POUSSÉES NOUVELLES DU MAL ALCOOLIQUE ; MOYENS DE DÉFENSE
14 février 1899
Tout a été dit sur les méfaits physiques^ économiques,! sociaux de l'alcoolisme ; nous le considérons en ce moment à ce point de vue, qu'il est le principal obstacle aux améliorations de la condition économique et morale du peuple.
Obstacle à Vépargne^ qui fait fructifier l'humble capital^ domestique, prépare le fondement d'un sage crédit, assure contre les crises de l'existence ouvrière. — Obstacle à Vacqui-, sition (Vun foyer ou au logement hygiénique et décent; car. on ne cesse d'entendre déclarer, môme dans les milieux plébéiens sensés, la possibilité d'épargne insuffisante pour l'an-, nuité d'amortissement ou le loyer, et, cependant, la dépense, d'empoisonnement excède l'annuité ou le loyer. — Obstacle, aux cotisations utiles, à celle de la coopération qui fait la vie à bon marché, à celle de V assurance-vie àoni usent en Angle-.
terre des millions d'ouvriers, à celle de la mutualité dont le nombre d'adhérents est trop faible encore, à celle du syndi—, cat professionnel qui, non détourné de son rôle légitime, peut rendre de si réels services, à celle de la retraite qu'on récla-. me inconsidérément de l'État. — Et, pour tout dire d'un mot, obstacle à V indépendance.
Songez, pour prendre un exemple, que dans la seconde ville du pays, à Marseille, la consommation d'alcool pur a, passé de 6,000 hectolitres en 1875 à 25,291 en 1898 ; c'està-dire ('si on triple les chifYres selon l'usage pour se rendre compte de l'absorption réelle de spiritueux) s'est élevée de 18,000 heclolitres à plus de 75,000, et que 75,873 hectolitres^^
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évalués à une moyenne de 3 fr. le litre à la vente, représentent un gaspillage de 22,761,900 fr., près de 23 millions par an (>). Et il en va de même h peu près partout pour l'immense destruction d'épargne.
Avec la question morale, il n'est pas de question sociale comparable à celle-là ; car les plus énergiques efforts pour le relèvement du niveau de la condition du peuple seront stérilisés ou retardés tant que la peste alcoolique s'étendra. Peut-on l'arrêter, la refouler?Oui, quoi qu'en croient ceux qui toujours désespèrent pour ne pas agir. Par quels moyens?Indiquer les principaux entre ceux que je crois seuls pratiques, c'est l'aspect le plus intéressant du sujet.
lisse résument en ces deux termes : action légale, action locale. Et encore n'y aura-t-il, à notre avis, de bonne action légale que localisée.
Ce que doit surtout viser Vaction légale, c'est une hardie réduction du nombre des débits. La cause dominante de l'intense et rapide développement du mal est dans le pullulemsQt des lieux de consommation sur place, où la passion naît de l'occasion (il y a des villes où dans telles rues les débits se suivent presque sans interruption), où elle se propage, où elle devient chronique. Et ce pullulement date de la folle loi de 1880, qui supprima toute gêne pour l'exploitation des débits.
Voilà où il faut frapper, soit que la loi autorise les municipalités à flxer, comme dans certaines villes des États-Unis, □ne proportionnalité des débits avec le nombre des habitants, soit qu'elle donne aux communes la faculté d'appliquer le système de Golhembourg, auquel d'autres pays ont dû de splendides résultats.
On a beaucoup parlé du système de Golhembourg, le plus souvent sans exactitude, et en tout cas, comme en matière de bien d'autres inventions excellentes de l'étranger, pour lo pré-
(1) Ualgrë la dimiDUtion Bi^nolde pluj liaut pour les années iS»9, tSOD. 1901, on en est toujoure i, îl,000 hectolitres environ, B0tt-69.UOO en rëaliié, et plus de 10 millions de frauce par an.
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tendre irréalisable en France. Je le définirai& ainsi : concession par les communes de la vente de Talcool à des sociétés fondées dans un but de bien public, sans dessein de gain privé, à dividende limité, et tenues d'employer leurs bénéfices en œuvres d'utilité générale. Le service rendu est quadruple : V obtenir pour l'alcool, marchandise dangereuse^ un régime de vente étranger au désir de gain qui fait naturellement souhaiter une consommation croissante ; 2* restituer le béné-^ fice à la partie de la population qui consomme le plus d'alcool et souffre le plus des conséquences de cette consommation ; 3^ assurer le respect des mesures légales édictées dans l'intérêt de la tempérance ; 4^ faire du débit un restaurant sain, clair et spacieux pour les ouvriers qui se sont accoutumés au petit verre comme complément des repas ('). C'est une conception ingénieuse, plus pratique que la prohibition absolucy cent fois supérieure au monopole d'État par lequel l'État serait poussé à augmenter la vente. Qu'a-t-elle d'irréalisable en France ? N'y existe-t-il pas des concessions? Celles-là seraient désintéressées, voilà tout. N'avons-nous pas déjà la limitation des dividendes, l'objectif de bien social, les faveurs légales dans les sociétés de construction ou de crédit pour construction des habitations à bon marché depuis la loi du 30 novembre 1894 ?
L'action légale pourra s'exercer sous d'autres modes, par exemple par des aggravations fiscales, moins inutiles qu'on ne le dit, ou en fortifiant les pénalités imbéciles de la loi de 1873. Mais rien ne vaudra la limitation locale du nombre des débits ou la création de sociétés locales de vente sur le type de Gothembourg francisé (^).
(\) On trouvera des renseiprnements pn^cis sur les bases, rbistoire, les résultats du système en Suède dans deux attachantes monog'mphies de M. Sigrfrid Wieselgren (Stockholm, Imprimerie royale, 1898). A Stockholm, l'activité des Compagiiies a réduit la quantité de spiritueux vendus de 4,077,590 litres, en 4877-1878, à 1,609,843 litres, en 1896-1897.— V. aussi l'ouvrage de MM. Uowntree et Sherwell, The tempérance problem and social reform^ Londres, Hodder et Stoughton, 9' éd., 1901.
(2) Quand nous émettions cette suggestion en 1899. nous ignorions que ridée venait d*ôtre lancée depuis deux ans en Angleterre et que des essais
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En attendant, il reste une arme légale que personne M semble connaître, môme dans celte débile loi de 1880 : c'est la détermination municipale de zones préservées. L'article d de la loi permet aux maires de déterminer par arrêté les dis-« tanQes auxquelles les débits ne pourront être installés autour des édifices consacrés à un culte, des cimetières, des hospices, des écoles primaires, de tous établissements d'instruction publique. C*est une limitation numérique non pas proportionnelle à la population, mais à raison de la décence ou de l'intérêt qui commande de tenir la boutique, agent de désordre physique ou moral, plus éloignée de certains points spécialement désignés à la tutelle édilitaire. Pour sauvegarder les droits acquis, il suf&t que l'arrêté prononce Tinlerdiction en fin d'année pour les débits à location verbale, et au fur et à mesure de la fin des convetilions en cours pour les débits à baux écrits. Prenez le plan d'une ville: autour de chacun des points dont il s'agit, tracez une zone d'où soient proscrits les débits,
(l*applicatlon en étaient commencés par Tinitiative privée. La People's Refreshment House Associatioriy fondée par Tévôque de Chester, avait acheté des licences dans de petites localités, surtout dans les comtés du centre et du sud, pour les gérer selon le principe qui est le trait commua de toutes les variantes du système de Gothembourg, vente de l'alcool sans recherche de gain. En Ecosse, on avait entrepris la même œuvre. Vers la fin de 1900, lord Grey, après une expérience heureuse dans le Northumberland, a constitué une société pour acheter et exploiter des licences dans cette région, la Northumberland Pnblic-House Trust Company, Limited. Des sociétés semblables se sont formées ou sont en formation à Londres^ à Liverpool, à Manchester, à Bradford, à Leeds, à Belfast, à Edimbourg, à Glasgow, à Paisby, et aussi dans le Hampshire, le Durham, les comtés d'Essex et de Kent : les lignes générales sont partout les mdmes, capital variant de 25,000 à 100,000 liv. st. dont une partie seulement est appelée, dividendes limités (d'ordinaire à 5 %' <^^ Qui rappelle nos sociétés d'habitations à bon marché comme nous l'indiquions plus haut), bénéfices employés par les trustées d des buts de bien public (et d'abord à créer des attractions autour des débits), attribution de remises aux directeurs sur la vente des boissons hygiéniques (et aucune sur la vente des boissons alcooliques). Lord Grey a donné à ces sociétés une organisation centrale à Londres, sous le titre de Public-House Trust Association (King William Street, 71 et 7i) ; une association centrale a été établie à Edimbourg pour TËcosse. Ce mouvement paraît appelé à se développer (v. The Economie Reoiew, 15 juillet 1901). Pourquoi l'action spontanée des bons citoyens ne tenteraitelle pas dans notre pays cotte application libre et privée du système de Gotbembourg, puisque le législateur ne fait rien ?
