cérémonie religieuse qui n'a pour Biles que l'attrxît de la mise en scène !
Vous ftvez eu, vous, le courage de vous dégager de ces étroites considérations ; je vous en féUcite.
...Vctre père apprit autrefois et enseigne k présent qu'un pire et une mère ne doivent pas imposer de religion à leurs enfants.
Baptêmes, communions, sont chez notre ami pratiques inconnues, et ce doit être pour lui un réconfort que de récolter aujourd'hui le froit d'une éducation bien comprise (i).
Le 33 octobre, au conseil général des Bouches-du-Rhâne, le maire de Marseille, appuyant un vœu contre les associations religieuses qu'il déclarait au ban non seulement de la société, mais de l'humanité, s'exprimait ainsi :
Ce à quoi il faudra aboutir, je le dis catégoriquement, c'iwt à la euppression même du aentiment religieux... Nous voulons déclarer la guerre, acharnée et sans merci, à ce faisceau d erreurs sous le poids desquelles l'humanité courbée a fléchi jusqu'à prôsent... Je voterai les conclusions, mais en déclarant que je ne considère les vtBui qu'elles expriment que comme une petite pierre apportée à l'édifice que je voudrais voir élev» contre te sentiment religieux, où et eoat qaetquo forme qu'il t9 produite (3).
Et dans une autre circonstance récente, M. Plaissières affirmait l'urgence de « renverser Dieu » (').
Tenu à de populeuses cités par leurs premiers magistrats, ce langage fait songer à l'anarchie spontanée décrite par Taine, et à ce point du programme jacobin :
fl) D'après le texte publié par la Dépéotie : nous supprimons les aomH, Bar il s'agit d'idëes, non de pereonnea.
(l) C'est exactement le conseil contraire, respecter le sentiment religieux, qu'a donna au socialisme M. Jaurès, quand il a dit : ■ Je crois qu'il serait 1 martel de comprimer les aspirations religrieuses de la conscience humaine. 1 Ce n'est pas oelaque nous voulons ; nous voulouj au contraire que tous
■ les hommes puissent s'élever t une conception religieuse de la vie par la
■ science, la raison et la liberté.» Mais sur ce point capital comme sur. tant l'autres, le Booiatisme n'est qu'incobêrenos.
(SJ M. Jaurès proposait récemment aux ouvriers de le remplacer par le leul vrai Dieu, < le Dieu-Travail » . Est-ce bien en œ sens que le aocialieme M.Lafar^uea mixiiaé l» ilroït à la parewe) orieDt« les tendances des milieux ouvriurs, ou vers le moindre èfibH et uir précoce repos rent« T
NIHILISME ANTIRBLIGIEUX 471
Nous décréterons la liberté des cultes. Mais, en fait, nous détruirons Toflicine et empêcherons le débit de la drogue. Puisque toute religion est une maîtresse (Terreur, nous proscrirons tous les cultes {}),
Taine, dont le respect de Tobservation intégrale fit évoluer la pensée vers le Patei\ et qui, dans les Origines, a constaté la haute vertu sociale des institutions chrétiennes, eût souri d'entendre des matérialistes crédules à tant de choses douteuses nier tout « sentiment religieux » au nom de la science^ à l'heure même où sur les sommets intellectuels on reconnaît de plus en plus que les méthodes scientifiques n'épuisent pas tout le réel, que les méthodes morales ne peuvent même tout saisir, qu'il reste un au delà, que la science et la croyance ont chacune leur domaine (*). Maïs ce n'est pas par cet aspect
(1) Les Origines de la France contemporaine , la Révolution» t. III, p. Sh, 88. — Taine n'aurait pas muins reconnu « la Fdte de la Raison célébrée à Paris, le 10 novembre 1901, sous la présidence de Jeunes citoyennes, en mémoire de ceUe du 20 brumaire an H ». Programme :
I.~ Gazette nationale ou le Moniteur universel, tridi, 3' décade de brumaire, Tan II de la République une et indivisible, 13 novembre vieux style.— Convention Nationale, présidence de Laloi, séance du 30 brumaire.— Lecture.
