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tiques et si nous en établissons le bilan, nous trouvons que chaque conseil, depuis 1880, pendant les périodes de trois années qui espacent son renouvellement, a discuté en moyenne dix questions politiques et encore ces discussions, en tant que sanction, ont-elles presque toutes été stériles, ce qui ne semble pas constituer un de ces dangers sociaux devant lesquels doivent trembler le monde de la Bourse et les propriétaires. II est donc sage de se faire du Conseil municipal de Paris Tidée que les hommes justes, les républicains sincères, intraitables, estimant la vérité, s'en sont faite, c'est-à-dire Fidée d'une assemblée prudente dans laquelle les conseillers ont un travail énorme et où ils sont pénétrés de la nécessité de se dévouer à une ville qui est la plus belle du monde et dont là prospérité est remise entre leurs mains.
C'est très beau de savoir administrer quand on administre en dehors des lois, et le Conseil municipal de Paris se trouve placé en dehors
des -lois par cette raison que le droit commun qui permet des déclarations aux candidats qui suivent une tactique pour obtenir une liberté, ne peut s'appliquer à une ville qui a des richesses, des intérêts et un fonctionnement que ne présente aucune des autres villes de France.
Oi^anisé par une loi du 14 avril ^ 871, le Conseil municipal de Paris, dont on n'a pas défini les attributions, est aussi régi par la loi du 18 juillet 1837 combinée avec la loi du 24 juillet 1867 ; mais en réalité, le Conseil municipal de Paris règle librement les affaires qui lui sont soumises et aucune disposition légale ne pourrait ni modifier, ni réglementer sa façon d'agir, puisqu'elle résulte des besoins sans cesse renaissants, nouveaux et variés d'une population de près de trois millions d'habitants.
Mis en face d'un conseil municipal dans ces conditions, les préfets qui ont, eux, des attributions nettement définies, sont tenus de les ou* blier^^et de siibir les événements ; l'administration
n'en va pas plus mal, et elle irait encoi*e mieux si, prenant soin de leur qualité de magistrat municipal, ils s'attachaient à établir une colla* boration véritable entre les conseillers et eux. Car on est forcé de convenir que les préfets parisiens et ayant passé par lé Conseil municipal ont été les seuls qui aient compris l'administration républicaine de la Ville de Paris et que les autres changent des dossiers, cèlent la réalité, manipulent les affaires et se montrent naturellement rétifs quand on leur demande des pièces comptables qu'ils devraient être toujours prêts à produire.
Les conseillers sont cependant bien débonnaires et bien confiants. Ils n'ont pas consacré toutes leurs veilles à compulser le « règlement pour servir à l'exécution du décret du 8 août 1 878 sur la comptabilité des recettes et des dépenses de la Ville de Paris », et il n'est pas arrivé fréquemment que le Conseil ou la commission du budget ait réclamé les pièces h l'appui des re-
cettes et des paiements. Devant la commission du budget, l'administration est crue sur parole et ses mémoires font foi. Les affaires de radmiojstration sont tellement compliquées et compliquées à dessein, que les ccmseiUers jie se hasardent que timidement à demander des dossiers.
Leur appréhension était extrême quand il s'agissait d'affaires concernant la direction des travaux . On connaît l'exemple célèbre d'un conseiller général très laborieux, qui, ayant voulu tirer au clair les procédés de construction d'une prison des environs de Paris, reçut des voitures de dossiers qu'il mit deux ans à dépouiller. Rien que pour vérifier les états du personnel, tel conseiller municipal a mis quatre longs mois. Ce sont là des tâches ardues, ingrates, qui ne font pas dans le public l'effet d'une phrase ronflante à la tribune et on ne tient généralement pas à les assumer.
Le Conseil municipal ne tourmente donc pas l'administration ; quand il a passé trois mois de
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travail forcé sur le budget, il n'examine même pas le compte. Plusieurs fois^ avant d'anéantir le contrôle en transformant tout le Conseil en comité du budget, on a voulu rendre la commis^on du budget permanente en la nommant : « commis-^ sion du budget du compte » ; de cette manière, le budget étant voté le 31 décembre, on reprenait, à la rentrée de janvier, l'examen du compte, et on pouvait choisir tel chapitre ou tel article pour l'examiner en détail avec les pièces comptables en mains ; mais ce travail a été abandonné, il dépassait un peu les forces humaines dans une assemblée où celui qui veut travailler doit donner à la Ville au moins huit mois de son temps sur douze.
Nous le répétons, le Conseil demande des renseignements à l'administration, mais il contrôle rarement les renseignements qui lui sont fournis et ce n'est pas là l'indice du caractère si terriblement féroce qu'on lui attribue ; il pousse sa faiblesse si loin que, dans une affaire d'emprunt, alors
.qu'il était couvert d'injures, à la veille d'ùnrenouvellement du Conseil (1890), ce qui doublait la gravité des attaques, il a mis une sorte de chevaleresque à se laisser soupçonner dans son entier, alors qu'il pouvait d'un mot lâcher des personnages étrangers au Conseil et opposer au guichet municipal qu'on lui reprochait d'avoir ouvert, un autre guichet plus administratif encore dont l'état fut refait dans la soirée ; il eût ainsi complètement retourné l'opinion publique en sa faveur et il ne voulut point le fair-e.
