‹ L'adieuChapitre 14 sur 16 · SCENE · texte numérisé non relu

SCENE

PIERRE

Entendre cela de ta voix, Claude ! — Cela !

CLAUDE

Il faut cacher ma misère. Vois comme je suis pauvre pour toi. Tu demandes un désir que je ne peux pas retrouver.

Aurais-tu préféré que je fusse l'infidèle qui t'aurait donné son corps déjà lassé par un autre. (Pierre lève les mains.) On n'est pas cruel, vois-tu bien ; mais nos instincts dépassent nos forces.

Je ne peux plus t'aimer. Où prendras-tu le droit de me retenir en otage > Je dois partir, Pierre. — H faut que je parte.

PIERRE

As-tu cru vraiment que je te laisserais t'en aller ainsi, tu t'es donnée, Claude, je te garde.

CLAUDE, de très haut.

Nul n'appartient jamais à personne. — Nul n'est le maître de sa vie. — Nul ne peut engager sa vie.

Toute la volonté du monde ne ferait pas revivre un instant l'amour qui m'a quittée. Pierre, laisse-moi partir.

PIERRE

Je suis ton Maître.

CLAUDE

Alors, je deviens l'Ennemie.

PIERRE

Il n'y a pas pour moi de plus grande douleur que de te perdre.

CLAUDE

Tu m'as perdue !

PIERRE

Je défends qu'un autre te prenne.

3o l'adieu

CLAUDE

Peux-tu défendre que je me donne >

J'ai droit à la vie de qui tu aimeras.

CLAUDE

De qui me possède seulement !

PIERRE

Prends g-arde, Claude !

CLAUDE

Prends grarde, Pierre ! (Silence.)

Tu es faible puisque tu m'aimes. — J'ai prise sur toi par ta douleur. Asservis-moi, je t'imposerai les soupçons, les mensonges, l'espionnage. Je te ferai des nuits d'attente pires que mon absence. Tu connaîtras les lettres surprises, les fuites, la honte, les recherches.

Tant que tu souffriras, je serai la plus forte. Et je finirai bien par te lasser.

Je veux être libre !

Je te tuerai, Claude

PIERRE

CLAUDE

Eh bien, tue-moi!

Ils sont face à face, misérables, tendus. Très lou^ silence. Pierre se recule, brisé, jusqu'à la table.

PIERRE, à voix basse.

Qui es-tu devenue ?

Qui es-tu devenu, loi-mûme ?

Page 1