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LÀ

i'adieu. p,

Oon désordre était charmant :

On eût dit beaucoup de fées Dans un tourbillonnement Légères et décoiflFées.

Seule^ elle, faisait cela ; Je riais de la voir rire.

— Un jour elle s^envola :

Puisse Pair bleu la conduire !

Bien souvent j'ai découvert^ Tout en cherchant autre chose.

Du fil dans un livre ouvert Et, dans mes vers, un nœud rose.

ao l'adieu

J'ai mêlé ma vie à la tienne.

Toutes mes nuits et tous mes jours^ Sans que la crainte me retienne D'être enfin seul et sans recours.

Lorsque j'ai voulu la reprendre.

Je me suis^ hélas ! aperçu Que, dans ce rêve long et tendre.

J'ai beaucoup donné, peu reçu.

Je gardais de l'heure passée Des chaînes blanches à mon cou : Mais mon esprit et ma pensée Ét^ent allés je ne sais où.

JLfes étoiles ne me sont rien, Et je ne saurais- rien leur dire.

Un même éclat qui les vaut bien Fait ton regard et ton sourire.

Ceux qui, niant un bien réel, Cherchent lès astres sous leurs voiles, Se trompent : ce n'est pas au ciel Que sont les plus douces étoiles.

« L'éclat des yeux, bien plus certain, Est meilleur parce qu'il est nôtre.

Il se lève soir et matin; C'est la nuit seule qui fait l'autre.

22 l'aDJEU

KJk ! les mauvais dîners charmants Couvrant un seul bqut de la table^ Les faciles raffinements, Et le bonheur inévitable !

C'était trop chaud, citait trop froid, Selon le hasard ou ta guise ; Ton sourire m'ôtait le droit De nier cette chère exquise.

Nous ferons des repas meilleurs Certainement un jour ou l'autre, Mais toi, tu les feras ailleurs.

Et ma table n'est plus la nôtre.

l'adieu. 2j

J^es poètes sont des rois En effet très-ridicules.

Ils ont peut-être des droits Sur les vagues crépuscules^

Sur les nuitS; sur les soleils^ Sur les choses ténébreuses, Et sur les baisers vermeils De leurs belles amoureuses.

Ils ne peuvent, tout est là !

A la femme brune ou blonde, Sauf leurs rimes de gala, Donner les biens de ce monde

i4 l'adieu,

Ouand on est heureux, on n'a pas d'histoire.

On se cache, on s'aime à l'ombre, tout bas ; Rien de glorieux, pas de fait notoire; Le monde oublié ne vous connaît pas.

Si quelqu'un pourtant, avec un sourire.

Dit, en vous voyant fuir l'éclat du jour :

« Ce sont des hiboux ! » eh bien, laissez dire... Ce sont des oiseaux éblouis d'amour.

Quand le baiser fait la parole vaine, On s'en va, muets, dans les grands prés verts. — Loin de mon bonheur, je fixe ma peine Sur l'émail fragile et bleu de mes vers.

v^omment aurait-elle pu, Quand je le pouvais à peine, Renouer le fil rompu De notre vie incertaine?

Les baisers sont des baisers.

Les caresses, des caresses.

Les bonheurs sont malaisés Quand on n'a que ces richesses.

• Le soir même, doux et clair, Conspire à donner la fièvre.

Plein d'étoiles, il a Pair D'une vitrine d'orfèvre.

V^E qui m'arrive est afifreux :

Elle est morte, je l'enterre.

L'adieu fut très-douloureux ; Mais je commence à me taire.

J'ai, comme on jette des âeurs Sur les blancs cercueils des mortes.

Versé sur elle des pleurs Et des fleurs de toutes sortes.

Je demeure seul, hélas !

Avec ma mélancolie.

— Voici venir les lilas Dont le parfum dit : oublie.

l'adiru. 71

C^uand les malheureux ont Fêté Et le soleil pour leijr sourire,.

Il semble qu'un peu de gaité Vienne atténuer leur martyre.

Mais rhiver, quand il fait si froid, Malgré la force coutumière, L'espérance cède et décroît Ainsi que la douce lumière.

Avant que le ciel ne soit bleu, L'amant triste, la lèvre aride. N'a plus même le coin du feu, Où la place laissée est vide.

l8 l'adieu.

bi je n'étais pas assez bon.

Vois-tu, tu devais me le dire.

J'ai rhabitude du pardon Comme toi celle du sourire.

L'amant a dans son cœur le ciel Mais, s'il y passe des nuées, Les heures d'amour étemel En sont parfois diminuées.

J'aurais tâché d'être meilleur, Et, sans en rien faire paraître, J'aurais prolongé mon bonheur Et ton bonheur aussi, peut-être.

l'adieu. ap

Uans la forêt moaillée et verte, Comme deux rudes compagnons.

