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LES FONCTIONS DES GOUVERNEURS

Nommé directement par le roi entre les mains de qui, sauf sur lettres de dispense (1), il devait prêter serment de bien et fidèlement servir, le gouverneur de la période 1663- 1760 n’avait pas de terme fixe d’office. Révocable à volonté, il restait en fonction sous le bon plaisir de Versailles. Les seules exceptions furent Mésy et Vaudreuil, le premier et le drènier des gouverneurs, qui furent tous les deux nommés pour trois ans.

Dans sa commission, le chef de la colonie recevait le titre de gouverneur et lieutenant général du roi. Dans les requêtes, ainsi que dans la conversation, on l’appelait Monseigneur. « Ayant l'honneur de représenter Sa Majesté » (2), il était le plus haut dignitaire de la colonie, possédant préséance sur l’évêque et l’intendant. Dans toutes les cérémonies, il occupait la première place. Comme les gouverneurs de province, il avait une compagnie de gardes, établie pour imposer la révérence « et faire respecter l’Autorité de Sa Majesté en la personne du Gouverneur » (3). Chef du pays et lieutenant général, il recevait, à ces titres, les honneurs réservés aux maréchaux de France : on battait aux champs, quand il passait, et on montait une garde de capitaine à la porte de sa résidence (4). Les gouverneurs particulïers tiraïent d'habitude le canon à son arrivée et à som départ, à Montréal et à Trois-Rivières (5). A la cathédrale de Québec et dans lPéglise de Montréal, le gouverneur avait droit à un prie-Dieu à la droite du chœur. Dans les

(1) Arch. Col. B, vol. 95, A M. le Marquis Duquesne, 14 May 1752, p. 48.

(2) Arch. Col. F3, vol. 142, Mémoire sur les fonctions du Gouverneur et de: l’Eintendant: en Canada, fot. 194-5.

(3) Arch. Col. B, vol. 53-2, Mémoire du Roy aux sieurs Marquis de Beauharnois et Hocquart.… 19. avrik 1729, p.. 360.

(4) Arch. Col. wol. 18, Champigny au ministre, 15 octobre 1700, p. C7.

(5) Arch. Col, B, vol. 12, Le ministre à Denonville, 3 juin 1686, p. 138.

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autres églises, il pouvait faire porter un siège et un carreau dans le lieu le plus éminent. La présentation du pain bénit se faisait au gouverneur avant tout autre. Aux feux de joie, on lui offrait toujours la première torche (6). Tout manque de respect au gouverneur constituait un véritable délit, pour lequel on s’exposait, pour le moins, à se voir condamner à lui demander pardon « à genouils et nue teste » (7).

D’après sa commission, la juridiction du gouverneur canadien s’étendait, selon les périodes et la fortune de la guerre, sur le Canada, l’Acadie, Terre-Neuve, la Louisiane, lile Royale et l’île Saint-Jean et autres terres de la France septentrionale. De plus, il se voyait attribuer le commandement sur les gouverneurs et lieutenants établis dans ces pays. En pratique, cette autorité sur les gouverneurs des autres colonies-sœurs ne s’exerça qu’au début en Acadie, l'établissement le plus rapproché, alors que ses commandants ne possédaient pas de commissions de gouverneur. De fait, dès 1684, Louis XIV écrivait au gouverneur de la Barre, tout en lui conservant une supériorité générale, de n’envoyer en Acadie aucun ordre concernant le détail de cette colonie, « estant difficile et mesme impossible que vous en connaissiez de si loin les besoins. » (8) Au cours du temps, l’argument vint à s’appliquer, avec encore plus de force, aux autres dépendances du chef de la colonie canadienne. En pratique, leurs gouverneurs demeurèrent indépendants de Québec et ne reçurent leurs ordres que de Versailles. Malgré le parchemin officiel, le gouverneur du Canada n’administrait effectivement que la colonie laurentienne. C'était encore une énorme contrée, plusieurs fois plus grande que la France, car elle s’étendait du Labrador aux frontières de la Louisiane et de l’Acadie jusqu’aux premiers

(6) Edits et Ord, X, Réglement fait au sujet des Honneurs dans les Eglises, 27 avril 1716, pp. 352-4.

(7) Jugements et Délibérations, III, 30 mars 1686, p. 25.

(8) Arch. Col. C. A. vol, 6-1, Le Roi à M. de la Barre, 10 avril 1684, p. 406.

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<ontreforts des Montagnes Rocheuses. Il faut ajouter que cette étendue représentait seulement le territoire connu et exploré. Le territoire habité, même tout, à la fin du régime, ne couvrait qu’une infime portion de Ja colonie. Il ne ‘comprenait, sur les deux rives du Saint-Laurent, que le pays -qui va de Rimouski aux Cèdres, soit une étendue d’environ cinq cents milles. Sur ce territoire, ne se groupait qu’une population de 2.500 habitants en 1665, de 16.000 en 1700 et de 75.000 en 1760, année de la conquête. Trois petites villes, les seules du pays, comptaient, à la fin du régime : Québec, ‘8.000, Montréal 4.000 et Trois-Rivières, 800 âmes. Québec était la capitale de la colonie, et les deux autres, le siège des gouverneurs particuliers du même nom. Hors des territoires peuplés, s’échelonnaient, croissant avec le progrès du pays, un certain nombre de forts et de postes, tous peu considérables.

La grande fonction du gouverneur était de représenter la personne du roi et de conserver le pays sous son obéis- ‘sance et domination. De là provenait le caractère particulier de ses pouvoirs dans les différentes sphères que formait Padministration coloniale. Dans le domaine militaire, qui constituait, en définitive, sa principale raison d’être, le gouverneur détenait une juridiction exclusive et souveraine. Par voie de conséquence, il était encore seul chargé des relations avec les nombreuses tribus indiennes de la colonie. Dans le domaine judiciaire, le gouverneur ne possédait qu’une juridiction accidentelle, maïs il pouvait, cependant, se présenter certains cas où son autorité s’affirmait indépendante et souveraine. Egalement, en matière de finance, il avait des droits qui lui donnaient voix au chapitre. Même, en quelques circonstances graves, il pouvait exiger que ses décisions fussent suivies en dernier ressort. Finalement, dans les deux domaines de la religion et de la police, le gouverneur exerçait une juridiction générale, mais en commun avec l’intendant. Voilà les diverses fonctions du ‘gouverneur qu’il convient maintenant d’étudier en détail.

En premier lieu, le gouverneur, sous les instructions de

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