‹ L'administration de la France;Chapitre 28 sur 36 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Telle est notre organisation judiciaire. Dans Tordre pénal : tantôt le juge unique, tantôt la pluralité des juges ; tantôt le juge professionnel, tantôt un amalgame de professionnels et de citoyens tirés au sort sur une liste composée arbitrairement par des fonctionnaires; tantôt rappel, et tantôt, particulièrement pour les peines les plus graves, pas d*appel ; des procédures variées, des tribunaux spéciaux; des tribunaux et des magistrats empiétant sur les attributions légales les uns des autres. Pour les contestations entre les particuliers, même variété déjuges uniques, de pluralité des juges, de professionnels, de citoyens élus ; tantôt des garanties aux magistrats, tantôt pas de garanties; plusieurs procédures, une civile, une commerciale, une administrative, les unes orales, les autres écrites, prenant le contre-pied les unes des autres, et pour justifier ces différences, parfois des raisons singulières : « Il importe que les affaires

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commerciales soient tranchées rapidement et sans frais. » Et les civiles, donci Des auxiliaires de la justice, tantôt imposés par les lois, tantôt par la pratique ; partout l'effet non d'une volonté supérieure, mais de mille efforts individuels, qui s'enchevêtrent, s'entrecroisent, se contrarient; bref, une extrême complication qui pèse sur notre esprit lorsque nous commençons les études juridiques, et nous empêtre souvent pour le reste de la vie.

Et cependant, dans ses études administratives, M. Vivien a écrit : « Il n'est personne qui n'applaudisse à l'admirable simplicité de notre organisation judiciaire! » Mais si, monsieur Vivien, on connaît des gens qui n'applaudissent pas. Vous ne redoutiez pas, il est vrai, les métaphores hardies. De vous aussi est cette phrase saisissante : « La centralisation est une épée dont la poignée est dans la capitale et la pointe dans le reste de l'Etat. » Mauvaise affaire pour le reste, à moins que cette pointe ne soit un plumeau. Digne monsieur Vivien, dont le portrai long, oh! combien long! domine la salle ou je vais presque chaque jour m 'asseoir, vous qui, le cou ceint de la triple cravate doctrinaire, le front crispé, l'œil luisant, l'index contracté, semblez présider encore la section des travaux publics, sous cet aspect un peu solennel cachiez-vous donc la forte ironie d'un Cour teline?

Mais, las! pourquoi nous frapper, comme dirait celui-ci : nous avions déjà fait des remarques analogues à propos du ministère des Travaux publics et nous en ferons bien d'autres avec les autres ministères. Oui, tout cela est très compliqué; oui, les hommes les plus éminents, ceux que nous considérons justement comme nos maîtres, nous égarent parfois avec des formules abstraites qui, étant hors

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