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et vous verrez qu'il s'ensuivra une réduction sensible. — Ce minimum de protection doit devenir obligatoire, si la pensée en est juste, et elle Test. Il suffirait de substituer le mot devront au mot pourront dans l'article 9 de la loi du 18 juillet 1880.
Parallèlement à l'action légale localisée, Vaction locale est nécessaire, par l'initiative individuelle et l'association. Oi\ s'est demandé parfois dans les pays Scandinaves si le succès était imputable au seul système de Gothembourg ou aux sociétés de tempérance, et les hommes compétents répondent : aux deux sortes d'efforts, un progrès en matière sociale nait le plus souvent du concours coordonné de facteurs multiples. D'ailleurs, les lois sont bien plus efficaces lorsqu'un mouve-^ ment d'opinion les appuie et les féconde. Enfin qui nous dit, en l'état de nos mœurs politiques et électorales, si nous trouverons bientôt des parlementaires capables de promouvoir l'action légale dont nous venons d'indiquer les formes, à notre avis les plus pratiques ?
Il importe donc de viser, en attendant, ce but : la formation partout d'un courant d'opinion par les médecins, les économistes, les industriels, les éducateurs de l'enfance, les ministres des confessions religieuses ('), les ouvriers plus avancés, la presse, les bons citoyens convaincus du devoir social, et la création d'associations de propagande. Nous voudrions voir partout, par exemple, les médecins imiter le professeur Debove qui a fait en novembre son cours inaugural de pathologie interne à la Faculté de Médecine de Paris sur les dangers de l'alcoolisme, ou le docteur Jacquet qui donnait, ces jours-ci, à l'hôpital Saint-Louis une conférence appropriée sur le sujet au personnel et aux malades (^).
(1) Le clergé de Gothembourg* eut une grande part dans la création du système ; en 1898, il en a demandé au gouvernement Tez tension oux licences de vente de bière et de brandy.
(%) Le d' Jacquet a poursuivi depuis lors avec ardeur sa campagne : v. notamment au Bulletin de la Société française de Tempérance (1901, n" 8) 8a courageuse démonstration contre le privilège funeste des bouilleurs de cru, que protège seul l'intérêt électoral. Une statistique plus
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Loin de sourire des sociétés de tempérance comme trop de français, nous croyons au rôle qu'elles peuvent jouer pour entretenir l'agitation, répandre les notions vraies fournies par la science, réfuter les erreurs qui ont cours, hélas ! dans le public éclairé comme dans les milieux populaires sur l'alcool. Mais ici encore, sans nier l'utilité d'associations centrales, en particulier de la méritante Société française de tempérance, qui renouvelle ses formes d'activité, nous avons foi surtout aux associations locales. Un effort de ce genre ne sera vivant dans notre pays anémié de centralisme que par la spontanéité, la variété, la liberté, l'initiative dispersée.
Nous joindrions aux ligues locales les autres formes d'associations qui combattent directement le mat ; associations scolaires, sociétés d'établissements de consommations non alcooliques, œuvres qui se vouent à guérir l'alcoolisme contracté, et aussi les associations à inlluence indirecte, la plus importante peut-être, les sociétés locales d'habitations â bon marché (autant d'ouvriers ratlachés au foyer, autant de clients ôlésau bar), d'alimentation à bon marché, de réunion, de lecture, de récréation populaires, les caisses d'épargne.
Nous avons depuis plusieurs années signalé (et essayé de traduire en actes à Marseille) la contribution que pourraient apporter à la défense contre le néau les caisses d'épargne locales, institutions de bien public, permanentes, répandues partout, aimées, souvent riches; nous avons démontré la légitimité de leur intervention en ce double sens que le plus direct ennemi de l'épargne populaire est le gaspillage en boissons malsaines et que la passion de l'épargne est un bon antidote à une autre. De quelles façons les caisses d'épargne pourront-
réceut« du miuitit^re des Hnances sn porte le nombre k 9X5,9l(i. On n'en couiptoit guère plus de 90,000 en 1B69; en 1889, ils étaient devenuR &S3,St3 ; en douze ans, ila ont presque double '.
Sut la part qui est imputable i l'altroolisme dans la dintiaion de la tuberculose, dont nous nous oircupons plus loin, lire te substantiel et dëciaiT mémoire qu'a rédigé le d' E, de Lavarenne en se servant des documenta d'après lesquels il a établi son rapport à la commission extmparlomentaire de la tuberculose {Annotée d'hygiène publique et de méilecine léytde, 19D1).
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elles prêter leur concours ? Par la vulgarisation de Tépargne des sous à l'aide des timbres qu'a légalisés l'article 8 de la loi du 20 juillet 1895, par la multiplication des bureaux d'épargne dans les quartiers ouvriers des villes et les communes rurales, et quand elles auront obtenu la disponibilité d^une fraction de leurs bonis en œuvres locales de prévoyance, par des subventions aux œuvres locales de résistance à l'antagoniste le plus redoutable de l'épargne populaire, celui qui à toute minute la tue en germe.
Nous avons voulu simplement indiquer les principaux moyens défensifs que nous croyons possibles. C'est en ce sens au moins qu'il faut à notre avis orienter les efforts, en répudiant toute concession au détestable monopole d'État, erreur économique énorme, instrument de grosses recettes plus dangereux actuellement en France que nulle part.
Les pessimistes démontrent qu'il n'y a rien à faire, ou même que, plus il existe de débits, moins on boit. Ces sopbismes sont des défis au sens commun, et quant à l'inertie, c'en est le propre que de se maximer. Nous pensons qu'il y a à faire, avec -de grandes chances d'aboutir, et nous avons précisé comment. Le fait certain est que là où l'on a enrayé, puis fait reculer le mal, c'est par ces moyens-là qu'on y a réussi.
22 mars 1899.
Nous avons été le confident de bien des témoignages fournis en toute simplicité par des observateurs directs de l'envahissement alcoolique. En voici quelques-uns qui offrent un intérêt particulier.
L'intensité du mal n'est nullement le fait des grands centres :
Vous vous plaignez de voir dans les villes les rez-de-chaussée dans certaines rues occupés presque tous par les débits. C'est la même chose dans nos bourgs. Plusieurs de ces débitants s'en vont en carriole à travers la contrée : ils dissimulent un tonneau rempli d'alcool, et s'arrêtent dans les hameaux, puis aux portes des métairies isolées, offrant leur détestable marchandise à 1 fr. 25 ou i fr. 50 le litre. Les hommes sont aux champs ; les femmes, inconscientes, achMent : c'est si bon marché 1
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On ne bnvait dans nos campagnes que dti vin blanc du paya ; le phylloxéra est venu, les vignes sont arrachées ; quelquea-uns replantent ; mais, en attendant la récoltP, on mélange l'alcool avec de l'eau ; peu A peu on augmente la dose, et voilà les paysans ïoués è l'alcoolisme. Chez eux, comme aux foires où ils trouvent toujours un préiexte pour se rendre, ils n'absorl>ent plus que celte l)oisson-l&.