Nous allions à la découverte Cueillir au loin des champignons.

Nous n'y connaissions pas grand 'chose ; Comme des enfants, tous les deux, Nous goûtions leur chair blanche et rose ; C'était peut-être hasardeux.

Mais nous ne nous empoisonnâmes Pas même un peu, pas même un jour.

Nos estomacs valaient nos âmes.

Et nous avions beaucoup d'amour.

1 E souviens-tu de ce matin d'hiver, De la dernière et chère promenade ?

Il faisait beau, le soleil était clair :

Cétait un temps d'heureux ou de malade.

C'était aussi notre pays charmant, Le fleuve lent et sa rive un peu plate ; Et les coteaux qui dressent finement Au bord du ciel leur forme délicate ;

Et je pensais : les pentes de velours Verront encor la belle promeneuse.

Aux mois si doux où l'été fait les jours Longs et pareils à l'âme lumineuse.

l'a dieu 31

E.N vain ma force se roidit.

C'est bien fini : je l'ai revue. Elle était gaie. On aurait dit Que je ne Pavais pas connue.

Quel changement subit et grand Pourquoi suis-je resté le même?

Son beau visage indifférent Est à peine celui que j'aime.

Puisse l'oubli venir pour moi Pe la douce vie ancienne !

— Ou bien, par une juste loi, Qu'elle, un jour aussi, se souvienne !

Il ne faut pas les appeler cruelles :

Elles le sont tout naturellement,

Comme les fleurs, quelquefois les plus belles,

Dont le parfum fait qu'on meurt en dormant.

Quand la fraîcheur pure de leur haleine Embaume laîr et flotte autour de nous.

C'est un vertige, et la chambre en est pleine, Et des langueurs fléchissent nos genoux:.

C'est leur vertu, ce n'est pas leur envie D'être un péril : tout poison est normal.

O douces fleurs, ô roses de la vie, Vous exhalez le bien comme le mal !

L ÂDI EU J3

IN on, je ne te réclame rien ; Conserve de l'heure passée Tout ce que tu pris de mon bien :

Mon cœur, hélas! et ma pensée.

Tu pourras en avoir besoin En ces tristes nuits sans délire Où l'on pleureraitcdans un coin, Si Pon pouvait, au lieu de rire.

Dans ton cœur à peine fermé Souffre que le regret s'attarde.

— Le souvenir d'avoir aimé Te suive longtemps, et te garde !

|4 LADIEir.

V>E 'est pas moi qui dois pleurer, Et ce n'est pas moi qu'il faut plaindre Je puis encore t'adorer ; L'oubli ne saurait pas m'atteindre.

C'est toi, bientôt, qui t'en iras, Ne sachant plus comment on aime, Jeter, hélas! en ^'autres bras Le blanc fantôme de toi-même.

Dans ton cœur dévasté l'oubli Sèche les fleurs à peine écloses.

— - Sur mon amour enseveli Le temps fera fleurir des roses.

L'ADIKU. )5

v^uand tu n'auras plus ton beau sein, Ni la douceur de ton haleine, Ni l'éclat rose et le dessin De ta joue adorable et pleine,

Alors je serai presque vieux :

Mon heure aussi sera passée, Mais Page aura mis dans mes yeux Et sur mon- front plus de pensée

Ton cœur sera triste et déçu

Et ta songeras : « Lui, peut-êtru,

« Ne se serait pas aperçu,

Ou ne l'eût pas laissé paraître. »

36 L*ADIBU.

I\ m'avouer pour son amant

Il faadra bien qu'on s'habitue.

— Du marbre pur, roae et charmant.

J'ai fait jaillir une statue.

J'ai taillé le bloc de façon Que ma main s'y puisse connaître ; Et l'on doit garder le soupçon Que je demeurerai son mattre.

Des bras pourront la posséder

Et fléchir sous sa blanche étreinte ;

Nul œil jaloux la regarder,

Sans qu'il y trouve mon empreinte !

L AOIEU. 37

1 V peux bien ne pas revenir Si c'est à présent ton envie ; Mais redoute mon souvenir^ Qui, malgré toi, t'aura suivie

Dans les songes des nuits d'été Des étoiles étaient écloses.

Ton pied cher, sans but arrêté.

A perdu le chemin des roses

Il n'est de loin pas de retour.

Les sources claires sont taries Où tu mirais ton pauvre amour.., Les petites fleurs sont flétries !

r onrquoi la renier ?

Je a'ai pas de colère.

O mon amour dernier, O chose bleae et claire !

Pourquoi me souvenir Qu'elle me fût amère?

J'aime mieux retenir Par J'aile ma chimère.

Le pardon est plus doux. .

Mon adieu se colore D'un regret sans courroux, D'avoir perdu l'aurore.

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