‹ L'administration financière du sanctuaire pythique au IVe siècle avant J.-CChapitre 30 sur 138 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

LE DERNIER VERSEMENT DE l'aMENDE 41

Une autre innovation, aussi surprenante que la première, est la signature d'un témoin étranger. Dans les textes d'Elatée jusqu'à celui-ci, on avait vu des ixapTupeç, comme on en trouvera plus tard à la (in des actes d affranchissement. Mais ils étaient tous Delphiens ou Phocidiens : les deux groupes ÎJLipTups^ AsXçwv, {/.ipTupeç ^wxswv se correspondaient exactement. Sous Eribas au contraire le premier témoin nommé est Pasixenos d'Argos et j'avoue que, comme M. Dittenberger ^, je ne m'expliquerais pas sa présence si elle n'était destinée à sanctionner un événement extraordinaire. Cet événement, on n'a pas à le chercher ailleurs que dans l'ordre de choses auquel se rapporte l'inscription : après l'allégement considérable, la suppression complète.

On tint donc les Phocidiens pour quittes envers le Dieu après dix versements de trente talents et douze versements de dix. Us avaient apporté 420 talents en tout, sur lesquels 300 en cinq ans. Il n'est pas nécessaire de faire ressortir le contraste entre ce revenu et les précédents. La régularité avec laquelle des sommes considérables arrivèrent pendant quelques années permit de reprendre les travaux du temple avec une activité qu'on n'avait jamais pu y déployer : alors on engagea les séries de fortes dépenses pour lesquelles les fragments des comptes tenus par les naopes nous donnent quelques indications. On put en outre entreprendre dans les deux sanctuaires fédéraux, aux Thermopy les comme à Delphes, les réparations nécessaires après la guerre, de nouvelles constructions aussi et des embellissements. Il arriva d'autre part que ces ressources énormes eurent un contre-coup prochain sur l'administration financière elle-même, parce qu'on essaya d'installer un contrôle pour des dépenses si brusquement et si considérablement accrues. Mais ces conséquences se développeront à mesure. Il suffit pour le moment de constater qu'avec le revenu extraordinaire déjà étudié, c'est au moins de 620 talents que se sont accrus les fonds disponibles du Dieu.

Ce chiffre esttrès probablement inférieurau chiffre réel. Mais, dans l'impossibilité où nous sommes, on le sait déjà pour les recettes et on le verra mieux dans la suite pour les dépenses,

1. Syll. Insc. Gr.^ Ii4, n. i : « cur in hoc uno titulo testis neqiie Delphus nequc Phocensis comparcai obscurum est. *>

d'établir des totaux certains, celui où nous arrivons en additionnant les deux revenus extraordinaires , n'est donné qu'à titre d'indication : du moins on a une idée des sommes importantes que l'administration du sanctuaire a pu manier et a maniées au iv* siècle.

Le fait qui est surtout prouvé par l'étude même de ces recettes, c'est qu'à Delphes comme ailleurs le principe des caisses distinctes était rigoureusement observé. La plupart des revenus ordinaires paraissent n'avoir jamais été inscrits sur les plaques des comptes officiels : ils n'ont donc jamais été compris non plus dans un calcul d'ensemble des sommes qui avaient été versées au trésor sacré pendant une année ou un semestre. Le seul revenu ordinaire que nous saisissions est connu par une série spéciale de textes, les énumérations des immeubles aiTermés. De même les souscriptions des fidèles et les versements des Phocidiens : à chaque recette différente correspond une série différente de pièces. Rien n'atteste mieux la séparation absolue des caisses que l'absence d'un total où les recettes de diverses sortes eussent été réunies. C'était une habitude si forte que, quand les trésoriers tentèrent de mettre de l'ordre et de l'unité dans ces finances, ils réussirent à unifier et à centraliser les dépenses, ils ne purent y parvenir pour les revenus ordinaires et extraordinaires du Dieu.

Page 1