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Versailles, était le seul maître de l’administration militaire. Elle comprenait trois parties : les troupes, les milices et les fortifications.

Des troupes, soit de marine, soit de terre, il avait le commandement suprême. Il en réglait la distribution dans les villes et les forts de la-colonie et leur assignait également, même quand elles étaient en campagne sous un général, leurs quartiers d’hiver dans les villes et les localités rurales (8a). Son premier devoit était de veiller à ce qu’elles fussent bien disciplinées et prêtes à servir à la première occasion. H lui appartenait donc de s’en faire rendre un compte régulier et de s’oecuper de leur instruction militaire, de la régularité des exercices et du maintien de la discipline. Enfin, il lui convenait d’entrer dans tous les détails relatifs à la conduite des troupes. Tenant la main à l’exécution des ordonnances militaires, il devait surtout empêcher les offieiers de maltraiter les soldats ou de leur retenir leurs vivres et leur solde (9). .

Tous les officiers relevaient de son autorité. Il les tenait comptables de l’état de leurs troupes et des conditions du service. Il devait établir une stricte justice dans leurs relations avec leurs soldats et punir toute infraction de leur part aux règlements, mais dans le cas de retenue par un officier des vivres ou de la solde de ses soldats, c'était à Pintendant d’en poursuivre la restitution. En outre, le gouverneur devait réprimer chez les militaires toute tenta-tive de brimer les officiers de justice ou de vexer la population (10). I ne pouvait faire ni les nominations sur l’étatmajor, ni les promotions dans les compagnies, mais c'était lui qui choisissait parmi les officiers les commandants des.

(8a) Arch. Col. C{1 À, vol. 101, Vaudreuil au ministre, 5 novembre 1756, pp. 152-3.

(9) Arch. Col. B. vol. 101, Mémoire du Roy pour servir d’Instruction aux sieurs de Vaudreuil de Cavagnal, Capitaine de vaisseau, Gouverneur et Lieutenant Général, et Bigot, Intendant de la Nouvelle-France, 22 mars: 4755,. p. 56; Mémoire du Roy pour servir d’Instruction au sieur Vaudreuil de Ca-vagnal... 22 mars 1755, p. 72.

(10) Ibid.

ET, ses

forts et des postes de la colonie (11). Les affaires du point d’honneur, aussi bien que les délits et les crimes commis par les officiers ou les soldats, relevaient du gouverneur qui les jugeait seul ou, selon la gravité des cas, dans un conseil de guerre auquel il présidait (12).

Les milices de la colonie se rangeaient également sous Pautorité et les ordres immédiats du gouverneur. IL était libre de les appeler sous les armes, de les employer à des corvées militaires ou de les conduire à la guerre. Il veillait à ce que tous les habitants fussent enrôlés et nommaiït luimême les officiers de milice (13), à qui il remettait des commissions signées de sa main. Il pouvait leur obtenir pour services particuliers des commisions du roi (14), qui parfois lui expédiait des commissions en blanc pour les accorder aux plus méritants (15). Il devait encore s’appliquer à bien discipliner les milices et pour cet effet en faire tenir de fréquentes revues, à condition de ne pas les détourner sans nécessité de la culture des terres (16). Enfin, le gouverneur devait, selon le besoin, faire distribuer aux milices les fusils que le roi expédiait dans ce but, mais il devait plutôt veiller à ce que chaque milicien possédât ses propres armes. Cependant, c'était à l’intendant de l’ordonner et de condamner à lPamende au cas de contravention (17).

Le domaine des fortifications n’était pas entièrement

(11) Arch. Col. B, vol 95, Mémoire du Roy pour servir d’Instruction au Marquis Duquesne, 15 mars 1752, pp. 77-78.

(12) Arch. Col. C11 A, vol. 7, Extrait des réponses aux lettres reçues de Canada, 18 février 1685, p. 232.

Arch. Col. B, vol. 53-2, Mémoire du Roy aux sieurs Marquis de Beaubernois et Hocquart.. 12 avril 1729, p. 360.

(13) Arch. Col, B, vol. 95, Mémoire du Roy pour servir d’Instruetion au. Marquis Duquesne, 15. mai 1752, p. 75.

(14) Arch. Col. B, vol, 83, Mémoire du Roy pour servir FRE TS au sieur de la Jonquière, 1°° avril 1746, p. 135.

(15) Arch. Col, B, vol. 107, À M. le Marquis de Vaudreuil, 10 février 1758, pp. 122-3. 3

(16) Arch. Col, B, vol. 95, Mémoire du Roy pour servir d’Instruction au Marquis Duquesne, 15 may 1752, p. 74-5.

(17) Arch. Col. F3, vol. 143, Mémoire sur les fonctions de gouverneur et d’intendant en Canada, fol. 195 v.

laissé à la discrétion du gouverneur. S'il le jugeait nécessaire. II pouvait bien, de son propre chef, ordonner la construction d’un fort de pieux dans les territoires éloignés. Encore le ministre lui recommandait-il de ne l’entreprendre qu'après beaucoup de réflexion et sur des motifs bien constatés de nécessité ou d’utilité publique (18). Il ne pouvait, cependant, sans consulter Versailles, entreprendre dé construire un fort de pierre, non plus qu’une enceinte de muraille autour d’une ville. Mais, une fois l’autorisation obtenue, il était libre dans l’exécution du plan approuvé par la Cour. Ainsi il faut à Duquesne l’approbation du roi pour lPérection d’un fort au Sault Sainte-Marie (19), tandis que Beaubarnoiïis recoit l’ordre d’arrêter le travail de l'enceinte de Québec, entreprise sans le consentement royal (20). Dans de tels cas, il fallait un ordre exprès du roi avant de commencer les travaux (21).

S'il ne pouvait faire ni les nominations, ni les promotions des officiers, le gouverneur pouvait, du moins, les proposer aux ministres (22). Ces derniers l’invitaient à leur recommander les officiers dignes de promotion ou méritant une gratification, une décoration ou la retraite avec solde ou demi-solde (23). Is lui demandaient également, à l’occasion, de leur adresser des listes des officiers avec ses ‘observations. Ce que faisait le gouverneur, appréciant les services, les qualités et les défauts, descendant dans le détail des caractères, des mœurs, de la fortune et même de la piété des sujets (24). Il proposait également l’attribution de pension

(18) Arch. Col. B, vol. 95, À M. le Marquis Duquesne, 16 juin 1753, pp. 122-3.

(19) Ibid. À M. le Marquis Duquesne, 15 may 1752, p. 124.

(20) Ibid, vol. 83, Marquis de Beauharnoïs et Hocquart, 7 mars 1746, pp. 92-3.

(21) 1bid. Mémoire du Roy pour servir d’Instruction au sieur de la Jonquière, 1°r avril 1746, pp. 136-7.

(22) Arch. Col. C11 A, vol. 101, Liste des officiers que j'ai l’honneur de proposer à Monseigneur le Garde des Sceaux pour remplacer ceux qui sont morts, 8 novembre 1756, p. 170.

(23) Arch. Col. B, vol. 87, A M. le Comte de la Galissonière, 6 mars 1748, pp. 203-4.

(24) Arch. Col. C. A, vol. 120-2, voir plusieurs de ces listes, pp. 101-115.

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