La vérité, c'est que le Conseil est très accommodant, très doux, sous l'apparence d'un corps indépendant et peu maniable, et que s'il a des intempérances, elles sont de langage et de superficie.
On comprendra combien, dans ces conditions, le Conseil serait heureux d'accorder sa confiance pleine et entière à ses administrateur^ ; il voudrait, lorsqu'il, prend des délibérations, lorsqu'il décide une réforme, les voir entrer dans son
esprit ail lieu de les voir traîner en longueur et chercher à ne pas exécuter ce qu'il a résolu. Le Conseil municipal est toujours prêt aux arran^ gements, aux cotes mal taillées, il condescend à partager avec Tadministration la casse et le séné; mais Une fois qu'il s'est entendu à Famiablé avec le Préfet,- il voudrait que l'affaire fût faite, il réclame un peu de bonne foi. Il n'est pas tau* jours servi à souhait.
Le Conseil est porté aux économies, l'administration à la dépense. Le CatiseÙ se demande si la préfecture a besoin d'avoir un personnel central double du personnel du ministère des Finances qui est un-des plus chargés. Il veut donc diminuer et il diminue le personnel; mais l'administration l'augmente. L'administration ne défend pas les intérêts des contribuables, elle se défend ellemême, et, pour se défendre, il faut qu'elle place des protégés; les députés de province accablent la Ville de Paris de leurs recommandations et les préfets venus dé proyince s'ingénient à leûi*
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plaire. L'argent des Parisiens est absorbé par des gens qui considèrent la Ville comme une mine en exploitation.
Que le Conseil municipal veuille réformer le service extraordinairement dispendieux des travaux, supprimant des ingénieurs, ou supprimant seulement les frais d'agence d'un architecte, il ne peut y parvenir.
Cependant, lorsque le Conseil parisien désire réformer un service et défendre les intérêts des Parisiens, il est bien dans son rôle, dans son droit. Accule-t-il l'administration à une économie? celle-ci trouve ou forge une disposition légale ou extra-légale qui rend la dépense obligatoire. Le Conseil municipal proteste-t-il? Ou trouve de soi-disant républicains qui le blâment d'oser protester.
Le Conseil revient à ses réformes ; il allègue qu'il ne laissera jamais aucun des services de la (Ville en souffrance, qu'il accepte les obligations légales et môme celles qu'on lui impose ill^a-
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lement, mais il demande qu*on lui laisse régler la dépense; il a le droit d'en fixer la quotité, c'est ce qui ressort non seulement des discussions législatives qui ont précédé le vote de la loi de 1837, mais encore de l'article 24 du règlement de comptabilité qui doit s'interpréter dans ce sens. Pourquoi l'administration ne suit-elle pas le Conseil dans cette voie et le blâme-t-elle, non pas à la tribune, mais dans ses actes, de tenir à une politique définie par un des meilleurs axiomes administratifs : assurer les services les plus grands avec la plus petite dépense possible? C'est que l'administration n'est pas républicaine, c'est qu'elle est monarchique et elle est/monarchique parce que les corps organisés sont monarchiques par essence. .';
Le Français \ est cependant le peuple le moins pénétré de doctrine monarchique et il comprend aisément une autre forme administrative que celle qui consiste . à faire entrer en lutte constante les représentants du pouvoir contre les re-
présentants du peuple, comme si Fantagonisme devait persister ainsi que sous un roi, comme si Teffort ne devait pas être commun pour la sauvegarde des intérêts de la généralité des citoyens.
Le Conseil est à THôtel de Ville pour discuter et voter le budget, c'est à lui de fixer l'emploi de rénorme chiffre de millions payés par les Parisiens, il doit donc savoir exactement si l'emploi de cet argent est conforme à ses délibérations et il n'y a rien de plus raisonnable ni de plus légal que la surveillance de ses agents comptables (décret du 31 mai 1862, art. 522 et suivants, loi du 18 juillet 1837, art 23 et 60; règlement d'administration, art. 164 et 263) ; cette surveillance ne peut dans aucun cas lui être contestée, et le Conseil ne doit pas être dupe, ni même
laissé dans l'ignorance de l'emploi des fonds.