1! en va de même dans les localités secondaires, t Le mal, me disait-on dans une commune de ce genre, s'aggrave ici, a chaque année, sous la pire forme, l'absinlbe : jusqu'aux « enfants qui prennent ce poison. » J'ai moi-même constaté souvent combien de gens, aisés ou non, passent là des heures au café, y retournent et y consomment plusieurs fois par jour, et je me demandais comment, sur de si modestes budgets domestiques, on pouvait prélever ces tributs k la plus stérile, ou plutôt à la plus pernicieuse des dépenses.
Non, le mal de l'alcoolisme n'existe pas que dans les grandes agglomérations urbaines. Les localités de second, de troisième rang.lesptus petites mêmes, en sont atteintes profondément, aussi atteintes que les villes surpeuplées, quelquefois davantage.
Lorsqu'on visite une de ces communes rurales si actives, si gaies, si charmantes, on éprouve une impression de stupeur pénible en apercevant tout à coup, sur la place, autour des tables de cafés ou de bars, à l'intérieur pendant l'hiver, au dehors pendant l'été, de véritables affluences de consommateurs qui se pressent. Des familles entières sont làj les femmes, même, hétas! les enfants! (<)
(IJ Voiol, dans cet ordre de choses, un témoignage saiaiEsant. L'inspecteur primaire de l'arrondissement d'Arles, M Taillefer, a démontré naguère [KH) que la consommation de l'alcool dans cette circoascription a presque quintuplé depuis une trentaine d'années. tJn journal toulousain, la Dépêche, avait noté oe cri d'alarme, et les persévérants efTorta de l'honnête fonctionnaire pour résister à l'enTahissemeut du fléau. Maie elle attribuait la funeste progreasion aux éléments étrangers, italiens surtout, se plaisant à croire que la beauté et la bonne humeur de la race provençale demeuraient intactes.
M. l'aillefer, arec la sincérité la plus courageuse et la plus louable, à dissipé cette illusion optimiste en envoyant ces renseignements i l'auteur de l'article :
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Un second point qu'on nous signale avec effroi est Taccroissement de l'alcoolisme chez les femmes, même dans les régions rurales :
J'ai été longtemps sans y croire : il m'a fallu l'approbation de tous les médecins pour fixer mon attention, et j'ai constaté qu'ils dhaient vrai. La femme ne va pas au cabaret : elle devient alcoolisante non par vice, mais en croyant se rendre la santé. Je vois disparaître des femmes
a Je vous remercie d'avoir bien voulu commenter les documents que j'ai rédigés en vue de combattre la consommation de l'alcool dans le merveilleux arrondissement d'Arles, où. la cigale, « chaste buveuse de rosée, vibre « la gaieté de ses chansons sous le ciel d'or », dans le beau pays, • foyer « de lumière où rayonnèrent les civilisations grecque et romaine », .dans cette Arles c où se forma le génie de l'art méridional » . Il nous faut malheureusement admettre a que la génération des gars arlésiens, quand ils ont < de ai belles filles à aimer », aiment encore plus l'alcool. La sobriété a fait place, ici, à la passion abrutissante du jour ; et ne croyez pas que l'immigration d'Italiens du Nord ou Piémontais et de Bretons en soit la cause initiatrice. Originaire du pays d'Arles, je fus surpris, à mon retour dans le coin 'natal, après une absence d'un quart de siècle, de voir boire^à toute heure du •jour et de la nuit, au café, à la maison, à la campagne et à la ville, l'alcool, sous toutes les formes connues, et, plus particulièrement sous celle de l'absinthe, qui, sous des apparences de plaisir et de joie, cache la stupeur et -la mort. J'examinai sans mot dire, je consultai les uns et les autres, et bien vite, j'eus la douleur de constater le mal profond dont souffraient mes corn- I>atriotes ».
L'intelligent inspecteur a recueilli de patientes et douloureuses 'observations :
t J'ai constitué, au jour le jour, un dossier de faits relatifs à rarrondissement d'Arles. On y trouve des suicides de toute sorte, des cas de deliriurk tremens, des genres de folies bizarres. Tous les âges et tous les sexes paient leur tribut. Et la preuve que la belle race arlésienne est profondément atteinte, c'est que tous les malheureux cités sont des Arlésiens d'origine.
c Tenez, la semaine dernière, deux cas typiques sont encore venus grossir mon sinistre dossier. Lundi, un cantonnier alcoolique invétéré s'est pendu après avoir absorbé, coup sur coup, quatre absinthes. Ceci se passait dans iin hameau situé à 21 kilomètres d'Arles. Le mercredi, une femme de 49 ans, et, par conséquent, jeune encore, est morte à Arles dans d'atroces soutIVances, se croyant dévorée par des araignées ; il est vrai qu'elle était arrivée à absorber journellement un litr^ de rhum. Si le premier était presque un besogneux, à la seconde rien ne manquait.
« Autrefois, les ouvriers agricoles se contentaient du vin comme boisson au cours des fortes chaleurs de l'été. Aujourd'hui les « balles » sont obligés de tenir à leur disposition la pernicieuse absinthe.
« Les jeunes conscrits sont allés jusqu'à remplacer dans la salade l'huile douce et bienfaisante par l'absinthe amère et corrosive. Quelle aberration du goût dès l'âge de vingt ans !
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encore jeunes ; le médecin me dît alcoolisme. Ce sont des femmes de petits cultivateurs : l'aisance est dans la famille, elles n'ont jamais bu avec excès, n'ont jamais connu l'apparence de l'ivresse. C'est le petit verre de chaque jour qui les mine. Après des couches, ou une maladie, la femme a pris un petit verre, pour se remonter ; puis elle en prend deux, puis trois ; il faut faire son travail : cela donnera de la vigueur. Petit à petit, elle s'intoxique ; l'appétit diminue; elle recourt de plus en plus au petit verre, qui lui procure momentanément le coup de fouet. Quand on appelle le médecin, il constate les ravages : presque toujours, il est trop tard.
Dans les villes, on ne peut dire que la femme ne va pas au cabaret : elle y attend souvent le mari aux abords des usines; on Taperçoit de plus en plus, môme dans les petites localités, sur les terrasses des cafés.
Contre l'alcoolisme féminin, il faut en appeler au dévouement féminin, qui fera surgir des associations comme la Woman's Christian Tempérance Union en Amérique, comme d'autres œuvres en Suède, en Suisse, en Angleterre.
Un directeur d'usine nous demande : que puis-je faire î Il ajoute : nous sommes nombreux, qui voudrions qu'on nous traçât un plan d'action.
ff Dimanche dernier, le président du comice agricole d'Arles, M. Granaud, grand viticulteur de la région, est venu me prier de donner, d'ans la saUe de la mairie, une conférence publique sur Talcooiisme, et rendez-vous a été pris pour un jour quelconque d'octobre.
< Voilà des preuves convaincantes du mal .
c Ce ne sont point, croyez-le bien, les Infiltrations étrangères qui ont fait délaisser l'usage raisonnable des vins généreux qui jamais ne nuisirent à .la beUe santé et k la bonne humeur de la race française, et qui ont introduit la passion alcoolique dans la Provence. Nous n'avons pas de Bretons .dans le pays, et les Piémontais, auxquels sont dévolus certains travaux pénibles et répugnants que les Provençaux n'exécuteraient pas, se c soû^ lent > le dimanche seulement avec le vin dont ils sont très friands.
c Comme vous, je voudrais que les Artésiens d'origine ne fussent pas atteints ; mais je me vois forcé d'affirmer que le mal est profond ici. Si les médecins avaient voulu me prêter leur précieux concours — je comprends leurs craintes et leur discrétion, —je serais arrivé à déterminer d'une manière très approximative, et peut-être précise, le nombre considérable d'enfants que la plaie alcoolique a stigmatisés dans ce coin de France dont J'ai entrepris la cure ».
