PERCEPTIONS
l’association systématique —
sentiment, telle ou telle volition. Reconnaître un livre, c’est classer la perception que nous en avons de telle sorte que nous saurons si nous en avons besoin, le prendre et l’ouvrir pour le lire. Ainsi non seulement la sensation consiste dans l’éveil systématique d’un certain nombre d’éléments psychiques, mais en devenant perception, elle détermine l’éveil systématique aussi d’un nombie plus ou moins grand d’autres phénomènes aptes à former avec elle des combinaisons en vue d'une fin déterminée.
Enfin, les perceptions les plus complexes nous montrent encore mieux cette unification d’éléments différents. Nos perceptions de l’espace et du temps, par exemple, sont des synthèses où l’on voit des éléments hétérogènes se combiner de manière à permettre la coordination de nos actes et se combiner si étroitement que le phénomène de la perception paraît simple et indécomposable à un esprit non exercé. On connaît l’étude que Wundt a faite de « la liaison particulière des sensations sensorielles périphériques et des sensations d’innervation centrale, qui engendre ici l’ordre des premières dans l’espace » l. On peut considérer aussi comme perceptions complexes les perceptions qui nous arrivent à la fois par différents sens et qui sont combinées par l’esprit, par exemple, lorsque nous voyons et entendons à la fois sonner une cloche, les deux perceptions sont unies, nous les considérons connue l’expression d'un même fait extérieur. Mais le procédé synthétique est ici rendu bien évident par les cas où l’union des perceptions ne xieut se faire, où, par exemple, nous cherchons autour de nous, pour en avoir la perception visuelle, l'objet que nous supposons produire le son qui nous parvient. On peut dire que notre expérience, en tant qu’elle détermine un progrès de l’esprit, implique
1. Voyez "Wundt, Eléments de psychologie physiologique , tract, franc., deM. E. Rouvier. Tome II. chap. xi, p. 5.
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la formation de perceptions complexes de cette nature (ou de composés complexes de perceptions et d'images). Toutes les recherches que l'on fait sur les corps ont, en dernière analyse, pour principal but d’agréger une nouvelle perception (réelle ou possible) à des complexus déjà formés de perceptions, d’images et d’idées, et la nature synthétique du composé définitif se marque d’abord en lui-même par l’aspect qu’il prend à nos yeux, en ce que nous considérons l’ensemble de ces perceptions réelles ou possibles comme une seule chose et aussi parla cohérence, l'unité de direction qu'il permet à nos actes d'acquérir.
Nous avons déjà vu, outre le caractère systématique de la perception qui se produit, le caractère systématique des associations qu'elle forme avec d’autres éléments psychiques et avec l’esprit en général, et ce dernier fait est plus visible encore si l’on considère la genèse des perceptions, ou des autres images vives, celle du rêve, des illusions et des hallucinations. 11 est d’observation vulgaire que nous entendons surtout ce que nous comprenons, on peut en juger facilement à la représentation d’un grand opéra, où l’on entend bien mieux les paroles que l’on sait à l’avance ; une langue étrangère parlée à côté de nous, nous fait l’effet d’un murmure confus dont nous ne pourrions reproduire avec précision aucun son ; les personnes atteintes de surdité verbale, tout en conservant le sens de l’ouïe, ont des impressions analogues ; de même si nous avons vu de près une inscription, par exemple, nous la lisons plus facilement à une certaine distance ; les caractères d’une langue ignorée sont difficiles à discerner; l’écriture paraît confuse aux malades frappés de cécité verbale ; d’autre part une écriture tracée normalement de la main gauche, à rebours, paraît à un observateur non prévenu un gribouillage sans netteté, et l’on est tout surpris d’en voir la précision quand on a retourné le papier et qu’on lit l’écriture par transparence.
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Ces phénomènes 11e se laissent guère interpréter que d'une manière : dans la perception normale les systèmes psychiques, les tendances qui existent en nous et qui subsistent continuellement soit à l’état latent, soit à l’état d’activité faible ou partielle et inconsciente, choisissent dans les données de la sensation tout ce qu’ils peuvent prendre et s’assimiler ; les données des sens subissent ainsi une première décomposition et sont incorporées dans différents systèmes — quelques-uns de leurs éléments faisant partie de plusieurs à la fois ; dans la sensation donnée par la vue d’un chien, par exemple, certains éléments seront associés aux tendances du chasseur, d’autres aux tendances du dessinateur ou du peintre ou du naturaliste, ou du physiologiste, ou bien elles éveilleront des sensations d’admiration et d’affection même. Comme quelques-unes de ces tendances, sinon toutes, peuvent être réunies chez une même personne, et beaucoup d’autres avec elles, on voit toute la complexité du fait de la perception. Une perception est une occasion dépenser, de rêver, de sentir et d’agir de bien des manières différentes, en tant que chacune de ces manières de penser, de rêver, de sentir et d’agir est déjà représentée en nous par un certain nombre d’éléments nerveux et un mode habituel de leur action combinée.
Dans toute perception cette association systématique déterminée par les habitudes préexistantes est très visible, des remarques banales ne permettent pas de la mettre en doute. Ce que nous percevons le mieux c’est, toutes choses égales d’ailleurs et sauf le cas d’un trouble extrême de l’esprit, ce qui nous intéresse le plus. D’une manière générale la reconnaissance est plus prompte que la connaissance qui implique une nouvelle organisation au moins partielle de l’esprit, un réarrangement des phénomènes psychiques. Ce que nous connaissons déjà, ce qui est familier est plus vite et plus facilement perçu que le
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nouveau, l’extraordinaire. O11 pourrait en douter en considérant les cas où la perception d’un objet mal connu ou inconnu excite une attention très vive, tandis que les objets connus passent inaperçus, mais ces cas mêmes se laissent ramener à notre loi et ne s’expliquent bien que par elle. Si la perception nouvelle, en effet, attire l’attentention c’est grâce à la peine même qu’elle a à entrer dans l’esprit, il ne se trouve pas de système psychique pour la recevoir et se l’associer, comme d’ailleurs elle a pu déterminer l’excitation systématisée des éléments sensoriels elle tend à persister, et elle tâche alors d’attirer à elle certains éléments de manière à établir dans l’esprit de nouvelles associations harmoniques. Elle ne peut être reçue qu’à cette condition, une perception qui ne se rattacherait à rien, disparaitrait, et en fait toutes nos perceptions sont rattachées plus ou moins consciemment à des systèmes d’impressions ou d’actes. Seulement au lieu que dans beaucoup de cas c’est la force de l’habitude précédemment établie qui détermine la nature de la perception, ici c’est la force de la perception nouvelle qui tend à entraîner un changement dans les habitudes — la force de l’association systématique n’est pas moindre dans un cas que dans l’autre.
Il est un fait, dans la production des sensations, qui montre admirablement la part des habitudes acquises de l’organisme : c’est que chaque appareil sensoriel donne, quelle que soit l’excitation, des sensations toujours de même ordre. Si l’on comprime le nerf optique on a une sensation lumineuse, ’il en est de même, si on le dilacère ; l’excitation mécanique du nerf auditif ne donne que des sensations auditives, et quelquefois ce phénomène est encore plus marqué, on voit des complexus très différenciés être déterminés par une excitation mécanique générale.
& On peut, dit M. Bail, à l’aide d’un courant électrique,