‹ L'administration de la républiqueChapitre 27 sur 32 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

C*est toujours quand Tautorité despotique arrive à son apogée que Ton voit donner à la police une puissance à part et plus considérable; c'est Louis XIV qui, parles Édits de 1667 et 1674, organise la police et crée un lieutenant ^. général de la Police ; c'est après les journées des 18 et 19 Brumaire que Bonaparte organise la préfecture de Police à très peu de chose près telle qu'elle est à présent. Elle a été pieusement conservée par les successeurs des républicains contre lesquels elle avait été dirigée.

La loi du 28 pluviôse an VIII et l'arrêté des consuls du 12 messidor an VIII ont fondé une

législation particulière à laquelle une assemblée révolutionnaire a seule osé toucher et que la République a fojtifiée dans cet esprit antî-démocratique dont semblent s'imprégner, on ne, sait par quel étonnant phénomène, la plupart de ceux qui montent au pouvoir.

Au milieu de la dépravation ' politique qui s'étale impudemment sous les yeux du peuple, on voit de pseudo-républicains prétendre qu'il n'y a pas deux manières de gouverner et que la République, îa monarchie constitutionnelle ou le despotisme gouvernent par des procédés identiques; il est cependant des citoyens qui ont essayé de démontrer que la -République constituait un système de gouvernement particulier et que la préfecture de Police pouvait être sinon supprimée, au moins changée et améliorée ; mais rien n'y a fait : l'esprit de routine a persisté ; on a dit que le gouvernement résidait dans la police; on comprend dès lors quelle puissance formidable a un Préfet de Police, quel engin

de bataille et de despotisme peut être la préfecture de Police.

On a demandé de distribuer ses services entre le ministère de l'Intérieur, le parquet et la préfecture de la Seine. C'était un système; mais on a soulevé contre ce système de graves objections, toutes relatives à l'exécution. La police ne peut guère, en effet, obéir à trois maîtres différents, mais cela ne signifie pas qu^il serait impossible d'organiser le commandement de manière à donner satisfaction aux auteurs de cette proposition. Il est évident que tous les services de la préifecture de Police s'enchevêtrent et se prêtent appui, là plus fortement que dans aucune autre administration ; mais il n'y a pas beaucoup d'années que le Préfet de Police démontrait, ea rattachant un service à son cabinet, que la centralisation du commandement n'était pas si réelle que Ton ne pût se priver de l'intermédiaire du chef de la police municipale, par le canal duquel passent d'ordinaire les ordres d'exé-

cution, de quelque nature qu'ils soient. Au point de vue politique, et en se souvenant des étranges abus de la juridiction du Ghâtelet, on appréhenderait peut-être de remettre ce pouvoir de police entre les mains de magistrats de Tordre judiciaire, mais il n'y a aucune objection à ce que la police politique soit dévolue entièrement au ministère de l'Intérieur, il vaudrait même mieux que cette partie de la police ne fût pas dirigée par un magistrat de l'ordre municipal. La police politique de la préfecture de Police double ou complète celle qui est faite par la direction de la Sûreté générale ; ces deux polices gagneraient à être fondues. A la préfecture, la police politique est concentrée dans le cabinet du Pj?éfet, elte absorbe quelquefois toutes les facultés du Préfet, si bien qu'il laisse entièrement au secrétaire général de sa préfecture les services municipaux et départementaux de salubrité et d'hygiène, démontrant par cet abandon l'inutilité de les avoir adjointes à la préfecture de Police.

DE LA PRÉPECTUftE DE POLICE. 287

L'importance de ces derniers services est considérable, quoiqu'elle ait été diminuée par le décret du 10 octobre 1859 qui a fait passer à la préfecture de la Seine Téclairage, le balayage, le nettoiement et Tarrosement. Il est permis de se demander pourquoi ce décret n'a pas fait passer en même temps à la préfecture de la Seine une partie plus considérable encore de la préfecture de Police, à moins que ce ne soit pour laisser à celle-ci de quoi justifier son existence. La préfecture de Police a dans ses attributions la police des halles et marchés, et tout d'abord on remarque que ses inspecteurs se livrent à une série de constatations statistiques et de rectifications de mercuriales que l'on pourrait aisément faire faire par des agents de la préfecture de la Seine, cette dernière préfecture possédant un service de statistique fort complet auquel il conviendrait de laisser le soin de dresser tous les tableaux, de les enregistrer, et de les communiquer au public. L'inspection générale

