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à construire ou à rebâtir des sanctuaires qui leur appartinssent en propre. Le successeur d’Anastase, Andronicus, qui était issu d’une famille considérable, put même résider dans l’intérieur de la cité d'Alexandrie; ce fut üne faveur (x).
C’était l'époque où le siège patriarchal d'Alexandrie était occupé par saint Jean l'Aumônier, nommé par Byzance, sur la recommandation spéciale de Nicétas, pour succéder au patriarche mélchite Théodore, mis à mort durant la révolte. Bien qu'il fût chalcédonien, l'élévation de son caractère et son inépuisable charité, qui dut sé multiplier particulièrement au temps de l'invasion perse, firent de lui l’objet de la vénération des Monophysites eux-mêmes (2).
Après avoir chassé les Perses d'Égypte, Héraclius rêve de réaliser l’unité de l’Église. Sur l’ordre de l’empereur, un concile se réunit à Hiérapolis pour adopter une formule dé paix où se combineraient les propositions du concile de Chalcédoine avec les principes du monothélisme. Il s'agissait, ce qui était une besogne plus délicate, de faire accepter aux Coptes monophysites une entente sur ce terrain et de les ramener dans le giron de l’orthodoxie. Une fois de plus, on commet alors à Byzance une grave maladresse, en prétendant imposer à tout prix la formule élaborée à Hiérapolis. Pour faire exécuter ses volontés, Héraclius envoie en Égypte, en 631, Cyrus, évêque de Phase, dont le rôle devait être si considérable dans ie pays jusqu'à la fin de la domination byzantine (3). L’entreprise était difficile en elle-même; la formule d’'Hiérapolis était de nature à mécontenter à la fois et les Melchites et les Coptes. Par suite du manque de tact de Cyrus, et peut-être aussi par suite de la mauvaise volonté des Coptes, le sÿynode réuni à Alexandrie pour réaliser le rapprochement des deux partis fut un échec, comme on pouvait s’y attendre. Les Coptes demeurent intraitables et veulent sauvegarder dans toute son intégrité
(1) SÉVÈRE D'ASGHMOUNAIN, cité par Le Quiex, Or. Christ. II, 4444
(2) Leonrios’ von Neaporis Leben des heiligen Johannes des Barmherzigen, hrg. v. H. Gelzer, Anhang II, p. 110.
(3) Lettre de Sergius, dans HEretE, IV, 497 (trad. Delarc).
l'indépendance religieuse pour laquelle les Égyptiens ont lutté avec une si grande opiniâtreté depuis le concile de Chalcédoïne.
Une dernière fois, Héraclius essaie d’user de la politique d'entente. Sur ses ordres, Sergius, le patriarche de Constantinople, s'efforce d'obtenir du Pape l'adhésion à une formule de conciliation grâce à laquelle on devait ramener à l’orthodoxie les Coptes monophysites. Puisque leurs croyances sur la nature unique du Christ étaient rejetées par l’Église romaine, Sergias proposait d’accepter le monothélisme, ou doctrine d’une volonté unique, avec défense de discuter si l’action même de cette volonté unique était ou non double. Le Pape ayant donné son assentiment à la formule proposée par Sergius, celle-ci est promulguée, en 638, dans la fameuse exposition de foi appelée Ecthesis (x).
Pour gagner l’approbation de l’Église romaine, Sergius n’avait point manqué de faire valoir auprès du Pape les résultats splendides déjà obtenus en Égypte par la politique de conciliation de l'empereur. Grâce à sa prudence *.à sa courtoisie à sa modération, Cyrus a gagné l’Église monophysite : « Tout le peuple d'Alexandrie et avec lui presque toute l'Égypte, la Thébaïde, la Lybie et les autres provinces du gouvernement d'Égypte qui autrefois étaient divisées en une multitude innombrable d’hérésies, maintenant, par la grâce de Dieu et ie : zèle du patriarche, n’ont pius qu’une voix et professent les véritables dogmes de l’Église. Déjà l’union d'Alexandrie est obtenue sur le point essentiel » (2).
