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CHAPITRE PREMIER

$yutkèses partielles. — L’Amour, le laugage.

Prenons une tendance quelconque, l’amour, par exemple, qui est en même temps une des plus importantes et des plus commodes à étudier. Elle est, sous sa forme la plus simple chez les êtres élevés, une action réflexe dont le point de départ est une excitation des organes de la génération, dont le point terminal est la mise en présence des deux éléments qui doivent donner naissance à un être nouveau — ou plutôt, ce n’est pas là l’amour, mais c’en est la hase — le nom d’amour s’appliquant plutôt à la masse considérable des phénomènes que le développement de l’esprit et l’état social, ont produite et rattachée à cette tendance primordiale au rapprochement sexuel. Il serait intéressant de comparer ici les différentes formes que cette synthèse a prises dans les différentes espèces vivantes, l’amour chez les oiseaux, chez les araignées, chez les mammifères, l’amour même considéré chez les plantes pourrait donner lieu à des analyses curieuses et instructives, mais notre but, en ce moment, n’est pas de faire la psychologie comparée de l’instinct sexuel, et en nous restreignant à l’homme nous avons encore un champ assez

vaste pour examiner le développement des phénomènes et l’enchevêtrement des lois.

A l’époque de la puberté le besoin sexuel naît chez l’homme, et, comme tous les besoins organiques, il tend à se satisfaire — pour se satisfaire il tend à diriger l’organisme entier, c’est-à-dire que l’impression partie des organes de la génération tend à éveiller des désirs conscients, des images plus ou moins nettes , des voûtions qui tendent toutes vers une même fin : la satisfaction du besoin, l’acte de la génération. Si ce besoin pouvait être satisfait à mesure qu’il naît — comme le besoin de respirer, ou le besoin de l’irrigation sanguine, — il est hors de doute que tous les phénomènes qui constituent proprement l’amour ne se seraient pas produits , mais le besoin sexuel, pour se satisfaire pleinement, exige le concours de deux êtres, de plus les conditions de la vie sociale ont mis divers obstacles à sa satisfaction, et voilà deux causes de complications psychologiques qui par l’inhibition imparfaite* de la tendance l’ont rendue plus complexe et plus violente — * et nous avons ici un effet de contraste bien marqué. D’autre part, selon la nature de l’arrêt qui lui est imposé, le sentiment prend des caractères différents ; les phénomènes qui viennent se joindre à la tendance primitive, qui ont compliqué l’impulsion primordiale varient avec chaque forme d’état social , ils varient aussi selon la forme de l’organisation psychique individuelle — et nous voyons la loi de systématisation et la loi d’inhibition se manifester ainsi par des phénomènes très variés. Examinons quelques cas particuliers.

On a remarqué que les premiers désirs sexuels, désirs souvent méconnus, s’accompagnent de sentiments très platoniques, très dégagés en apparence et dans la pensée même de celui qui les éprouve, de toute attache matérielle, quelquefois même l’éveil des sentiments amoureux se marque par une certaine répugnance pour l’acte qui

doit les satisfaire. Il y a là une forme très intéressante d’association psychique et qui mérite d’être examinée de près. L’impulsion de l’amour physique tend à rapprocher l’homme de la femme, de plus il lui inspire, par association systématique, le désir d’accomplir tout ce qui peut le faire aimer, le mettre au-dessus de ses rivaux, le rendre digne d’admiration, il se forme ainsi tout un cortège de sentiments, d’idées, etc., dont le moteur, le point de départ, est l’impulsion sexuelle. Supposons maintenant que ces dispositions viennent à se produire dans une personnalité où dominent déjà des sentiments de timidité et un certain dédain pour la vie matérielle et les plaisirs qui passent pour grossiers. Ce jugement sur l’acte sexuel est assez naturel chez un jeune homme tel que nous le supposons, qui peut remarquer que ceux de ses camarades de son âge qui se vantent de leurs prouesses ou se complaisent à parler de certains sujets, ne sont pas les plus raffinés en général (comme il peut juger de mauvais ton, pour des raisons analogues, de fumer ou d’aller au café). Il faut tenir compte aussi de la gaucherie, de la crainte du ridicule, des obstacles instinctivement entrevus, de la pudeur développée par l’éducation morale, de l’espèce de honte qui s’attache aux fonctions de certaines parties du corps, de l’interdiction aux enfants de faire allusion à certains sujets, de l’éducation religieuse qui condamne les plaisirs des sens en général, de l’éducation en général qui, par toutes ses formes, tend plutôt à restreindre, de crainte d’abus, les désirs qu’à tâcher de leur préparer une satisfaction normale, — toutes ces circonstances peuvent faire que le processus qui a déterminé l’éveil de tous les sentiments, de toutes les tendances dont l’association avec lui constitue l’amour, soit enrayé dans son développement , tandis que les phénomènes qu’il a suscités continuent à persister. La tendance sexuelle, en effet, choque, dans certains cas , et pour

