OU PAR LA COACTION LÉGALE
29 juillet 1900.
Certains symptômes, et en des pays très dissemblables, nous paraissent en ce moment dénoncer un amoindrissement et un recul des tendances aux doctrines d'étatisme et de coaction légale en matière sociale. L'opinion qu'au point où en
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i de l'État sont appelées à plus étendues d'activité, et e, avait pris depuis quelision singulières. Mais tout }S de contenir une intrusion lossible résoudre les diffl- ' jroupes qu'elles intéressent >rcée, mais volontaire, des ■espective des deux concep-
n de noter le fait que les parler des systématiques, il n'était pas.
s caractéristique (ut la vota- Suisse.
issurance obligatoire d'État , élaborée pendant dix ans, res k l'unanimité moins une ous les partis, de la droite se presque entière la vantait enèveet \a.Gasette de Laupart des comités qui, d'ordide référendum ; «nepropala soutenir. Malgré ces ;aatpagne où la question Tut peuple repoussait la loi par
i étatisants ont cherché des itjugé à la mesure de Tinté- Et une vue générale, le texte ons sont exactes, elles por* >ute législation de ce genre :
inévitable, et c'est en sacrî-' j'elle prétend servir l'utilité uisse, une des plus éclairées s à l'activité civique, a repu-
84 lA LIBERTÉ D'ASSOCrATION KT Dfi PONDATIOK
dié uDe orgaDisatioD où le concours de l'Élat se chiffrait par des aubveiitions annuelles de 8 millions 1/3 de francs et que devaient diriger des fonctionnaires, un ensemble de charges qu'elle a estimées hors de proportion avec les avantages corrélatifs, un système de contrainte qui heurtait ses habitudes comme ses goûts d'indépendance et dont elle trouve qu'on menace d'abuser.
11 faut bien se rendre compte de la portée de ce curieux épisode. C'est le fond même d'une démocratiequi rejette t'étatisme proposé par son gouvernement, son parlement, sa presse. Pour la première fois consultés sur un instrument légal de protection qui enthousiasme les politiques et les techniciens, les intéressés le refusent. Non qu'ils méconnaissent les précieuses méthodes de l'assurance ; mais ils les voudraient appliquer dans un tout autre esprit, respectueux de la liberté.
C'est un phénomène d'autant plus digne de remarque pour q.ui réfléchit qu'il a pour théâtre un pays oscillant vers l'orientation contraire.
Ce n'est pas dans la Suisse seule qu'a rétrogradé l'assurance sociale obligatoire d'État, après avoir paru entraîner les autres peuples européens depuis les puissantes entreprises allemandes. Le principe était battu en brèche en Belgique et en Hollande ; l'Angleterre (6 août 1897), le Danemark (15 janvier 1898), l'Italie (17 mars 1898), la [''rance (9 avril 1898), s'en étaient décidément éloignées par des législations plus simples (<), plus conformes à leur génie propre ou à leurs mœurs, répondant aux mêmes besoins fa moins de frais, sans mettre en branle d'aussi lourds appareils. C'était prouver au moins que le problème pouvait être résolu autrement. La loi française notamment démontrait que le payement des indemnités aux victimes du risrjue professionnel pouvait être garanti sans que fût ôtée fa l'industrie la liberté de s'assurer et comme il lui convient.
A l'heure même du plébiscite suisse, dans un autre pays qui
(1) Et auni, depuis Ion, k Holtuide (S janvier IMl ).
RECUL DE l'idée DE PROGRES PAR l'bTAT
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liait vers l'excès commode de l'intervention au vif regret ^ux qui admirent sa belle floraison d'initiative privée, naitun fait analogue. Poussé vei*s l'assurance obligatoire .t en cette embarrassante affaire des pensions de vieiloù ellea des séductions particulières, le législateur belge iéré la liberté aidée.