I] va sans dire que ce rapport singulièrement optimiste de la situation est assez éloigné de la réalité. Les Égyptiens sont si peu disposés à recevoir la formule de l’Ecthesis que Cyrus oublie tout ménagement envers eux. La grande persécution commence. Il se peut que les Monophysites se soient obstinés à ne pas comprendre la doctrine monothélite, ou bien que Cyrus et ses acolytes se soient bornés à les mettre en demeure d’opter entre la foi de Chalcédoine ou la mort. Quoi qu'il en soit, les historiens coptes nous ont conservé maïints récits pi-
(1) THEOPH., 330.
(2) HereLe, IV, 490 (trad. Delarc).
toyables de scènes de torture qui font éclater l’inébranlable attachement des Monophysites à leurs croyances. Ils sont battus de verges, noyés, brûlés (1). Le frère du patriarche monophysite Benjamin est entouré de torches qui le consument à moitié, si bien que « la graisse coule de ses flancs sur le:sol »; comme il demeure inébranlable, on lui arrache les dents; puis on le place dans un sac rempli de sable et on l’emmène au large; trois fois on lui offre en vain la vie. Enfin, on le jette à la mer (2).
Le biographe de l’ascète Samuel de Kalamoun décrit l’arrivée de Cyrus au monastère : les moines s'étaient enfuis; un portier naïf rapporte au patriarche les propos sans aménité qu'on tie?t sur son compte dans la maison où on le traite de Juif chalcédonien et d’athée. Plus tard, Cyrus fait amener devant lui le saint abbé Samuel et le dialogue s'engage, amer de part et d’autre ; furieux, le patriarche ordonne aux soldats de mettre l’abbé à mort, mais ce dernier est tiré de leurs mains par un fonctionnaire civil (3).
Quelques défections se produisént dans les rangs des Monophysites par suite de la persécution (4). Certains continuent à pratiquer leur foi en secret, avec la complicité de leurs prêtres qui viennent à eux sous des déguisements : tel ce prêtre de Maréotis qui se risquait dans les rues même d'Alexandrie, accoutré en charpentier portant un sac d’outils, pour aller célébrer le culte pour ses frères (5).
La persécution est ressentie d’autant plus cruellement par
(1) A. J. BUTLER, The Arab conquest of Egypt, chap. XIII, a rassemblé les textes relatifs à la persécution de Cyrus. (2) SÉVÈRE D’ASCHMOUNEIN (Brit. Mus., ms., p. 104, |. 10), cité par
A. J. Butler, op. cit. p. 184, note 2.
(3) E. AMÉLINEAU, Vie de Samuel de Kalamoun (Mém. Miss. arch.
franç. au Caire, IV, 2, p. 774 ss.); F. M. Esteves P£rEIRA, Vida do Abba Samuel do Mosteiro do Kalamon, p. 36-40. Une biographie du patriarche copte Isaac, écrite vers 695, nous le montre rencontrant dans sa jeunesse un prêtre copte qui avait été battu de verges par ordre de Cyrus (E. Amé- LINEAU, Histoire du patriarche copte Isaac, p. 12).
(4) A. J. BUTLER, op. cit., p. 189.
() Ibid. p. 190.
les Coptes qu'ils venaient de jouir, sous la domination des Perses, de la liberté religieuse. Exaspérés, certains forment un complot contre Cyrus. Ils sont malheureusement découverts par un officier byzantin et on envoie contre eux des soldats, alors qu'ils étaient assemblés dans une église, près de Maréotis. Les uns sont tués, les autres percés de flèches, ceux qui demeuraient sont condamnés sans autre forme de procès à avoir les mains coupées (1),
La persécution est si violente et si tenace qu’elle se poursuit encore durant l'invasion arabe; pendant le siège de Babylone, elle continue implacable (2). Le jour même où l’armée impériale dut évacuer la ville, le lundi de Pâques de l'an 647, on tira des malheureux de leur prison et on les mutila. Une dernière fois, la persécution est reprise avant la reddition d’Alexandrie, au moment où l'Égypte allait tomber définitivement aux mains des conquérants arabes. :
Ainsi les rêves d'unité religieuse d'Héraclius ne tient jamais être réalisés et le résultat de sa politique en Égypte -est déplorable.