Ce sont de cruels aveux, mais ils sont nécessaires. Sans être aussi malade que cette Normandie où certains bourgs de 1,200 habitants comptent ilO débits de boissons, la Provence est bien contaminée.
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Nul n'est mieux en mesure de discerner les modes de défense les plus topiques, dans un milieu industriel donné, (jue les chefs d'industrie intelligents et pénétrés du devoir, social : ils connaissent par l'incessant contact les habitudes, les façons de penser, les côtés accessibles de leurs ouvriers, et personne ne peut plus nettement, plus sûrement démêler t ce qu'il y a à faire ».
D'une façon générale, nous indiquerions quelques efforts qui partout peuvent être l'un ou l'autre entrepris :
1* Donner l'exemple, que rien ne vaut ;
2« Développer dans les familles du personnel ouvrier le goût et l'habitude de l'épargne ; dans ce but, établir sur place, par accord avec la caisse d'épargne locale, un service combiné (comme ceux de certaines manufactures des tabacs), surtout pour les soirs de paye, et tenir, en outre, constamment à la disposition des ouvriers un dépôt de ces timbresépargne dont la loi du 20 juillet 1895 a légalisé l'usage ;
3* Promouvoir, sous la direction d'ouvriers avisés et courageux qui ont là une belle mission à remplir, une ligue locale ; l'aider pécuniairement, la soutenir moralement ;
4" Demander à la municipalité la détermination de zones préservées en vertu de l'article 9 de la loi du 18 juillet 1880, la surveillance des débits, un enseignement antialcoolique dans les écoles communales ;
5<* Vulgariser, si possible, par des conférences de médecins, les dangers physiques de l'abus des spiritueux et l'erreur de la croyance aux bons effets de l'alcool ;
6*- Répandre des opuscules ou des livres de propagande, comme cette excellente étude de M. Ad. Coste, Le Dilemme social, alcoolisme ou épargne ; organiser une bibliothèque circulante (car le peuple aime à lire), des sociétés chorales, des lectures du soir ;
7*» Favoriser l'amélioration des logements, car l'amour du chez-soiet les satisfactions du Aome sont de puissants ennemis
Î62 LUS OUSTACLliS AU MlliUX-ÉTItB DU PEUPLE
iu bar ; seconder ou créer une de ces sociétés de conslruclion ou de crédit pour construction d'habitations à bon niar- :hé qui trouvent dans les lois du 30 novembre 1894 et du 20 juillet 1895 d'efficaces concours.
En vue de l'action légale que nous appelons de nos vœux, me proposition de loi importante va êlre déposée au Sénat [>ar un des rares hommes dont noire parlementarisme à faux l'a pas paralysé i'esprit d'initiative et le sens du progrès, M. Jules Siegfried. Cette proposition a été étudiée, à la Société 'rançaise de tempérance, par de vrais compétents, M. Bérenger, M. Siegfried lui-raême, M. Barthélémy, M. Cheysson, M. Gaufrés, M. Philbert. Nous voudrions rendre hommage à jiie œuvre aussi sérieuse, et marquer sincèrement en quoi elle nous parait exacte, en quoi susceptible peut-être de prendre ine forme plus complète avant l'épreuve parlementaire.
Ce que doit surtout viser une action légale, avons- nous dit souvent, c'est une hardie réduction du nombre des débits. Là, in erfetj dans la multiplication des lieux de vente, là et point ailleurs, est la cause principale de la dilTusion du mal : c'est ïontre cette multiplication que les lois suédoises et norvégienles intervinrent avec énergie. Contre elle aussi est orientée la proposition de lot.
Elle rétablit l'autorisation ineptement abolie. En môme emps elle applique pour la première fois le principe de la limiatîon numérique par voie de proportionnalité à la population : usqu'à ce que le nombre des débits ait été réduit à 1 pour 200 labitants, l'autorisation sera subordonnée à la condition d'en -acheter un ou plusieurs dans l'arrondissement à Pariset dans e canton ailleurs ; quand le nombre sera descendu autleslous de 1 pour 300 habitants, il ne sera accordé qu'une autoisation par trois vacances, puis par deux vacances. Tout iébit ayant cessé d'exister depuis plus de six mois sera onsidéré comme supprimé. Il va de soi que les débitants ictuels sont dispensés de l'autorisation.
La proportion u'est-elle pas bien élevée? Dans des agglonéralions comme Lyon et Marseille elle laisserait subsister
l'alcoolisme : moyens de bkfbnse 568
près de 2,500 débits, ce qui deraeure énorme. A Boston, on' fixa^ en 1889, 1 débit pour 580 habitants ; en Hollande, depuis la loi de 1881, 1 pour 500 dans les communes de plus de 50,000 âmes. Et puis, combien durera cette période^ d'attente pendant laquelle les autorisation^ seront subordonnées à un rachat ?
Je n'ai trouvé dans le projet aucun essai de francisation du système de Gothembourg. II a dû apparaître comme trop' diflicile. Cependant, reconnaître à des sociétés de bien publiele droit de racheter, comme en matière d'expropriation pôUf utilité publique, les débits existants dans toute commntie qui> aurait librement adopté ce régime, et concéder à ces sociétés la vente d'une marchandise reconnue dangereuse, en quoi cela serait-il plus contraire à la Constitution et aux lois que le monopole des allumettes ou des concessions de tramways ? Elles prélèveraient 5 7o pour l'intérêt des capitaux, et vèrse^ raient des tantièmes de leurs bénéfices à la commune, puis à des œuvres d'utilité populaire. N'y aurait-il pas lit de quoi décider les communes dont les budgets sont obérés ? Et Tinsn trument est si fort !
Le projet laisse avec le caractère facultatif pour les maires la détermination de zones préservées, qui ainsi restera lettre morte.
Mais que ce premier pas est considérable et vaillant ! H faut y applaudir de tout cœur. Le succès qu'a obtenu M. J. Siegfried en matière d'habitations à bon marché, et pour un hardi commencement de réforme successorale, permet quelque espoir.
Pas plus pour Talcoolisme que pour d'autres maux, il n'y ^' de fatalisme social^ et Taction libre de l'homme n'est impuissante.
10 avili 1699. * '
Il est sensible qu'une révolte contre l'envahissement du fléau alcoolique naît enfin dans ce pays, et qu'elle ne se satisfait plus de la forme démonstrative ^ mais tend à agir. Nonséu-
564 LBB OBSTACLKS AU MIBUX-ETRE DU PEUPLE
lement on comprend, on dénonce de tous côtés l'étendue, la niarche ascensionnelle, les répercussions sans nombre du mai ; mais on réclame des initiatives de défense, des mesures immédiatement applicables, et jusque dans les assemblées électives, là où il faut braver la prétendue puissance électorale des marchands de poison, dans tels conseils généraux ou municipaux, dans les Chambres. La question du nombre des débits à réduire par contrainte légale, — Taurait-on cru, il y a quelques années ? — vient d'être posée devant le Sénat (')« comme la pose au même moment devant le Sénat de Belgique un projet de loi dont nous voudrions voir imiter d'autres points et surtout la tonalité générale plus énergique.
Si la proposition Siegfried -Bérenger n'est pas ouvertement combattue, Ten terre ra*t-on dans les oubliettes d'une commission ? Â ceux qui abordent avec un noble courage un essai législatif sérieux, apportons plutôt que ces doutes des concours qui peuvent être aussi efficaces que les lois. Nous avons l'impression que, si TefTort propagandiste et l'effort parlementaire persistent, on touche à un commencement d'action.
Que, pour une grande part, la plus grande peut-être et la moins incertaine, la défense contre l'alcoolisme doive viser les générations nouvelles, c'est l'évidence. Mais comment s'exercera avec force le rôle des éducateurs de Tenfance ?