des halles et marchés s*occupe de Texamen ou de Tessai des. candidats aux emplois de compteursmireurs, de forts, de contrôleurs, mais c'est un service qui se pourrait joindre facilement, puisqu'il ne comprend que cent cinquante examens par an, environ, au service central du personnel de la préfecture de la Seine. Il y a aussi à se demander jusqu'à, quel point ^administration doit intervenir dans l'exercice de professions qui relèvent uniquement de particuliers. La préfecture de la Seine qui a le service des perceptions municipales dans les halles et marchés, qui a ses chefs d'équipe et ses hommes de peine dans les abattoirs, se trouverait très bien placée pour avoir la surveillance des marchés en gros et en détail. A la préfecture de Police, les marchés en gros ont leurs inspecteurs placés sous les ordres de l'inspecteur général des niarchés, mais les marchés de détail sont dans les attributions du chef de la police municipale; or, quoique les inspecteurs des naarçhés en gros soient chargé^

de réprimer les mauvais traitements envers les animaux qui vont être livrés au couteau du boucher, rien ne semble justifier un service double, une bureaucratie double, sinon qu'on peuple les emplois sans souci des deniers des contribuables. La préfecture de la Seine réaliserait une économie notable si elle était chargée de ce service ; elle pourrait le diminuer, car les contrôleurs ont des attributions qui ne semblent pas toujours compatibles avec la liberté commerciale. On s'est souvent demandé pourquoi la préfecture de Police intervenait pour savoir si les facteurs aux halles sont à leur poste pour prononcer eux-mêmes l'adjudication des marchandises mises en vente, car c'est là un acte commercial qui ne relève nullement de la police ; non plus que le contrôle des voitures qui paralyse des agents uniquement pour éviter des trais de contrôle aux loueurs sans rendre aucun service au public ; non plus que la statistique

qui, pour les contrôleurs, n'est pas ce qui de-

vrait constituer le principal de leurs écritures. Le contrôle des denrées mises en vente sur les marchés se justifie pleinement, comme Tinspection de la boucherie, inspection fort négligée mais qu'on ne saurait faire avec une sévérité trop grande ; aux gares de chemins de fer, aux portes de Paris, aux halles, aux abattoirs, il y a besoin d'une surveillance active et de tous les instants ; il en est de même de Tinspection ambulante des comestibles ; mais tous ces services rentrent d'une façon naturelle dans les attributions de la deuxième division des affaires municipales à la préfecture de la Seine. On peut en dire autant du service de vérification des combustibles qu'on a joint au service de la police municipale et dont l'utilité même est des plus contestables.

La préfecture de la Seine a un service de voirie des plus étendus, elle a des architectes, elle a un service spécial des carrières, elle est outillée comme jamais mieux préfecture ne le

sera : eh bien ! la préfecture de Police a aussi un service de la voie publique, elle a des architectes qui opèrent sous les ordres d'un architecte-contrôleur, dans des arrondissements de service comprenant un territoire de Paris et un territoire de banlieue; que font-ils? ils surveillent les monuments publics, les établissements classés comme dangereux, incommodes ou insalubres, les fosses, les cabinets d'aisances, les excava+ tions, les clôtures, les dépôts de matériaux, les constructions vicieuses, les théâtres, les bains. Si ce service était remis au Préfet de la Seine, on pourrait l'économiser entièrement.

Sa seule justification serait la surveillance des établissements classés s'il n'existait pas, dans cette même préfecture de Police, un service spécial d'insp ection de ces établissements qui est, il est vrai, départemental et ne se livre à ses opérations que dans la banlieue, mais c'est là un des défauts de l'organisation du service et un des défauts qui prouvent combien il est fâcheux

d'avoir un département de la Seine tel qu'il est aujourd'hui. Ce service se compose d'un inspecteur principal, chef du service, d'un inspecteur de première classe et de six inspecteurs ; chacun de ces inspecteurs opère dans les limites d'un secteur particulier, et comme il doit se rendre compte des causes d'insalubrité de toute nature des établissements soumis à son inspection, y compris les établissements d'huile minérale, il est clair qu'il voit ce qu'un architecte peut voir, ce qui démontre une fois de plus le peu de souci que prend l'administration de l'argent des contribuables.