IL— Hymne à la Liberté pour l'inauguration du Temple de la Raison, dans la commune de Paris, à la ci-devant Métropole, décadi, 20 brumaire, Tan II de la République une et indivisible, par Cbénier (Marie-Joseph), député de la Convention Nationale.-— Lecture, par M. Rameau, de l'Odéou.
IIL— Révolutions de Paris, du 23 brumaire an IL— Récit de la Fête de la Raison, à Notre-Dame-de-Paris.- Lecture. '
IV.— Hymne à Voltaire, THomme de la Raison, chœur à trois voix d'hommes, paroles de Marie-Joseph Chénier, musique de Gossec, chanté par des artistes de TOpéra.
V.— Pourquoi et dans quel esprit nous voulons fêter la Raison, causerie explicative par le citoyen Victor Charbonnel.
VL— Un poôme de M"' Lucienne Kahn.
VII.— A 2a fîatdon, ode à deux voix, de M. Gustave Kahn, dite par M"' Marie Marcilly et M. Rameau de TOdéon.
VIIL— Discours fait et prononcé par le citoyen Monvel, le jour de la Fête de la Raison, dans la ci-devant église des Petits- Pères, devant ses frères de la section de Guillaume-Tell, an II (1793 vieux style) de la République française, une et indivisible, etc.
{%) Cf. les belles démonstrations de M. Luzzatti, Science et Foi, dont nous avons donné une traduction dans la Réforme sociale (1" avril 1900 et 16 avril 1901).
3 L.V vm MORALU DU PBUPLE
B nous envisageons la conjuration dont il s'agit contre les >iralions naturelles de l'âme humaine.
De n'est pas non plus par le côté d'agression aux consnces ou d'obstacle & la pacification . On pourrait poser en ïse qu'un nihilisme antireligieux, loin d'être lié à la concepn républicaine, lui est antinomique, en observant les deux publiques prospères et forteSj ces Étals-Unis o(i la dernière rôle du cbef d'État lue naguère et la première de son sucjseur ont été une prière (*), celte Suisse qui inscrit Dieu en e de ses manifestes offi;;iels (^). Mais le point de vue polï- |ue n'est pas le nôtre.
Au nùtre, celui du progrès social, États-Unis et Suibse ne it-ils pas deux pays-types, et du plus hardi ? Uentalitégénéraledé3équilibrée,exacerbatioadeségolsmes, âchement de la famille, scepticisme diffus qui décourage ; esprits sincères, intoxicalions de l'alcoolisme et de la rnographie, licence du théâtre qu'on ne trouve pas suffiite, accroissement des suicides, même collectifs, même infants, et de parenls avec leurs enfants, criminalité àscen— nte et précoce, baisse continue de la natalité... est-ce avec » éléments que nous ferons du progrès social ?... Mais, paiitre, quelle immense source vive de bien social ne sérail s tarie par l'extinction ou le seul refroidissement de l'état imedans lequel 'faine a dit que t l'amour des autres l'emrte sur l'amour de soi > !
I) M. Mae-Kinley : i plus près de toi, mon Dieu ! > — U. Roosevelt : I reoomiDande A tous, en ce Jour, de ae réunir dans lea lieux où ils ont habitude de prier, et là de s'incliner en eigne de soumissiou à la volonté lu Dieu tout puiseant >.
0 Le plus récent est celui du conseil d'État du canton de Vaud (eep~ ibre ISOt; : c nous voulons Dieu dans nos écoles et dans nos maisons, is nos lois et dans nos tribunaux ; nous Le voulons dans toutes les îonKtanofs de notre vie nationale et individuelle ».
17 avril 1900.
Peu de questions sont plus complexes, plus embarrassantes, que celle d'une organisation légale des retraites ouvrières. Il n'est personne qui ne sente combien il est dur à ceux qui vivent du salaire de perdre par l'âge ou par l'invalidité leur capacité de travail, c'est-à-dire leurs moyens de subsistance, et qu'il serait désirable de pouvoir procurer un minimum de sécurité au travailleur vieilli ou impuissant. Mais, dès qu'on veut donner à l'idée une réalisation généralisée, les obstacles apparaissent; s'il s'agit de déterminer le domaine d'une loi, la constitution de ressources financières suffisantes, l'évaluation des charges probables, les modes de fonctionnement d'un système, on se heurte à toutes sortes de difficultés, presque inextricables.