Persécutés officiellement, les Égyptiens, qui appartenaient en très grande partie à la foi monophysite, sont de moins en moins disposés à remplir leurs devoirs de contribuables et à respecter l’ordre établi par un gouvernement exécré. D'autre part, l'indépendance à laquelle les fonctionnaires du pays ne sont que trop enclins devient la révolte ouverte lorsqu'ils “appartiennent au parti persécuté. La lutte religieuse engendre même les divisions intestines qui prennent l’ampleur de la guerre civile, alors même que l'Égypte courait le plus grand péril du fait des envahisseurs étrangers.
La politique religieuse trop souvent pratiquée par les empereurs byzantins contribua ainsi grandement à aggravér l'anarchie dans la province, partant à ruiner les institutions administratives de l'Égypte.
(1) Jean DE Nixiou, CXIX.
(2) Id., CXVII.
À la veille de l'invasion arabe, l’état de l'administration
civile de l'Égypte est aussi déplorable qu'à l'avènement de Justinien. Bien plus, le trouble n’a fait que croître par suite de la mauvaise volonté persistante des habitants, fauteurs de désordres, et des exactions des fonctionnaires trop indépendants, Le pouvoir central est plus impuissant que jamais à lutter contre l'anarchie et sa politique religieuse a encore aggravé le mal. . Dans ces conditions, le pays devait être une proie facile pour les envahisseurs musulmans et la corruption administrative a ainsi contribué à la perte de la province. Suivant certains, les indigènes et les fontionnaires impériaux, mettant le comble à leur déloyalisme envers Byzance, en serajent même venus - à pactiser avec les Arabes.
Les historiens de la conquête admettent volontiers en effet que les Musulmans furent accueillis en Égypte comme des libérateurs, tant on était lassé de la domination byzantine et de ses rigueurs (r). Les tendances séparatistes qui s'étaient révélées dans les derniers temps se seraient alors manifestées dans toute leur force.
Il est peut-être un peu hasardeux de se prononcer d’une
(x) GI880N, The History of the decline and fall of the Roman Empire, IX, 51, p. 267 s& AMÉLINEAU, Samuel de Qualamoun (Rev. d’hist. des relig., XXX, 1894, p. 3) : « les Coptes... s'habituèrent dans leur haine à tourner les yeux vers les Musulmans “ont ïls entendaient vanter bss exploits et les victoires contre l'empire byzantin et finalement les appelèrent en Égypte ». Id., La çonquête de l'Egypte par les Arabes (Rev. hist., CXX, 1955, p. 17 ss.). G. LerEBvRE, Inscriptions grecques-chrétien= nes d'Égypte. Introd., p. xx : « En 540, Amr bin el As fut reçu comm un libérateur à la fois par les Jacobites et les Melkites ». A. A. VasILJEv, Lektsii po istorÿ Visantimi, 1, cite parmi les raisons qui expliquent le caractère foudroyant de la conquête arabe, la haïne des monophysites contre Byzance (cf. le compte-rendu de cet ouvrage par L. BRÉHIER dans Rev. hist, CXXXIX, p. 67).
. manière aussi affirmative pour une période de l’histoire encore assez confuse et entourée de légendes parfois absurdes ou contradictoires (1).
Il faut bien reconnaître qu’a priori une défection des Égyptiens n'aurait rien de très étonnant. Déjà, lors de la révolte de Nicétas, le pays avait fait cause commune avec les rebelles, et la violence des haines religieuses des Coptes à l’égard de Byzance était bien de force à les pousser vers les Mulsumans. Les écrivains monophysites considèrent l'invasion étrangère comme un juste châtiment subi par leurs persécuteurs chalce- doniens (2), et peut-être aussi comme une délivrance pour
eux-mêmes (3).
Malgré les précautions avec lesquelles il convient d’interpréter des textes ayant un caractère indiscutable de partialité, le sentiment qu'ils reflètent n’en paraît pas moins justifié, à leur point de vue, si on se rappelle les années de persécution que venaient de traverser les Monophysites sous le patriarchat de Cyrus, l’acharnement des Chalédoniens cantre eux, «et l’entêtement passionné avec lequel ils défendaient eux-mêmes,
(1) A. J. BUTLER, The Arab conquest of Egypt, p. 207 ss., 252, 322 ss.