Si on passe au service de la fourrière et des voitures, nous avons dit que la préfecture de Police a une brigade entière d'agents qui n'opèrent absolument que pour le service des compagnies de voitures en location et qu'elle a, de plus, un service de cantonniers. Les frais de Contrôle évités aux compagnies par cette brigade sont si considérables que quelqu'une daigne

verser une certaine somme qui couvre une partie des frais que cette surveillance occasionne, mais si on cherche quel est le service rendu au public par les gardiens de la paix préposés aux places de stationnement, on n'en découvre aucun.

Interviennent-ils si un client a un différend avec un cocher? non; veillent-ils à la politesse et au bon service des cochers? non: servent-ils à envoyer à un endroit déterminé à une heure spéciale qui leur serait donnée une voiture demandée par un client? non ; arrêtent-ils au passage pour le public qui la réclame, les jours de presse, une voiture vide ne s'arrètant pas au stationnement? non ; ils ne rendent aucun service d'aucun genre au public, le registre qu'ils ont pour recevoir les plaintes demeure vîei^e le plus souvent, ils sont entretenus aux frais de la Ville uniquement pour rendre service à des entreprises particulières, et ce qui est dit pour la surveillance des stationnements est encore beaucoup plus vrai pour la brigade des

voitures qui surveille le travail dés cochers, toujours pour rendre service à des compagnies. Ce service, si on ne le supprimait pas, gagnerait sûrement à passer, ainsi que la fourrière, sous les ordres du Préfet de la Seine et sous le contrôle du Conseil municipal qui en organiserait certainement les services au point de vue du public. Depuis longtemps, le Conseil municipal réclame la connaissance du fonctionnement du laboratoire de chimie qu'il a fondé et son rattachement à la préfecture de la Seine. Le service y gagnerait. Le dispensaire de salubrité est dans les mêmes conditions. Le Conseil municipal s'est trop souvent occupé d'améliorer le service pour qu'on puisse nier le grand intérêt qu'il y a à lui soumettre son fonctionnement. Le conseil d'hygiène et de salubrité qui s'occupe de l'assainissement des habitations, des mesures à prendre contre les épidémies, les épizooties, des secours médicaux, de la salubrité des ateliers, des écoles, des hôpitaux, des casernes,

des prisons; de la qualité des aliments, boissons et médicaments ; des eaux ; des bâtiments publics, se comprendrait bien mieux, s'il était, comme le service des secours publics, placé dans le ressort d'une préfecture qui a l'Assistance publique, et même si cette commission et ce service n'étaient pas rattachés, comme la logique le voudrait, h l'Assistance publique.

Qu'est-ce donc qui justifie le maintien de la partie des services municipaux demeurés à la préfecture de Police ? Le service de la navigation et des ports est un service spécial qui fonctionnerait sous les ordres du Préfet de la Seine aussi bien que sous les ordres du Préfet de Police. Le service des poids et mesures est également un service spécial qui fonctionnerait exactement de même à quelque administration qu'on le rattachât. Que reste-t-il, au point de vue municipal ? Deux gros services, celui des sapeurs-pompiers et des troupes de police et celui de la police municipale.

Les sapeurs-pompiers forment, à Paris, un régiment spécial dont la discipline et le dévouement ont été de tout temps reconnus, mais, malheureusementy c'est un régiment de 1800 officiers, sousofficiers et sapeurs, qui relève du ministère de la Guerre et qui ne sera jamais, tant que durera l'organisation actuelle, ce qu'un corps de pompiers doit être, surtout si on examine son commandement. Avant le décret du 27 avril 1850, le Préfet de Police avait la plus large autorité sur les sapeurs-pompiers, c'était lui qui proposait les officiers et les sous-officiers. Depuis le décret de 1830, les avancements des officiers roulent sur l'arme de l'infanterie tout entière et le régiment des sapeurs-pompiers est un régiment d'infanterie ; c'est même un régiment dans lequel on avance vite et les officiers désirent vivement y passer, non seulement à cause de la résidence à Paris, mais pour en sortir le plus vite possible avec un grade plus élevé. C'est un système dangereux notamment pour le commande-