^^ce à la mutualité, les affiliations collectives à la Caisse ^traite avec subventions des pouvoirs publics s'étaient ^loppées en cinq ans dans des proportions frappantes, iruent parler d'impuissance de ta prévoyance libre ? loi du 10 mai 1900, dont le caractère essentiel est l'enjouement de la prévoyance libre en vue de la vieillesse, a tivement consacré le principe de l'incitation et de l'appui lat des efforts individuels en vue d'acquérir progressiveune pension de retraite. Elle a consolidé le régime des de l'État aux sociétés de secours mutuels proportion- K^Kient aux versements effectués parleur intermédiaire, limité, pour éviter tout abus, le versement annuel des listes appelés aux primes ; elle a admis aux primés, à 'eux, les assurés directs qui ne payent pas en impôts 1 A d'un certain maximum. Elle a arrêté le bénéfice des ^s dès que le livret constitue une rente viagère de 360 fr. précisé le montant et le mode d'attribution des primes, onnant fixité et stabilité. Elle a encouragé la propagande des sociétés. Elle a agencé, au profit des travailleurs déjà âgés, des dispositions transitoires. Elle a créé un fonds spéoiîil permanent et l'a doté d'une allocation annuelle de i liions.
irisi le législateur belge de 1900, comme l'avait fait pour raites ouvrières, lui aussi, le législateur italien le 17
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juillet 1898, a résisté à la soi-disant nécessité inéluctable de
^^^^^t. assureur universel de la vieillesse . Au lieu de se jeter
d^x^s un immense et vague aléa, il a sanctionné une combî.
'ç:^Asori de prévoyance libre stimulée et fécondée efficacement,
^a\s avec mesure, parle corps social qui en bénéficie.
^V. de fait, sans la liberté, qui s'exerce par le jeu de la
LA LIBBETB D ASSOCIATION BT DE FONDATION
ité, l'effort, la persévérance, qu'est la prévoyance, ou i y a-il prévoyance ?
ns le même sens se dessinent les indications fournies es principaux des congrès économiques internationaux iennent de se réunir à Paris.
plus saillante ressort du Congrès des accidents du trait des assurances sociales. Dans les sessions antérieures, ■ne en 1891, à Milan en 1894, à Bruxelles en 1897, l'école lande, représentée par un homme du premier ordre, Sœdiker, avait joué un rôle prédominant : soit par fier d'hégémonie, soit en vue d'égaliser les charges indus— es dans la concurrence mondiale, elle aspirait à entraîner lires nations dans son orbite, autour de l'assurance oblire avec l'État comme moteur et garant. Cette fois, il a que la fascination se dissipait, et que chaque pays se isissait dans le dessein de chercher une solution plus lie, appropriée k son passé ou à son tempérament, urquoi ce revirement t
n'est pas, malgré l'augmentation continue des accidents idaires, des procès et des dépenses, que l'Allemagne ite son œuvre. Elle justlQe l'accroissement des sacrîpar l'extension normale des services rendus, et, à consi- ' son entraînement industriel, tout au moins elle n'en h souffert. Mais l'état d'esprit ambiant s'est modifié. A qui n'ont pas pris parti encore, les résultats apparaissent eurs aux ambitions, soit en eux-mêmes, soit au regard icialisme, et disproportionnés au fonctionnement, et dan- IX pour l'avenir par le risque des surenchères politiques, triche a de sérieux mécomptes, et pour le troisième pays est bâté dans cette voie, la Norvège, on a appris que des ts ont déjà dû être couverts par des subsides d'État. Par e, d'un exposépréciset élégamment solide de M. Georges il, qui a remporté là une sorte de succès diplomatique, dégagée presque unanîcne cette impression que la loi aise du 9 avril 1898, si critiquée chez nous, forme un heureusement construit et supporte avec avantage les
RECUL DE 1,'iDÉK DE PROOBKS PAR l'iÎTAT 87
comparaisons. Ëndo, le plébiscite suisse, expliqué avec une énergie communicative par M. Repond, — oh ! qu'on était loin de la Suisse du congrès de Berne il y a dix ans ! — a achevé de rompre le charme.
II semble bien que le temps du mirage des assurances obligatoires à moteur d'État soit passé.
