SCÈNE 1 l
PIERRE
En sommes-nous déjà près de l'irréparable ?
CLAIRE
Je promets que Claude vous reviendra. . .
PIERRE
Chaque jour la fait plus étrangère !
CLAIRE
Mais non ! Quelle idée }
PIERRE, violent.
Ah ! vous ne voyez pas qu'elle est une autre ! Tout à fait une autre; et qu'elle n'a plus ni la même voix, ni les mêmes gestes, ni les mômes yeux. — Elle se renouvelle sur des pensées que je ne connais plus.
CLAIRE
Il faut vous défier de votre imagination. Sans doute, Claude est mobile, comme la plupart des femmes.
PIERRE
Comprenez-moi ! — Si elle n'avait changé que le goût de ses robes, ou sa coiffure, je n'y trouverais pas à redire. Mais ses intonations, ses attitudes, sa toilette forment un ensemble où je n'ai plus de part. — Tout en elle est nouveau, comme si quelqu'un la modelait selon sa pensée. . . {Plus fort.) selon son désir, comme je l'avais modelée moi-même.
CLAIRE
Pierre !
PIERRE
Elle ne songe plus à me plaire. Quelqu'un lui demande d'être ainsi !
CLAIRE
Pierre 1
PIERRE
Et maintenant elle est une autre, tout à fait une autre, que je ne connais plus, et qui ne livre rien de soi-même. — Que m'importe alors de posséder un corps d'où son âme est distraite ! Si elle n'est plus aux lèvres qu'elle me donne. . .
{Brusque.) Allons ! je veux en finir, pour moi, pour elle, pour nous tous !
CLAIRE
Qu'allez-vous faire }
PIERRE
Je veux lui dire de s'en aller, si elle y songe.
CLAIRE
Êtes-vous si las de lutter >
A quoi bon ? Quelqu'un me l'a prise !
CLAIRE
Vous n'avez pas le droit de dire cela.
PIERRE
Ah, je le pense ! Je le crois ! {Criant.) Claude est à. un autre ! Claude est à un autre ! — Il y a un homme qui a pris cette âme qui était à moi, ce corps qui était ma joie. Et c'est fini ! Ma vie s'écroule, obscure, impuissante, désolée.
Claude a un amant !
CLAIRE, hante.
Vous mentez, Pierre ! — Je réponds d'elle comme de moimême ! Si vous me croyez incapable d'un mcnsong'c, aussi impérieux qu'il fût.. .
PIERRE, avidement.
Uui!