ment suprême, en ce qui concerne le colonel qui est sûr de partir général. Officier supérieur de passage dans une troupe spéciale où tout est à apprendre pour lui quand il arrive, il n'est guère possible de lui demander de se vouer exclusivement à son service, puisque le jour où il le connaîtra, il sera arrivé à la fin du temps qu'il doit rester dans ce corps et il le quittera sans esprit de retour. C'est là une situation déplorable, et il n'y aurait rien de plus nécessaire, en laissapt le régiment sous les ordres du ministre de la Guerre comme aujourd'hui, que de créer un corps spécial d'officiers, qui trouveraient dans les sapeurspompiers le commencement de leur carrière, dont le dernier échelon serait de commander le régiment ; alors on obtiendrait un corps réellement modèle qu'on n'obtiendra jamais sans ce moyen, et pour réaliser cette réforme, le Préfet de la Seine serait certainement aussi bien placé que le Préfet de Police, et il obtiendrait davantage du Conseil municipal, si on demandait à

celui-ci des sacrifices qui vinssent compenser pour les officiers un avancement qui serait certainement moins rapide qu'avec le système actuel, mais qui présenterait comme avantage, en dehors du traitement, la stabilité de la garnison et la grandeur humanitaire de la mission.

La garde républicaine qui est une troupe de police relevant du ministre de la Guerre, bien que le Conseil municipal contribue à sa dépense, fonctionnerait dans des conditions identiques qu'elle restât sous les ordres du Préfet de Police ou passât sous les ordres du Préfet de la Seine dans la limite où ses services peuvent être requis; le ministre de Tlntérieur peut d'ailleurs lui donner directement ses ordres ; il est probable que le gouvernement ne serait pas plus alarmé de voir cette troupe sous l'autorité d'un Préfet plutôt que d'un autre et, peut-être, en serait-il de même de la police municipale.

La Ville de Paris est, de toutes les grandes capitales d'Europe, celle où la police laisse le

plus à désirer. Ce n'est pas que les gardiens, de la paix ne soient aussi intelligents qu'ailleurs et aussi dévoués à leur tâche, puisqu'ils font un service de jour et de nuit qui est très pénible, mais ils n'ont pas d'instruction professionnelle, ils manquent de surveillance et de commandement.

Au point de vue professionnel, on a essayé, il y a quelques années, de créer une sorte d'école, mais cette école était fort rudimentaire et les maîtres qu'on a choisis ne possèdent pas les qualités qui sont nécessaires pour créer un corps de police et pour faire longuement pénétrer dans le cerveau des gardiens qu'ils sont enrôlés pour le service de la population, et non pour se montrer hostiles à cette population. Sans doute, depuis quelques années, les rapports des agents avec le public, surtout celui des agents en uniforme chargés du service des îlots (chaque gardien de la paix surveille un pâté de maisons dénommé îlot), se sont améliorés, mais il faudrait savoir si ce n'est pas au détriment du service. De

300 DS Là ville DB PARIS.

deux choses l'une, ou ils traitent, comme Ton dit, de compère à compagnon avec Thabitant, on bien ils sont brutaux ; ni Tune ni l'autre de ces attitudes ne se peuvent approuver, mais elles proviennent des défauts de leurs éducateurs et aussi d'un mauvais restant de consignes. La politesse, qui est si automatique, mais si remarquable chez l'agent de police londonien ou berlinois, fait complètement défaut chez Fagent français, il ne sait même pas porter la main à son képi el réjiond le plus souvent d'un ton bourru. La tenue qu'il porte, le képi qui sera toujours une coiffure négligée, le pantalon blanc, presque de di;jùte sale, qu il met par la pluie comme par le beau W^^ ^ donl on Taffuble réglementairement - ^'^% hJ^^^^ ^ ^™^^ dont il est muni, le ^''''^W'''''^^ nrendre, ne peuvent

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seutira sa nature s'affiner. Il arrive rarement à un Parisien de demander un service à un gardien de la paix et à moins de tomber sur une bonne nature d'homme, il est certain qu'on ne l'aidera même pas à traverser la rue et que s'il s'agit d'un différend, l'agent se contentera de dire qu'il n'a pas d'ordres. Un des exemples les plus topiques du manque d'éducation policière des agents et du défaut d'intelligence dans le commandement est le service que l'on a voulu inaugurer dans un ou deux carrefours pour régler la circulation.

