AVANT-PROPOS III
transportées à travers l'Égypte depuis les ports éthiopiens jusqu'à Alexandrie, d'où on les dirigeait vers le Bosphore. On pouvait, en outre, tirer des carrières de la chaîne arabique les matériaux nécessaires aux constructions somptueuses entreprises à Byzance; le porphyre utilisé pour l'érection des sarcophages impériaux, pour la décoration de Sainte-Sophie elle-même. Ce n'étaient là d’ailleurs que des avantages secondaires en comparaison des autres. Les impôts en espèces exigés des contribuables égyptiens constituaient en effet un appoint fort désirable pour le Trésor dont les besoins étaient plus pressants que jamais. Mais surtout, la vallée du Nil, grâce 4 son incomparable fertilité, était un des plus riches greniers à blé d’où la populeuse Byzance tirait sa nourriture.
L'Égypte tenait une place, somme toute considérable, dans l’économie générale de l'empire. Cependant l’exploitation de cette province n'allait point sans difficultés pour le pouvoir central. Les fellahs pacifiques, les grands propriétaires ruraux établis parmi les grasses cultures des campagnes égyptiennes, voire même les pieux cénobites retirés dans le désert, tout autant que les masses cosmopolites de la grande ville tumultueuse d'Alexandrie, suscitaient maintes fois à Byzance de lourds soucis. Des siècles de domination romaine n’avaient pas atténué certains traits fâcheux du caractère des Égyptiens. Celuici avait toujours été fort difficile. La physionomie de la province, féconde et frondeuse du pouvoir, telle que la peignait jadis Tacite, est restée, au vi‘ siècle, d’une
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saisissante actualité. Naturellement indisciplinés, ardents et fanatiques, les habitants de l'Égypte sont aussi prompts à l’émeute que rebelles à l'impôt et insoucieux des lois. En outre, les fonctionnaires impériaux sont loin de compenser par leur zéle et leur loyalisme, l’indocilité de leurs administrés.
À l’avénement de Justinien, la tâche du pouvoir central est ainsi devenue fort délicate. La crise administrative s’est développée d’une manière inquiétante, au cours du Bas-Empire, et l'Égypte est en bonne place, certes, parmi ces provinces spécialement difficiles à manier (asperiores provinciae) qui éveillent tout particulièrement les inquiétudes du vigilant basileus. Jamais peut-être on n'attacha plus de prix à l'exploitation fructueuse de l'Égypte, et jamais non plus les volontés impériales n’y rencontrèrent plus d'obstacles que sous les règnes de Justinien et de ses successeurs. |
Nous avons tenté, après avoir rappelé Es une intro-
duction quelles étaient les mœurs administratives de l'Égypte, au moment de la réforme justinienne, de préciser comment le basileus réorganisa les services des finances et de la justice. Dans une seconde partie, nous nous sommes efforcés de voir ce qu’il advint des réformes de Justinien et comment fonctionnait l’administration aux derniers temps de la domination byzantine en Égypte.
Cette étude rend évidente la faillite du gouvernement imperial dans la province. Les résistances des habitants et celles des fonctionnaires, grandies avec la faiblesse du