Elles ne semblent pas, à vrai dire, avoir gêné beaucoup nos parlementaires, poussés à la fois par des préoccupations sincères de réformer les défectuosités sociales et par le souvenir de ce que les électeurs leur ont dit de celle-ci. Nul n'ignore qu'ils trouvent dans leur mandat une façon d'omniscience, et hésitent rarement devant les doutes dont le commun des mortels ou des économistes se laisse troubler. Il n'est pas de matière sur laquelle leur proluction ait été aussi abondante que cette matière délicate, qui exigerait les compétences réunies du sociologue, du politique, du juriste, de l'actuaire. Â ne parcourir que les deux dernières législatures, précédées
PBBVOYANCB LIBRB OU OBLIGATOIRE
amment par le projet de MM. Constans et Kouvier, i'esprit noins indécis pourrait se sentir empêché entre tant et de si erses propositions : celle de M. Guîeysse (23 novembre 3), celle de M. de Ramel (4 décembre 1893), celle de Baulard (7 décembre 1893), celle de M. Michelin (15 jan- ■ 1894), celle de M. Isambard (16 janvier 1894), celle de Brincard(15 février 1894), celle du général lung (17 février 4), celle de M. Péliic Martin (37 février 1897), celle de Zévaès(80juinl898),celledeM.Audilîred(4juiIlet 1898), e de M. (Tervais(13 juillet 1898), celle de M. de Ramel juillet 1898), celle de M. Maruéjouls (25 octobre 1898), edeM. Dubuisson (25 octobre 1898), celle de M. Chau- -e (14-novembre 1898), celle de M. Puech (14 novembre B),celiedeM. Vaillant (mars 1899), celle de M. L. Ricard mars 1899), celle de la commission d'assurance et de pr^ ance sociales (9 mars 1900). Peut-être en passons-nous. )e même qu'il y a eu dans cette végétation des moments ^almie et des périodes de vive concurrence, une extrême ;alitê caractérise cas travaux, d'intentions également genèses. It en est de mal conçus ou mal digérés, il en est de ieux. Au premier rang des plus étudiés, nous placerions X de UM. Audiffred, Maruéjouls, L. Ricard, et le rapport 1 déposé M. Guiejsse au nom de la commission,
l'est, au vrai, la proposition de loi de M. L. Ricard, avec
Iques modiScations.
tette proposition embrasse tous les salariés, ouvriers ou
ployés de nationalité française, et non seulement ceux
it le salaire est inférieur à un montant déterminé. L'exten-
1 aux domestiques, aux artisans, aux cultivateurs seuls en
différée.
.e travailleur, l'employeur et l'État concourraient à la
stitution des retraites. Le travailleur, s'il n'est pas soumis
assurance obligatoire, est présumé racceplev, sauf renon-
ciation solennelle. L^'ëmployeur est astreint à opérer le versement du travailleur au moyen de retenues, et à payer une contribution égale à celle du travailleur, même renonçant, une contribution plus forte pour l'étranger. L'État fournit^ quand la pension est liquidée, l'appoint pour atteindre un minimum. La retenue quotidienne du travailleur est de 5, 10 ou 15 centimes, suivant l'âge et le salaire. La contribution de Temployeur est la même, et de 20 centimes pour les étrangers. Si la retraite n'arrive pas à 360 fr. après 7,500 journées de travail, ou la pension d'invalidité à 200 après 2,000 journées, l'État complète ces minima.
La rente viagère à capital aliéné pour la retraite est combinée avec une assurance au décès de 500 ou de 1,000 fr. pour le travailleur marié ou ayant des enfants mineurs de seize ans. L'invalidité prématurée ouvre droit à une retraite proportionnelle.
