BCH. XXVII, p. 36 et IM
2. II se présente ici une objection jcrave. Xoum avons précisément le compte des trésoriers pour les deux sessions de l'archonlat de Caphis: il devrait se terminer, comme le fragment que je viens de transcrire, par un résumé de la pythiade. Il ne porte rien de semblable. Donc le système pro-
sont entrés en charge aux Pythia de 330 sous Charixenos, pour Tarchontat duquel nous avons un fragment de leurs comptes. Quelques morceaux, beaucoup plus importants, ont été conservés pour un archontat postérieur de deux ans, celui de Theon, puis il semble bien que le collège disparaisse, il n'existe du moins aucun texte daté sûrement des années suivantes que nous puissions rapporter à leur administration. Le compte que Ton connaît pour Tarchontat de Theon ne peut pourtant pas être le dernier de la série, il se termine par une liste des naopes, énumérés comme responsables de la somme que les trésoriers leur ont remise. Il faudrait supposer, ici encore, que le calcul des dépenses et l'établissement du reste laissé en caisse par les trésoriers se trouvent sur une autre pierre. Mais, dans le cas présent, cette hypothèse est inutile parce que Theon est le troisième archonte de la py thiade 330- 326 et que, d'après ce qui a été établi précédemment, les trésoriers ont dû n'abandonner leurs fonctions qu'après leur cycle de quatre ans, c'est-à-dire à la fin de Tarchontat suivant.
Le fait que nous ne possédons plus de texte daté qui ait été rédigé par eux ne suilîrait pas, lui seul, à prouver que le collège a cessé d'exister : il le laisse présumer, tout au plus. Mais il faut avouer que cette présomption est singulièrement fortifiée par les concordances suivantes, et qui ne sont pas sans doute dues au hasard.
L'archonte qui a succédé à Theon, c'est Eribas, le dernier de la py thiade. Les trésoriers sont sûrement venus à la session de printemps où, comme on l'a vu, les Phocidiens apportèrent pour la dernière fois un versement de leur amende.
posé ne peut être accepté, rien ne prouve que le second f^roupe des trésoriers ait cessé d'être en fonctions après la session de printemps de cet archontat. — Remarquons qu'aucune dépense n'est indiquée à cette session ; or il est difficile d'admettre que, six mois avant les Pythia, on n'ait eu aucun frais à acquitter en vue de la fête. On ne peut sonjcer en efTet à déplacer Caphis : il est rijcoureusement daté, par le 18* versement des Phocidiens, de Tannée qui a précédé les Pythia de 330. De plus, le total des recettes entrées à cette même session de printemps n'est pas calculé, et c'est une exception unique dans les textes des trésoriers que nous possédons. Sous Palaios, sous Damochares, sous Dion, sous Theon même on note la xE^aAr, rpo7(>$ou. L'absence de cette double mention — total des recettes, dépenses des Pythia. — m'amène à penser que nous n'avons pas le texte de Caphis complet : il devait se continuer sur une autre pierre où, à la suite de ces indications qui ne pouvaient man<[uer, devait se trouver le Tajxr:xv xî^âXstov toO
LA SESSION d'eribas-printemps 139
D'autre part, les noms des bouleutes semestriels, que Ton voit et dans Tinscription de Delphes et dans le texte d'Elatée, nous ont assuré que c'est bien à la même session Eribas-printemps que le compte sur lancien fonds, en dépôt au nom des naopes, resté clos depuis Aristonymos, a été effectivement rouvert. D après tout ce qui précède, ces deux faits ne s'expliquent complètement que si les trésoriers cessent, à ce moment-là même, d'être en fonctions. La fin du collège répond ainsi à son début : avec l'amende des Phocidiens qui Ta fait créer disparait sa véritable raison d'être. Le temple est terminé, tout au moins le gros œuvre ; et, pour l'entretenir, les naopes auront recours à ce qui reste de leur ancien dépôt.
On voudrait savoir ce que les trésoriers, à leur départ, laissèrent en caisse : une chose paraît sûre, c'est qu'ils n'eurent pas le temps de dépenser les dix talents que les Phoci(tiens versèrent sous Eribas-printemps. Mais avaient-ils employé tous leurs autres fonds? Les chiffres manquent : déjà sous l'archontat de Theon, il semble que leur encaisse ait varié presque dans la proportion du simple au double, mais les noms de nombre ne sont pas certains. Nous en savons encore moins sur les opérations de l'archontat suivant. Du moins on admettra comme vraisemblable que ce furent les dernières auxquelles présida le collège, qu'il n'est pas nécessaire de descendre jusqu'en 310, pas même jusqu'en 320 et que les trésoriers se réunirent à Delphes pour la dernière fois au printemps de 326.
Ils avaient été en fonctions trois pythiades, plus l'année du début. Dans ces treize ans, ils avaient manié trois cents talents au moins, et sans doute beaucoup plus. Ils laissaient le temple fini, les deux sanctuaires fédéraux réparés et embellis ; avec l'argent des Phocidiens ils avaient relevé autant qu'il était possible les ruines que la guerre sacrée avait faites. Si l'on excepte un seul point, la complexité de leurs calculs pour le change des monnaies diverses, on peut dire qu'ils ont tenu des comptes clairs ; ils avaient en main presque toute l'administration financière, et ils ont certainement essayé d'y mettre Tordre et l'unité : par la centralisation des dépenses ils ont réussi. La meilleure preuve en est qu'après eux les naopes se sont approprié pour de longues années leurs attributions et quHls paraissent avoir rédigé leurs pièces de comptabilité d'après les modèles qu'avaient laissés les trésoriers.