(2) JEAN DE Nixiou (CXXI) déclare que la persécution subie parles monophysites fut la cause de la ruine des Romains et de la conquête de l'Égypte. L’évêque arménien SEBÊOS regarde les Musulmans comrae chargés d’une mission divine (Histoire d'Héraclius, XXX) : « A cette époque, il y avait un des enfants d’Ismaël, du nom de Mahomet, un marchand.… Comme l'ordre venait d’en haut, ils se rallièrent tous... à l'unité de loi ». CEDRENUS (I, p. 421 B), après avoir relaté les luttes religieuses d’'Héraclius, annonce en ces termes l’avènement de l'Islam : « L'Église étänt ainsi troublée par les Empereurs et par des prêtres impies, Amalek, l’habitant du désert, se leva et nous frappa, nous qui sommes le troupeau du Christ ». Il ne semble pas qu’on puisse faire état de ce texte (cité par BUTLER, op. cit., p. 152) pour connaître l’état d’esprit des Coptes au moment de la conquête, l’histoire de Cedrenus étant contemporaine du règne d’Isaac Comnène, sinon postérieure
(3) JEAN DE Nixiou (CXXI) fait. allusion, semble-t-il, aux espoirs, d’ailleurs déçus, que le succès des Musulmans avait suscités chez les Égyptiens : « Les lamentations et le deuil qui règnent dans la cité sont indicibles. Les Coptes donnent jusqu’à leurs enfants en échange des lourdes taxes qu'ils doivent payer chaque moïs aux vainqueurs... Dieu détruisit leurs espérances et livra les chrétiens à leurs ennemis. »
Xe
depuis des siècles, leur propre conception de la nature du Christ.
Jean de Nikiou nous montre, en fait, des fonctionnaires pas- -sant aux Arabes (1) et les indigènes faisant cause commune avec eux (2); 1l raconte qu'à un moment la lutte éclata entre les habitants de la Basse-Égypte divisés en deux partis : les uns restant fidèles à Théodore, le commandant des troupes impériales; les autres désireux de se rallier aux Musulmans. Les deux partis en viennent aux mains, se livrent à l’incendie et au pillage, mais les Musulmans se défient d’eux (3). L'accord des Égyptiens n’était donc pas unanime. Aux faits
(1) Jean De Nixiou, CXV : à l'approche des Arabes, Jean, le duc de Thébaïde, refuse de lutter; il se hâte de lever le produit des impôts et s'enfuit. Id., CXIV : deux fonctionnaires, Kaladji et Sabendis, ont passé aux Arabes; le duc augustal, Théodore, s’abouche avec eux et les engage à se rallier aux Byzantins. Le premier, craignant qu’on ne mît a mort sa mère et sa femme qui étaient cachées dans Alexandrie, donne a Théodore une grosse somme d'argent; finalement, il rejoint les troupes impériales. Sabendis, échappe aux Musulmans; il avoue qu’il a trahi parce qu'il avait été frappé et humilié par le préfet Jean, mais que jusque-là i] était un serviteur Zélé de Byzance. Il est question (id., CXXI) du fonctionnaire apostat Théodore. Ce ne sont pas seulement des fonctionnaires Coptes qui passent aux Arabes; Jean de Nikiou cite lexemple de trois Melchites qui ont trahi (CXX).
(2) Au début de l’invasion, un « chef de faction » fait connaître aux Arabes où les troupes impériales sont cachées (Jzan DE Nixiou, CXI). Après la prise du Fayoum, on commença, au dire du chroniqueur, à aider les Arabes (CXIV). Quand les Musulmans voient la faiblesse des Romains et l’hostilité des indigènes envers Héraclius, à cause de la persécution qu'il avait fait régner dans toute l'Égypte à l’instigation de Cyrus, ils deviennent plus hardis et plus forts (CXV). Bientôt tous les habitants de la province se soumettent aux Arabes, ils leur paient tribut et ils mettent à mort tous les soldats romains qu'ils rencontrent (CXV). SÉVÈRE D'ASCHMOUNEIN décrit la joie exubérante des Coptes d'Alexandrie, après le départ des Byzantins chassés par les Arabes, lorsqu'ils jouirent enfin de la paix religieuse : p. 110 |. 5; p. 108, I. 18. Il est vrai que, lorsque le patriarche Cyrus eut signé le traité de reudition d'Alexandrie, la population courut aux armes et voulut lapider le négociateur; mais c’est seulement lorsque les Musulmans se présentèrent pour réclamer la somme qui devait leur être payée, que s'éveille chez les Alexandrins ce patriotisme tardif.