Par l'exemple avant tout. L'instituteur doit le donner hautement s'il est digne de ce titre. Le maire d'une commune agricole nous confia avoir eu un instituteur intelligent qui buvait, qu'on déplaça, et qui se suicida peu après dans un accès de rfe/iVit/m tremens\ puis un autre jeune maître, moins capable, qui, hors les heures de classe, ne quittait pas le café voisin, et qu'une protection de député flt avancer, malgré l'inspecteur primaire : leur successeur, fort méritant, n'entre
(1) n faut féliciter les auteurs du projet d'avoir porté à 300 habitants ia proportion que nous avons sig-nalée, à 200, comme trop peu restrictive.
iJ
l'alcoolisme : moyens de défense 565
jamais au café. Sans croire que ces cas soient fréquents (nous avons eu souvent la preuve du contraire), il faut affirmer que la plus active leçon de l'instituteur est ici celle de ses habi* tudes personnelles.
Il peut ensuite servir la bonne cause par des procédés variés : 1* renseignement des dangers de toute sorte de Talcoolisme, et surtout, puisque là sera la crainte salutaire, celui des dangers physiques, un enseignement simple, élémentaire, clair, guidé par de bons manuels, intensifié si possible par des images qui se gravent dans le cerveau de Tenfant ; 2* la vulgarisation des idées d'épargne et de tempérance ; 3* la pratique de l'épargne scolaire, facilitée par Tusage des timbres, et qui bien des fois remonte des fils aux parents ; 4* lorsque l'enseignement a frappé les esprits, la formation de petits groupements de tempérance comme il en existe 23,000 ou 24,000 en Angleterre ; 6^ des conférences demandées à des spécialistes (des médecins par exemple) présentés par les sociétés ou ligues et agréés par l'autorité universitaire ; car ceux-là peuvent aller un peu plus loin que les instituteurs moins compétents en la matière ou tenus dans certaines localités à ménager soit un préjugé, soit une industrie. Il est inutile d'ajouter qu'en tout cela, l'école libre doit rivaliser pour le bien avec Técole communale : elle est plus maîtresse de sesprogrammes ; elle participe encore trop peu (au moins selon mon expérience directe) à l'épargne scolaire.
Hestreindre la lutte à Técole parait insuffisant. On tend de plus en plus, dans l'enseignement public comme dans l'enseignement libre, à développer, après le temps de l'école et à côté d'elle^ des œuvres éducalrîces. Ces œuvres post-scolaires n'ont peut-être pas encore assez compris tout ce qu'elles pourraient faire contre ^alcoolisme. M.E. Petit est de cet avis pour les écoles publiques et conseille d'orienter en ce sens les formes diverses de l'école prolongée^ cours d'adultes, lectures, conférences, associations d'anciens élèves, sociétés d'ins-
666 LEE OBSTACLES AU MIEUX-ETRE DD PEUPLE
Iniction populaire l*'), etc. Pour les écoles libres, ce passage d'une lettre d'un étudiant en droit montrera sur le vif ce que l'iaitiative de chacun peut Taire :
. 1 1) t'n iiiHtituteur primaira de ^lanieille, M . Goulet, a eréé daas qd bU' bourff une de ces socié(.é>i d'tklucatîoii populaire sous le nom d'Athénée de St-Bamabé, 11 a. présente â la Lîgrue marseill&ise contre l'alcooliamB un rapport sur les débuts du ronctionnement (mai 1901) ;
< Notre premier soin a ét^ de monter notre bibliothèque d'ouvrages inetmctifs, bien écrits et intéressante. Nous possédons actuellement 95t lintt ou hrocbures, dont une cinquantaine proviennent de dons, et qui ont donné lien ik 134 prêts à ce jour
< Nos 63 sociétaires et les membres de leurs fumilles ont, aussi rëguliérepieut que le temps le leur a permis, assisté aux conférences que nous avooi orRaniséet. La moyçnne'dea présences a été de SO ; nous avooseu jusqu'à ISI personnes se pressant diins notre salle. Les dames oat pris gi>ùt à nos (Mirées, et quelqu^-uoes sont des Bdèles de nos causeries. A la vérité. Je dois 4>re que, si à certains soirs nous avons une grande affluence. c'est quand nous pouvons joindre un attrait tel que projections lumineusee, ou séance de grsptiophone, ou encore audition musicale ou dramatique, à la parole élégante et persuasive de causears distingués.
* Des conférenciers pleins de savoir nous ont prSt^ leur bienveillant concours avec tant de gracieuseté que nooB avons pu (eu dehors de la réunion ^nérale dans laquelle j'ai c:(|iosê le but que nous devons poursuivre et qui a eu la valeur d'une véritable conféreucc, non par mon taleoC oratoire, J'en suix totalement dépourvu, mais par le haut intérilt que présente le sujet luimême), organiser ncufconrérences.
. ■ Nous avons, en résum>^, entendu 16 causeries intéressantes.
• A nos ouvragcR, nous voulons joindre, au fur et à mesure de leur apparitton, quelques-uns des livres qui ont un véritable succès, tels que Cyrano, J'AipIon, Quo Vaille, les Tronronr du glaive, etc. Nos cotisations ; suffiront, de mSme qu'elles nous permettent de couvrir nos frais généraux, loyer, éclairage, chauffage, etc. -
' • Les projections ayant beaucoup de sucei''3, nous désirons acquérir un appareil, car il est difficile de s'en faire prGter un, et la location en est trop onéreuse pour nous.
' « La comédie, la partie dramatique, musicale, les monologues plaisant
;t)e^ucoup, nous avons l'intention d'organiser une petite scôno, qui, tonte simple i!t rudininnlaire qu'elle sera, nous jMîrmettra de joindre un grand attrait à nos conféroncfs, ut, le dimanche, d'organiser quelques matinées
' pour lutter plus efficacement contre le cabaret et nous amener de nouveaux adhérents.
€ L'été, nouK ne voulons pas abandonner nos réunions ; elles seront moins IVëqUeutes, nous les e»paceiHiiia davantage, mais oUes auront lieu quand
.infmé. ai nous nous arrl^tions, certains ec»u;raierit de s'intéresser à nous. -
« IV's la Kiiison procliainc, au mois d'uctolirii, nous recommencerons comme
nous l'avons déjà fait, mais mv des bases mieux arrêtées ; les conféreDCcs
formeront une suiti.', inirout un unsemblu mieux coordonné. Nous aurons
L alcoolisme: moyens DB DEFENSE
Avec l'aide d'un groupe de camarades, je viens de fonder une ligue scolaire contre Talcoolisme dans un patronage que je dirige. Comme des récompenses sont promises aux enfants qui se signalent dans la propagande, il arrive, toutes les semaines, des enfants demandant & être admis au patronage pour faire partie de la ligue, et tant d'hommes ont été gagnés par leurs enfants que cette petite ligue va devenir la base d'une ligue rayonnant sur le département. Jusqu'ici on ne songe aux ligues scolaires que pour Tavenir ; ne pourrait-on les utiliser comme moyen de former des ligues d'adultes ? Les enfants sont très fiers d'être traités comme des hommes, et n'ont pas peur du qu'en dira-t-on.
L'école se bornera le plus souvent à la partie d'étude, donnant les préceptes et les conseils ; le patronage (j'entends aussi bien le neutre que le confessionnel) recueillera les fruits de cette instruction théorique et formera les ligues d'action. 11 peut d'ailleurs, par des cours du soir appropriés, remplir la mission d^enseigncment aussi bien que l'école, et il offre cet avantage considérable qu'il ne voit pas ses membres se disperser, parce qu'on peut demeurer toute sa vie au patronage, au lieu qu'on cesse d'être écolier à treize ans.