Au Congrès des habitations à bon marché, les étatisants anglais, allemands, belges, suédois, étaient venus en nombre, et ont soutenu passionnément l'aclion directe des pouvoirs publics. Mais, quoique l'ardeur du débat l'ait prolongé et que les libéraux fussent par hasard absents à la clôture, on a voté des conclusions dont la portée n'a pas été nettement traduite par (escomptes rendus de la presse, et qui, en indiquant les modes « exacts >, légitimes, d'intervention, éliminaient les autres (').
Au Congrès du crédit populaire, ces résolutions formelles ont été adoptées, d'autant plus topiques qu'elles sont plua mesurées :
Le développement du crédit coopératif doiï Être l'œuvre de l'initiative privée et de l'association locale libre. L'observation des pays oii il s'est développé confirme cette vue.
...Le rôle légitime de l'État, en l'espèce, se limite i faciliter l'expansion des associations de crédit populaire par une législation libérale, à encourager même par des subventions la diffusion des principes, des méthodes et des avantages de la coopération, à éviter dans sa politique économique tout ce qui pourrait ébranler les bases des ataociations, initiative privée, administration autonome, responsabilité.
. . . Une condition primordiale pour un développement sain et rénuliei de la coopâration de crédit est l'existence, pour les caisses d'épargne, d'un régime légal de libre emploi décentralisé, qui, loin de dHownet l'épargne populaire de ses destinations naturelles par un drainage étatiste, lui donne les habitudes de la décentralisation, de la liberté, de la responsabilité, de la solidarité, et en permet un large apport aux ïSsotlalioDS de crédit populaire urbain et rural.
... Le Congrès atlirnie, en principe, les dangers de toute institution centrale d'Etat de crédit agricole.
(I) V. plus loin, au chapitre L'Haliitation du peuple.
Il eslime que les caisses régionales, fondées par l'initiative privée, sont utiles pour grouper les associations locales, recevoir leurs excédents de caisse et jouer le r6le d'ofTices compensateurs, leur faire des avances et réescompter leur portefeuille, en contrôler la marche, en seconder la diffusion.
11 est désirable que les institutions de cet ordre suivent le développement naturel des associations locales au lieu de le précéder, et naissent de ce développement môme.
En principe, tl n'est pas dans la fonction de L'État de concourir à ces institutions soit par une participation au capital de fondation, soit par des avances à taux de faveur oti surtout gratuites ; réserves faites pour le cas où les circonstances particulières à certains pays rendraient transitoirement nécessaire une intervention de ce genre, mais étant entendu que, en ce cas, les caisses régionales étant de simples intermédiaires provisoires, le crédit ne serait jamais gratuit pour les associations locales, et celles-ci devraient s'organiser dans le dessein d'arriver graduellement à se suffire & elles-mêmes.
Ainsi, pour les esprits non prévenus et attentifs, les signes concordent.
Le courant s'affaiblit qui entraînait mâme les races de setfhelp vers ce que nous appellerions non point le socialisme d'État (ce mot trop employé va trop loin), maïs un paternalisme élatiste. Sans dénier à l'État moderne les justes interventions, on tend à lui demander de se mêler moins de tout, lui si incoliérent, si encombré, et qui s'incarne en des hommes si instables. Ce sentiment s'accentue et se répand qu'il n'est ni sain ni prudent de s'acheminer vers un automatisme social qui finirait par ùter à la vie son intérêt, son mérite, et son prix; que la machinerie des législations élatistes devient bien compliquée pour les Étals eux-mêmes, oit le déctanchement du moindrede ces outillages [a fortiori en cas de révolution) déraiiffcrait trop de choses ; que les solutions altri huant aux pouvoirs publics des compétences exorbitantes sont forcément bureaucratiques, Iracassières, coiUeuse^, insusceptibles de s'adapter, comme l'inventive action libre, aux circonstances sans nombre de la réalité ; que ces énormes déploiements législaliFs techniques, administratifs, financiers, ne valent pas, en définitive, ce dont on les paye, et se font aux dépens de
RSCUL DE L IDKE DE PROUBES PAR L ETAT f
forces essentielles qui sont d'une haute valeur pour le pro grès. . .
 la naissance ou au renouveau de ce mouvement d'idée: anciennes en certains points, mais qui se sont transformée: s'élargissent et se précisent, les gouvernements, les parle ments, et les doctrinaires d'étatisme feroat sagement de prëti quelque attention .