(3) Jean DE Nixtou, CXIX.
que cite Jean de Nikiou, on pourrait d’ailleurs en opposer d’autres qui témoignent d’un certain loyalisme des habitants (x). Au surplus, il est facile de concevoir que les scènes de violence et de carñage, les atrocités dont les envahisseurs se rendirent coupables (2), étaient bien peu faites pour leur gagner la confiance et la sympathie des indigènes. Les populations que l’on voit s'enfuir épouvantées (3) à l’approche des conquérants, né devaient-elles point semer la panique dans les régions encore protégées, plutôt que le désir d’aider les Arabes? D'ailleurs, la conquête ne fut pas foudroyante. Elle était inévitable certes, la force était du côté de l'Islam; mais la résistance né fut pas nulle, elle se prolongea durant des années. Si l’aide apportés par les indigènes avait été aussi effective qu’on l’a pensé, il n'en eût point été ainsi, semble-t-l; d'autant plus que la valeur défensive de l’armée était bien faible. On a montré (4) quelles étaient les insuffisances, les vices du commandement, confié à des chefs souvent incapables, plus préoccupés de leurs querelles personnelles que du salut du pays. Ainsi, il eût été quasi-miraculeux que l'Égypte triomphât des attaques de guerriers soulevés par l'enthousiasme religieux, enflammés par l’ardeur de conquérir une proie encore désirable dont l4 décrépitude était cachée sous les restes d’une civilisation brillante.
Ces réserves faites, on ne saurait nier que la corruption administrative de l'Égypte n'ait contribué aussi, pour sa part, à la perte de la province ; l’anarchie et les désordres intérieurs, qui continuent même pendant l’invasion, ne peuvent que favo-
. (x) Jean DE Nixiou, CXV : Amr passe douze mois (cf. BUTLER, The Arab conquest of Egypt, p. 298, note 1) à réduire les villes du delta qui refusent de se rendre.
(2) Id., CXI : les « Ismaélites » massacrent, après Îa prise de Bahnasa, les vieillards, les femmes et les enfants; CXIII : Amr double les taxes, force les habitants à transporter le fourrage pour les chevaux et multiplie des actes de violence; CXV : les Arabes détruisent les habitations de ceux qui se sont enfuis.
(3) Id., CXIII; CXV.
(4) J. Masrero, L'organisation militaire de l'Égypte byzantine, p. 21 ss.
CONCLUSION NE 227 riser les Arabes. Il paraît bien aussi que l'impuissance de l'Égypte au point de vue militaire ait été plus où moins étroitement liée à la décadence de son administration civile. Le peu de résistance des troupes ne tient-il pas en partie à ce fait qu’elles n'étaient nullement aguerries, habituées qu’elles étaient à peu près exclusivement aux besognes de la paix? N’était-on pas contraint, par suite du peu d'autorité de l’administration civile, de les employer à la perception des impôts et au maintien de l’ordre intérieur? Ainsi la faiblesse de l'Égypte devant lés Arabes semble en quelque sorte une des faces d’un seul problème : la décadence des institutions du pays."
Celle-ci est profonde et à peu près irrémédiable, à vrai dire. Justinien s'était efforcé sans doute de ramener les habitants de l'Égypte ét les fonctionnaires au sentiment de leur devoir ex réglementant le détail de l'administration, en édictant des sanctions rigoureuses, en fortifiant le pouvoir de ses représen- tants dans le pays. Tenant compte des faits accomplis, il avait bien consacré dans ses lois la puissance de l’Église et celle de l'aristocratie terrieñnne en Égypte. Il n'avait point négligé d'adapter l’administration aux besoins nouveaux. Cependant ses efforts sont demeurés aussi vains que ceux des réformateurs du 1v° siècle.