Il est une autre école d'où il est nécessaire, et facile, de réagir contre l'alcoolisme : c'est la caserne. Nous savons que nos officiers ont réformé certaines habitudes du passé. Mais, au-dessous d'eux, le mal subsiste : « Les bleus, nous écrit- « on, sont mis à contribution par les anciens pour payer la « goutte, l'horrible goutte. Des jeunes gens qui n'avaient « jamais bu de Talcoolle matin commencent, pour ne passe « faire remarquer, A chaque occasion, mandat-poste reçu de « la famille^ pari, corvée, c'est toujours la goutte. Au bout « des trois ans de service, comment la funeste habitude ne « serait-elle pas contractée ? Interrogez des jeunes gens de « toute condition, les témoignages concordent. »
plusieurs causeries sur l'hyg-iène de l'adolescent, de l'adulte, du vieillard, de la maison, sur des sociétés de secours mutuels, de cooi^ëration, d'assurance en cas de de'eès, de retraite, etc. . . •
Ce qui nous frappe surtout dans Tœuvre engagée par ce g^roupe de modestes pionniers, le voici. Nous estimons, à Tinverse des partisans de ligues centrales parisiennes, que la seule défense utile du peuple contre le mal alcoolique sera l'action locale. Or c'est ici l'action locale portée au maximum, puisqu'elle s'exerce dans l'étroit ra^'on d'un quartier urbain, où elle est par toutes sortes de raisons bien plus efficace. Si dans tous les quartiers d'une ville cet exemple était imité par un petit (^roilpe d'habitants, le résultat serait infaillible.
568 LKS OBSTACLES AU MIEUX-BTRE DU PEUPLE
La République des Étals-Unis vient de monirer la voie ù suivre. La Ciiambredes Représentants a volé une loi qui interdit la venle des eaux-de-vie dans les camps et postes militaires. L'expérience de la dernière guerre a été décisive. Les Anglais, dans la campagne du Soudan, ont proscrit l'alcool même de la table des officiers, ce qui a permis des marches forcées sans maladies.
Nos offlciers ont un beau rôle de devoir social à remplir, par l'exemple, la causerie, les conseils, l'usage del'aulorilé (i). Puisque nous nous occupons icide procédés pratiques, il en est un très simph; l'interdiction aux cantinicrs de vendre aucun alcool, de quelque nature qu'il soit. Ce sera la plus grande partie de la journée prise sur l'ennemi, et la plus importante ; car l'elTet des alcools absorbés à jeun le malin est particulièrement pernicieux.
Par quels modes pourrait s'exercer l'intervention des caisses d'épargne? La façon la plus simple de répondre me parait être de résumer nos essais (*) à la Caisse d'épargne de Marseille.
Le point de départ, que je crois exact, est celui-ci : l'antagoniste direct de la caisse d'épargne, et le pins redoutable contre lequel elle doive proléger l'épargne populaire, c'est le débit de boissons, caisse d'épargne à rel)ours.
Quels procériés a employés la Caisse d'épargne de Marseille ?
(1) Cf. un excellent article de M. J. Cazajeus dans la Réforme sociate du 16 janvier 1898,
(î) L'idëc, qui étîiit neuve, parut ml juste que, jusqii'e[i Amérique, la presse aignala, en l'apprjuvant, l'intervention des caisse» d'épargne (l!ie Nation et Eoenini) PqH de Kew-Vorli , 18 et 19 ftoi^t 189i ; Flàlfast Morning Neica and Iriah iVt-it», 1" oelobr,: 189i), La WoU.aioirUchaflIiclie Zeitichrift. Dij Sparl!aBae, du 13 oetubre 1K9i, ilans un article de M. Claussen, l'ancien et distingue directeur de la Caisse d'éparg-no de Upême, reromuianda l'exeni' pie au.t caîsKCs'd'éparg'ne de l'Allemague, d'ailleurs bien plus avancdes que les nôtres.
l'alcoolisme : moyens de défense 569
a) l'épargne des sous, facilitée par les timbres-épargne de 10 centimes qu'a légalisés l'article 8 de la loi du 20 juillet 1 895. De la création, 1" février 1891, au 1" janvier 1899, il en a été vendu 2,959,490, avec ce trait intéressant que^ au lieu de diminuer après une première vogue, le succès est allé croissant : en 1894, 339,851 timbres venduç ; en 1895, 363.248 ; en 1896, 418,385; en 1897, 494,927; en 1898, 570,567 (»). Ce champ de préservation de l'épargne embryonnaire serait indéfini si on était secondé par les chefs d'industrie au moment de la paye, par déjeunes prêtres écoutant les conseils du vaillant évèque de Nancy, par des pasteurs, par des présidents de sociétés ouvrières, par desimpies hommes de bien ;
b) des conférences populaires par de jeunes médecins dans les quartiers ouvriers ;
c) des subventions à la Croix-Bleue ;
d) Isi distribution, notamment dans les écoles de tout le département, d'un ouvrage de propagande écrit à la demande de l'institution par M. Ad. Coste, Alcoolisme ou Épargney et d'almanachs d'épargne ;
e) des bibliothèques populaires circulantes confiées aux instituteurs dans divers quartiers ouvriers, et dotées peu à peu d'ouvrages de voyages, de géographie, de sciences appliquées, d'histoire patriotique ;
/) un enseignement de tempérance et d'épargne subsidié dans les écoles primaires des quartiers ouvriers, d'accord avec l'inspection d'académie, par un cours qu'aide la remise d'un manuel el de planches ; ceci remonte à 1893, quatre ans avant que l'arrêté ministériel du 9. mars 1^97 ait introduit dans les programmes des notions sur les dangers de l'alcoolisme ; onze écoles sont déjà pourvues ;
^^ des encouragements à l'épargne scolaire, récompenses aux maîtres qui la développent, prix aux élèves qui se distinguent ;
(1) En 18S9, 5î8./i98 timbres vendus; en 1900, 520.0^9; en 1901, 519.665; au 1" janvier 1902 depuis la création, 4.635.823. sur lesquels 4.058.867 avaient été versés comme dépôts de 1 franc par la rentrée des cartons.
570 LES OBSTACLES AU MIBUX-BTRE DU PEUPLE
h) un très large concours sous des formes diverses à l'amélioration des logements ouvriers ;
i) une initiative qui a réussi à promouvoir une ligue locale contre l'alcoolisme.
Combien il est regreltable que la mutilation de l'article 10 de cette loi de 1895, qui a apporté plus d'un progrès aux caisses d'épargne, ait restreint et entravé dès le début cette œuvre si appropriée à leur mission Q) ! Rien ne fait souhaiter davantage le rétablissement, réclamé par la commission supérieure et la grande majorité des caisses d'épargne, de cette disponibilité d'une parcelle de leurs bonis en œuvres locales de prévoyance qui, très étendue en d'autres pays, y porte des fruits admirables.
Que vaut la thèse socialiste qui attribue l'alcoolisme à la misère î C'est incontestablement une théorie dangereuse en ce qu'elle oppose aux efforts de résistance une excuse ou une justification systématique de l'abus des spiritueux, présenté tantôt comme une pratique réchauffante ou réparatrice, conséquence inéluctable d'un travail manuel outré, tantôt comme un minimum de plaisir ou d'illusion dû à l'homme privé de tout. Mais est-elle exacte ?