LES CONTRADICTIONS DES SOCIALISMES
Quelle allait bien être la pensée, — nous ne disons pi l'attitude, croyant toujours aux sincérités, — des théoriciens d socialisme collectiviste à l'égard d'une Exposition comme cell de 1900 ? Question que se posa sans doute plus d'un observE teur psychologue, car elle est vraiment propre à éveiller i curiosité pour qui réfléchit à la confrontation d'idées et de fai qu'elle implique. M. Jaurès, qui n'est pas seulement le pli éloquent, qui est aussi le plus instruit des doctrinaires i l'école, qui tient à lui faire prendre position élevée en toul circonstance de son temps, a répondu. Peut-être n'est-il p£ sans intérêt de noter sa réponse : elle a montré à nu et à v un faux raisonnement qui reparait souvent dans la dialectiqi: du socialisme, en même temps qu'un aveu inattendu s'e dégageait.
Que voit M. Jaurès dans la ville enchantée qui a surgi si les rives de la Seine ? Il l'a dit en une déclaration sensaliot nelle : une sorte de symbole de la société future et parfait que la révolution intégrale édifiera * pour l'éblouissement dt hommes ». Cet empire de l'humanité sur la pierre et le fer h garantit qu'elle renouvellera, quand elle le voudra, « ta struc ture même des cités selon une loi supérieure de justice et d
». £t s'exaltant aux vibrations d'un esprit dans lequel : semble se déformer ou se translîgurer au prisme des ;s, où tout devient verbalilé, il s'écrie ;
li, quand elle ne se tramera plus >lans l'ornière du proBt capitaliste, id elle pourra substituer de vastes et nobles demeures aux sordides ; des propriétaires sans se demander si le capital trouvera une unératîon suflîsantË b. cette œuvre de santé et de beauté, quand elle alTranctiie de la loi capitaliste qui est dans l'ordre social l'équivade la loi de la pesanteur, de gublimes architectures jailliront et lonneront tout k coup pour abriter le prolétariat libéré el la vie laine ennoblie.
lous ne demandons point comment ces miracles s'accoinonl : tel n'est pas l'objet eu ce moment de noire analyse lées.
[ue représente une exposition comme celle de 1900, de Is éléments se compose-t-elle ? D'une quantité énorme )roduits, de machines^ de découvertes, d'œuvres d'art, de ibinaisons sociales, le meilleur de dix ans d'activité de ivers civilisé. Pour l'industrie, pour le commerce, c'est le t de l'union du travail mental, du travail manuel et du ital ; pour les sciences, ie fruit de l'initiative et de i'invenindividuelle, les grandes découvertes n'étant jamais fliies collectivités, mais d'un homme ; pour les arts, le fruit de ipiration personnelle, car ce ne sont ni les foules, ni les .iciens qui enfantent les chefs-d'œuvre ; pour l'économie aie, le fruit de la solidarité volontaire, qui va s'étendant, Inanl sans cesse. Or qu'est tout cela, sinon les résullats ne de la civilisation évolutive et de l'action libre dispersée, s harmonique, dans les conditions de l'organisation sociale «Ile du monde ?
t en soi, en tant qu'oeuvre propre, qu'est une exposition iille ? Un vaste effort tenté pour présenter le tableau des çrès réalisés sur toutes les voies par les peuples civilisés ine courte période ; effort accompli encore par l'union du ail mental, du travail manuel et du capital, dans les con-
LES CONTRADICTIONS DES SOCIALISMES
dilîons de l'organisation sociale actuelle du pays. Nous aurions jiQPi-evir, ceux qui nous connaissent le savent, de contester ou
deoti^^^^^^ ^ ^^^^'^^''^^'^ P^^^ ^^ ^^^ robustes, habiles et
délfoa.ts ouvriers dans la construction et Tornementation de
cette oité de rêve ; mais qu'eussent-ils pu sans les hautes
direot ions techniques, sans le travail mental et le déploie—
^QiÈ t ^6 volonté des ingénieurs, et des architectes, et des
^rja nî dateurs ? Ou qu'auraient pu les uns et les autres sans
^'appo «• t du capital libéralement mis à leur disposition ?