Déjà à ce moment, la disproportion était incontestable entre la faiblesse du gouvernement central débordé et les forces des habitants de l’Égypte grandies durant un siècle d’anarchie. En dépit de toutes les réformes, un retour en arrière était désormais impossiblé : aux derniers temps de la domination byzantine en Égypte, le désaccord est devenu plus grave encore et la politique administrative de Justinien et de ses successeurs était vouée à un échec certain; c’est que les basileis persistent à faire reposer l’organisation civile de l'Égypte sur le principe qui avait toujours guidé les empereurs depuis que le pays était devenu une possession romaine; ils la traitent encore comme une province conquise, peuplée de sujets, qu'il s’agit d'exploiter d’une façon exceptionnelle étant donné sa richesse agricole. La chose était possible au temps où le pouvoir central était de force à imposer ses volontés en Égypte, alors que les
habitants et les fonctionnaires n'avaient point accumulé, des siècles durant, des forces de résistance en pratiquant le goût de l’indépendance et que le gouvernement civil ne subissait pas ue la part de l’Église une concurrence parfois difficile. Mais on n’aperçoit point à Byzance la contradiction flagrante qui existe entre les mœurs quasi-féodales de l'Égypte byzantine et les institutions centralisatrices qu’on prétend y maintenir. Les Égyptiens du vi° et du vu‘ siècles ne peuvent plus cependant être considérés comme les sujets d’une province quelcouque dont les aspirations et le caractère propre se fondraient dans l’uniformité du régime impérial; ce ne sont plus des deditices ni des citoyens romains, ils sont surtout Égyptiens; attachés à leur langue, à leur littérature, à leurs croyances religieuses, ils se sentent assez forts, qu’ils soient fonctionnaires ou non, pour défendre leurs intérêts particuliers et leur indépendance contre l’empereur de Byzance qui les rançonne et prétend encore leur imposer la foi orthodoxe. Ainsi la décadence administrative en Égypte s’expliquerait, en dernière analyse, par l'opposition profonde qui règne entre les institutions byzantines, reposant toujours sur les formules de la vieille politique romaine, et l’état réel du pays où apparaissent déjà certains traits des sociétés médiévales : la puissance temporelle de l’Église, l'autonomie des grands (ueyisräves), detenteurs de la terre et du pouvoir et frondeurs du pouvoir central, les luttes intestines à main armée, qui ruinent les particuliers. [étonnante faiblesse du gouvernement byzantin est la cause première de la crise, sans doute; on feint de l’ignorer en haut lieu et l’on s’obstine à suivre pour l’administration de l'Égypte les règles d’une politique désormais sans issue puisqu'on n’a plus le moyen de tenir la main à l'application des lois. La situation est aussi tendue que possible lorsqu’apparaissent en Égypte les armées musulmanes, et le triomphe de l’Islam va mettre fin brusquement à la lutte séculaire entre l'Égypte et Byzance. Le dénouement ne fut peut-être point tel cependant que les Coptes l’auraient souhaité; ils ne feront guère que changer de maîtres, une fois de plus, et les Arabes recueilleront soigneusement l’héritage administratif de Byzance.
ce
P. 50, note 49. L'existence du praepositus pagi en 411 pouvait
sembler démontrée par le texte de Vienne cité dans les Wiener Studien, xxiv, p. 125, sub v° beneficiarius (Cf. M. GELZER, Studien p. 96.) où on lit: {roxméocisos 1à mdyou Paaovtou “Qpryeviou Bo/rd£euc fyeuoviac Erapyias 'Apradlac. D’après une nouvelle lecture donnée par C. Wessely, dans le fascicule xx de ses Siudien (n° 117; Führer 331), on ne saurait, en aucune façon, faire état de ce papyrus pour déterminer la date de la disparition du praepositus pagi et de la création du pagarque: @ era mapévrlos voi ouveudore[üv]tfos] [ce] nupiou éaurtc avdpèc PAaouios 'Qprysviou Bo/ Tiéewc fyeovias itapyias ‘Apradlac ».
du bourg, paraît contestable à M. A. Steinwenter (Studien zu den hoptischen Rechisurkunden “aus Oberägypten p. 46). Ce savant fait remarquer que la présence d’un proëdre à la tête du collège des protocométes ne s'accorde pas avec le fait que l’administration du bourg, celui d'Aphrodito en particulier, est dirigée, non point par un seul personnage président d’un collége, mais par deux ou trois protocomètes fonctionnaires liturgiques. Quelques protocomètes sufhisent pour mener à bien les affaires du bourg, notamment la levée du blé dont il est
question dans P. Caire 67030 portant mention d’un.
proëdre. Mais comment expliquer que dans cette pièce, émanant des bureaux du praeses, le soin de procéder à la
perception du blé soit confié expressément au proëdre ?