l’esprit — SYNTHÈSE CONCRETE

certaines personnes, un certain nombre d’habitudes mentales, ces habitudes menacées réagissent (loi du contraste) et exercent une action d’arrêt sur l’impulsion qui ne s’harmonise pas avec elles (loi d’arrêt) — mais les idées et les sentiments éveillés par l’instinct génésique, tendresse, affection, sympathie , désir d’approbation et de louange, etc., ne sont nullement en contradiction avec les anciennes tendances de l’esprit , et peuvent très bien s’harmoniser avec elles, — elles s’accordent bien moins, au contraire, une fois qu’elles sont développées avec l’impulsion qui cependant les a produites, et l’on comprend qu’en certains cas elles contribuent à l’enrayer. Ainsi les nouveaux sentiments et les anciennes habitudes de l’esprit s’associeront et formeront un tout très particulier, une sorte de tendresse réservée, vive et respectueuse, ne conduisant à désirer que des échanges de paroles tendres, à peine un contact de la main, et, au moins subjectivement et plutôt dans les rêveries que dans la réalité, à des dévouements ignorés, à des sacrifices sans compensation. Remarquons, du reste, que l’impulsion sexuelle est enrayée mais non détruite, et qu’elle continue à susciter, à favoriser les sentiments et les idées qui, par les associations qu’ils contractent avec les habitudes mentales déjà existantes, tendent d’abord à l’enrayer. La crainte, le respect de la personne aimée sont pour beaucoup dans cette inhibition. C’est ainsi que par un jeu d’association systématique, d’inhibition et de contraste, l’amour platonique se forme. Et s’il arrive plus tard que les désirs physiques non satisfaits viennent à se faire sentir de plus en plus fortement et de manière à ne pouvoir plus être enrayés, ils ne pourront prendre place dans le système déjà formé, il y aura une lutte et s’ils sont suffisamment inhibés sans l’être trop, ils formeront un système à part, un système moins complexe, et cette fois ils tendront à la réalisation immédiate, sans éveiller un

cortège de sentiments semblable à celui qu’ils ont excité d’abord. Tel homme qui adorera respectueusement une reine, satisfera ses sens sans éveil de l’imagination poétique ou de sentiments chevaleresques, avec la première venue — l’amour qui dans une personnalité mieux systématisée, serait un complexus harmonique de sentiments, d’idées, d’images et d’impulsions, se trouve ici partagé en deux parties : amour de cœur et de tête et amour des sens qui n’auront pas grand chose de commun, se satisferont à part, et auront des objets différents.

Ce fait , comparé aux faits différents qui ne sont pas rares , est suffisant pour nous montrer comment des organisations mentales diverses peuvent, par des associations systématiques changeant logiquement avec chaque organisation et des inhibitions variant corrélativement, déterminer des modes de sentir tout-à-fait différents et même opposés en certains cas. Au reste, les conceptions individuelles de l’amour varient, même pour une même civilisation, d’une manière très marquée — et non seulement avec la constitution psychique individuelle mais aussi avec les circonstances de la vie qui sont d’ailleurs en partie cause, en partie effet de la constitution psychique. On s’en fera une idée en se rappelant la forme de l’amour que chaque écrivain a dépeinte ou bien celle qu’il a dépeinte le mieux — il n’est pas douteux que, soit qu’un auteur raconte ses mémoires, soit qu’il écrive des romans, il n’ait un penchant à dépeindre ses propres sentiments et une facilité particulière pour les exprimer. Sans doute, il faut interpréter ici aussi avec prudence, mais on peut affirmer que d’une manière générale, les différences de la description réelle ou fictive correspondent à des différences de l’organisation

psychologique. Etudiez, au point de vue de la conception de l’amour, les mémoires, les traités, les romans des écrivains de ce siècle : Stendhal l, Benjamin Constant 2, Sainte-Beuve 3, Balzac 4, Musset 5 *, Hugo G, George Sand 7, Stuart Mill8, Schopenhauer 9, Topffer10, etc., et parmi les contemporains MM. Zola, Pierre Loti, Daudet, Barbey cP Aurevilly, Paul Bourget, Peladan, — partout vous trouvez une conception particulière de l’amour, il est sensuel et violent, sensuel, raffiné et pervers, il est passionné, despotique et sérieux, élevé audessus des lois et de la morale, il est fringant et cavalier, souvent sensuel, vif et inégal, il est sérieux, associé à de vifs sentiments d’estime et d’amitié, sensuel et simple, sensuel et quintessencié, grossier et raffiné àla fois, sec et curieux, passionné et conscient, violent et triste, sentimental et timide. Analysez ces mots vous trouverez que chacun d’eux désigne une systématisation particulière ou la manière dont cette systématisation se forme. Chez Stuart Mill, par exemple, les sentiments qui forment l’amour ne sont pas les mêmes que chez Musset, et le complexus qu’ils composent n’a pas la même allure. Ici

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