On sait comment ce service fonctionne en Angleterre : le policeman ne se préoccupe pa&de la circulation à moins qu'il ne remarque qu'un certain nombre de personnes ne peuvent traverser la rue ; dans ce cas, il coupe la file des voitures, fait circuler les personnes, et les voitures reprennent leur course ; s'agit-il des voitures, il n'intervient que s'il y a encombrement ; alors, il dégage la voie et pour cela, il fait rebrousser

300 DE Lk VILLE DE PARIS.

deux choses l'une, ou ils traitent, comme l'on dît, de compère à compagnon avec l'habitant, ien ils sont biiitaux ; ni l'une ni l'autre de attitudes ne se peuvent approuver, mais proviennent des défauts de leurs éduca- 1 et aussi d'un mauvais restant de consignes. )litesse, quiest si automatique, mais si remarie chez l'agent de police londonien ou bers, fait complètement défaut chez l'agent franil ne sait même pas porter la main à son képi pond le plus souvent d'un ton bourru. La e qu'il porte, le képi qui sera toujours une are négligée, lé pantalon blanc, presque de i sale, qu'il met par la pluie comme par le tempâ, dont on l'affuble réglementairement la mauvaise ^irme *iont il est muni, le Bz-aller qu'on lui laiS^rendre, ne peuvent rler à se respecter lui-mêi^ ^t si son édu- Q se continue dans les postesV"*!"^ cama- ;, ce n'est pas dans ces postes T(i^""'^s de confort, mal tenus pour la plupaiV 'ï'^'''

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On sait comment ce service fonctionne en Angleterre : le policeman ne se préoccupe pa&de la circulation à moins qu'il ne remarque qu'un certain nombre de personnes ne peuvent traverser la rue ; dans ce cas, il coupe la file des voitures, fait circuler les personnes, et les voitures reprennent leur course ; s'agit-il des voitures, il n'intervient que s'il y a encombrement ; alors, il dégage la voie et pour cela, il fait rebrousser

chemia aux voitures, les envoie dans les rues adjacentes, leur fait faire au besoin un détour, quitte à ce qu'elles reviennent au même point, mais la rue et les rues voisines, s'il le faut, sont déblayées en un clin d'œil, chaque cocher obéissant au geste de l'agent, et ceci a lieu sur n'importe quel point. A Paris, les gardiens coupent régulièrement la circulation ; qu'elle se fasse sans encombrement ou non, ils arrêtent; une queue de voitures se forme derrière celle qui est arrêtée, la circulation s'en ressent pendant plusieurs minutes et s'il n'y avait pas d'encombrement, on en a fait un. Avec la grande circulation de Paris, qui présente sur plusieurs points plus de colliers que la circulation à Londres, la police n'a jamais songé à interdire la circulation des matériaux de construction et autres gros transports qui gênent et entravent le mouvement général pendant certaines heures de la journée dans un périmètre déterminé. Rien n'est ordonné, pour ainsi dire. Ces exemples ne sont là

que pour prouver combien toute la police est mal faite et nous n'abordons pas la partie de la police se rapportant à la recherche des délits et des crimes qui ne sont pas du ressort d'une police municipale ; mais on sait ce que nous en pourrions dire et comme les criminels demeurent introuvables; oui, la police est mal faite et il en sera ainsi chaque fois qu'on aura un corps sans contrôle, avec des chefs qui se sentent irresponsables . Indubitablement , la police changerait si on la soumettait au contrôle du Conseil municipal en lui permettant de vérifier l'emploi des millions inscrits à son budget. Jamais le Conseil ne refuserait de changer la tenue des agents, d'améliorer les postes de police et surtout de créer une véritable école d'agents de manière à amener un personnel par lui-même excellent à être digne de la première ville du monde. Quel est donc le péril que le gouvernement trouve à ce contrôle? Serait-ce que des économies faites sur le corps de police

viennent augmenter les fonds secrets ? Ces fonds secrets même échapperaient par leur nature à tout contrôle. Si on trompe le Conseil sur l'emploi des crédits à la préfecture de la Seine, à plus forte raison serait-il aisé de le tromper sur l'emploi des crédits à la préfecture de Police et dès lors le contrôle doit paraître encore moins terrifiant à ceux qui se gratifient individuellement du titre d'hommes de gouvernement. Veuton celer, comme on l'a fait dernièrement, que la police ne reçoit pas les fonds qui lui sont destinés? mais il n'arrive pas tous les jours qu'un ministre les emploie pour sa propagande personnelle. Est-ce donc que la préfecture de Police toucherait un budget qu'elle n'appliquerait pas, serait censée, par exemple, payer des agents qui n'existeraient pas ? mais la police n'implique pas le vo^l. Peut-être a-t-on à craindre que l'administration ne devienne trop républicaine et qu'étant faite de droiture et d'honnêteté, la police ne devienne une chose propre et une sauvegarde

pour les citoyens tout à la fois, c'est là la seule crainte par laquelle on peut s'expliquer les procédés du gouvernement ; s'il ne la ressent pas, on n'aperçoit aucun inconvénient à ce que la police municipale soit placée sous les ordres du Préfet de la Seine ainsi que tous les services municipaux et départementaux.