Laissons tes raisonnements. Les faits fournissent deux réponses décisives :
1* Il y a de l'alcoolisme à tous les de^^rés de l'échelle sociale, et dans les milieux aisés il y en a plus qu'on ne le croit ; les
(1) On renchérit encore sur ces restrictions par des interprétations étroites. Ainsi, quoique les allocations aux bibliothèques populaires et aux cours de tempérance rentrassent et par leur nature et par leur extrême modiciié dans les termes mêmes de l'exception admise par le ^ IP de Tlnstruction du 20 décembre 1895 au principe de Tinterdiction des libéralités, ces deux sortes d'allocations ont fait Tobjet de critiques de l'inspection des finances. Le conseil des directeurs de la Caisse d'épargne de Marseille a décidé de ne plus renouveler les allocations aux bibliothèques, et de transformer les subventions aux cours de tempérance, maintenant inscrits aux programmes officiels, en récompenses aux instituteurs qui auront le mieux f.H et aux élèves qui auront le mieux suivi ces cours (avril 490â).
l'alcoolisme : moyens de défense 57 1
prolétaires n'en ont pas le navrant privilège. L'alcoolisme n'est donc pas un résultat de l'indigence ; c'est un vice individuel indépendant de la condition^ comme on l'établissait il y a trois mois dans une réunion suisse, à Hottingen ;
2"" L'acte d'alcoolisme n'est pas un simple excès physique, mais implique une dépense relativement forte par la fréquence de consommation, ce qui est contradictoire à Tétat de misère qui est le postulat de la discussion. On a calculé que le gaspillage en apéritifs, alcool, absinthe, pour les ouvriers sans intempérance notoire, représente de 7 1/2 à 8 ou 9 Vo du salaire, et que les intempérants notoires y affectent le double et même le triple. On nous signalait naguère Tinternement dans un asile d'aliénés d*un humble employé à demi-ouvrier, qui buvait une dizaine de « pernod » par jour :. il payait à la fin du mois, quand il recevait ses émoluments, des notes de 15 à 20 fr. au bar dont il était l'habitué : Talcoolisme le menait à la misère, en quoi était-ce l'effet de la misère? Le vrai est que l'alcoolisme est un impôt volontaire et lourd, qui suppose non l'absence de ressources, mais l'existence de ressources qu'il détruit.
11 est bien plus souvent aisé de constater, à l'observation, une cause de misère dans l'alcoolisme, que de démêler dans la misère la part d'influence qu'elle peut avoir eue sur l'alcoolisme. Et l'alcoolisme ne sera imputable pour une part à la misère que dans la mesure où la vie morale sera éteinte : je ne crois pas qu'on le rencontre dans la famille la plus pauvre où auront subsisté des croyances morales.
Ce qu'on a le droit de dire, c'est que la misère, surtout par la complication de Tignorance, est une circonstance atténuante, et que mille fois plus coupable est Talcoolisme des milieux aisés.
2J décembre 1900.
Pas plus pour refouler l'alcoolisme que pour activer la natalité, nous ne croyons beaucoup aux mesures fiscales. Peut-on voir dans la loi que vient de voter la Chambre sur les impôts
572 LES OBSTACLES AU MIEOX-BTRE DU PEUPLE
des boissons un moyen défensif puissant contre le mal alcoolique ? Elle dégrève les boissons dites hygiéniques, vins, cidres, bières : ce dégrèvement descendra-t-il jusqu'aux petits ménages, et la baisse chez les détaillants y correspondra-lelle ? Elle surtaxe l'alcool et augmente le tarif des Hcences, Talcool coulera donc un peu plus cher ; en boira-t-on sensiblement moins, et la majoration atteint-elle le point où elle entraverait la passion prête à surpayer (*) ? Souhaitons que la loi ait quelque utilité de ce genre ; mais gardons le nom de « réforme », que la phraséologie parlementaire donne à ce remaniement de fiscalité, pour des eiïorts plus efficaces.
Quand on voudra décidément enrayer, puis faire reculer le fléau, il faudra s'orienter vers d'autres procédés. Nous en avons précisé quelques-uns. Dans le domaine de la loi, qui n'a pas plus en celte matière qu'en bien d'autres de vertu supérieure ou même égale à celle de l'action libre, le meilleur de ces procédés est une réduction hardie du nombre des débits, foyers de tentation et lieux de vente. Nous avons applaudi à une première tentative en ce sens, la proposition de loi déposée au Sénat par M. J. Siegfried, qui dut peut-être pour une part à cet acte courageux son éviction provisoire, et par M. R. Bérenger, dont on ne compte plus les nobles initiatives. En attendant qu'elle émerge des limbes, nous voudrions signaler une proposition du même ordre, plus développée et poussée, que présenta en Belgique, le 8 novembre 1898, à la Chambre haute là aussi, M. Le Jeune, ancien ministre de la justice, et qui n'est pas encore venue en discussion, mais qu'ont adoptée les commissions réunies de la justice et des finances.
Elle tend, en tenant compte des mœurs et des besoins de ménagement pour certaines industries, à supprimer la vente de la boisson la plus nocive et à restreindre graduellement pour les autres boissons dangereuses le nombre des débits. L'idée fondamentale, et d'où la réglementation découle, est que le
(Ij Par exemple en portant d'un coup le prix du petit verre au double ou au triple.
L'ALCOOLISMii '. MOYENS DE DEFENSE 573
législateur considère le débit de spiritueux désormais non plus comme Texercice d'un droit, mais comme une tolérance, dès là que la science a délinitivement affirmé le caractère malsain du produit et le péril de le répandre.
La liqueur d'absinthe étant la plus redoutable, une prohibition absolue est édictée contre elle : il est interdit de la vendre, de la livrer, de !a« donner à boire, même gratuitement, dans tout lieu accessible au public. Combien une telle proscription s'imposerait plus fortement encore en France, puisque, hélas ! M. Le Jeune, dans son exposé de motifs, dénonce sur ce point, le • douloureux exemple d'un pays voisin i, conseillant de se hâter pour étoulTer le fatal absinthisme en germe, et qu'en France la consommation aura bientôt décuplé depuis 1880 !
Pour les boissons alcooliques distillées, les boissons fer« mentées contenant plus de 18 ""I» d'alcool, et les liqueurs à base d'alcool, le principe est l'interdiction de vendre au détail, c'est-à-dire moins de 5 litres ; le fait de les donnera boire gra-^ tuitement est assimilé à la vente, liien ne sera licite qu'au titre de tolérance.
La tolérance est admise pour le débit des boissons alcooliques distillées et des liqueurs à base d'alcool à consommer sur place^ mais exclusivement dans les cafés, cabarets et estaminets pour lesquels une dispense de prohibition aura été accor^ déc par la députation permanente du Conseil provincial t encore sont exceptés les buffets ou buvettes de chemins de fer ou tramways, les débits établis dans des immeubles aiïec* tés en tout ou partie à un service public, ou appartenant à l'État, à une province, à une commune, à un établissement public, les boutiques où les boissons sont débitées sur le comptoir. Le gouvernement pourra désigner les édifices affectés à un service public autour desquels la dispense est impossible dans un rayon qu'il fixe.
La dispense de prohibition doit être accordée à tout débit existant dans les conditions légales au jour du dépôt du projet, pourvu qu'à l'époque où il a été ouvert le nombre dea
574 LBS ORBTACLISS AU MIBUX-ETBB DU PBUPLB
débits n'atteignit pas dans la commune un nombre jugé excessif. C'est, comme dans le projet français, la pensée de subir les débits actuels. Dans !e projet français, il n'y a limitation numérique que pour Tavenir : tous les débits existants sont exempts d'autorisation ; puis, jusqu'à ce que le nombre en soit revenu à 1 pour 300 habitants, toute autorisation est subordonnée à la condition d'en racheter un ou plusieurs, et, quand la proportion de 1 pour 300 habitants est atteinte, on n'accordera qu'une autorisation par trois vacances, ensuite par deux. Dans le projet belge, le débit actuel n'est maintenu que s'il a été créé avant que le nombre dans la commune atteignit 1 par 30 habitants (i). Cette dispense suit l'immeuble. Elle est temporaire^ et la durée en est réglée pour chaque débit d'après le nombre de ceux qui existaient dans la commune lorsqu'il a été ouvert : cinq, dix, quinze ou vingt ans, selon que ce nombre atteignait 1 par moins de 40 habitants sans dépasser 1 par 30, 1 par moins de 50 habitants sans dépasser 1 par 40, 1 par moins de 70 habitants sans dépasser 1 par 50, 1 par moins de 100 habitants sans dépasser 1 par 70. L'octroi de ces dispenses attachées à un immeuble constitue uii régime transitoire, auquel succédera, à mesure qu'elles s'éteindront, un régime normal de limitation, dans lequel les dispenses de prohibition seront personnelles et viagères. Le nombre des débits oCi la consommation sur place sera alors tolérée est fixé comme suit :
1 par 150 habitants dans les communes de moins de 10,000 âmes ;
1 par 200 habitants dans les les communes de 10,000 à 20,000 âmes ;
1 par 250 habitants dans les communes de 20,000 à 50,000 âmes ;
(1) En mars 190 1, en Suisse, dans le canton de Genève, était pt^ësentë un projet de loi qui limite le nombre des débits pour la oonsommation sur place À 1 par 150 habitants, toute fraction au-dessus de 75 comptant pour 150, l'autorité communale demeurant maîtresse de la répartition par quartiers, et le cumul avec d'autres commerces étant interdit*
l'alcoolisme : moyens de dbfknse 575
1 par 300 habitants dans les communes de 50,000 ftmes et plus.