M. A. Steinwenter propose cette solution: le terme proddre était employé à juste titre dans les pièces analo-
P. 6$s et 127. L’existence du proëdre, président du conseil local .
gues, lorsque l’ordre d’effectuer la levée du blé s’adressait au président de la curie d’une cité; lorsque l’ordre était adressé à un bourg, ainsi qu'il arrive dans P. Caire 67030, le mot proëdre demeurait cependant dans la pièce officielle et désignait alors, en fait, non pas le président d'un collège, mais le protocomète préposé à la levée.
Il semble bien difficile d'admettre qu’une pièce administrative soit rédigée sous une forme aussi approximative et que le mot proëdre, qui figure dans P. Caire 67030, dans P. Flor. 293, et qui peut être restitué sûrement dans P. Caire 67280, ne soit qu'une expression impropre dans des circulaires ofhcielles mal adaptées au cas particulier des bourgs autopractes.
Il est très vraisemblable, comme le pense M. Steinwenter, (p. 39-40) contrairement à M. Gelzer (ct. Archiv für Papyrusforschung, V, p. 372 ss.) que le mot protocométe a Ceux sens différents; un sens large, celui de grand propriétaire du bourg, et un sens restreint : administrateur de la xwwn. Le xevév des protocomètes serait alors l’ensemble des possessores du bourg, et non pas une assemblée municipale. Dès lors, il n’y aurait rien d'étonnant à ce que dans un bourg autopracte comme Aphrodito, où les notables ont de lourdes charges, en vertu même de leur autonomie, le xowév des propriétaires ait eu un président (rp$2300s)et que celui-ci ait été spécialement chargé, avec l’épimélète de l’annone, d'assurer un service public aussi important que la levée du blé. Ce proëdre pouvait d'ailleurs être un protocomète au sens restreint.
P. 66. Il est possible que le terme peiçwy (ou petérepos) qui, dans les textes coptes, est parfois l'équivalent de protocométe (cf. À. SIEINWENTER, 0p. cit, p. 41 ss.) ait désigné dans les papyrus grecs du vi® siècle un protocométe du bourg. Le peilwv représente, en effet, le xovéy des protocomètes dans P: Oxy. 133. Le maËéresos qui porte le titre de comte dans un texte d'époque arabe (B. G. U. 368) et qui est au service du patrice Stratégios serait le pagarque lui-même (À. STSINWENTER 0h. cit., p. 42, note 3). On
ME en PRCRE TE MOTS À D ML des CRUE LL À A Le LU" gauV, Ve PP K \ 6 \ ;
remarquera que le mot meatérepss peut désigner aussi un employé du pagarque (cf P. Caire 67002, 1, 9).
P. 74, note 7. Pour la crise du papyrus, voir H. Sorras, Une > nouvelle pièce de la correspondance de saint Pésunthios (Recueil d'études éoyptologiques dédiées à la mémoire de Champollion, fasc. 234 de la Bibliothèque de l'Ecole des Hautes- Etudes,, sc. hist. et phil., Sor-502).
P. 150, note 6. Le rôle de l’?xdtxog, gardien des bonnes mœurs, apparaît également dans un texte du Fayoum (C. WEssELy, Studien, X, 252).