L'âge de la retraite est de soixante-cinq ans.
Un fonds spécial, alimenté par certaines des contributions patronales et par les subventions de l'État, sert à parfaire les pensions.
Les versements sont reçus, les capitaux gérés, les pensions' liquidées par des caisses régionales, qu'administrent des conseils locaux, sous le régime d'un libre emploi réglemer^té. Un conseil central administre le fonds spécial et joue le rôle d'organe consultatif supérieur.
Les caisses privées sont maintenues, pourvu qu'elles assurent des pensions moyennes plus avantageuses que celles de la loi ; l'employeur peut aussi atnlier les travailleurs à une société de secours mutuels, si elle fait les mêmes avantages.
En vertu de dispositions trsTnsitoires, les salariés âgés de soixante-cinq ans lors de la promulgation de la loi toucheront une allocation viagère de 100 fr. ; ceux qui auront plus de trente-cinq ans et moins de soixante-cinq toucheront des allocations grandissant avec le nombre d'années de prévoyance, et jusqu'à 360 fr. A ce service, l'État alTectera les versements opéréspour les étrangers et une subvention que fournira le budget.
Presque toutes les clauses de ce projet se retrouvent dans la proposition que la commission a distribuée avec un rapport richement documenté de M. Guîeysse (*). Les changements semblent insignifiants ou bien discutables: deux classes de retenues au lieu de trois, la faculté de demander la liquidation de la* pension à cinquante-cinq ans sans majoration de rÉtat^ le nombre des caisses régionales (lié à 20^ les allocations du régime transitoire élevées (150 fr. au lieu de 100)} l'obligation substituée pour le travailleur à la faculté de renoncer qui disparate avec les ressources qu'elle apportait au fonds spécial ; la meilleure modiQcation (^) est l'abandon du recours pour la mise en train à la réserve générale des caisses d'épargne, qui vraiment n'avait aucun rapport avec l'objet de la loi ; on fera les prélèvements sur un compte-courant ouvert aux caisses régionales par la Caisse des dépôts et consignations.
Telle que nous venons d'en donner un aperçu imparfait, la proposition est mieux construite, à notre avis, que celles qui l'ont précédée. Il la faut louer notamment de prendre pour organes principaux, au lieu de la caisse centrale d'État qui était la base des projets antérieurs, des caisses régionales autonomes, dont la première idée est due à l'esprit ingénieux et juste de M. E. Cheysson. On éviterait ainsi, avec ses conséquences, une accumulation démesurée de capitaux dans une nouvelle institution d'État, et, en appliquant aux organismes décentralisés les principes de libre emploi réglé qui ^sont le fond de nos thèses de réforme des caisses d'épargne^ on permettrait de rechercher des placements à rémunération suffisante. D'autres parties du projet sont habilement arrangées, l'ensemble est bien
(1) Docuîii. parlem, 1900, n* L502.
(2) Nous ne parlons pas den retouches de forme, comme ceUe qui vise, évidemment parZapsus, des « décrets du ministre du commerce » (art. 4 et 33;.
lié^ on sent que Tauteur s'est aidé de la science des techni^ ciens.
Et pourtant comme toute cette conception est compliquée ! Et que d'objections encore elle soulève !
Promettre par la loi des pensions, et d'un tau3L certain, à des millions de citoyens^ que cela est téméraire ! — Il est très simple, sur le papier, de faire entrer une charge de plus, après tant d'autres, dans les frais généraux de Tindustrie », et c'est une formule commode : n'y a-t-il pas cependant une limite, et dans la concurrence, au moins celle des pays qui comprendront autrement les choses, et surtout dans le coût de la vie pour les consommateurs, c'est-à-dire pour tous, coût qui s*allourdit sans cesse? — L'employeur sera assujetti à toutes sortes de formalités, et de vérifications de ses salaires, et d'amendes : est-ce une inquisition encourageante pour l'industrie ? — Une machine qui comporte 8 millions de versements par quinzaine à calculer, à contrôler, à employer, et d'abord à effectuer ponctuellement, est-ce une machine de fonctionnement facile ? — Le pensionné sera privé de la part de sa pension correspondante aux quotités patronales s'il a un revenu de plus de 800 fr. : comment le prouverat-on, comment le suivra-t-on ? — On espère obtenir des emplois assez productifs pour faire face à d'immenses charges : quelle sûreté en peut-on avoir avec la mobilité du loyer de l'argent, et comment cette mobilité permet-elle des engagements fixes ? — On croit qu'en régime normal le système i>'équilibrera ; qui peut connaître les durées des chômages, pendant lesquels rien ne sera versé ? — On compte que les majorations de l'État seront modiques : n'est-ce pas une illusion, à tout point de vue ?