Encore, les conseils communaux ont-ils la faculté d'abaisser ces maxima dans leurs communes.
Dans une ville comme Lyon ou Marseille, le projet français, quand on aurait rétrogradé par une longue période de rachats de plus de 4,000 à 1,500 débits^ ne comporterait plus qu'une autorisation par trois, et plus tard par deux vacances. Le projet belge pose, après une phase plus courte de transition, la limitation absolue à 1,500. La différence est grande. Et cependant, au point de vue de la redoutable multiplication des débits comme à celui des difficultés à rencontrer dans les mœurs, toutes les objections possibles en France le sont chez nos voisins de Belgique.
La police des débits où la tolérance est concédée appartient au gouvernement, ce qui prévient les abus locaux et les faiblesses. Elle entraîne une réglementation qui soumet à des conditions de dispositions intérieures, de dimensions et d'emplacement des locaux, Toblention de la dispense. Le cumul de tout autre commerce de détail est interdit. Les pénalités pour infractions à la loi consistent surtout dans la fermeture pendant un certain nombre de jours ; l'amende et Temprisonnement sont appliqués. C'est aux juges de paix qu'est dévolue la connaissance des délits quand la peine n'excède pas un emprisonnement de sept jours ou une amende de 50 francs, et que Ja durée de fermeture ne dépasse pas quinze jours.
. La distribution gratuite dans les lieux de divertissement à entrée payante est assimilée à la vente prohibée.
. Un écriteau portant les mots débit d'alcool fait connaître la destination. Toute réclame par affiche, image, exposition est interdite.
Les prohibitions (sauf pour l'absinthe) ne s'appliquent point aux hôtels, auberges et restaurants, où le débit est l'accessoire -nécessaire d'une industrie qui a pour objet le logement et la nourriture ; mais la vente et la distribution gratuite sont inter-
576 LES OBSTACLES AU MIEUX-KTRE DU PEUPLE
dites dans les établissements où le logement est fourni par chambrées.
Telle est Téconomie de la proposition de M. Le Jeune. On peut lui reprocher quelque complication ; mais elle a le mérite de placer franchement Talcool sous le régime des précautions légales relatives aux poisons, et d'offrir un faisceau serré de mesures combinées avec soin pour réduire le nombre des lieux d'intoxication.
M. Le Jeune s'est demandé si Tétendue du danger n'imposerait pas une deuxième étape, un monopole à production décroissante. L'idée est traduite dans une autre proposition de loi qu'ont déposée le 25 juillet 1899, à la Chambre des Représentants, MM. Carton de Wiart, Denis, Lorand^ Renkin et Stouffs. Il s'agit d'un monopole d'État pour la distillation, la rectiflcation et l'importation, sans toucher au débit. Les distilleries privées seraient supprimées et leurs propriétaires indemnisés. La quantité d'alcool à livrer à la consommation serait déterminée annuellement par arrêté royal, sans excéder 50 millions de litres pour la première année, et diminuant de 2 millions chaque année jusqu'à ce qu'elle ait atteint un chiffre fixé par la loi. L'arrêté déterminerait le prix de vente, en partant de 200 fr. par hectolitre d'alcool rectifié et en élevant ce prix d'année en année de telle sorte que le produit de la vente reste constant malgré la réduction de la quantité livrée à la consommation. L'État vendrait par 150 litres au moins contre payement au comptant. L'alcool destiné aux usages industriels ou domestiques serait dénaturé, par 150 litres au moins, au prix de revient majoré de 10 •/© à titre de bénéfice. Des sanctions pénales garantiraient l'observation de la loi.
S'il y a beaucoup à prendre dans le projet de M. Le Jeune, nous n'en dirons pas autant de celui-ci. Ce nest pas le lieu d'en analyser les erreurs, ni de montrer combien elles deviendraient plus graves dans un grand pays. Que seraient eu France les indemnités, rachat des bâtiments et du matériel^ dédommagement pour privation d'industrie, sans compter les reprises des provisions d'alcool existantes ? A quel prix l'État
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ac;hèterait-il les matières premières nécessaires à la distillation, et qui déterminerait les cours quand il serait Tunique 2|cheteur? Qu'est-ce qu'un État distillateur et marchand de poison (*), intoxiquant sous sa garantie ? Ne parlons pas de liberté de l'industrie où il s'agit d'arrêter un fléau : ces études £('inspirent plutôt, on le sait, d'une sociologie large . et équitable que d'un libéralisme économique abstrait et intransigeant. MaisenSn tout ce système, et a fortiori le monopole iptégral que préconisent, plus conséquents d'ailleurs {^), MM. Van derSmissen, P. Berryer, Cauderlier, soulèvent ces questions : quand fut-il plus inopportun d& laisser influencer la législation et l'économie nationale par des tendances con* traires à toutes les tendances réelles de notre temps ? L'esprit public réclame une simpliiication administrative, et il s'agirait de construire la plus vaste peut-être des administrations d'Élat ! Il appelle la diminution du stérilisant fonctionnarisme^, et on lui offrirait une pullulation de fonctionnaires nouveaux ! Il est peu d'entre nous que n'irritent chaque jour les défectuosités des monopoles d'État, allumettes, postes, téléphones, tabacs, et on en inventerait un gigantesque ! Qui peut nier que la logique des choses pousserait vite jusqu'au monopole intégral', et que celui-ci intéresserait l'État, dans la marche constamment ascensionnelle de ses besoins financiers, à ménager une peste fructueuse au lieu de la combattre ?
Un alcool d*État... Il est malaisé de dire par quel aspect qette conception est plus répulsive.
Les pays qui ont réussi plus ou moins complètement à réduire l'alcoolisme sont ceux qui ont recouru non pas à Téta-: tisme, mais à l'action locale, à la libre association favorisée, à la limitation numérique des débils, au mandatement de groupes de bien social pour la vente. Le vrai rôle du législa-* teur serait : 1** d'encourager avec force l'initiative civique et
(1) Aucun alcool diatillë n'est hygiénique, a dit M. Dudaux, et, au delà d'une certaine limite, l'alcool le plus pur devient dangereux.
<2) Comma l'est M. H. Denis, socialiste doctrinaire, punai les signataires > de la proposition.
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locale, la meilleure ;S° de limiter le nombre des débits suivant une proportionnalité générale, avec faculté pour la commune d'abaisser celte proportion, el en rendant obligatoire, pour les municipalités, la détermination de zones préservées qu'a simplement autorisée la loi du 18 juillet 1880.
La première partie de ce programme n'a rien d'utopique ; c'est déjà un fait d'observation quotidienne que sous l'influence des propagandes antialcooliques l'usage de l'eau va s'accroissant dans les milieux aisés, et la contagion de l'exemple, parallèlement à la vulgarisation précoce par l'école, agira sur la masse populaire ; on signale c^ et là quelques symptômes. Il faudrait soutenir les eiTorts en ce sens, de manière à précipiter te mouvement d'opinion qui commence, et aborder la deuxième partie du programme, s'attaquer aux débits, y porter la hache légale : la proposition si étudiée de U. Le Jeune peut, sur ce point, fournir des éléments très utiles(').