Ur» fs^ul de ces points, que nous indiquons à peine, avec ^'Scr^ ti on, est-il discutable ?
Or^ J ^ socialisme collectiviste, hypnotisé par le souci exclusif dia t mravail manuel, nie le capital, et compte pour à peu près rien 1 ^ travail mental. — Le capital, il le tient pour parasite et illégi t i m^acïe, constitué par une « plus-value » que produit le I sur- ^ ai^^ivail • manuel non payé ; il n'admet ni le profit, ni le jevem^J^ ^ ni l'épargne, préconisant le simple droit à la subsistance ^t la consommation immédiate.— " Le travail mental, il Je rédi^:» ît, avec Marx, à un « multiple quantitatif du travail i^an^i^l » ; il prétend l'évaluer en heures de travail manuel ; il Youdr-si î * réglementer administrativement par ses comités élus lafor<3.^ intellectuelle, au lieu de la mettre où elle doit être, au c- rang Q) .
ion du travail mental, du travail manuel et du capital, nonce comme Terreur essentielle, ^•'înitîative individuelle, il la décrit comme stérile. V»^^ merveilles des industries, il les envisage comme obte- ^\>es par des spéculateurs sur le travail d'autrui.
prcim
W Voir dans la Revue des Deux Mondes du !•' mai 1900 la fl<^re et péné-
iniitft protestation de M. Alfred Fouillée sur le Travail mental et le col-
Xvttimime matérialiste.^ Il cite cet avertissement inquiétant de M. Andler,
qui a par la plume la virtuosité que M. Jaurès a par la parole : « Les sociétés
décideront du degr^é de civilisation intellectuelle ou matérielle qu'elles
rottdront se donner par Tévaluation g^rande ou petite qu'elles feront des
choses de l'esprit ovl des produits économiques. Il se peut que dans les
délibérations à ce sujet on ne puisse jamais s'entendre, et que les majorités
oppriment une élite. »
La liberlé, il la proclame un leurre, auquel les multitudes humaines sont sacrifiées, et son plan de rénovation repose tout entier sur la coaclion légale ou révolutionnaire.
La solidarité volontaire, la philanth copie, il en sourit comme d'une amusetle, quelquefois généreuse, mais dérisoire.
L'organisation sociale actuelle, il la déclare totalement mauvaise, il la voue à la subversion.
Alors comment admire-t-il une œuvre qui, en ses éléments comme en elle-même, procède de l'organisation sociale actuelle, de la solidarité volontaire, de la liberté, de l'initiative individuelle^ des industries, de l'union du travail mental, du travail manuel et du capital, une œuvre que tout cela a créée et oQ tout cela se résume ?
Il l'admire (et ici apparaît le paralogisme dont il estcoutumier), parce qu'il s'imagine que tout cet immense acquis est infrangible, et qu'une transformation collectiviste le portera au centuple. L'organisation dont tous les éléments de l'œuvre sont issus peut disparaître, les résultats subsisteront, élargis sans limite par la rénovation collectivisle. Il ne se dit pas un instant que peut-être, sans l'union du travail mental, du travail manuel et du capital dans la liberté, ces villes splendides, ces usines fécondes, ces machines perpétuellement perfectionnées, ces découvertes extraordinaires, cette exposition ordonnée et éclatante ne seraient pas. Non, il ne sait comment admirer assez, et il conclut de son admiration : 1° qu'il faut précisément abolir le capital, renverser l'organisation sociale actuelle, substituer la révolution à l'évolution ; 2° qu'apr^.s la disparition des causes, les résultats seront cent fois plus beaux encore.
