LES PRYTANES ET LES DÉPENSES
remet à l'architecte des Pvles son salaire. Le total de ces dépenses, — en y comprenant la somme reçue par les naopes aux deux sessions — , n'est calculé qu'une fois, pour Tarchontat de Peithagoras ; il est possible qu'il Tait été aussi sous Chairolas, il est sûr qu'il ne Ta pas été sous Aristonymos.
Il faut relever tout ce qui manque dans une pièce de comptabilité aussi rudimentaire. A aucun moment, pas même à celui qui parait avoir marqué le début de cette série, sous Chairolas-automne S on n'énonce le total de l'encaisse, pour en retrancher ensuite celui des dépenses : on ne nous dit pas où Targent est pris, qui permet de faire face à ces paiements. C'est ce qui peut donner l'illusion d'une caisse unique, et il est probable qu'en effet le conseil de Delphes a puisé surtout, peut-être uniquement à cette date, dans celle où arrivaient en abondance les tspa ypit^LXioc des Phocidiens. Mais s'il n'évalue pas son encaisse, il n'annonce non plus aucune recette. C'est que les entrées de caisses, pour lui, ne sont autre chose que les revenus mêmes du Dieu et, en ce moment même, les revenus ordinaires et extraordinaires sont inscrits sur d'autres pièces : jamais, on le sait, le total n'en est présenté.
Cest donc le compte de dépenses sous sa forme la plus simple. Si Ton met à part les travaux du temple, il n'y a aucun intermédiaire entre les gardiens de la fortune sacrée et ceux qui viennent toucher sur ces fonds le paiement qui leur est dû.
Que ce texte soitrédigé parle conseil, personne n'en doute. Le mot el(ù%x[i,^q, 1. 6 et 28, ne peut avoir pour sujet que : nous, conseil de Delphes, représentant la cité à laquelle le Dieu a remis le dépôt de ses richesses. Les noms des prytaues attestent que le versement, une fois ordonné par les amphictyons, a été, sous le contrôle du conseil, réellement fait par sa commission financière. C'est donc exactement l'inverse de ce qui a été constaté dans les pages qui précèdent : on y a vu les prytanes manier l'argent qui rentre, ils étaient le bureau receveur ; on les voit ici manier les fonds qui sortent, ils sont le bureau payeur.
Les choses seront assez profondément modifiées quand un nouveau collège international sera venu, après 339, s'interpo-
1. BCH, XXVI, p. 21, I. li: la mention do la somme donnée aux naopes succède immédiatcmeat à la fin de la liste amphictyonique.
ser entre les représentants de Delphes et le groupe des créanciers auxquels les prytanes versaient directement leur dû. Les paiements ne sont plus faits à ce même groupe (naopes, entrepreneurs des travaux autres que ceux du temple, architecte des Pyles, constructions et réparations dans le second sanctuaire fédéral, employés, etc.) par les prytanes : ils sortent de la caisse que gèrent les trésoriers.
11 semble au premier abord qu il n y ait ici qu'un intermédiaire de plus, un transmetteur du paiement que nous avons déjà vu sous une forme plus simple. Comme les noms des prytanes sont énumérés en tête de ces nouveaux comptes, on est sûr qu'ils assistent k toutes les opérations. On est donc tenté de répéter encore : le conseil autorise les sorties de caisse et les prytanes effectuent le versement des fonds ; seulement, au lieu d'avoir affaire à cette suite de créanciers qui se présentaient devant eux dans les années antérieures, ils remettent l'argent à un collège unique qui, à son tour, le fait passer aux naopes et aux entrepreneurs.
En fait, les choses se sont passées autrement. On verra plus clairement dans la suite ^ que les procédés de cette comptabilité sont tout nouveaux. La commission financière du conseil a joué son rôle de bureau payeur une fois, à l'automne de 339, quand elle a remis des fonds au nouveau collège. Mais, depuis lors, les trésoriers ont géré leur caisse : ils disposent d une encaisse considérable, ils y ajoutent les recettes dont la perception leur a été attribuée et, du total ainsi obtenu, ils déduisent leurs dépenses. De même qu'ils s'étaient associé les prytanes pour inscrire comme recettes de leur propre caisse les versements des Phocidiens, de même, tant que leur collège a vécu, ils ont été associés à eux comme bureau payeur. Si le rôle actif de la commission financière parait diminué, sa responsabilité ne l'est pas. Les trésoriers, comme les autres collèges internationaux, ne sont présents à Delphes que deux fois par an. Dans l'intervalle des sessions, leur caisse, comme toutes celles où l'on continue de verser les revenus autres que l'amende phocidienne, est toujours confiée à la garde des prytanes, représentants responsables de la cité dépositaire.
Ces comptes des trésoriers nous laissent entrevoir aussi que