Plus haut, il a été parlé d'un service départem enta] , celui des établissements classés ; il a été parlé aussi du service des aliénés qui est p artagé entre le Préfet de Police et le Préfet de la Seine. Confiés pendant un certain nombre d'années à l'Assistance publique, les aliénés lui ont été retirés pour un motif futile, la nonréunion de la commission prescrite par l'ordonnance du 18 décembre 1839 et la nécessité de permettre au Préfet de mieux exercer le contrôle que la loi de 1838 lui impose. Quoiqu'on puisse dire des motifs de la reprise des aliénés h l'Assistance publique, un règlement d'administration publique a partagé la surveillance et

Tadministration des aliénés entre les deux pré fectures, et le Préfet de Police fait visiter les aliénés par les médecins, opère le placement, la maintenue ou la sortie des malades, assure tout ce qui touche à la liberté individuelle ou à Tordre public, enfin il met à exécution la loi de 1838. Ce service double entraine nécessairement une double dépense et on comprendra très bien que si Tintérèt des malades est qu'on les rende à TAssistance publique, il ne serait pas mauvais pour la liberté individuelle que les établissements d'aliénés ne dépendissent pas d'une administration sans contrôle et d'un Préfet qui peut se croire omnipotent. Le service des aliénés devrait, en tout cas, passer en entier à la préfecture de la Seine. A côté des aliénés se placent le service de la protection des enfants du premier âge qui, dans le département de la Seine, devrait relever aussi de l'Assistance publique, et l'inspection des maisons de santé et de sevrage ; ces services de protection se confondraient naturelle-

ment avec les autres services de l'Assistance qui. a déjà ses nourrices, ses maternités et ses enfants. Si on ne donne pas ce service à T Assistance publique, le Préfet de la Seine peut, dans son département comme les autres préfets dans le leur, le prendre à sa charge et ce ne sont pas les derniers services, la morgue, l'inspection des établissements ou dépôts d'eaux minérales, le service des épizooties et les dépôts de mendicité, qu'on s'obstinerait à retenir comme justifiant l'intervention du Préfet de Police. Alors pourquoi ne pas faire passer tous les services municipaux et départementaux à la préfecture de la Seine, ou plutôt pourquoi ne pas remettre la police entière moins la police politique et judiciaire, au Préfet de la Seine en conservant, si on le juge utile, deux secrétaires généraux, un pour l'administration et un pour la police, comme dans le Rhône? Ce qui est de trop, ce qui est dispendieux^ ce qui amène fatalement des divisions et des conflits entre les deux adminis-

trations, c'est d'avoir deux préfectures. On n'a jamais, du reste, élevé de doute sur l'excellence de la mesure qui mettrait dans les mains du Préfet de la Seine la totalité de l'action municipale et départementale, mais si on ne désire pas toucher aux services de police, si on trouve que la brigade de recherches, de la sûreté et que les services politiques du cabinet doivent rester, à Paris, en dehors du ministère de llntérieur, comme si Paris devait avoir dans son ressort la police de la France entière, alors que l'on supprime le Préfet de Police, et qu'on rattache la préfecture de Police à la préfecture de la Seine, ce sera là une solution facile, qui fera disparaître au moins nominativement une institution qui soulève toujours une certaine répulsion chez la grande majorité des citoyens français.

Cependant, personne ne s'y trompera, cette solution par siniple rattachement et suppression de la seule individualité du Préfet de Police,

si c'est une solution facile n*est pas une solution rationnelle. Ce que dit la raison, c'est qu'il faut supprimer la préfecture de Police en joignant tous ses services politiques, ses services de recherches, à la Sûreté générale au ministère de l'Intérieur, et qu'il ne faut donner à la préfecture de la Seine que les services municipaux et départementaux, la seconde division de la préfecture de Police, la police municipale. Le Préfet-maire de Paris ne doit avoir la charge que de la police urbaine, mais celle-là lui appartient tout entière, et tant que le maire de Paris est en même temps le Préfet de la Seine, il est présumable qu'aucun membre du Parlement n'éprouverait pour cette réforme la crainte que fait naître la seule idée des franchises municipales de Paris.

lÉ..

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