Plus durement logique, l'organe central du socialisme allemand, le Vonoaerts, formulait naguère la Lbèse inverse :
L'Exposition dn 1900 n'est pas un exemple pour soutenir nos idées, elle les contredit plutôt, car elle est t'œuore du travail opprimé, l« résultat de l'exploitation capitaliste.
Mais nous estimons la thèse de M. Jaurès plus conforme
LES CONTRADICTIONS DES SOCIALISMES 93
au mode d'argumenter qui est au fond de tous les essais, assez rares, il est vrai, faits jusqu'à ce Jour pour fournir un aperçu du monde réorganisé selon la conception collectiviste • Qu'on y regarde de près : leurs auteurs prennent toujours le inonde au point oh Ta amené la marche de la civilisation libre, avec ses défectuosités et ses lacunes, avec ses splendeurs et ses richesses ; ils efliacent les lacunes et font disparaître les défectuosités, ils idéalisent les splendeurs et multiplient à rinQni les richesses. Edward Bellamy, dans ce Looking backward que les socialistes ont vulgarisé comme une fiction prophétique, n'a pas procédé autrement. Mais jamais ils ne se demandent si abolir le capital n'abolirait rien de tant de choses qu'il contribua à faire éclore, si décourager le travail mental ne tarirait pas la source de tant d'œuvres qu'en tout ordre il a enfantées, et si le travail manuel n'en serait pas lui-même, dans l'hypothèse où de telles impossibilités seraient possibles, ramené à son impuissance des civilisations primitives ou attardées.
C'est dans l'entraînement de l'admiration dont nous venons
d'expliquer la genèse et de marquer l'illogisme que M. Jaurès
I en est arrivé à cet aveu imprévu : affranchissons la société
'• « de la loi capitaliste, qui est^ dans l'ordre social^ Véqui^
« valent de la loi de la pesanteur ». Mais, en admettant cette
i expression bizarre de loi capitaliste, s'il s'agit d'une loi de la
\ nature, et qui est une des conditions mêmes de l'équilibre ,
I pourquoi chercherait-on à la détruire, et comment pourrait-on
j la détruire ? Est-ce qu'on songe à détruire une loi naturelle ?...
I Jamais défenseur des lois économiques du libre jeu desquel-
^ les est sortie l'organisation sociale actuelle n'en a plus for-
tement, d'un seul mot, fait sentir le caractère d'inéluctable nécessité et d'accord avec l'harmonie générale. j Elle est autrement large et belle, cette harmonie du
', monde. Grâce à elle, c'est précisément le travail mental et le
capital qui améliorent graduellement, d'un mouvement lent, et qui n^est pas si lent, mais continu en tout cas, la condition économique et morale des travailleurs manuels. L'union des trois éléments apparaît ainsi une mystérieuse nécessité.
94 LA LIBEBTé D'aBSOCIATION ET DE F0NDA,TION
Tâchons ensemble d'accroître la rémunération du travail manuel ou sa part dans les produits, d'éliminer tout ce qui, dans le régime de ses ouvriers, peut survivre d'abus, d'atteinte aux droits ou à la dignité de la personne humaine ; mais ne rêvons pas d'un monde où il subsisterait seul, conduit par un peuple de fonctionnaires, car l'air y serait irrespirable... Nous ne pouvons nous défendre de sourire quand nous voyons M. Jaurès, décrivant ce monde comme un édea, appeler, attirer parfois tels écrivains ou tels artistes dont l'existeace est toute faite non seulement d'indépendance sans frein et de travail fantaisislemenL inégal, mais de tous les contraires de la conception socialiste, et qui ne supporteraient pas deux jours les directions ou les évaluations des comités élijs du travail, les contraintes d'une vie de troupeau où rien ne serait plus libre, c'est-à-dire qui aurait perdu tout prix et tout intérêt. Heureusement, le monde collectivisé est proprement un noasens, et ce n'est pas le collectivisme qui fera la cité toujours meilleure dont M. Jaurès a trouvé dans l'Exposition de 1900 une vision anticipée : ce sera la science, la liberté et l'amour.
rf. -