ALPHONSE LEMERRE, EDITEUR
Il'^ W ^. -■ -IWHl ,
4'ZS5S. S^, I^Zo
^HARVARD JUNIVERSITY' I LIBPARY l MAY 5 1966
kJhI pourquoi partir sans adieux?
Pourquoi m'ôter toa doux visage, Tes lèvres chères et tes yeux Où )e n'ai pas lu ce présage?
Pourquoi sans un mot de regret?
Est-ce que Pheure était venue?
Si ton cœur, hélas ! était prêt, Je ne t'aurais pas retenue.
Pourquoi t'oublîrais-)e ? La main De qui me vint cette blessure Eut ce cher caprice inhumain, Et pour me frapper fut peu sûre
J 'ai là, devant moi, son portrait.
Regardez : la tête est jolie Délicatement, sans apprêt...
Je ne Tavais pas embellie.
Ce qo^oB ^amtaiTj c'étaient êes yéxxj Beaux parfois d'^m éclair ^nsmche.
Qu'importe ! je n'aimais- pas mieux Baiser ses chers yeux que sa bouche.
Les ciels charmants me sont fermés.
Etait-elle pire ou meilleure Que la femme que vous aimez? < •> Je ne le sais pas, mais je pleure.
L*AJ>IBU.
^ B leur en veuillons pas :
Nos pauvres amoureuses
Suivent à petits pas
Des routes plus heureuses.
Paris ne leur vaut rien :
On y fait des folies.
Elles nous aiment bien Tant qu'elles sont jolies.
Que faire? Les laisser S'enfuir à tire-d'ailes, Et puis ne pas cesser De nous souvenir d'elles.
Il recle la mélsncolU Quand U boDhcor s'en eat allé.
Alors il &ut bien qu'on oublie Ou qu'on ne soit pu consoli,
Mais, comme l'oubli serait pire, Sans le vouloir on te Gouvieut, Et la l^rre essaye un sourire Qu'on effort cruel y retient.
Souvenir, oubli, ntême chose,
Faite de douceur et de fiel !
— Porte d'amour ouverte et close,
IN on, lu ne m'as rien emporté!
C'est encor moi qui te possède ; J'a^' gardé toute ta beauté; A nul autre je ne te cède!
Écoute ! L'homme à qui tes bras Ouvrent le ciel de tes caresses, Quoi qu'il fasse, ne t'aura pas, O la plus belle des maîtresses !
J'ai mis k l'abri mes trésors Comme un avare statuaire ; Et la merveille de ton corps A mon âme pour sanctuaire.
f> l'adieu.
v^'était le bruit de sa bottine A travers ce que je rêvais^ Ou sa tête penchée et fine *
Près de mon front, quand j'écrivais.
Elle fit ce manège d'ange Deux beaux étés et deux hivers.
Je disais : « Cela me dérange, « Et je ne ferai pas de vers. »
Elle remuait tout de même; La plume me tombait des doigts.
— - Parfums légers de ce qu'on aime, Musique éteinte de sa voix !
&*AOIEU. II
Un jour nous étions en bateau :
Elle Youlut manger des mûres.
— Le bord, c'est presque le coteau, AVec les bois pleins de murmures.
Vous savez quels soleils charmante Tombent à midi sur nos plaines.
— Penchée en de fins mouvements.
Toute rouge, les deux mains pleines,
Parmi les feuillages brisés Où quelque merle s'e£farouche.
Elle noircit de ses baisers Mes paupières et puis ma bouche.
la ^ ADl EU.
Vit-
L'eaa coulait au bord des prés^ Loin de nos mélancolies.
— Les gazons sont diaprés.
Toutes les fleurs sont jolies.
Tu te souviens, les oiseaux Chantaient des épithalames, Et les tiges des roseaux Frissonnaient comme nos âmes.
Nous fûmes de longs instants Sans parole et sans sourire...
Point de baisers ! — Le printemps N'eut cette fois rien à dire.
Les caresses, dies de Tâme,
Par le chemin du souvenir,
S'en Tont, tremblantes, vers la femme
Que l'on n'a pas su retenir.
O caresses ! choses légères, Au vol fidèle, au rhythme sûr, Suivant les chères passagères Près de la faagie ou dans l'azur ;
Il se peut que |e la revoie Ou que vienne l'oubli vainqueur, Mais vers elle je vous envoie, Lobrdes des chaînes de mon cœur.
i4 l'adieu.
J B n'aimerai jamais que toi...
A moins qu'âne femme ne m'aime^ Et ne me donne aussi sa foi Pour me la reprendre de même.
Car, vois-tu, nous ne pouvons pas/ Si forte qu'en soit notre envie, Aux liens frêles de vos bras Dérober jamais notre vie.
Nous prenons nos amours brisés Pour nous en forger d'autres chatnes.
•^- O contagion des baisers, Défaillances toujours prochaines t
l'adi eu.
Uv temps que tu fus tout mon bfen,
O tète bien-aimée et folle, Par caprice tu voulais bien Voir à mon front une auréole.
Dans les tiableaux, uii nimbe d'or Luit sur la tdte des apôtres ; Nous n'avons pas ce beau décor :
Nous sommes faits comme les autres.
Les sonnets les plus triomphants Se font très-simplement en somme.
Si les femmes sont des enfants, Un poëte n'est rien qu'un homme.
^ i.'adiëu.
« 1 oujours l'extase des baisers l « Ne boire que la fleur des choses t « Les printemps sont malavisés ; « Les roses ont tort d'être roses.
« Avoir toujours un oiseau bleu « Qui vous sautille dans la tête !
« Il vaut bien mieux nous dire adieu, « C'est gentil et c'est très-honnête.
« Ton cœur n'aura qu'à se fermer; « Et puis, vois-tu, l'ai cette envie ;
« Etre heureuse, ne pas aimer, « N'avoir plus cela dans ma vie! »
t'ADIEU. 17
^ous nous rencontrerons Quelquefois par la ville^ Et nous cous salûrons D'une façon civile»
Un souvenir tout bas Nous parlera peut-être, Ou bien nous n'aurons pas L'air de nous reconnaître;
Chacun de son côté.
Sans que l'autre s'étonne...
— Les fleurs naissent Tété Et meurent à l'automne.
i8 l'adieu;
J 'ai fait ce rêve bien souvent, Qui mettait mon cœar en détresse :
L'amour, soufflant comme le vent^ Avait emporté ma maîtresse:
Mais au matin quel beau réveil !
A mes yeux et dans mes oreilles, C'étaient ses yeux comme uri soleil Et des paroles sans pareilles;
Maintenant presque chaque nuit' Je fais encor ce mauvais rêve : .
C'est le regret qui le: conduit ' Et l'amertume qui l'achève: