SCÈNE I l
CLAIRE
Je VOUS jure, sur mon âme, sur mon amour pour vous deux, que Claude encore n'aime que vous.
PIERRE
Merci ! — Je vous crois, je dois vous croire ! Vous êtes toute la vérité. Et je suis misérable. Mais je souffre, vous comprenez, maintenant, je souffre. . .
CLAIRE
Voulez-vous que je parle à Claude ; sans lui dire que vous vous êtes plaint >
Faites cela! Dites-lui que je souffre à la pensée de la perdre. Dites-lui qu'elle a toute ma vie et que je l'aime... que je l'aime...
CLAIRE
Oui, Pierre !
PIERRE
...que je l'aime !
Si j'ai pu la blesser, qu'elle me le pardonne. Mais qu'elle ne me ferme pas sa pensée.
CLAIRE
Je le lui dirai.
PIERRE
Saurez-vous le lui dire, comme j'aurais fait moi-même? — Et surtout tant d'amour. . .
CLAIRE, tristement.
Je saurai !
Du fond du jardin, la voix de Claude s'élève et se rapproche :
Le ciel est par-dessus le toit,
Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit
Berce sa palme.
i6 l'adieu
PIERRE
Écoutez !
CLAUDE, au loin.
La cloche dans le ciel qu'on voit Doucement tinte. . .
PIERRE
Cette voix qui n'est plus la sienne ! Ce cœur qui n'est plus le sien ! — Saurez-vous lui dire tout, Claire, comme j'aurais fait moi-même?
CLAIRE, profondément.
Je parlerai... {Elle met une main sur Vépaule de Pierre.) comme si j'aimais moi-même... comprenez -vous, Pierre... comme si j'aimais quelqu'un qui n'entend pas... qui ne sait pas. . . et que je voudrais attirer dans mon amour.
PIERRE
Oui ! Mais vous n'aimez pas. Il faut aimer pour me comprendre. Si vous aviez aimé, Claire !. . . Vous n'aimez pas, . .
CLAIRE, impétueusement.
Je n'aime pas. . . {Elle se tait)
CLAUDE, plus près.
Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là,
Simple et tranquille...
Cette paisible rumeur-là,
Vient de la ville.
PIERRE porte à ses lèvres la main de Claire tremblante. Pauvre petite ! Quelle vie tout cela vous fait-il ?
CLAIRE
Oh, moi !
CLAUDE, plus près.
Qu'as-tu fait, ('> toi que voilà, Pleurant sans cesse. ..