P. 158. Les ripari avaient à leur tête un archiupérêtès : C. Wes- SELY, Studien..…, IT, 9.
P 159. Le papyrus de Paris publié dans les Siudien de Wessely, (X, 252) est un amusant rapport de police relatant les prises qui ont été faites pendant le mois de mesoré avec les motifs des arrestations opérées; parmi les fonctionnaires de police qui figurent dans ce papyrus, on trouve les bergers, avruysévyos, un comte qui est chariularius, un riparios. un Exdtxos. |
P. 218 et note 4. Les désordres survenus dans la région de Merada, d’après la Chronique de Jean de Nikiou (chap. cv.), ne paraissent pas avoir été, à proprernent parler, un épisode de la lutte religieuse ; il ne s’agit pas en fait d’une révolte de clercs monophysites, comme le pensait Jean Maspero (Les patriarches d'Alexandrie, p. 277) d’après la traduction de Zotenberg; le terme appliqué aux insurgés dans le texte éthiopien est synonyme de : officiales et désigne ceux qui ont l'autorité dans la ville (renseignement communiqué par M. Marcel Cohen). Les incidents de Merada seraient donc bien à l’actif des fonctionnaires (cf. p. t95, note 1) qui massacrent Théophile, gouverneur de cinq villes, après avoir battu ses soldats.
INDEX DES MATIÈRES
&Bdxtnc 42 note 2.
acta (rédaction des) 15.
adaeratio 39 note 1, 70, 98, 130-131.
adjutor — du numerarius 41,91 noteo, 105 note 6; — du bureau des comptes 101 note 4; 103, — de l’avvovaæxoc cxpuv:apros 105 note 6.
ad responsum 43 note 8, 147.
GEPLXÔV 7O.
&yopt (dnuosia) 103 note 2.
agri excepti 13.
agrophylacites 161, 201 note 2, 206 note 2.
alabarque 76, 94, 05.
alimonia 117-118, 132, 135, 136.
annone (annona civica), 69, 78, 79, 101 note 1,117-143,172 et note 7; grande — 131, 135; supplément de l’ — 143.
annones — du duc 38; — des fonctionnaires 101,— militaire 130 note 7.
AVVOVL&xX En 103 note 3.
AVVWVLALOS GApLvLdouoc 42, 127.
&VtixGVÔE OV 109, 110, 143.
avayvwotns 66.
&matTnths JO note 7, 91, 92 note 4, 105 note 7, 110, 193 note 2; — rov je rovpy®v 61 note 5, 77 note 1,92 note 4; — toÙ oirou 128.
aTaoyVptou6c, Voir adaeratio.
&mhukiTäpros 105 note 7, 157 note 2.
apodecte des naula 109, 110, 130, 140, 141, 142.
énopaots 153.
&mopov The xwune 84, 171.
gmoctalhc 43 note 2.
appel 155-157.
arbitrage 152.
arca praefecturae 86, 104, 107. 134,!210.
arcarica 86, 103, 104, 106, 112, 134.
aprapixäproc 103, 134.
&py!atpoc 62, 206 note 2.
apytoduuayos 43
archiupérètès 102.
dpywv 45; éntywpios — id. ; noATIxd — id , 63 note 2, 82, 190 note 4, 105.
argurica 70.
armée, recrutement et entretien de .
l — 80; rôle de l’ — dans la perception des impôts 112, 113, 120; juridiction militaire 145, 154; service de police 157-158. 160; soldats privés, voir bucellaires.
artabe 98, 120-121, 130, 141.
asile (droit d’) 98 113.
assesseur 43.
ä&otafux, voir monnaie.
äctuxa 70, 80, 95, 108.
augustal, voir duc.
autopractes et autopragie 13-15, 66, 67, 89. 92, 101, 126, 128, 136, 168, 170, 190, 199, 201, 205, 209.
bains 108, 109, 110.
bergers 101, 197 note 1.
Brxdouos 154 note 1.
Borberx (molrux) 49, 160 note 7.
Bontos voupepæptou Tic xp 41 note 4; — voupepaplou Ty YpUatxÈV 41 note 4, 102 note 3; — de l'officium ducal 43; — du pagarque 52, 129 note 3, 1096; — de la cité 62; — du defensor civitatis 63, 66. 90, 92, 93, 95, 97 note 1, 151; — dü bourg 102 note 2, 146, 201, 206 note 2, — vtoù \oyictapiou 102 note 6, 11 note 1 142/n01e 15;
bouleutes, voir curiales.
bucellaires 162, 172, 170.