Cependant lé Conseil est souvent trompé et oh lui refuse des justii^cations. C'est pour cette raison qu'en 1885, le Conseil refusa de voter te
budget de la préfecture de Police. Une xombinaison sage avait été arrêtée av^c le Préfet de Police d'alors, combinaison qui permettait au Conseil d'aboutir à un certain contrôle des services de la police; déjà de véritables hommes de gouvernement avaient fait voter le passage à la discussion des articles, mais, dans la séance du soir, le groupe des modérés refusa dé voter un amendement qui laissa,it 600,000 francs à la charge de TËtat pour sa police politique, et,^ aussitôt, c'en fut fait, pour longtemps peut-être, au grand détriment de la Yille, de F examen et du vote du budget de la préfecture de Police. Si on considère le point de départ du refus du budget de la préfecture de Police, on voit qu'il n'en faut pas accuser les radicaux, et le refus de voter ce budget ne signifte pas que le Conseil n'a pas voulu s'en occuper ou qu'il a eu tort de refuser de le voter. Il est impossible de deman-: der à une assemblée loyale et soucieuse de sa dignité de voter plu5. de 20 millions dont elle
ne pourra, même approximativement, obtenir de connaître l'emploi. Nombre de personnes qui n'aiment pas la République ont semblé heureuses que le Conseil ne votât plus le budget de la préfecture de Police, elles y ont vu l'acheminement vers « l'abonnement » imposé par l'État, subi par une ville de trois millions d'âmes mais elles n'ont pas dû songer que c'est créer pour la préfecture de Police un pouvoir discrétionnaire, souverain, que c'est la faire échapper à tout contrôle, puisqu'elle n'est pas plus cout trôlée par le Parlement qu'elle ne l'est par le Conseil, et alors... Alors, il est dans les choses possibles qu'une organisation de ce genre, outillée contre les citoyens autant que pour leur protection, tombe dans de malhonnêtes mains, ou que le Préfet de Police soit obligé d^obéir à un ministre de l'Intérieur mal intentionné ; et qui empêchera dans l'un ou l'autre cas, ou dans laças de conjonction de ces deux anomalies, que les dépenses de la préfecture de Police soient
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détournées de la police, ou employées à développer la police politique uniquement? Un ancien conseiller municipal de Paris, devenu député, puis ministre, et au courant des choses de la préfecture de Police, déclarait un jour qu'il était impossible qu'un Préfet de Police demeurât honnête homme. C'est peut-être paradoxal, mais ce paradoxe peut s'émettre, et puisqu'on peut l'émettre, est-il prudent de livrer le plus formidable organisme de la France, sans contrôle et sans frein, à un Préfet ou à un ministre de l'Intérieur? Ce n'est pas prudent et ce n*est pas logique, ce n'est pas d'un régime républicain, et, cependant, cela est.
Aussi, quand on rejette le contrôle du Conseil, sa pénétration dans les services, on ne peut le blâmer d'agir comme il agit, et de se laver les mains de ce qu'on refus» de lui faire connaître.
Mais il demande qu'on lai rende au moins les services municipaux, que Ton iyite aux finances parisiennes la dépense d'un dombte personnel
soumis à une double action. Il réclame ce qu'il a donné à la préfecture de Police, comme le laboratoire municipal, car est-il possible à un républicain, c'est-à-dire à un homme intègre, d'accepter la situation qui est faite au Conseil lorsque ceJui-ci crée de toutes pièces un nouveau service, comme le laboratoire municipal, et qu'elle le confie à la préfecture de Police, d'accepter que la préfecture de Police vienne dire au Conseil, dès le lendemain, que le laboratoire municipal dépendant d'elle, il échappe au contrôle du Conseil, que le Conseil n'a rien à y voir? Ce sont là, il faut en convenir, des procédés bien despotiques, qui sont appliqués avec la désinvolture qu'ont les politiciens et les fonctionnaires appelés à pasSfer vite et qui ne sont pas fâchés de trouver l'occasion de se moquer des élus de la Ville de Paris. Ils n'envisagent pas, en dehors du peu d'honneur que ces procédés leur attirent, que la population aime les idées simples, que le Français restera encore longtemps, il faut
Tespérer, lé type de la franchise et de la droiture, et que c'est contre Tadministration qu'il prend parti, accentuant encore Fantagonisme que celle-ci à créé entre elle et les élus du peuple, au détriment du régime républicain.
C'est du sentiment exact du peuple, de ce peuple dans lequel est inné le sentiment de la justice, que le Conseil est pénétré lorsqu'il se révolte contre des procédés que répudie la morale la plus vulgaire. S^il ne se rencontrait pas de soi-disant républicains pour préférer les réactionnaires aux meilleurs entre les républicains, pourrait-on trouver un homme qui s'élevât contre le Conseil municipal de Paris ?
Et si d'un jour à l'autre on revoyait des préfets Parisiens, des hommes probes et justes, faisant preuve d'un esprit de réformes et marchant avec le Conseil municipal pour la défense commune des intérêts de Paris, si on donnait à celui-ci le contrôle effectif d^ toutes les dépenses qu'il est appelé à voter et qu'il ccmnût qu'il n'y a
plus ni virements, ni tromperies d'aucune sorte, s'il- était sûr du personnel, et que jamais un employé à 4000 francs ne se retirât avec 30 000 francs de rente, on verrait réellement quel admirable corps est le corps municipal de Paris, on verrait revenir les plus belles époques du budget de la Ville et se développer le vaste réseau des plus splendides et des plus nobles institutions de la République.