Le projet aurait surlout pour but, dit-on, de rendre possible un débat. Ce sera ouvrir les écluses à un torrent de conceptions diverses, souvent bizarres, et, en un ordre aussi
délicat, on peut craindre que rien de bon ne sorte ainsi de coups de majorité.
A cette méthode nous avouons préférer celle qu'a suivie la Belgique en groupant des compétences sûres dans une commission extraparlementaire, et en les chargeant de rechercher les vues directrices d'une solution. Voici à quelles conclusions vient de s'arrêter cette com. mission :
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1.-* Il y a lieu pour TLtal d'intervenir en vue de généraliser, autant que possible, les pensions de retraite.
II.— Cette intervention peut être suffisamment efficace sans comprendre l'obligation de la part des ouvriers et des chefs d* entreprises.
Elle peut se borner aux mesures qui ont'iour objet de faciliter, d'encourager, de développer et d'assister la prévoyance individuelle : encouragements divers , assistance administrative des pouvoirs publics , dispenses fiscales, larges subsides et mesures diverses pour encourager et intéresser les chefs d'entreprises à assister les ouvriers pour la constitution dépensions.
III.— Néanmoins, des pensions de retraite seront instituées, par la voie de l'obligation, en faveur des ouvriers appartenant aux industries qui dérivent d'une concession permanente de TËtat, ainsi qu'aux minières de fer exploitées en travaux souterrains.
IV.— L'intervention de l'État doit se produire en faveur des personnes appartenant aux catégories ci-après indiquées, pour les versements qu'elles effectuent, à partir de l'âge de seize ans, à la Caisse générale de retraite sous la garantie de l'État, ou à une caisse de retraite dont les statuts et les bases tecbniques ont été approuvés par le gouvernement :
A) Les ouvriers, les domestiques salariés, ainsi que les cultivateurs et les artisans qui travaillent pour leur compte sans l'aide régulière d'un ouvrier salarié, que ces diverses catégories de personnes soient affiliées à la caisse directement ou par l'intermédiaire d'une société mutualiste de retraite ;
B) Tous ceux qui font partie d'une société mutualiste, constituée notamment en vue de l'assurance contre la maladie, sous la condition que la cotisation destinée au service d'assurance contre la maladie ne dépasse pas 2 fr. 50 par mois ;
C) Les petits employés, dont le traitement est de 2,000 francs au maximum, à condition qu'ils fassent partie d'une société mutualiste de retraite.
V. — L'entrée en' jouissance de U pen^OD peut étrs fixée à toiu I^ Ages entiers compris entre cinqtuinte-cinq et sobcBitte-ciaq ans, au gré 4e l'afBlié.
En cas d'invalidité prématurés, dûment constatée, survenant antérieurement à l'époque de l'entrée en jouissance de la renie, l'intéressé pourra ('tre admis k jouir immédialement de la pension acquise.
VI. — Les vei-sRmonu peuvent être Taits à cspilal abandonné ou bien àcapitil réservé, soit au proGt des hériUersdu bénéficiaire, soit au profit de ce dernier, au moment de l'ouverture de la pension.
Le subside de l'Ëtat sera toujours versé à capital abandonné. VIL— Le subside del'Ëtat est acquis aux intéressés pour la partie de lenrs versements qui ne dépasse I>as'24 francs par an, et aussi longtemps que l'ensemble des versements elTectués correspond à une rente qui ne dépasse pas 25 francs par mois.